‹ Mémoire sur l'art de dorer le bronzeChapitre 16 sur 40 · OO · texte numérisé non relu

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sels insolubles, en se combinant avec les acides muriatique et sulfurique qui se trouvent dans Peau-forte ordinaire (1). J'ai pensé qu'il suffisait de régulariser ce procédé et d'en bien calculer les doses, pour le rendre bon et pour arriver au but que les ouvriers doreurs s'étaient proposé.

J'ai essayé l'emploi de la dissolution de mercure saturée et très-étendue d'eau ; la réussite a été complète. Voici le résultat du travail entrepris à ce sujet :

Nous avons dit, en parlant de l'acide nitrique, que cet acide devait être pur pour bien dissoudre le mercure. S'il contenait de l'acide muriatique ou de l'acide sulfurique, il se formerait dans cette opération des sels mercuriels insolubles qui, se précipitant au fond du vase où s'opère la dissolution, ralentiraient l'action de l'acide, jetteraient de l'incertitude sur les doses respectives d'acide et de mercure employées, et causeraient d'ailleurs une perte sensible aux doreurs qui , ne sachant pas traiter ces précipités , les rejetteraient comme inutiles.

Dix grammes de mercure se dissolvent com-

(i) J'ai yu souvent ne mettre que 12 grammes de mercure sur 88 grammes d'acide nitrique à 36°, et n'ajouter que peu d'eau à cette dissolution.

plétement à froid dans 10 grammes d'acide nitrique pur à 36 ° ( 1 333 , pesanteur spécifique ) .

Mais si on ajoute à ces mêmes doses une goutte d'acide muriatique, on n'obtient qu'une dissolution imparfaite et qui laisse déposer un précipité blanc, solubleà chaud, dans un excès d'acide nitrique pur , mais qui reparaît et devient jaune lors du refroidissement de la liqueur.

En employant 10 grammes d'acide nitrique pur au même degré, 10 grammes de mercure et une goutte d'acide sulfurique , on n'a de même qu'une dissolution imparfaite qui laisse précipiter un dépôt blanc, devenant jaune lorsqu'on élève la température de la dissolution.

On voit donc que le doreur ne doit employer que de l'acide nitrique pur pour dissoudre le mercure. Nous allons maintenant indiquer les moyens d'obtenir une bonne dissolution le plus économiquement possible, et sans s'exposer à respirer des vapeurs nuisibles.

On sait qu'en traitant le mercure par l'acide nitrique, on perd d'autant plus d'acide que le degré de chaleur auquel on opère est plus fort. On doit donc opérer à froid. La dissolution qu'emploient les doreurs devant être liquide et sans dépôt, doit être étendue d'assez d'eau pour ne pas laisser cristalliser le sel mercu-

(35) riel , et doit par conséquent contenir un léger excès d'acide. On pourrait la faire en n'employant que de l'acide nitrique faible; mais, en examinant cette opération, j'ai trouvé qu'il y avait plus d'avantage à la faire avec de l'acide nitrique à 36°. Nous partirons donc de ces bases pour établir les proportions à suivre.

100 grammes d'acide nitrique pur à 36° peuvent dissoudre à froid jusqu'à 160 grammes de mercure , mais le sel mercuriel qui se forme ne peut plus se dissoudre en entier dans Feau ; il faut donc mettre moins de mercure, afin que la dissolution contienne un excès d'acide assez grand pour qu'elle puisse être affaiblie convenablement avec de l'eau sans donner de précipité : cet effet a lieu lorsque l'on n'a fait dissoudre que îoo de mercure dans no d'acide nitrique à 36 °. Voici la description des moyens à employer pour préparer la dissolution inercurielle.

Premier procédé.

On met dans un matras de verre îoo grammes de mercure et no grammes d'acide nirique pur à 36°; on porte le matras sous le manteau de la forge, dans l'endroit où le courant d'air est le plus fort, et on l'y laisse jus-

(36) qu'à ce que la dissolution soit complète (1) ; on yerse cette dissolution dans une bouteille propre, et on y ajoute 5kilog. 5oo grammes, ou 5 litres £ d'eau distillée ; on agite bien le mélange et on le garde pour le besoin.

Deuxième procédé.

On prend une bouteille de verre blanc, à large goulot , pouvant contenir 6 ou 7 litres ; on y met 5 kilog. 600 grammes d'eau , et on marque avec une bande de papier collée , ou par tout autre moyen, la hauteur où s'élève la quantité d'eau indiquée. On vide la bouteille, on la fait égoutter et sécher , et on la conserve pour préparer la dissolution mercurielle , comme nous le dirons bientôt.

On se procure une petite fiole pouvant contenir, étant pleine, 120 grammes d'acide

(1) On peut encore placer le matras dans lequel on opère la dissolution du mercure, sous le manteau de la forge , au bas de la cheminée du fourneau d'appel , et de manière à pouvoir en engager le col dans la fente qui est réservée au bas de cette cheminée , comme on le voit en M dans les modèles et sur les dessins que je joins à ce Mémoire} les vapeurs nuisibles sont alors bien plus sûrement éloignées de l'atelier, et entraînées au dehors par le tuyau de la cheminée.

(37) nitrique à 36°; on y met 110 grammes de cet acide , et on marque en dehors, sur le col de la fiole, la hauteur à laquelle s'élève l'acide, en y faisant une marque avec une pierre à fusil , une lime ou un diamant.

Ces deux bouteilles, ainsi jaugées, simplifient et rendent bien facile la préparation de la dissolution mercurielle, qui se fait alors comme il suit.

On pèse 100 grammes de mercure ; on les met dans la grande bouteille, qui doit être bien lavée et séchée; on emplit la fiole d'acide nitrique pur à 36 ° , jusqu'à la marque tracée sur le col j on verse cet acide dans la bouteille à large goulot, où sont les îoo grammes de mercure ; on renverse la fiole en en introduisant le col dans le goulot de la grande bouteille ; on l'y laisse renversée en place de bouchon, et pour qu'elle s'y égoutte bien. On porte la grande bouteille , ainsi couverte, sous le manteau de la forge. Le mercure se dissout très-promptement sans le secours de la chaleur. Lorsque la dissolution est complète, on enlève la fiole , on la lave à plusieurs reprises avec de l'eau distillée que l'on verse clans la grande bouteille ; on met à égoutter la fiole , et on la conserve pour servir toujours au même usage.

On remplit la grande bouteille avec de l'eau distillée, jusqu'à la marque dont nous avons parlé j on bouche la bouteille et on l'agite bien en tout sens pour opérer le mélange complet de l'eau et de la dissolution mercurielle qui se trouve ainsi bonne à être employée.

On ne doit se servir dans cette opération que de l'eau de pluie ou de l'eau distillée. Si on employait de l'eau impure pour laver le6 bouteilles ou pour affaiblir la dissolution mercurielle , elle serait chargée de dépôt blanc qui s'en séparerait, il est vrai, par le simple repos, mais que l'on peut éviter facilement, puisque l'on trouve de l'eau distillée chez tous les pharmaciens , et que les doreurs , à défaut d'eau de pluie, peuvent d'ailleurs préparer eux-mêmes le peu d'eau distillée dont ils ont besoin.

Ces deux procédés donnent une dissolution mercurielle qui ne revient au plus qu'à 18 centimes le litre, et qui remplit toutes les conditions demandées. Lorsqu'on s'en sert pour appliquer l'amalgame sur le bronze, elle contient assez d'excès d'acide pour agir sur le cuivre, pour le décaper et pour aider ce métal à décomposer la dissolution mercurielle; mais cet excès d'acide n'est pas assez grand pour donner naissance aux vapeurs

(39) rutilantes et délétères que respirent les ouvriers qui se servent d'acide nitrique pur pour appliquer l'amalgame sur le bronze. Cette dissolution ne laisse donc rien à désirer (1)5 elle donne un moyen parfait de rendre salubre une des opérations les plus nuisibles qu'aient à pratiquer les ouvriers doreurs. Sa préparation ne nui t en rien à leur santé , et

(1) J'ai distribué plus de vingt seaux de cette dissolution à différens doreurs qui en ont été fuit satisfaits, Tous se sont accordés à dire qu'en employant cette dissolution pour appliquer l'amalgame sur le bronze, ils étaient débarrassés de toute mauvaise odeur.

Cette préparation ne marquant que 3 degrés à l'aréomètre de Baume ( 1020, pesanteur spécifique), et ne contenant d'ailleurs en dissolution qu'un sel avec un faible excès d'acide , n'attaque pas leurs mains et n'en désorganise pas la peau , comme cela a lieu lorsque les doreurs emploient l'eau-forte pure pour appliquer l'amalgame sur le bronze.

La dissolution mercurielle dont nous parlons ne doit être employée que pour dorer en premier buis. Pour dorer en second buis , il faut la fortifier en y ajoutant quelques gouttes d'acide nitrique pur , et cela peut avoir lieu sans inconvénient , parce qu'alors le bronze est presque partout recouvert d'or , et qu'il est bien plus difficilement attaqué par les acides qui ne s'y décomposent que faiblement , et sans donner lieu à un dégagement sensible d» Tapeurs nuisibles à ta santé.

son application est sans contredit un des plus grands perfectionnemens à introduire dans les ateliers de doreurs. Il ne reste donc, à cet égard, qu'à faire des vœux pour que l'emploi de cet excellent procédé devienne général , et fasse abandonner l'usage d'appliquer l'amalgame sur le bronze au moyen de l'acide nitrique ou de la composition que les ouvriers cloreursnomraent«az. et qui entraîne presqu' autant d'incon véniens que l'emploi de l'acide pur.

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