‹ Mémoire sur l'art de dorer le bronzeChapitre 17 sur 40 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

D u recuit des pièces destinées à être dorées.

J/a pièce de bronze que l'on veut dorer doit être recuite en sortant des mains du tourneur et du ciseleur (1) qui en ont terminé le dessin ou la gravure. L'ouvrier doreur recuit la pièce en la posant sur des charbons de bois allumés

(1) Le ciseleur ne fait recuire la pièce que lorsqu'il y est obligé par la nécessité d'en réparer quelques défauts , ou d'y mettre quelques grains de soudure.

et en l'entourant de charbon, et surtout de mottes à brûler , qui donnent un feu plus égal et moins vif; il veille à ce 1 1 >. te les parties minces de la pièce ne se chauffent pas plus que les parties épaisses (1). Lorsque la pièce est portée à la chaleur rouge-cerise , l'ouvrier enlève le combustible qui l'entoure, prend la pièce avec précaution, au moyen du crochet, de la petite tringle de fer ou de la pince à longues branches (Jïg. 4? 8 et i5 , planche i), et la met à refroidir à l'air et lentement.

Cette opération serait très-insalubre , si la forge sur laquelle on la fait n'avait pas assez de tirage. La haute température à laquelle le bronze est porté , détermine à la surface delà pièce l'oxidatlon d'une partie de l'alliage : il se volatilise du cuivre et du zinc oxîdés qui colorent la flamme en beau vert, et qui, réunis aux gaz délétères provenant de la combustion du charbon, nuiraient infiniment à la santé des ouvriers, si le courant d'air n'entraînait pas ces vapeurs nuisibles au dehors.

(0 En opérant le recuit dans un endroit obscur, on a l'avantage de donner plus facilement une chaleur rouge égale à toutes les parties de la pièce. J'ai construit sur ce principe une forge à recuire clifez MM. Denière et Matelin, rue dr0rléa ns , n° q.

Je ne vois ici qu'une légère observation a faire dans l'intérêt de l'art ; je crois que Ton aurait de l'avantage à mieux couvrir la pièce de combustible qu'on ne le fait ordinairement : on éviterait alors le contact inégal de l'air non décomposé sur la pièce portée à la chaleur rouge ; l'oxidation de la surface du métal serait moindre, ou du moins plus uniforme, et le fini de la ciselure serait d'autant mieux conservé. Le recuit produit , il me semble , un effet auquel on n'a point encore fait assez d'attention 5 il change la proportion de l'alliage à la surface de la pièce, parce que le zinc se volatilise, non-seulement en passant à l'état d'oxide, mais encore à l'état métallique , lorsqu'il est entouré de charbon en poudre et suffisamment chauffé. Le recuit tend donc à ramener plus ou moins la surface de l'alliage à l'état de cuivre rouge : ce qui peut contribuer à donner une belle teinte à la dorure. Les doreurs varient d'opinion à ce sujet, probablement parce qu'ils n'ont pas assez examiné la question j ils croient en général que le recuit n'a pour but que de nettoyer , de dégraisser la pièce , et de rendre plus facile l'application de l'amalgame à sa surface. Ils attribuent la belle couleur que prend la dorure à ce nettoyage parfait} mais je pense

que la cause indiquée plus haut contribue aussi à produire ce bon effet. La surface de la pièce ramenée plus ou moins à l'état de cuivre rouge prend mieux la dorure et lui donne une belle couleur, tandis que l'alliage, n'ayant changé de proportions qu'à la surface de la pièce , conserve l'avantage que lui donne sa densité, et ne s'imbibe pas d'amalgame d'or comme le ferait une pièce coulée en cuivre pur.

Pour résoudre cette question, il faudrait prendre quelques pièces pareilles , coulées toutes à la fois avec l'alliage ordinaire ; on les ferait ciseler sans les recuire ; on en décaperait quelques-unes mécaniquement , en les frottant avec du sable ou avec de la pierre ponce en poudre fine, et on préparerait les autres comme on le fait ordinairement; ondoierait toutes ces pièces avec la même amalgame , en ayant soin de mettre sur chacune la même quantité d'or; on les terminerait en en passant au mat, à Y or moulu , à la couleur d'or rouge et au bruni , et on verrait si le recuit contribue réellement à rendre la couleur de la dorure plus belle et plus agréable à l'œil. S'il en était ainsi , le doreur pourrait rendre à volonté cet effet complet; il pourrait peut-être même le produire avec avantage dans certaines circonstances , en tenant la pièce de bronze pen-

dant quelques minutes dans de la potasse caustique fondue j car la potasse portée à cette haute température dissoudrait le zinc , et probablement l'étain et le plomb de l'alliage , et en convertirait très-bien la surface à l'état de cuivre rouge, sans changer la nature de l'alliage au centre de la pièce. Je terminerai ce chapitre en faisant observer que le recuit augmente sensiblement le poids de la pièce de bronze. L'oxidation est donc plus forte qu'il ne faut pour contre-balancer la perte en zinc ou en cuivre que la pièce éprouve dans cette opération. Le tableau qui se trouve à la fin de ce Mémoire prouve cette vérité.

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