‹ Mémoire sur l'art de dorer le bronzeChapitre 2 sur 40 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

DE L'IMPRIMERIE DE Mme VEUVE AGASSE,

RUE DES POITEVINS, 11° 6l8l8.

Rapport fait à V Académie royale des Sciences de V Institut de France , par MM. Th en a un , Va u qu eli n et C h a pt al , le 9 mars 1818.

X eu M. Ravrio, fabricant distingué de bronzes dorés, a fait un legs de 5ctOO francs qu'il a mis à la disposition de l'Académie pour être donné à celui qui trouverait le moyen de garantir les ouvriers doreurs de l'insalubrité des émanations du mercure.

La première année du concours n'a produit aucun Mémoire qui ait paru mériter le prix, et l'Académie, en se conformant aux intentions de M. Ravrio , a dû le proposer pour la deuxième fois.

Nous avons aujourd'hui à vous rendre compte de deux Mémoires qui ont été remis au secrétariat de l'Institut. L'un a été inscrit sous le n° 1 , et porte pour épigraphe ce passage de Sénèque : Faciamus meliora quœ acce<pimus 3 major ista hœreditas à me ad posteros transeat y l'autre , coté n° 2 , a pour devise : Improbus labor omnia vincit.

Le Mémoire n° 2. ne contient que la description d'un appareil qui n'a point été exécuté , et dont le modèle n'a pas même été déposé au secrétariat de l'Institut. Votre Commission n'a pas cru devoir s'en occuper, attendu que le programme porte pour condition du concours , que l'appareil proposé pour le prix soit en activité dans un atelier de doreur.

Le Mémoire n° 1 a particulièrement fixé notre atten-

( vj ) tiou ; non-seulement on y a joint des Planches , mais on nous a soumis les modèles des appareils exécutés jusqu'à ce jour dans divers ateliers, et nous nous sommes assurés nous-mêmes , en visitant ces ateliers , que les ouvriers étaient à l'abri des vapeurs mercurielles , et que, depuis l'adoption de ces procédés, ils y jouissaient de la santé la plus parfaite.

Nous pouvons ajouter que ces perfeclionnemens ont été jugés si avantageux par les doreurs eux-mêmes, qu'ils s'empresseront tous de les adopter , et que , dans ce moment, il existe douze ateliers à Paris où l'on s'oc cupe à les introduire. Le préfet de police , qui en a pris connaissance , ne permet même plus qu'un doreur de bronze se déplace sans adopter ces méthodes dans sor nouvel atelier.

Le procédé qu'on propose est tellement simple, qu'or doit être surpris qu'on ne l'ait pas employé depuis longtemps. Il consiste principalement à déterminer le tiragt des cheminées par un fourneau d'appel, et c'est cett simplicité qui en rend l'adoption d'autant plus prompte qu'elle n'entraîne presque aucune dépense. Ce procéd n'est même pas nouveau, puisqu'il est pratiqué, depui plusieurs années , dans les laboratoires de l'Hôtel de Monnaies , où l'on s'est garanti complètement des vapeur nuisibles par des moyens semblables (i). L'applicatio

(i) Après la lecture de ce rapport, et à l'ouverrure du billet c cl-.etc , contenant le nom de l'auteur, le rapporteur de la commisse nommée par l'Académie fit observer que c'était M. d'Arçet q avait fait construire les appareils salubres du laboratoire des essa •le la Monnaie , et que c'était par conséquent à lui que l'on de fi-tre double application du principe dont il s'agit,.

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seule aux fourneaux des doreurs appartient à l'autetûf du Mémoire ; mais on ne peut pas mer que cette application ne soit d'une grande utilité et ne remplisse le but que s'est proposé M. Ravrio , surtout si l'on considère qu'ily a dansParis plus de douze cents ateliers de doreurs, et que les nombreux élèves qui y entrent en sortent presque tous perclus de leurs membres au bout de quelque temps. L'auteur du Mémoire paraît avoir senti cette vérité , et l'on dirait que, pour racheter aux yeux des savans le peu de mérite qu'il semble attribuer lui-même à l'heureuse application d'un procédé connu , il a embrassé son sujet dans une plus grande étendue que ne demandait le programme. Il a traité l'art du doreur dans tous ses détails , et il a apporté des perfectionnemens dans presque toutes les opérations de cette importante industrie. C'est surtout ici qu'il fait preuve de connaissances étendues en chimie, et d'une grande habileté pour les appliquer aux arts. Nous nous bornerons à présenter ce qui nous a paru mériter le plus d'attention.

Il résulte des nombreuses expériences de l'auteur , que l'alliage le plus propre à recevoir la dorure est celui qui est composé de 82 parties de cuivre , 18 de zinc , 5 d'étain et de 1 7 de plomb, ou de 82 cuivre, 18 zinc s I étain et 5 plomb.

Il détermine ensuite le titre que doit avoir l'or pour être utilement empleyé à former l'amalgame , et fait connaître les mauvais résultats qu'on obtient lorsqu'il est allié d'argent ou de cuivre.

Il instruit les doreurs sur la manière de purifier le

mercure pour le rendre propre à former un bon amalgame.

L'au'eur prescrit ensuite la meilleure méthode que les

doreurs puissent employer pour former l'amalgame , et

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détermine les proportions dans lesquelles l'or et le mercure doivent y entrer. Ces proportions varient suivant la quantité d'or qu'on veut laisser sur le bronze. L'ouvrier fait en général son amalgame avec 8 parties de mercure contre une d'or; mais l'analyse lui a prouvé que l'amalgame varie, chez les doreurs, depuis g parties pour cent d'or jusqu'à 33, et depuis Qj de mercure jusqu'à gi.

L'auteur du Mémoire décrit avec beaucoup de détails l'art de recuire et de décaper les bronzes qui forment les deux premières opérations du doreur. Il en donne la théorie et y apporte des améliorations sensibles. Il fournit les moyens de se garantir des exhalaisons métalliques que produit le recuit, et des vapeurs acides qui se forment pendant l'opération du dérocliage.

En appliquant l'amalgame sur le bronze bien décapé , à l'aide d'un pinceau de fils de laiton trempé dans l'acide nitrique, l'ouvrier était condamné à respirer des vapeurs qui altéraient sa santé. L'auteur propose de substituer à cet acide une dissolution de nitrate de mercure qui produit le même effet, et que nous avons vu employer sans danger pour l'artiste. Il a pourvu lui-même les ateliers de cette préparation , et il décrit les moyens de la faire. Il indique ensuite des précautions convenables pour que le maniement de l'amalgame n'altère point la santé des ouvriers.

Lorsque la pièce est couverte d'amalgame , il suffît de l'exposer au feu pour volatiliser le mercure , et cette opération est la plus dangereuse par rapport aux nombreuses vapeurs mercunelles qui se dégagent. C'est pour obvier à ce danger que l'auteur du Mémoire a fait construire des fourneaux d'appel dont le tuyau monte environ au tiers de la hauteur de la cheminée du doreur. Ce fourneau

«eau détermine un tirage très-rapide qui entraîne au dehors toutes les vapeurs. On uliiise le feu de ce fourneau en plaçant dessus une chaudière , un bain de sable , ou le poêlon contenant le mat. L'effet de ce fourneau est tel, que la fumée qu'on fait au milieu de l'atelier se dirige directement vers l'ouverture de la cheminée , et dans les visites que nous avons faites nous n'avons senti aucune vapeur mercurielle , quoiqu'on travaillât sous nos yeux à décomposer l'amalgame.

L'auteur entre ensuite dans tous les détails qui constituent la partie de l'art dans laquelle on brunit la dorure , on la met au mat , ou on lui donne la couleur d'or moulu et d'or rouge ; il décrit avec soin toutes ces opérations , en perfectionne quelques-unes , et donne les moyens de se garantir du danger que présente surtout la mise au mat.

On trouve encore dans le Mémoire un moyen fort simple pour ramasser le mercure qui se volatilise ; il consiste à chaufier les pièces couvertes d'amalgame dans une caisse et à pratiquer un conduit cylindrique sur la paroi opposée à l'ouverture , lequel s'élève au haut de la cheminée et redescend sur un baquet rempli d'eau où le mercure doit se condenser.

L'auteur termine son Mémoire par la description des procédés aussi simples qu'ingénieux, i° pour enlever l'or de la surface des vieux bronzes et des pièces dorées mises au rebut j 2° pour exploiter les cendres et déchets d'atelier provenant du travail de la dorure sur bronze ; 3° pour traiter les eaux du dérochage , les eaux blanches, celles du tonneau à mettre au mat , les cendres de la forge, celles du fourneau à mettre au mat , la boue du baquet à gratte-bosser , la suie des cheminées , les balayures d'ateliers , etc.

( * ) En un mot , le Mémoire qui a été soumis à notre examen bous paraît présenter le Traité le plus complet que nous possédions sur l'art du doreur sur bronze : il mérite d'entrer dans la belle collection des arts et métiers qu'on doit à l'Académie, et nous proposons de décerner à l'auteur le prix fondé par M. Ravrio.

Signé Thenaud , Vauquelin, Chaptae , Rapporteurs.

L'Académie approuve le rapport et en adopte les conclusions.

Certifié conforme à l'original :

Le secrétaire perpétuel , Chevalier des Ordres royaux de Saint -Michel et de la Légioad'IIonneur ,

Dr.LA?I3RS.

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