AVANT-PROPOS
JLorsque j'eus connaissance du programme publié par l'Académie royale des Sciences (1) et que je me décidai à concourir pour le prix fondé par M. Ravrio , j'étais loin de penser que Part du doreur fut aussi insalubre qu'il l'est ; je n'avais étudié les procédés de cet art que dans mon laboratoire , en y faisant travailler un doreur habile sous mes yeux, et je savais par ouï-dire seulement que
(1) Voici le programme tel qu'il a été publié en 1816, et remis pour la seconde fois au concours en 1817.
Trouver un moyen simple, et peu dispendieux , de sa mettre à l'abri , dans l'art de dorer sur cuivre par le mercure, de tous les dangers dont cet art est accompagné , et particulièrement de la vapeur mercurielle.
L'Académie royale des Sciences exigeait que les concurrens pratiquassent à Paris , dans un atelier disposé à cet effet , les procédés qu'ils proposeraient, et que leurs appareils fussent plus parfaits qu'aucun de ceux connus. L'Académie desirait en outre que ces appareils pussent servir à condenser et à recueillir le mercure vaporisé-
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les ouvriers doreurs étaient exposés à de cruelles maladies.
Je commençai donc à m'occuper de ce travail sans prévoir les difficultés que j'aurais à vaincre j car je ne concevais pas comment M. Ravrio avait pu demander solennellement la solution d'une question qui me paraissait si simple , et j'avoue même que je voyais avec peine la réputation d'homme instruit dont il jouissait, compromise par une action qui attestait cependant son humanité et ses sentimens généreux. A peine eus- je visité quelques ateliers de doreurs , que je sentis dans quelle erreur j'étais tombé ; je fus effrayé de la grandeur du mal. Continuellement en rapport avec des ouvriers malades , dont le physique et le moral sont également attaqués , je ne pus concevoir comment on avait toléré aussi long-temps un état de choses si alarmant ; j'honorai alors la mémoire de M. Ravrio, et je vis le but qu'il s'était proposé. Je sentis qu'il ne fallait pas seulement composer un bon
( *iij ) Mémoire et indiquer des moyens de salubrité convenables , mais qu'il fallait surtout vouloir fortement faire adopter ces moyens , et s'apprêter à lutter contre les obstacles nombreux qu'opposent toujours aux choses nouvelles la routine et l'intérêt particulier lorsqu'il s'en trouve froissé.
Je me présentai donc au concours , pensant bien que la tâche ne deviendrait pénible qu'après avoir remporté le prix, et qu'au moment où il faudrait justifier l'opinion de l'Académie , si elle m'était favorable : je l'entrepris cette tâche avec la ferme volonté de réussir; et ce qui suit va prouver combien cela était nécessaire , et combien j'ai besoin de persévérance pour suivre la marche que je me suis tracée.
Le décret du i5 octobre 1810 et l'ordonnance du 14 janvier 18 15 rangent les ateliers de doreurs dans la troisième classe , c'est-à-dire , dans la classe des établissemens qui peuvent rester sans
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inconvénient auprès des habitations particulières, et pour lesquels il est seulement nécessaire de se pourvoir d'une permission. L'autorité n'ayant reçu aucune réclamation au sujet des doreurs , accordait facilement les demandes qui lui étaient adressées, et beaucoup de doreurs éludaient même cette simple formalité. En parcourant les ateliers, on peut se convaincre qu'il y a plus des trois quarts des doreurs qui exercent leur état sans en avoir obtenu la permission. Il est arrivé de-là que l'on ne peut pas encore prendre contre eux de mesure générale , parce qu'elle tomberait sur un trop grand nombre d'individus. Si on obligeait d'ailleurs les doreurs qui exercent sans permission à faire construire de suite des appareils salubres , il serait impossible de les diriger tous à la fois dans ces constructions. J'ai donc dû, pour réussir, refuser le secours que m'aurait offert l'autorité , et demander à ne faire usage que de mes seuls moyens , jusqu'à ce
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qu'un assez grand nombre d'ateliers aient été perfectionnés , et que plusieurs architectes ou fumistes se soient habitués à la construction des nouvelles forges. Ce ne sera qu'alors que l'on pourra, sans inconvénient , faire un recensement des anciens doreurs , et les forcer à veiller à la conservation de la santé des ouvriers qu'ils emploient. En attendant cette époque, l'autorité oblige maintenant les doreurs qui s'établissent ou qui changent de logement , à demander l'autorisation exigée par l'ordonnance du 14 janvier 181 5. Ces doreurs me sont renvoyés , et n'obtiennent leur permission qu'en s'engageant à construire des appareils salubres. Je surveille ces constructions , et je cherche en outre , par tous les moyens possibles , à en augmenter le nombre et à en propager l'usage chez les doreurs déjà établis.
J'ai fait, depuis que le prix m'a été décerné , plus de trois cents visites dans des ateliers de doreurs 5 j'ai vu partout