‹ Mémoire sur l'efficacité des injections avec le nitrate d'argent cristallisé, dans le traitement des écoulemens anciens et récens de l'urètreChapitre 2 sur 15 · AVEG LE NITRATE D’ARGENT CRISTALLISÉ · texte numérisé non relu

AVEG LE NITRATE D’ARGENT CRISTALLISÉ

(marc d’un service de vénériens fort étendu, et désireux de trouver un moyen propre à combattre en peu de temps et sans douleur , les écoulemens chroniques de l’urètre , j'ai été conduit, presque. malgré moi , à faire usage des injections , etles résultats heureux que j'en ai obtenus, ont été bien au-delà de mes espérances.

J'avais si souvent entendu dire que ce mode de médication avait le grave inconvénient de donner lieu à des rétrécissemens , que je me figurais , comme bien des praticiens le pensentencore, qu'il

fallait le bannir presque entièrement de la thérapeutique chirurgicale. Toutefois ,ayant eu maintes occasions de me convaincre de l'impuissance ou des dangers attachés à l’émploi de tous les autres moyens, je me suis enfin demandé si les idées que J'avais eues jusqu'à ce jour, étaient aussi fondées que ce que j'avais pu le croire ; voici quel a été le fruit de mes réflexions.

Pour arriver à la solution du problème que je m'étais proposé ; j'ai dû d’abord chercher à constater en quoi consistent les rétrécissemens , et je n'ai pas tardé à reconnaître que tous proviennent, ou bien de l’épaississement de la membrane génito-urinaire, et plus encore de l’infiltration ow de l’endurcissement du tissu celludaire sous-muqueux, ou bien de la cicatrice résultant de quelque ulcération , ou de celles qui succèdent aux lésions traumatiques de l’urètre. Or, il est évident que l’inflammation est la cause immédiate ou secondaire de toutes ces coarctations.

S'il enest ainsi, à quoi bon s'élever contre une méthode de traitement qui a précisément pour objet de mettre fin au plus tôt à la phlogose ? C’est que les injections conseillées contre les écoulemens de l’urètre, contiennenttoutes , me dira-t-on, des substances plus où moins irritantes, et ne peuvent, par conséquent, qu'ajouter à l'intensité de l'inflam-

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mation déjà existante. L'argument est plus spécieux que solide. Qu'importe la nature du médicament mis en usage , si les faits prouvent qu’il agit d’une manière avantageuse ? Que d'erreurs n’a-t-on pas commises en thérapeutique , en voulant ainsi déterminer à priori les effets cliniques de divers remèdes!

Ne voyons-nous pas tous les jours dans la pratique, des ulcérations de la cornée, accompagnées même de douleurs très-vives, céder, comme par enchantement, aux cautérisations faites avec le nitrate d'argent? Ne voyons-nous pas également des flux purulens de la conjonctive où de la membrane pituitaire , disparaître sous l'influence du même moyen ? Et pourquoi ce qui a lieu à la surface de la membrane génito-urinaire , serait-il si différent de ce que l’on observe à la surface de la muqueuse oculo-nasale ?

Mais , ajoutera-t-on peut-être, comment se faitil que , en Angleterre par exemple , où les injections sont d’un usage très-commun , les rétrécissemens soient si fréquens ? Cela peut tenir à plusieurs causes : et d'abord, outre que le tempérament lymphatique des Anglais, l'air froid et humide de la Grande-Bretagne , et la bière que l’on y boit journellement , donnent en partie raison de la ténacité plus grande des écoulemens sous un

pareil climat, ne faut-il pas faire entrer en ligne de compte la période de la maladie, durant laquelle le remède est employé ? Autre chose est d'avoir recours aux injections dès le début, ou vers la fin de la blennorrhagie , lorsque l'inflammation est à peine naissante ou presque éteinte ; autre chose est d’avoir recours au même moyen , quand encore la phlogose est à son apogée. Ce n'est même que de cette manière qu'il est possible d'expliquer les bons et les fâcheux effets que le tnême mode de médication peut produire dans une maladie donnée , mais à des époques différentes. x |

D'un autre côté , par cela seul que, dans beaucoup de pays, les injections sont encore considérées comme dangereuses , la plupart des médecins n’en viennent à leur emploi , qu'après avoir vainement épuisé toutes les autres ressources. Aussi , qu'en résulte-t-1l ? C’est que ce mode de médications ne réussit pas , et que lorsqu'un homme de l'art mieux avisé explore le canal de l’urètre , il découvre tantôt un rétrécissement , et tantôt une ulcération , ou une dégénérescence fongueuse de Ja membrane vénito-urinaire ; et l’on conclut que ces diverses altérations sont l'effet inévitable des injections !..….

Interrogez donc les malades qui ont des rétré-

cissemens, ils vous diront, presque tous, qu'ils ont eu une ou plusieurs blennorrhagies qu'ils ont, en général, gardées fort long-temps , et pour lesquelles ils n’ont eu que rarement recours aux Injections. Vous le voyez, l'ancienneté seule de la blennorrhagie suffirait pour rendre pleinement raïson de la formation des rétrécissemens , et vous préférez «en rapporter l'origine à une cause dont l'action a duré à peine quelques instans.

: Quoi! le nitrate d'argent fondu pourra être porté en nature dans le canal de lurètre , et jouir de la précieuse faculté d'effacer à jamais les coarctations de ce conduit, et le ‘nitrate d'argent cristallisé , dissous dans l’eau distillée , à la dose d'un quart de grain par once d’eau , aurait l'inconvénient de produire des rétrécissemens !....

Il me semble entendre déjà les détracteurs des injections me dire: Dans les cautérisations de l'urètre pour cause de rétrécissement, le nitrate d'argent agit seulement sur les parties malades, tandis qu’à l’occasion des injections , le liquide injecté touche également sur toute l'étendue du canal.

Sans doute ; mais en quoi consiste l’action du remède dans ce dernier cas? Elle n’est suivie, ni de douleur , ni de difficulté d'uriner , ni de pissement de sang ; à peine le malade éprouve-t-il un léger sentiment de cuisson. La plupart du temps

l'écoulement tarit en trois ou quatre jours , sans aucun phénomène local appréciable ; et vous voulez qu'un moyen aussi innocent donne lieu à des rétrécissemens! En vérité, est-il permis de mettre avec tant d'obstination une idée préconçue à la place d'un fait ? |

Au surplus, que l’on ne s’y méprenne pas: tous les efforts que lon a faits jusqu'ici pour perfecüonner les instrumens de Ducamp, n’empêcheront Jamais que le nitrate d'argent dont on se sert pour caitériser les rétrécissemens , n’agisse bien au delà du point sur lequel on l’applique. J'en appelle aux hommes qui , placés à la tête de grands hôpitaux, ont eu de fréquentes occasions de mettre ce mode opératoire en pratique. Outre que le raisonnement seul fait pressentir qu’un sel de la nature de celui dont il s’agit, doit être bientôt liquéfié dans le canal par l'effet des sécrétions muqueuses que provoque la cautérisation , qui n'a pas remarqué , après des manœuvres de ce genre, faites même à une certaine profondeur, la couleur blanche qu’acquiert parfois l’orifice du méat? Or, cela ne prouve-t-1l pas que l’action du caustique s’est étendue jusqu'au gland? Le fait que l'on va lire, est encore bien plus significatif.

Dans le courant de l’année 1826, un malade se présente dans le service du professeur Delpech,

avec une oblitération presque complète du méat urinaire. Le prépuce adhérait au gland sur plusieurs points, et les urines sortaient comme à travers la. pomme d’un arrosoir. Je questionne le malade, et j'apprends que l'infirmité qu'il porte date de son enfance , et provient d'une cautérisation faite avec le suc d’euphorbe, que l’un de ses camarades avait placé sur ses parties sexuelles.

Le professeur Delpech, instruit de ces circonstances, forme aussitôt le projet de rétablir le cours ordinaire des urines, et cherche, par tous les moyens possibles, à trouver l’orifice du canal. Enfin, après bien des tentatives infructueuses, il se décide à pratiquer une incision à deux pouces en arrière du gland, et à conduire une sonde cannelée d’arrière en avant dans le canal de l'urètre et par cette ouverture , de manière à juger du point où correspondait l’ancien orifice du méat urinaire. En effet, une nouvelle incision est pratiquée dans ce lieu , et le bec de la sonde qui vient faire saillie à travers le gland , annonce que les voies naturelles sont rétablies.

Mais, ce n’était pas tout : il fallait conserver cette ouverture, et dans cette intention , le chirurgien de Montpellier juge à propos de toucher les bords du nouveau méat avec le nitrate d’argent. Voici ce qui arrivæ, et ce que je pus observer

durant plus de quinze jours : Toutes Les fors que da pierre infernale était appliquée à l’orifice du gland , les bords de la plaie qui avait été faite au canal ; quoique situés à deux pouces en arrière , blanchissaient , et étaient méme cautérisés assez fortement.

Que l’on juge par ce fait, où tout se passait presque au dehors , de ce qui doit arriver lorsque le même phénomène a liéu dans la profondeur du conduit génito-urinaire.

Il fut un temps où le professeur Délhécht quoique vivement prévenu contre les injections , sentit la nécessité de s'élever contre la pratique des médecins qui voulaient que l’on livrât , pour ainsi dire, les écoulemens de l’urètre aux soins de la nature, et préconisa tour à tour le baume de copahu , le poivre cubèbe et la térébenthine. Que lui objecta-t-on ? On prétendit d'abord que la suppression trop brusque de l'écoulement devait amener presque inévitablement une vérole constitutionnelle (1) ; et bientôt , comme de raison , on

(1) Cette manière de produire une maladie générale , telle qu'on le suppose , est le contraire de ce qui arrive réellement; car, j’ai déjà essayé de prouver que la matière purulente était la seule substance dans laquelle le virus était contenu , et que la formation de

(17) se récria contre la fréquence des rétrécissemens qu’une telle méthode pouvait occasioner.

Delpech était trop profondément pénétré de là justesse des principes qu'il professait , pour s’arrêter devant de pareils argumens; aussi, n’en per- Sista-t-il pas moins dans ses idées : et, comme la vérité finit {oujours par triompher , il eut la satisfaction de voir plus tard ceux-là même qui s'étaient le plus opposés: à l'emploi des balsamiques , être contraints d'en faire usage. Il en sera probablement de même des injections.

Notez bien cependant que, en préconisant ici ce mode de médication, je n’entends pas adopter indistinctement toutes les substances dont on s’est servi ; il en est même que l’on doit proscrire sévèrement, telles que l'extrait de Saturne pur { sous-acétate de plomb liquide), l’alcool, la pierre à cautère, l'ammoniaque ( azoture d'hydrogène }.

ce virus était inséparable de la matière purulente. C’est pourquoi, si nous pouvons prévenir l’une, l’autre ne pourra pas avoir lieu, et conséquemment, l'absorption non plus ; de sorte qu’il n2 pourra ÿ avoir aucune possibilité d'infecter la constitution chez la même personne , ni de communiquer l'infection aux autres. (J. Hunter, Traité des malad. vénér., trad, par Audibert, pag. 81.)

(18) Ce que j'ai à dire ne s'applique guère qu'à l’azotate acide d'argent dissous dans l’eau distillée , encore même dans certaines proportions. Qui voudrait, par exemple , imiter le docteur Burnet , qui osa porter dans le canal de l’urètre de l’un de ses malades, et en une seule injection , dix grains de nitrate d'argent dans une once d’eau de roses (1)? Quant à moi, je ne suis surpris que d’une chose , c’est qu'il n’en soit pas ré- sulté une urétrite des plus vives.

(1) Revue médicale ; octobre 1834, pag. 91.

Les élèves qui ont été témoins des expériences qui m'ont fourni le sujet de ce Mémoire, n’ignorent pas que, lorsque l’observation du docteur Burnet a été publiée, j’avais déjà recueilli un certain nombre de faits sur l'efficacité des injections avec le nitrate d’argent: j’en ai même fait la remarque dans mes leçons orales. Au reste, il existe à cet égard une si grande différence entre la manière d'agir du docteur Burnet et la mienne , qué personne ne pourra supposer que j'aie été guidé dans mon travail par ce que renferme la Revue médicute.

ÀprÈs avoir cherché à démontrer, d’unemanière générale , combien sont peu fondées les craintes que l’on a eues pendant long-temps sur l'emploi des injections, je vais faire connaître le mode d'administration de celles dont je propose l'usage.

4.° Je commencerai d’abord par dire que ce n’est pas sans y avoir réfléchi, que j'ai donné la préférence au nitrate d'argent cristallisé , à l'azotate acide d'argent, pour parler le langage moderne. En effet, la pierre infernale , ou l’azotate neutre, coulé à la lingotière , contient toujours une certaine partie de métal réduit par l'action du calorique ; de sorte que, si on l’employait en injection, on ne connaîtrait Jamais au juste la quantité de nitrate d'argent par rapport à celle de l’eau. H n'en est pas de même de l’azotate neutre non fondu; mais, toutes mes expériences ayant été faites avec l’azotate acide ( nitrate d'argent cristallisé ), je ne parlerai que de celui-là.

2.° Quant à ce qui concerne la dose du remède, je ne suis arrivé à la trouver, qu'après une série de tâtonnemens. En proposant une substance aussi active que le nitrate d'argent , il m'était facile de prévoir les reproches que l’on pourrait m'adresser , et J'ai dû me mettre en mesure d'y répondre. Pénétré de cette idée que le plus grand nombre des écoulemens tiennent plutôt à une sécré-

tion morbide et surabondante de la muqueuse de l’urètre , qu'à une véritable transformation de tissu , j'ai eu seulement pour objet de modifier la sensibilité des parties malades. Aussi, ai-je dit à la personne que j'avais chargée de faire des essais sur le degré d'activité à donner à mes injections , que , pourvu qu'elles fussent légèrement styptiques , c'était là tout ce que je désirais.

Un quart de grain de nitrate d'argent cristallisé par once d'eau disüllée , m'ayant paru remplir les conditions voulues, je m'en suis tenu à cette dose. Toutefois , comme la sensibilité des individus et de leurs organes respectifs est souvent trèsvariable , dans quelques cas j'ai senti le besoin de ne faire mettre qu’un sixième ou un huitième de grain d'azotate d'argent par once d’eau , et dans d’autres , un tiers ou même un demi-grain sur la même quantité de liquide. En définitive , après avoir expérimenté sur près de deux cents sujets, je suis resté convaincu que la première dose , celle d’un quart de grain de nitrate d'argent par once d'eau distillée , était celle qui convenait au plus grand nombre de malades.

3.° Peut-on, en pratiquant des injections de cette nature , se servir indistinctement de toute espèce de seringue ? Non ; et c’est là une question qu'il m'a fallu encore chercher à résoudre. Quant à la

seringue d’étain , qui est la plus usitée, quelque faible que soit la quantité de nitrate d'argent que l'on emploie , il y a bientôt décomposition , et l'instrument ne tarde pas à perdre le poli métallique qu’il avait. Il faudrait done, rationnellement parlant , renoncer à cette espèce de seringue. Cependant, il est de mon devoir de le dire, les malades que j'ai traités à l'hôpital, n’en ont pas employé d'autre. Celle dont se servait l’infirmiermajor étant toujours la même , serait-il arrivé que la couche d'oxyde métallique qui la recouvrait, ait fini par la mettre à l'abri de l’action du nitrate d'argent , et que ce dernier ait conservé ainsi toute sa pureté? Quoi qu'il en soit , si l’on se sert de la seringue d’étain , on devra faire en sorte de ne laisser séjourner le liquide dans son intérieur , que le moins de temps possible.

La seringue d'argent fait subir , mais moins vite et à un plus faible degré que celle d’étain , une décomposition au liquide injecté. Viennent ensuite celle de nacre, d’écaille, d'ivoire et d’os, dans lesquelles cependant la décomposition est presque nulle, pourvu qu’on ne laisse la liqueur qu'une ou deux minutes dans l'instrument. Resterait donc la seringue en verre. Toutefois, commeil est très-difficile d’avoir un tube parfaitement cylindrique , et que, pour assurer le jeu du piston , il

faut alors avoir recours à l'éponge , le nitrate d'argent est nécessairement altéré. En résumé, la seringue d'os est celle qui paraît le mieux convenir , en raison surtout de la modicité du prix. Mais , il faut encore avoir le soin de garnir le piston avec du liége ou du euir , et jamais avec du chanvre, ni du coton. Il importe aussi de ne pas employer l’eau de savon pour faire jouer la seringue.

Celle dont je me sers habitueilement, contient environ huit gros de liquide, et par conséquent l'équivalent d’un quart de grain de nitrate d'argent par injection.

4.° Quoique ceux qui jusqu'ici ont proposé ce mode de médication contre la blennorrhagie, aient conseillé, presque (ous, de comprimer le périnée, afin, disent-ils, d'empêcher ie liquide de parvenir dans la vessie, j'ai cru devoir déroger à cette règle. Et, en effet, en ne faisant parcourir au hquide injecté qu’une partie de la porüon spongieuse de ce canal, ne se prive-t-on pas souvent de l'avantage de mettre en contact ce même liquide avec les organes affectés? Certes , je suis loin de reconnaître que la cause de tous les écoulemens soit à la portion prostatique du conduit génito-urinaire; mais on ne niera pas du moins, que c’est là qu'existe le plus ordinairement le mal,

(23 ) surtout lorsque l’écoulement est ancien. Du reste, il n’est pas un seul point du canal où la blennorrhagie ne puisse avec le temps établir son siége(1). Aussi, sauf quelques légères exceptions , ai-je le soin de recommander aux malades d’uriner quelques instans avant de faire l'injection , et de ne rendre le liquide qu'après l'avoir laissé séjourner cinq où six minutes dans la vessie. Il convient encore que le malade soit debout pendant que l'injection est faite, et qu'il ne la pratique pas lui-même, sans quoi une grande partie de cette

(1) Si la douleur qui accompagne la gonorrhée se fait particulièrement sentir au-dessous du frein , on ne doit l’attribuer qu’à l'influence sympathique qu’exerce la partie profondément enflammée sur l'extrémité du

canal, que la nature a doué, non sans intention, d’ane sensibilité animale particulière, comme nous le témoigne le prurit incommode qui annonce le besoin d’uriner, ou la présence d’un calcul dans la vessie, Les pesanteurs au périnée, les douleurs sourdes, mais continuelles , les ténesmes qu’on observe si fréquemment dans la maladie qui nous occupe, ne sont-ils pas encore de nouvelles preuves que les parties profondes de l’urètre, la glande prostate même, sont plus souvent enflammées qu’on ne le pense ordinairement P (Desault; Journal de Chirurgie, tom, IT, pag. 260 et 349. ) |

(24) dernière se perd, et le remède ne produit plus dés- . lors l'effet qu’on en attendait. Tout cela est plus important qu'on ne pourrait le croire.

Que l’on ne m'objecte pas qu'en poussant l’in- Jection jusque dans la vessie , le nitrate d'argent peut exercer une action fâcheuse sur la surface interne de cet organe; la réponse est facile et péremptoire : parmi tous les sujets auxquels j'ai appliqué mes injections, à n’en est pas un seul qui ait présenté Le moindre symptôme de cystite. C'est même là ce qui a donné, en si peu de temps, un si grand crédit à ce mode de médication, et ce qui a engagé tant d'élèves en médecine à l'adopter.

».° Lorsque les injections sont prescrites à propos et pratiquées d’une manière convenable , le malade n’éprouve aucune douleur ; à peine y a-til un peu de prurit dans le canal, et l'écoulement disparaît, la plupart du temps , en quatre à cinq jours, quelquefois même à la seconde ou troisième injection, Dans quelques cas, au contraire, l'écoulement devient plus épais et un peu plus abondant, mais toujours sans fièvre, sans douleur et sans pissement de sang. Bientôt il diminue de nouveau, il se montre de plus en plus limpide , et en sept à huit jours, la blennorrhagie a COM= plétement cessé,

6.° Je suis dans l'habitudede faire pratiquer deux injections par jour , une le matin et l’autre le soir. Si , pendant l'administration du remède , l’écoulement augmente trop d'intensité et qu'il survienne de la douleur dans le canal , j'en suspends aussitôt l'emploi, car alors les injections n’agiraient plus comme je l’entends ; elles pourraient même avoir des inconyéniens, Je me garde bien cependant d'y renoncer en entier : il en est des injections comme de tous les autres remèdes ; le mérite du praticien consiste à en suspendre HasMueron l'usage, pour y revenir ensuite.

Chez certains malades, j'ai jugé à propos de n’employer qu’une seule injection par jour ; mais je n’ai Jamais dépassé en tout le nombre de quinze (1). Je dois même faire observer à cet égard , que, lorsque l'écoulement résiste jusqu’à ce point , il est rare qu'il n’y ait pas dans le canal une ulcéra-

(1) Je ne partage pas du tout l’avis de ceux qui, tels que Swédiaur ou Lagneau , pensent que lors même que l’écoulement est arrêté, il faut encore faire des injections pendant sept à huit jours : il m’a semblé voir, au contraire, qu’en y insistant trop longtemps, l'écoulement ne tardait pas à reparaître. Ceci s’applique encore au nombre des injections à faire dans la journée : je n’ai jamais été au-delà de deux.

tion , un rétrécissement , ou bien un état fongueux de la port on prostatique de l’urètre; c'est ce qui ma conduit à établir dans mes leçons cliniques un principe qui me paraît fondamental, à savoir que, dans l'étude et le traitement des blennorrhagies tant soit peu anciennes , il importe souvent d’avoir recours au cathétérisme.

Puisque la conformation des parties sexuelles de l’homme nenous permet pas d'appliquer le sens de la vue à l'étude des maladies de ce système d’organes, pourquoi n'emprunterions-nous pas au toucher les lumières qu'il peut fournir? N'est-ce pas, en effet, à l’aide de la sonde que nous parvenons à connaîlre le siége et la nature des altérations diverses que la membrane génito-urinaire peut avoir subies ? Je lui dois beaucoup pour ma part, dans la guérison Ges malades que j'ai eu à traiter , et ce n’est qu'après avoir mis en pratique le cathétérisme, que j'ai pu, dans bien des cas, dire d'avance: tel écoulement doit céder à l'emploi des anti-phlogistiques ou des balsamiques, tel autre réclame impérieusement les injections ou la cau- {érisation.

« Foutes les fois que nous sommes consulté pour une blennorrhée, a dit Swédiaur , notre premier soin doit être d'examiner : 1.9 si la maladie doit son origine à une blennorrhagie précédente ; 2.°

quel endroit de l’urètre ou de la vulve est le siége du mal ; 3.° si c’est un simple relâchement de la surface sécrétoire de l’urètre ou du vagin ; 4.° si elle est accompagnée d’une excoriation ou ulcère ; 5.° si elle est compliquée avec un gonflement de quelque glande dans le canal de l’urètre, ou avec une maladie de la prostate; 6.° si le ecanal est parfaitement libre, ou s’1l y a un rétrécissement dans quelque endroit de l’urètre ; "7.2 enfin, si la maladie est entièrement locale , ou si elle est accompagnée des symptômes d’une vérole répandue dans le système du corps (1). »

C'est en procédant de la sorte, que J'ai encore constaté que la blennorrnagie est la mère de toutes les infirmités des organes génito-urinaires , et que livrer les écoulemens chroniques à la nature, c'est exposér les malades à mille dangers. La plupartdes lésions de la prostate, de la vessie, des uretères et même des reins reconnaissent-elles d'autres causes ?

1.° Malgré tout ce que j'ai déjà dit, on m'aurait mal compris , si l’on s’imaginait que je propose Jes injections avec le nitrate d'argent contre les

(1) Swédiaur; Traité des malad.syphil., tom. I, pag. 209,

(28) écoulemens de l’urètre , sans avoir égard en rien aux causes variées qui peuvent les produire. Je n'entends parler ici que de ceux qui ne proviennent d'aucun état particulier de l’économie qui exige une médication spéciale , tel que le vice syphilitique , dartreux , rhumatique , etc. (1)

Ce n'est pas que je n’aie appliqué mes injections , même avec succès, à un très-grand nombre de malades auxquels on eût fait subir autrefois un traitement anti-vénérien , puisque la blennorrhagie

(1) Ilest aussi des écoulemens qui tiennent à la rétrocession d’une humeur goutteuse. Bell, Traité de la gonorrhée virutente et de la maladie vénérienne, tom. I, pag. 489; Barthez, Traité des maladies qoutteuses. tom. IT , pag. 524. — La blennorrhagie peut encore tenir au tempérament scrophuleux de l'individu. Baumes , Traité du vice scrophuleux, pag. 368.

Le travail de la dentition , la présence des vers ascarides dans l'intestin rectum , les tumeurs hémorroïdales, donnent lieu à leur tour à des écoulemens par l’urètre.

Enfin , on a encore des faits qui prouvent que Îa sonorrhée peut régner épidémiquement, sans qu’il soit nécessaire, pour en être affecté , d’avoir eu commerce avec des femmes. (Observat, médic.-chirurgq.s Blassius. Magdebourg , 1751.)

était survenue à la suite d’un coït impur. Mais ; en admettant même que la blennorrhagie puisse donner lieu à la vérole ( chose que je crois), les faits ne sont-ils pas là pour démontrer que, chez l'homme, et peut-être plus encore chez la femme, il est beaucoup d’écoulemens qui ne sont pas vénériens ? C’est ce dont je me suis assuré moimême , en me livrant à une série d'expériences sur l’inoculation du virus gonorrhoïque et syphili- {ique.

Ainsi done , à moins que l'écoulement ne coexiste avec des bubons , des chancres ou des pustules humides sur les parties sexuelles; ou bien, à moins qu'il ne survienne pendant la durée d'un traitement anü-syphilitique , je ne considère jamais la blennorrhagie que comme une maladie infiammaloire , et je ne me suis pas aperçu jusqu'à présent , que cette manière d'envisager les écoulemens de l’urètre ait eu de fâcheux effets (1). Je

(1) Je me borne à dire que la majorité des praticiens instruits regardent généralement le mercure comme inutile et sans avantage, dans tous les cas de gonorrhée. Ce fait prouve que si les symptômes vénériens sont quelquefois une suite de la gonorrhée , cela est très-rare. ( Dictionnaire de chirurgie-pratique, par Samuel Cooper , art. Injections, t,1, p. 563.)

(30 ) dis plus : alors même que la blennorrhagie est syphilitique , le traitement anti-vénérien ne suffit pas toujours pour éteindre l'écoulement. Le plus souvent, 1l reste encore un suintement léger, tantôt opaque et tantôt transparent, qui n’est dû qu'à un état d'atonie de la membrane muqueuse de lurètre devenu en quelque sorte habituel , et qui cède comme par enchantement à l'emploi des injections avec le nitrate d'argent. C'est là que la

Considérant que les urétrites étaient rarement suivies d’accidens secondaires, il tenta de soustraire cette forme de la maladie à l’ancien traitement, en se bornant aux anti-phlogistiques, et il eut la satisfaction de constater l'efficacité de ce nouveau mode sur plus de 460 militaires. Maïs, pour les urétrites chez les filles publiques , il ne crut pas devoir quitter brusquement ie mercure; il le diminua graduellement, en l’associant à l’opium , insista surtout sur le repos, Je régime, les bains , et ne tarda pas à voir le mal s’'amender. C'était en 1833. I1 lui restait des craintes pour l'avenir de bo femmes sur 346, que des motifs graves avaient soustraites au spécifique , et il conservait des doutes sur la guérison radicale de 120 urétrites. L'expérience de l’année suivante le rassura, etc. ( Paroles de M. Baré; Procès-verbaux des séances tenues par les Médecins de Nantes , pour discuter da valeur des doctrines nouvelles , relativement à {a nature et au traitement de la syphilis. )

(31) méthode de traitement que je propose, s'offre avec tous ses avantages. Les élèves qui ont suivi ma clinique, doivent se rappeler encore que les écoulemens les plus anciens ont été, en général, ceux dont j'ai le plus facilement triomphé.

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