‹ Mémoire sur l'efficacité des injections avec le nitrate d'argent cristallisé, dans le traitement des écoulemens anciens et récens de l'urètreChapitre 5 sur 15 · TROISIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME OBSERVATION

Blennorrhagie de cinq ans de date, co-existant avec un chancre sur le préjuce : vingt grains de sublimé à l’intérieur , le chancre disparait, la blennorrhagie persiste. Ingections avec l’eau froide, opiat balsamique ; l'écoulement ne disparaît pas. [njections avec le nitrate d'argent cristallisé, guérison complète,

Henry, chasseur d'Afrique , âgé de 36 ans , d'une constitution forte, entra à l'hôpital Saint- Éloi, le 14 juillet 1835 , ayant un chancre sur le prépuce depuis environ trois semaines , et une biennorrhagie qui datait de cinq ans. Cette dermère était accompagnée d’une légère douleur dans le canal; l'écoulement , sans être trop abondant, avait une couleur jaune-verdâtre, et devenait fort épais dans certains momens.

Je crus d'abord pouvoir considérer la blennor-

rhagie comme étant de nature syphihitique, et j'administrai le sublimé à l’intérieur et en pilules ; Le malade en prit environ vingt grains. Le chancre disparut bientôt ; mais la blennorrhagie persistait toujours , quoique moins intense. J’essayai alors les injections avec l’eau frappée de glace ; elles ne produisirent aucun amendement. L’opiat balsamique donné à l'intérieur , fut aussi sans effet.

Enfin, l'écoulement étant devenu moins abon- . dant et plus clair , Henry fit deux premières injections avec le nitrate d'argent, dont il se trouva bien. Deux nouvelles injections faites Le jour suivant, mirent fin à la maladie. Le lendemain à la visite , le malade ne pouvait assez témoigner sa satisfaction.

Réflexions. — Il s'agissait encore , dans ce cas, d’une blennorrhagie fort ancienne; et cependant, j'ai suivi une méthode de traitement bien différente de celle que l’on m'a vu adopter à l'égard de Wissenger. La raison en est simple : c’est qu'il y avait ici complication , et que tout autorisait à penser que l'écoulement était de nature syphilitique. Employer les injections , avant d’avoir cherché à détruire la cause que je pouvais supposer entretenir la blennorrhagie , c'eût été me conduire d’une manière anti-médicale.

Tout cela est très-rationnel, sans doute; mais,

ne vous faites pas illusion à ce sujet ; on est, en général, trop porté à considérer comme vénériens tous les écoulemens qui ont lieu par lurètre. De là , cette routine générale de prescrire un traitement mercuriel , ou cette rage , pour me servir des expressions de Swédiaur , de donner le sublimé corrosif à tous les malades affectés de la chaude-pisse.

On peut en dire autant des excoriations qui se manifestent sur le gland , sur le prépuce ou sur la verge. Combien ÿ en a-t-1il qui ne sont pas de nature syphilitique ! Voilà pourquoi il me paraît très-essentiel de s'occuper à trouver les moyens propres à distinguer les ulcérations et les blennorrhagies vénériennes , de celles qui ne le sont pas. C'est là ce que je fais depuis plus d'un an.

Parce que toutes les recherches auxquelles on sest livré jusqu'ici ont été infructueuses , est-ce un moûf pour se laisser arrêter ? Non ; il est tant d'autres choses que l’on a si long-temps et vainement cherchées , et que l’on a fini par découvrir. Voudrait-on dire par hasard encore, avec Gabriël Fallope : « Si vous me demandez comment on distingue la gonorrhée vénérienne, de celle qui ne l'est pas , je répondrai que rien n’est plus difficile et plus embarrassant : l’une et l’autre se gagnent par le coït ; la couleur de la matière est la même

(38 ) dans les deux cas (1). » La chose est difficile, j'en conviens; mais la science en est-elle toujours au même point? Les travaux des modernes n'ont-ils pas déjà soulevé un coin du voile ?

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