CINQUIÈME OBSERVATION
Blennorrhagie : injections avec l'extrait de saturne (acétate de plomb), inflammation , rétention d’urine. Entrée à l’hépitat St-Éloi: moyens antiphlogistiques, opiat balsamique, l’écoulement augmente ; injections avec le nitrate d'argent cristatllisé, guérison.
Le nommé Barré, grenadier au 34° régiment de ligne, âgé de 27 ans, d'un tempérament
bilioso-sanguin , eut, en mars 1834, une blennorrhagie qui disparut au bout de quarante-six jours par l’usage des balsamiques. Vers le mois d'août de la même année, il contracta une nouvelle blennorrhagie, à laquelle il opposa les mêmes moyens, mais vainement. Îl crut alors devoir faire usage des injections avec l'extrait de saturne légèrement étendu d’eau ; mais il en résulta une inflammalion tellement vive du canal, quil y eut rétention d'urine. Il se rendit dès ce moment à l'hôpital d'Alais, d’où il fut bientôt expédié sur l'Hôtel-Dieu de Montpellier, où il entra e 16 septembre 183%.
Je commençai d’abord par prescrire le repos , la diète, les bains et l'application d'un grand nombre de sangsues au périnée. Après la chute des accidens inflammatoires , je fis usage de l’opiat balsamique durant un mois environ , et pourtant l'écoulement, loin de diminuer , parut, au contraire , s’accroître. C'est alors seulement que j'ordonnai les injections avec. le nitrate d'argent: e était le 19 novembre 1834.
On n'en pratiqua d’abord qu'une par jour, qui donna lieu à une légère cuisson dans le canal, et suspendit presque à l'instant l'écoulement. Bientôt, on les répéla matin et soir, et l'écoulement reparut, mais à un très-faible degré. On insista sur
(42) l'administration du remède , et l'écoulement tarit de nouveau. Le malade fut mis en observation pendant plusieurs jours, et dès le 1° décembre, il put se mettre en route pour aller rejoindre son corps.
Réflexions.— Ce fait trouve naturellement sa place à la suite du précédent: il existe toutefois cette différence entre l’un et l’autre, que, dans le premier cas, les injections que l’on a faites avec le sulfate d'alumine et de potasse, ont été seulement inefficaces ; tandis que, dans ce dernier , celles avec l’acèétate de plomb presque pur, ont causé une urêtrite tellement intense, qu'il y a eu rétention d'urine. Voilà précisément ce qu'il fautéviter, à moins d'encourir, à juste titre, les reproches que l’on adresse journellement aux injections.
Quoique, lorsque le malade est arrivé à l'hôpital, l'imflammation de l'urètre eût beaucoup diminué, je me suis bien gardé de le soumettre de suite aux injections. Ce n'est que deux mois plus tard , et après avoir vu les moyens anti-phlogistiques et les balsamiques échouer , que je me suis décidé à faire usage du nitrate d'argent; encore n’ai-je prescrit, dans le commencement, qu'une seule injection. C’est ainsi que je me suis mis à l'abri de toute espèce d'accident, et que j'ai eu la satisfaction d'ajouter un succès de plus à ceux que j'avais déjà obtenus.