‹ Mémoire sur l'embryogénie des mollusques GastéropodesChapitre 2 sur 8 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

Les phénomdnes qui enveloppent le grand mystère de la génération des animaux ont fixé depuis long-temps l'attention des savans, et sont bien dignes de leur étude. Il est curieux d'assister à ce sublime spectacle, de percer d'un œU scrutateur le Toile dont la nature a enreloppé ce mystère, de voir la Tie animer la matière organisable, et les organes constitutifs se développer successiTement jusqu'à ce que l'être nouveau soit formé sur le type des parens auxquels il doit l'existence.

Beaucoup de naturalistes ont cherché à exposer ce grand mystère; cependant, la connaissance des lois générales qui président à l'organisation et des métamorphoses successives que présente l'embryon, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, laisse encore beaucoup à' désirer.

Depuis Aristote , il n'est point d'anatomiste qui n'ait étudié le déve-

loppement de l'embryon de l'œuf de la poule; réIéTation de Fespèce dans l'échelle des êtres, la facilité d'observer son système circulatoire par suite de la coloration du sang, la grosseur de ses œufs, la commodité de pouvoir se les procurer à chaque instant de l'incubation, ont fait que c'est sur cet animal que se sont dirigées le plus grand nombre d'observations. Cependant, malgré des avantages aussi incontestables, l'œuf de la poule offre de bien grandes difficultés. Le plus grand obstacle qui s'offre à l'observateur réside dans l'opacité des tégumens de l'œuf qui ne permet pas d'apercevoir l'embryon sans rompre les enveloppes qui l'entourent, et cette rupture entraînant avec elle la dislocation des parties constitutives, détruit immédiatement l'objet qu'il s'agit d'étudier. En second lieu l'embryon du poulet, ainsi que celui de la plupart des animaux supérieurs, est opaque et ne permet pas de voir ce qui se passe dans son intérieur.

Pour suivre avec facilité toutes les phases tant internes qu'externes de l'embryogénie, il fallait trouver un être dont l'œuf fût transparent et l'embryon lui-même diaphane, de manière à apercevoir tout ce qui s'y passe sans devoir recourir à la rupture de l'œuf j ayant trouvé ces conditions dans les œufs des mollusques, j'en ai fait l'objet de ce Mémoire. J'ai retiré de cette étude un autre avantage, celui de connaître les diverses phases de l'embryogénie des animaux inférieurs qui, suivant la judicieuse observation de M. Serres, sont eux-mêmes comme des embryons permanens des animaux supérieurs , de sorte que cette étude peut servir à éclaircir les points les plus importans des premières phases de l'embryogénie des animaux supérieurs et de l'homme.

L'embryon animal ne présente pas, comme on l'a avancé, l'organisation en petit de l'être parfait de son espèce ; il n'est point la miniature des parens qui lui ont donné naissance- Dans son état originel, il consiste uniquement en matières organisables plus ou moins fluides, qui n'offrent aucune trace de tissus ni d'organisation, mais qui, bientôt se transforment en tissus et donnent peu à. peu naissance aux divers organes. La manière dont s'opère cette transformation des fluides en tissus est encore inconnue, elle est cependant la base de tout l'orga-

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nisme. On sait, Â la vérité, que les globules solides suspendus dans certains fluides organiques, tels que le tait, le sang, etc., peuvent, sous l'empire de circonstances données, s'agglomérer en une masse solide; mais cette masse n'est qu'une simple concrétion, un coagulutn qui n'offre aucun tissu organique. Or, on ne peut méconnaître que dans les corps organiques les tissus seuls sont organisés et doués de la vie; les fluides servent à les former et à les entretenir, il en sont l'élément primordial et l'auxiliaire de chaque instant, c'est par eux que nous existons et que nous vivons, mais ils n'ont rien d'organisé, ils ne sont ni l'existence ni la vie. On ne peut donc rien conclure de la formation de ces concrétions à celle des tissus organiques. C'est donc le mode de formation des tissus organiques qu'il importe de rechercher, et c'est sur quoi j'ai dirigé mes études dans le cours de ce Mémoire.

J'ai choisi pour objet de mes observations les œufs de Limnée, Â cause de leur transparence et de la facilité de les conserver dans le liquide. Gela aura encore cet avantage que l'on pourra mieux comparer mes recherches aux observations très-incomplètes, présentées par M. Carus dans son ouvrage intitulé : Von den aussem Lebensbedingungen der Weiss-und KaUblûHgen tkiere. (Des conditions extérieures de la vie chez les animaux à sang blanc et froid.)

L'espèce qui a servi à mes observations est le Limneus ovalis dont la coquille est représentée pi. 1 , fg. 1 A. J'ai aussi observé le développement d'autres espèces du même genre et de plusieurs autres tels que Plauorbe, Physe, Limace, etc.; mais l'ensemble des faits étant le même, j'ai cru pouvoir me borner à la description d'une espèce, afin de faire mieux ressortir les diverses phases de ses développemens.

Ayant observé depuis long-temps que la durée du développement des œufs de mollusques avait lieu en raison de la température, de sorte qu'en été ce développement est extrêmement rapide, tandis qu'il est très-lent an premier printemps, j'ai choisi cette dernière saison pour mes observations. Eneflèt, à l'époque de l'apparition du système nerveux, les phases du développement se succèdent d'une manière

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tellement rapide qu'il est presque impossible de les suivre pendant les chaleurs de l'été, tandis qu'au premier printemps, ces phases, ralenties par l'abaissement de la température, permettent bien mieux de les suivre et de les étudier. Cette observation rend compte des différences qui existent entre les résultats de M. Stiebel et ceux de M. Carus. Si M. Stiebel n'a reconnu les premiers vestiges du cœur que le seizième jour, tandis que M. Carus dit les avoir observés le huitième, il ne faut pas en conclure qu'il y ait erreur de part ou d'autre, maïs seulement qu'ils ont observé à des températures différentes.

Les œufs des mollusques gastéropodes aquatiques sont parfaitement diaphanes et limpides comme une goutelette d'eau, de sorte qu'ils laissent entrevoir avec la plus grande facilité tous les développemens de Tembryon. Ceux des gastéropodes terrestres sont fréquemment opaques ou obscurs. Chez ces derniers, les œufs sont libres, inadhérens, et non réunis en frai; chez les mollusques d'eau douce au contraire, ils sont réunis en assez grand nombre en un frai de forme variable, an moyen d'une agglomération de substance albumineuse, dont nous verrons plus tard la destination. Chez les Limnées le frai est très-allongé , tandis qu'il est très-court et même presque ovale dans les Physes et les Paludines ovipares ; dans les Flanorbes il est peltiforme. Les Flanorbes présentent encore cette particularité que le frai est totalement inadhérent aux corps voisins, et qu'il tombe au fonds de l'eau, tandis que les mollusques aquatiques des antres genres attachent leur frai aux plantes et aux corps solides qu'ils rencontrent.

Si l'on examine le frai des Limnées immédiatement au moment de la ponte , on voit qu'il ne possède aucun tégument propre , mais qu'il est simplement formé d'une matière albumineuse évacuée par l'animal an fur et à mesure qu'il pond ses œufs et qui ne difilère en rien de l'albumen contenu dans l'œuf, ainsi que le démontre l'analyse chimique. Cette matière est fournie par l'oviducte pendant le passage de l'œuf des mollusques. Une partie pénètre alors dans l'intérieur de l'œuf dont la membrane est déjà toute formée à cette

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époque, et le surplus forme une coulée qui, agglutinant les œufs entre eux , devient le frai que nous observons. Plus tard ce frai paraît contenu dans une membrane très-mince et pellucide que l'on reconnatt très-distinctement. Il y a donc métamorphose de la partie externe du firai, qui de fluide qu'elle était, se transforme naturellement en une membrane solide. C'est un fait très-utile à remarquer, et qui nous mettra sur la voie de la théorie de la transformation des fluides organisables en solides.

Je présenterai encore une observation pour terminer ce qui est relatif au frai. Dans les premiers temps de son existence, sa substance est très-dense et très-consistante, tandis qu'au moment où les œufs sont près d'éclore , elle devient molle et fluide. Que l'on ne pense pas que cette diminution de densité de la coulée albumineuse est due au temps qui s'écoule entre la ponte et l'éclosion ; car si des œu& sont pondus avant l'hiver, sa densité reste la même pendant toute la froide saison, tandis que pendant l'été la diminution de densité est aussi rapide que le développement de l'embryon. Ainsi cette diminution de densité est en rapport, non pas avec le temps que le frai a parcouru, mais avec la rapidité du développement de l'embryon, d'où il faut conclure que c'est ce développement qui l'occasionne. Voici comment j'explique ce curieux phénomène. L'embryon des mollusques prend un accroissement rapide et considérable aux dépens des particules nutritives tenues en suspension dans l'albumen contenu dans l'œiif , et par là cet albumen doit nécessairement perdre de sa densité. Alors l'albumen externe composant la coulée, se trouvant d'une densité plus grande que l'albumen interne, il s'opère, en vertu de la loi d'endosmose, un effort constant à travers la membrane de l'œuf qui tend à rétablir l'équilibre, en transportant les parties nutritives à l'intérieur, ce qui fait que l'albumen externe fournit à la nourriture de l'embryon comme l'albumen interne de l'œuf. Par cette sage prévoyance, la nature a voulu qu'aucune des parties nutritives de l'albumen ne fut perdue; elle a voulu aussi que le jeune mollusque pM, à sa naissance, traverser facilement la coulée qui en-

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toare les œufs, ce qui lui eût été difficile si sa deusité fut restée telle qu'elle est après la ponte.

I« Phase. — lîNERTlE. (Germe).

!"■ JouH. — OEuf» au moment de la ponte. (PI. 1, fig. 1, B-H.)

TEBPtiATiiBi. — 9 h. du matin. + S,î centig.

— Midi . . . + 8,9.

— 9h.duaoir . +- 2,3.

Si Ton examine un œuf de Limnée au moment de la ponte, on voit qu'il est composé de trois parties distinctes , l'enveloppe , l'albumen et le globule embryonaire. L'enveloppe est mince et parfaitement diaphane, sa forme ovale détermine celle dé l'œuf. L'albumen est d'une limpidité parfaite et ressemble à une goutelette d'eau ou de cristal. Le globule embryonnaire est petit , ponctiforme , opaque , et situé vers la base de l'œuf à l'enveloppe duquel il parait d'abord attaché (pi. 1, fig, \, D). Au moment de la ponte, le globule embryonnaire est d'une forme irrégulièrement globuleuse, et je n'y ai observé aucune trace de hite qui paraîtra plus tard. C'est l'embryon que M. Carus a désigné sous le nom de sphère vitelline, expression suivant moi trèsimpropre , puisque l'œuf des mollusques gastéropodes est totalement privé de vitellus. Nous verrons en effet ce prétendu vitellus, se transformer lui-même en un jeune mollusque par une suite de métamorphoses, ce qui démontre que c'est réellement l'embryon et non un vitellus.

Tel est l'état de l'œuf fécond au moment de la ponte, mais on observe souvent des œuls où la matière qui compose l'embrygn est disjointe et forme des espèces de grumeaux gélatineux (pi. 1,/!^. 1, F.) Ces œufs sont inféconds, ce qui prouve que pour que la fécondation ait lieu, il est nécessaire que les molécules destinées à former l'embryon aient pu se concentrer en une masse compacte, sans laquelle les molécules organisables restent sans action. L'agglomération de

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ces molécules est donc la première condition de la génération , c'est une loi invariable de la nature. De même dans les conjugées nous Toyons les spires et les étoiles contenues dans les articles se fondre et se réunir en un seul corps qui devient ensuite un embryon.

L'œuf infécond des mollusques {jig. 1 , F), comparé à l'œuf fécond {Jig. \, E) nous présente donc un grand enseignement ^ il démontre que l'embryon de ces animaux ne se compose de prime-abord que d'une masse de molécules agglomérées entre elles, ainsi qu'on l'observe dans les végétaux chez les conjugées. Pour s'assurer de cette vérité, il suffît de comprimer un embryon entre deux fines lames de verre, sous le champ du microscope : alors on voit distinctement que le globule embryonnaire ne se compose que d'une agglomération de grumeaux gélatineux absolument semblables à ceux qui sont contenus dans l'œuf infécond, sans aucune trace de tissus organiques (pi. 1 , p,g. \, G). Ainsi le globule embryonnaire n'est qu'un aggrégat de matière inerte. Plus tard ce globule, qui n'offre aucune trace d'organisation, deviendra organisé, il présentera une enveloppe générale et un système cellulaire à l'intérieur ; plus tard encore , par une suite de métamorphoses, il donnera naissance à un animal parfait; ainsi un être organisé naitra de ce globule inerte et sans organe, lorsque la vie, qui est l'électricité positive des tissus organiques, viendra l'animer.

Un point très-important à éclatrcir, était de connaître la nature chimique du globule embryonnaire. Pour arriver à cette fin, j'ai soumis des œufs soit entiers, soit écrasés, à divers réactifs, et voici ce que j'ai observé.

L'acide sulfnrique concentré mélangé de sucre a coloré la liqueur contenue dans l'œuf en rouge et l'embryon en violet (pi. 1 , fig. 1 , H). La coloration en rouge par le réactif que je viens d'indiquer , montre que la liqueur contenue dans l'œuf est réellement de l'albumine. Quant à la coloration de l'embryon en violet, il importe de ne pas perdre de vue que cette couleur se compose de deux rayons lumineux , l'un rouge et l'antre bleu. Le rouge étant déterminé par l'albumine que l'œil doit traverser et dont l'embryon est pénétré , on doit considérer ce dernier

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comme étant coloré en bleu par l'effet de l'acide sulfurique concentré mélangé de sucre. Or, on sait que le mucus a la propriété d'être coloré en bleu par les acides. U est donc présumable cpie l'embryon doit être considéré comme originairement formé de mucos. Ainsi le mucus serait la base de l'organisation animale, lorsqu'il est en contact avec l'albumine qui lui sert de matrice et d'alimentation.

Je dois toutefois déclarer que le mucus rejeté par les limaces ne m'a pas offert le phénomène du bleuissement par les acides, si remarquable dans le mucus qui enveloppe les poissons. J'ai tenté Â cet égard beaucoup d'expériences sans arriver à un résultat pleinement satisfaisant.

Six heure» aprè» la ponte (pi. 1, fig. I-K.)

Le globule embryonnaire qui était attaché à la paroi latérale de l'œuf est maintenant libre et inadhérent , il est toujours totalement rond, opaque, et d'une couleur obscure. On remarque sur le côté un hile muqueux et diaphane (fig. 1, K, a) qui est la vésicule de Purkinje. Plus tard nous verrons ce hile s'élargir, s'ouVrir en fente et donner naissance au pied et à la tête de l'animal , tandis que le reste de la périphérie du globtde deviendra le manteau. Je ne pense pas avec M. Carus que ce hile devienne l'axe de rotation, rien n'étant démontré à cet égard.

2= JocK. — (PI. l.fig.t, Â-C.)

TiMniiTiru. — 9 h, du matin + 3,1 centtg.

— midi. . . . + 6,8.

— ' 9 b. du soir . + 4,0.

Le globule embryonnaire s'est considérablement accru , et déjà il

est doublé en grosseur. On remarque une compression à la partie qui

environne le bile et une autre à la partie opposée, de sorte que l'em-

' bryon est comprimé à ses deux pèles. Le hile de son cêté s'est pro-

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longé et parait formé de denx globules diaphanes, qui ne tardent pas à se séparer et à se détacher l'un de l'autre {fig. % C, a, b.)

Je pense que M. Carus s'est trompé lorsqu'il représente l'embryon pourm de deux hiles et lorsqu'il indique ces hiles, comme formant plus tard l'axe de rotation de l'embryon '. Suivant moi , le htle est unique et c'est vraisemblablement lui qui, plus tard, devient la cieatricule laquelle donne issue au pied et à la tête de l'animal ; si cette opinion est fondée, il n'est pas douteux que l'axe de rotation serait par les deux côtés latéraux de l'embryon et non par le hile. Toutefois le hile disparaissant complètement le 4° jour pour ne reparaître que le Séjour, après diverses métamorphoses, il est impossible d'assurer avec une précision rigoureuse que sa situation primitive correspond avec sa position finale, quoique tout tende  faire croire qu'il en est ainsi.

3"= JouK. — (PL 1, fig. 3, A-S.)

TnptiâTau. — 9 h. du matia. + 7,1 centig.

— midi . . . . + 9,3,

— 9 b. da soir . ■+- B,6.

Une notable métamorphose s'est déclarée dans le globule embryonnaire qui a pris une forme totalement différente de celle qu'il oflrait hier. Sa périphérie s'est divisée en cinq lobes peu profonds; le centre du globule est plus diaphane que sa périphérie; le hile est situé entre deux lobes ; rarement il est externe. Dans cet état l'embryon paraîtrait devoir donner naissance à un être radiaire et nullement à un animal pair. Ainsi avant que d'adopter la distribution binaire qu'il affectera plus tard, l'embryon passe par la division radiaire, qui caractérise les animaux inférieurs; de sorte qu'il est radiaire avant que d'être mollusque.

Il est digne de remarque que l'état actuel de l'embryon des Limnées ,

■ Carat,yo»d«nuMuerem LebtnêbediugiÊngv»(i»r*etii$-tMd)uiitUtitig»iiTkien, p. 58, t. 1,

As- iv, ^■

correspond à l'état de l'œuf des grenouilles^ trois heures après la fécondation, et qui se trouve représenté par fSM. Prévost et Dumas, pi. 6, fig. G , de leur 2™^ mémoire inséré dans le second volume des Annales des sciences naturelles.

4« Joue. — (PI. 1, fy.4.)

TuotBAmu. — 9 h. du matin, -t- 8,0 cent^.

— midi . . . . + 6,4.

— 9 h. du îoir . -t- 8,7.

Les lobes si remarquables que Ton observait hier à la périphérie du globule embryonnaire ont disparu, et ce globule présente maintenant à sa surface des facettes irrégnlières. On n'aperçoit plus de bile et la partie diaphane centrale est totalement évanouie. Dans cet état, le globule embryonnaire de la Limnée représente celui de la grenouille sept heures après la fécondation '.

5« JoDR, — (PI. 1 , fig. 5.)

TnrtiATCBi. — 9 h. du matiD. -h 4,8 centi([.

— midi .... H- 6,3.

— 8 h. du soir . -t- 8,5.

Le globule embryonnaire n'a fait depuis hier aucun progrés; il présente la même forme générale et sa périphérie oSre encore des facettes. Toutefois oa aperçoit au milieu, une zone transversale plus claire et plus transparente que le reste de la surface.

L'état stationnaire du globule embryonnaire pendant ce jour et les deux suivans, offre une grande analogie avec ce qui se passe dans l'œuf

> Dans la comparaison del'érolution de l'embryon det Batraciens, j'ai admis les époques décrites par MM. Prévoit et Dumas. Toutefois, je dois déclarer qu'il en est des œufs des batracieos comme des œufs des mollusques , relativement à l'influence de la température sur leur développement. J'ai souvent observé sur les œufs de grenouille, des différences énormes en raison de la température plus ou moins chaude.

de la grenoaille. L'embryon de cette dernière, après s'être porté vers la formation radiaire avec une remarquable rapidité, quitte cette disposition et parait rester stationnaire pendant un temps plus considérable que celui qu'il aTaît mis à la parcourir, jusqu'à ce que la cicatrice s'opère à sa surface, pour amener une phase totalement nouvelle. C'est l'analogue de ce qui a lieu chez les Mollusques.

6« Jour. — (PI. \, fiy. 6, A-B.)

TnrUATnB. — S h. du matin, -i- 3,9 centig,

— mîili ....-»- 8,2.

— 9 h, du Mir . + 1,7.

Les facettes qui caractérisaient le globule embryonnaire pendant les deux jours précédens ont disparu ainsi que la zone transversale. Sa périphérie s'est arrondie et elle est légèrement échancrée au sommet; à côté de cette échancrure , la partie plus claire s'est réunie en un large point diaphane.

Dans un autre œuf de même époque (pi. 1 , yî. 6 , jff) je remarque que le pourtour du globule embryonnaire présente encore de légères facettes, mais ces facettes sont irrégulières et plus petites que le jour précédent.

7« JoDR. — (PI. 1, fig. 7, Â-D.)

TEsrtKiTDu. — 9 h. du matin. + 3,0 centig.

— midi . . . , + 9,8.

— «oir , . . . + 6,î.

Le globule embryonnaire, après avoir pendant plusieurs jours affecté la formation radiaire, acquiert une tendance vers la formation paire; il devient ovale et l'on remarque que la partie diaphane est placée sur le c6té, et que même quelquefois elle forme une proéminence remarquable {fig. 7 , A). Au reste ou n'observe aucune trace de tissu ni de

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cellules dans son intérieur, qui parait toujours homogène, seulement on y remarque quelques striatures {/ig. 7 , C, D) qui semblent annoncer la prochaine formation du tissu cellulaire.

Le même jour dans la soirée j'ai vu d'antres globules embryonnaires affecter une forme presque arrondie, mais leur périphérie se figurait encore en facettes obscures ; l'ane de ces facettes était beaucoup plus claire et presque diaphane {fig. 7 , B et C). L'état diaphane d'une partie de la périphérie et la tendance vers la formation paire annoncent la grande révolution que le jour suivant doit présenter.

2«> Phase. — MOTILITÉ. (Embryon).

8" Jour. — (PL 1 ,/îg. 8, A-C).

• TuptaATiru. — 9 fa. du matio. -i- 9,S cent.

— midi .... -I- 18,7.

— 9 h. du soir . -4- 11,3.

t Ce jour présente un grand érénement dans Texistence du globule embryonnaire. Ce globale, jusqu'ici inerte, devient doué de motilité, indice certain que la vie s'y est développée ; dès lors le globale embryonnaire doit être considéré comme un véritable embryon.

Toutefois la motilité se borne à un mouvement de rotation de l'embryon sur lui-même, sans que jusqu'ici il puisse se transporter d'un lieu à un autre. Le mouvement de rotation est lent, et l'embryon met environ une minute pour l'effectuer. Dans le Limneus stagnalis, indépendamment du mouvement de rotation sur lui-même, l'embryon décrit encore une ellipse au pourtour de l'œuf, à la manière des astres ^ célestes ; ce dernier mouvement est beaucoup moins évident dans le Limneus vulgaris.

L'embryon ne laisse entrevoir aucune trace d'organisation. En employant divers réactifs, on n'aperçoit aucun tissu cellulaire, mais seulement un feutré général. L'embryon parait réniforme et légèrement

comprimé par les côtés ; la partie opposée à réchancrare est plus claire et. plus diaphane que le reste.

Tandis que j'observais l'embrjon de cette époque, j'eus occasion de reconnaître un phénomène remarquable. De Téchancrure qu'il présente, je vis tout k coup sortir une goutelette de liquide (Jig. S, S) qui $*étendit bientôt dans l'albumen comme une goutte de lait qui tombe dans l'eau. Il est clair qu'il se pratiquait à cette partie de l'embryon une fissure qui rejetait un liquide d'une densité différente de l'albumen, ce qui prouve que pendant les jours précédens une assimilation avait déjà eu Heu dans la matière formant le globule embryonnaire.

Ce phénomène concorde avec la formation de la cicatrice de l'embryon des Batraciens et des Mammifères décrite et figurée par MM. Prévost et Dumas dans les Annales des sciences naturelles, tome II, pl.6,^j. A, 5, T,U, Tet tomelll, pl.5,;?5r. 4, C", 5Z>" et pi. 6, fig. A'y B', C. Il est curieux de noter la coucordance de l'apparition de cet important phénomène chez différons animaux. La présence de la cicatrice que nous avons reconnue apparaître le 8^ jour dans la Limnée, se fait remarquer douze jours après l'accouplement sur les ovules du chien et seulement dix-huit heures après la fécondation dans les œufs des Batraciens. J'ai encore observé la cicatrice dans les Ëxosquelettés, et spécialement dans les œufs de la Forfîcule, mais comme ces œu& pondus avant l'hiver ne se développent qu'au printemps, il est impossible de préciser l'époque de son apparition. L'important est de remarquer que la cicatrice s'opère sur les embryons des trois classes d'animaux.

Après que l'embryon eut rejeté la goutelette de liquide dont j'ai parlé plus haut, il prit sur-le-champ diverses formes différentes, d'où résulte la preuve que déjà il possède la faculté de se contracter, et qu'ainsi, l'enveloppe générale existe déjà.

Ici se présente une question du plus haut intérêt pour la physiologie animale. L'embryon suspendu dans le liquide se meut sur lui-même sans qu'on puisse lui reconnaître aucun organe externe, aucun levier qui opère ce mouvement, et pourtant il se meut. C'est là un des phé-

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nomènes les plus curieux que nous offre l'étude de la nature. Ce mou- Tement de rotation, mouTement purement automatique, ne peut être expliqué par aucune des lois qui président aux mouTemens des corps organisés; mats il est complètement analogue aux mouvemens que décrivent les astres et surtout certaines nébuleuses. Ainsi Vembryon des mollusques aquatiques destiné à former plus tard un petit monde, est régi par les mêmes lois que ces masses énormes, encore embryonnaires, et destinées à former plus tard des mondes nouveaux.

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