‹ Mémoire sur l'emploi de l'iodure de potassium pour combattre les affections saturnines, mercurielles et les accidents consécutifs de la syphilisChapitre 1 sur 9 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

S EL — Introduction.

En 18453, M. le docteur Natalis Guillot et moi, nous nous sommes occupés ensemble de l’action thérapeutique de l’iodure de potassium dans les maladies chroniques provoquées par des composés métalliques vénéneux. Lx

Dans la séance du 12 mars 1849, j'ai présenté un premier mémoire à l’Institut de France.

Je me contente de résumer succinctement les faits principaux de ce mémoire, publié dans les Annales de Chimie et de Physique, 5° série, t. XXVI, 1849. |

La médication par l’iodure de potassium repose sur la propriété que ce corps possède de rendre solubles les composés métalliques que l’économie peut garder et d’en faciliter l’excrétion à Pétat d’iodures doubles, qui s’éliminent avec la plus grande facilité par

les urines.

Je démontrais que tous les composés de mercure, par exemple, qui peuvent se réaliser dans l’économie, sont solubles dans l’iodure de potassium, que le mercure métallique lui-même s’y dissout et que la présence des matières organiques de l’économie n’empéchaient pas cette dissolution.

Je démontrais par l'expérience l’innocuité de ce sel, lorsqu'il est administré même à haute dose à une personne non préalablement soumise à une intoxication métallique; j'indiquais le danger. que son administration peut offrir, si ce médicament, inoffensif par lui-même, rencontrait dans l'économie des composés-métalliques inertes, peu actifs, insolubles ou fixés dans les tissus; en effet, l’iodure de potassium peut provoquer des symptômes d’empoisonnement, en attaquant ces composés et en les rendant ainsi solubles ou actifs. |

Je diseutais la question de savoir comment il faut comprendre l'action de liodure de potassium lorsqu'il est administré dans les accidents consécutifs des maladies - syphylitiques traitées par le mercure; cette action dépendait, à mon sens, de la présence ou de l'absence du mercure dans l'organisme.

Tous les faits que j'avais observés et qui, sans exception, me portaient à admettre l’action énergique et bienfaisante de la médication administrée avec soin, peuvent se résumer , en admettant, conformément à mes expériences chimiques, que certains médicaments agissent par eux-mêmes d’abord, mais qu’ils peuvent agir en même temps par les matériaux qu'ils rencontrent dans l’économie; qu'avec la méditation par l’iodure de potassium, la guérison ne s'obtient jamais qu'à la condition de provoquer un empoisonnement préalable, par le composé métallique qu’on rend soluble ou actif, faisant remarquer toutefois que le médecin est complétement le maitre de diriger cet empoisonnement d’après la force de résistance des malades.

J'ai prouvé, par l’expérience, dans quels cas et pourquoi on remarque une aggravation des symptômes morbides par l’administration de l’iodure de potassium à des chiens qui se trouvent sous l'influence d’une intoxication plombique ou mercurielle.

J'ai constaté l’élimination du mercure par les urines chez les

ouvriers trembleurs, et la disparition du métal dans cette excrétion après la guérison. |

Les principes qui me guidaient différaient essentiellement de ce que l’on s’était proposé jusqu'alors. On cherchait en général à rendre les poisons insolubles, je cherchais à le dissoudre d’abord et à l’éliminer ensuite, en l’associant à un corps que l’économie expulse par les urines avec une très-grande rapidité. >

Le mémoire que j'ai l'honneur de présenter à l’Académie est une suite naturelle du premier; il contient des faits nouveaux et l'exposé de quelques expériences comprises dans un programme plus étendu.

Parmi les faits que je signale aujourd’hui, quelques-uns ont été obtenus dès 1850, mais les expériences, interrompues par une maladie de plusieurs années, n’ont été reprises qu’à de rares intervalles. Il m'est pénible, depuis, de faire les vivisections, souvent cruelles, que ces recherches nécessitent et qu’il faudrait pouvoir multiplier en se servant d'animaux de grande taille, au lieu d'opérer sur le chien comme je l’ai presque toujours fait.

Il m’a paru qu’une description succincte de quelques cures nouvelles, peu nombreuses, ilest vrai, mais chez des individus d'âge, de profession, de sexe différents, traités pour des intoxications chroniques dues au plomb et au mercure, offrirait quelque intérèt pour les lecteurs qui ne connaissent pas mon premier travail. Je me suis borné à décrire seulement les cures dont j'ai été témoin et que j'ai pu observer complétement; mais il faut remarquer que tous les malades sans exception sont soulagés de suite ct guérissent. |

Comme les médecins praticiens, vis-à-vis desquels le malade est si souvent oublieux et ingrat, n’ont pas toujours l’occasion de suivre ce genre de malades après leur guérison, j'ai pensé qu’il y avait intérêt à constater l'état actuel de quelques malades guéris de 1848 à 1850. |

En 1849, le gouvernement autrichien s’est intéressé à mes

publications, et par son ordre, des expériences ont été faites aux mines de mercure d’Idria; j'en donne un résumé très-succinct, ainsi que des expériences faites à l'hôpital impérial Wieden, à Vienne. Le nombre de ces dernières, leur importance, les recherches chimiques qui viennent confirmer les données des diagnostiques, de la cure et du pourquoi de cette cure, permettent de me dispenser de signaler un plus grand nombre d’observations personnelles.

Une note inédite, rédigée en novembre 1862, par M. le docteur L. Gerbez, médecin d’État attaché aux mines de mercure d’Idria, m'a paru de nature à être citée; elle prouve que la confiance dans la médication iodurée n’a pas été ébranlée depuis 1850.

Pour faciliter la lecture, j'ai fait la rédaction en paragraphes séparés, donnant le sommaire de ce que chacun d’eux renferme; on me pardonnera quelques redites qui m'ont paru inévitables.

nee ous

SIL — L'emploi de l’iodure de potassium à haute dose, pendant plusieurs mois, ne semble pas être de nature à porter atteinte à la constitution générale des individus qui se soumettent à cette médication.

Je mets sous les yeux de l’Académie l'écriture d’un malade, M. Steppe, guéri d’un tremblement mercuriel; parmi ces pages, il est aisé de distinguer celles qui ont été écrites avant, pendant et après son traitement, suivi de guérison complète opérée en 1848; ces spécimens sont en tout semblables aux fac-simile de M. Lieben, insérés dans mon premier travail. Cet ouvrier, comme on le voit, n’avait plus eu aucun tremblement neuf mois après sa cure; Je l’ai, depuis cette époque, revu de loin en loin; sa santé était toujours bonne.

Il y a quelque temps (5 janvier 1864) je l’ai revu de nouveau : il affirme qu’il se porte parfaitement bien depuis quinze ans, qu'il n’a, pendant ce long espace de temps, plus jamais dù avoir recours à la société des secours mutuels de l’association typographique et qu'il n’a jamais eu la moindre indisposition depuis dix-sept ans.

Est-il permis de conclure de ce fait que l’iodure de potassium ne laisse aucune trace nuisible de son passage dans l’économie, bien qu’il soit considéré par quelques médecins comme un médicament altérant, un véritable poison? Admettons-le, mais convenons au moins que les suiles ont été très-heureuses dans le cas présent.

Ajoutons encore que le sièur Steppe fut non-seulement guéri de son tremblement, mais qu’il n’a plus jamais depuis, comme il me le déclare, ressenti la moindre douleur rhumatismale à laquelle il était sujet auparavant; je serais très-tenté de croire que ce qu'il appelait douleur rhumatismule était une des nombreuses complications de l'intoxication mereurielle, qui se présente sous des formes très-différentes.

Steppe a quitté le métier d’étameur de glace, il est hors de Pinfluence du mercure. |

Quant au sieur Lieben, dont la maladie est décrite en détail dans mon premier mémoire, deux ans après sa guérison, il se trouvait encore parfaitement bien, la santé générale était bonne, il écrivait sans gêne; aucune lettre de son écriture ne présentait le caractère de ses anciennes pages, et cependant il continuait à travailler à l’étamage des glaces. |

Je mets sous les yeux de l’Académie un spécimen de l'écriture de cette époque, il prouve, mieux que tout ce que je pourrais ajouter, l'influence salutaire du traitement par l'iodure de potassium sur sa santé générale.

Vers 1859, la négligence dans les précautions hygiéniques que je lui avais indiquées, un travail plus assidu et prolongé à l'étamage, lui occasionnèrent une rechute. Cette rechute fut légère; il ne prit que 409 grammes d’iodure environ, et sa santé se remit parfaitement en peu de temps; mais, son état s'étant amélioré très-rapidement, je crus utile de diminuer les doses d’iodure , de façon à le soumettre à la médication pendant quatre ou cinq mois, avec de longues interruptions. |

Depuis cette époque il continue à étamer des glaces au mercure; mais le travail de la journée a été depuis quelques années

(8) ramené à une demi-journée seulement; il alterne avec d'autres occupations.

Aujourd’hui Lieben jouit de la meilleure santé.

J'ai consigné, en 1848, une observation particulière sur l’état de cet homme : Les organes de la génération, disais-je, très-longtemps paisibles, avaient repris leur ancienne énergie après quelques semaines de traitement, et l’avaient conservée depuis.

Il me paraît important de constater qu'il a eu quatre enfants après 1849, c’est-à-dire après avoir été guéri par l’iodure de potassium. |

Voici donc, ce me semble, une nouvelle preuve de l'innocuité de l’iodure de potassium, sinon absolument convaincante, au moins fort probante ; mais j’ai encore une autre observation intéressante à signaler sur ce malade.

$ IL — Znfluence du tremblement du père sur la santé des enfants. — Influence salutaire de la guérison complète du père sur la constitution des enfants. — Netteté et certitude de l’action de l’iodure de potassium, son action dans l’économie en tout semblable aux réactions dans les vases de laboratoire.

Le 95 janvier 1848, le sieur Lieben eut un enfant qui mourut, en 1861, de phthisie (?) /urtteering/, après plusieurs années de maladie; ses quatre enfants aînés vivent et se portent bien, ils sont nés en 1840, 1842, 1845, 1845; les quatre autres, nés en 1850, 1852, 1855 et 1857, jouissent également d’une bonne santé.

Je fais remarquer expressément que l'enfant née le 9 mai 4850, est actuellement une forte fille pour son âge, d’après ce que m'affirment les parents, qu'elle a été conçue peu de temps après la guérison du père, et qu’elle n'offre aucun des symptômes de son ainée de deux ans. Cette dernière, née en 1848, est morte à l’âge de treize ans, après avoir été toujours languissante; mais cette enfant fut conçue en mai 1847, alors que le père était très-affecté.

Oserait-on conclure de ce fait que la cure du père a eu une in-

fluence sur la santé et même sur la constitution de l'enfant? Dans le cas du sieur Lieben l'expérience est frappante; en effet, il y a un contraste complet entre la santé et la constitution des deux enfants ; le premier, conçu pendant sa maladie; le second, concu après sa cure; le premier reste chétif et meurt, le second est fort et vigoureux. L'enfant conçu pendant sa maladie est le seul qu’il perd sur neuf, les quatre ainés et les quatre puinés jouissent d’une bonne santé. |

Tout ceci vient à l’appui des observations journalières faites à Idria et à Almaden.

M. le docteur J. Hermann a constaté des maladies scrofuleuses de toutes formes parmi les enfants des ouvriers des mines de mercure d’Idria, et il cite dans son travail une observation des plus intéressantes qui confirme mon observation sur le sieur Lieben. La voici : deux enfants naissent de parents employés dans des mines de sel, ils ne sont pas scrofuleux, tandis que d’autres enfants nés des mêmes parents, mais après que le père eut été employé dans les travaux de lexploitation du mercure, sont scrofuleux.

Je regrette de n'avoir pu suivre l’état d’autres malades que j'ai perdus de vue et qui avaient été traités soit à Paris soit à Bruxelles; j'ai cependant eu des nouvelles de plusieurs d’entre eux, elles confirmaient ce qui précède; mais n’ayant pas vu les malades moimême, j'ai dû m° borner à citer les deux faits que j'ai parfaitement constatés et dont je puis répondre. |

On verra plus loin, à l’histoire du nommé Bridoux, une nouvelle observation sur les suites heureuses de l’administration de l’iodure de potassium.

Je sais qu’en médecine on ne raisonne pas comme je le fais; quelques cas ne suffisent pas pour porter la conviction dans l’esprit des médecins ; mais je prierai de remarquer que je suis placé, par la nature même de la maladie, sur un terrain que les maladies ordinaires ne peuvent offrir. Je parle, j’observe, j’expérimente et je guéris en chimiste; c’est une opération chimique qui a la certitude des expériences chimiques ordinaires, et bien que faite sur un animal vivant, cette expérience se passe sous l'influence de la vie comme elle se passerait dans un vase de laboratoire.

Si on guérit en opérant convenablement avec les réactifs déterminés, ces mêmes réactifs pourraient aggraver les phénomènes morbides dans des. conditions prédites d'avance; je crois l'avoir suffisamment prouvé dès 1849.

En effet, deux chiens, aussi semblables que possibles, empoisonnés lentement parle mercure, soumis au même régime, présentant les mêmes symptômes à un même degré, sont abandonnés sans médication. Après quelque temps, on peut, à volonté, aggraver les symptômes morbides de l’un, aller même jusqu’à le tuer; mais on estle maître de guérir l’autre avec certitude, sans plus d’hésitation que s’il s'agissait de produire l’iodure rouge de mercure ou de le produire et de le dissoudre dans des verres à expérience.

Toutes choses égales d’ailleurs; les deux faits bien constatés me paraissent autoriser la conclusion qui est en tête des paragraphes IH et IE.

IV.— Innocuité de l’iodure de potassium pur. — Erreurs sur l’empoisonnement par ce sel et les contre-poisons préconisés. — Emploi des iodures limité aux affections métalliques chroniques. — Prudence exigée au début de la médication.

J'ai déjà montré dans mon premier mémoire l’innocuité de l'iodure de potassium. On verra, du reste, plus loin à quelles doses on peut porter l'administration de ce sel sans altérer la santé des animaux.

Quand on fait usage de très-fortes doses, il peut arriver de trés-légers symptômes de malaise, un peu d’amaigrissement passager, après une administration longtemps prolongée, mais tout disparaît très-rapidement si on cesse l’emploi du sel.

Remarquons toutefois qu’il est bon de s’assurer de la pureté et de la neutralité de l’iodure employé; en général même, quand Je préparais une quantité de dissolution pour mes malades, je prenais le soin de caleiner l'iodure dans un vase de fer mélangé d’un peu de limaille de fer; parfois j'ajoutais à la dissolution un peu de

(#19) sulfure de sodium ou une faible quantité de bi-carbonate de soude, de façon à lui donner une légère réaction alcaline et à éviter la coloration jaune de l’iodure; souvent j'introduisais quelques pointes de Paris ou un peu de limaille de fer; mais je reviendrai plus loin sur ce sujet.

Avec le sel récemment calciné, rendu légèrement alcalin, je n’ai jamais observé chez les nombreux malades la moindre répugnance à prendre leur remède, tous le toléraient sans aucun dérangement. |

Quant aux accidents passagers qui pourraient se présenter, il est toujours facile de les éviter en commençant prudemment et à faible dose et en employant un sel parfaitement pur, très-légèrement alcalin de préférence, mais débarrassé absolument d'iodate.

Si le médecin préférait l’administrer à l’état acide, rien ne serait plus facile; il suffirait de le dissoudre dans du lait de beurre ou du suc gastrique artificiel, ou de le faire prendre avec du fromage blanc à la pie, toujours imprégné de petit lait acide. Ces excipients sont faciles à se procurer, et viennent en aide plutôt qu'ils ne contrarient les fonctions de l’estomac.

Un exemple, entre autres, suffira pour montrer la nécessité d’être prudent en commencant une cure par liodure de potassium ; il faut que le médecin sache avec certitude si le malade n’a pas anciennement ou récemment été traité par des mercuriaux.

Consulté par un de mes amis sur l’administration de l’iodure à une dame dont l’état ne s’améliorait pas sous l'influence de diverses médications, je l’engageai à commencer par un gramme d’iodure de potassium par jour au maximum , si elle avait été soumise à un traitement mercuriel; dans le cas contraire, il pouvait, . selon moi, augmenter la dose. |

Dès le premier jour, il survint des complications qui paraissaient graves. Je soutins, sans avoir vu la malade, qu’elle avait caché à son médecin la nature de traitements antérieurs que, peutêtre, elle ignorait elle-même; j'allai plus loin, je soutins qu'elle avait subi un traitement mercuriel et que les phénomènes fàcheux donnaient un diagnostique qui devait engager à continuer avec prudence l'usage de liodure; il fut continué et la malade

(42) guérit parfaitement en quelques semaines. Il nous fut prouvé plus tard, en effet, que cette dame avait subi une médication mercurielle.

On trouve, du reste, quelques observations analogues dans les ouvrages de médecine ; l’administration de l’iodure de potassium | à haute dose après un traitement mercuriel est souvent accompagné, au début, de phénomènes fâcheux, mais disparaissant rapidement.

Malgré tout ce que nous savons de positif à cet égard, j'ai cru utile de revenir sur l’innocuité de l’iodure de potassium. Bien que beaucoup de médecins n’approuvent pas les doses énormes d’iodure que je prescris aux malades, je soutiens qu’on peut, sans inconvénient, faire usage d'iodure de potassium pur à haute dose, si le cas est rebelle, si la maladie (surtout pour le plomb) est ancienne, et si l’on a commencé le traitement par des doses faibles en les augmentant successivement, prudence exigée et absolument indispensable dans les premiers jours de la cure par l'iodure de potassium, soit pour les affections mercurielles, soit pour les affections saturnines.

Il est utile, d’ailleurs, de suspendre parfois l'administration de l’iodure pendant le traitement, et de laisser le malade se remettre, particulièrement si l'action était trop vive.

En général, quand le malade est guéri, je désire lui voir faire l'inverse de ce qui a été fait pendant la cure; c’est-à-dire: que graduellement je diminue la dose d’iodure de potassium jusqu’à l'effacer, en recommandant l’usage du sel marin dans les aliments.

Il me serait facile de faire voir combien d’erreurs on publiait vers 1852 dans des traités soi-disant classiques. Ainsi, on considérait l’iodure de potassium comme un poison, on prescrivait un traitement contre cet empoisonnement. L’iode était rangé , en effet, parmi les poisons et on avait raison dans beaucoup de cas; mais, chose étonnante, les contre-poisons ou les traitements contre l’empoisonnement par l’iodure de potassium étaient les mêmes.que ceux de l’empoisonnement par l’iode. Et, entre autres contrepoisons, on conseillait des décoctions légères d’amidon et de lavements amidonnés!.. Quelle chimie! Quelles applications !!

Ces erreurs se sont glissées de traité en traité. Or, je le demande, que dirait-on du médecin qui ordonnerait des traitements identiques pour combattre des phénomènes toxiques produits par du chlore, d’un côté, et du sel de cuisine, de l’autre, ou par la soude et par l'acide chlorhydrique?

Il suffit de jeter un coup d’œil sur les expériences tendant à prouver l’action toxique de l’iodure de potassium, pour voir combien il est facile de se laisser induire en erreur, et je crois avoir assez prouvé l’action bénigne ou l’innocuité de l'iodure de potassium pur, pour soutenir que la médication par ce sel n'offre aucun danger, ni dans le présent, ni dans l'avenir du malade, quand le médecin est prudent, surtout en commencant.

Vers 1852, on allait jusqu’à dire que la médication que je proposais offrait de graves dangers ; or, j'avais montré dans mon premier mémoire que les médecins mettaient mes principes en pratique, à leur insu, il est vrai, dans les cures des accidents consécutifs des maladies syphylitiques, primitivement traitées par le mercure; dans certains cas de ces graves maladies, l’état du malade ressemble, en effet, à celui que peut présenter une intoxication chronique par le mercure.

Malgré les assertions contraires, il paraît bien prouvé que les traitements, interne ou externe, par le mercure ou par ses composés, peut laisser du mercure dans l’économie pendant des années, et que ce mercure s’élimine lorsque le malade est soumis au traitement par l’iodure de potassium; que dans des cas pareils l’iodure de potassium provoque parfois, mais en général exceptionnellement, quelques phénomènes intenses; qu'il peut en être de même pour les individus qui se trouvent sous l’influence d’une intoxication lente chronique due au plomb; mais qu’en dehors des cas d’empoisonnement métallique chronique, administration de l’iodure de potassium est sans aucu ndanger, ct, de plus, qu’elle est toujoürs efficace lorsqu'on l’administre, dans les maladies métalliques, dans les conditions que nous avons parfaitement définies, M. Natalis Guillot et moi.

Je n’ai proposé l’iodure de potassium que comme moyen curatif des affections chroniques, et non, comme quelques per-

sonnes ont paru l'admettre , en vue de combattre des empoisonnements aigus.

Parmi les critiques de mon premier travail, j'aurais à relever celle de M. Orfila ( Traité de Toxicologie, édition de 1852,t. 1, p. 861 et suivantes ), dans laquelle il y a d’étranges confusions.— Je me borne à prier les médecins consciencieux de vouloir bien se donner la peine de lire mon premier travail , et de ne pas se contenter des extraits qui prouvent que l’ancien doyen de la Faculté de Paris paraissait avoir mal interprété ou mal compris les données de mon mémoire. |

Je me résume : l'iodure de potassium n'offre aucun danger, c’est à tort qu’on lui attribue une action toxique proprement dite; il guérit les affections métalliques chroniques et ne laisse pas de traces permanentes et fâcheuses de son passage dans l’éco-

nomie,

&S V. — De l’iodisme constitutionnel.

Dans ces derniers temps une question nouvelle a surgi : on veut bien admettre que l’iodure de potassium n’est pas un poison pour les animaux auxquels on ne lie pas l'œsophage, etc., etc., mais on a signalé une maladie nouvelle, produite par l’iode et ses composés. Voyons ce que l’on doit penser de l'affection appelée iodisme constitutionnel.

Plusieurs sommités médicales françaises ont donné leur opinion, mais comme je serai obligé, plus loin, d’analyser un ensemble de travaux exécutés en Autriche, je me contente de mentionner ici le travail de M. le docteur Jos Hermann !, qui traite cette question sous tous les points de vue, avec de nombreuses expériences à l'appui, et qui conclut que l’iodisme constitutionnel n'existe pas. |

1 Der constitutionnelle Iodismus , von Dr Josef Hermann ; Separatabdruck aus der Oesterreichissen Zeitschrift für Praktische Heilkunde, 1861. — Wien, Druck. Van Anton Schweiger.

J'extrais quelques passages parmi ceux qui peuvent présenter un intérêt au point de vue de mon travail, en donnant une traduction libre de quelques points principaux.

« La présence de l’albumine dans l'urine peut être considérée » comme étant un pronostic infaillible de la présence du mer- » cure dans ce liquide sous l'influence de l’action de liodure de » potassium.

» Il arrive parfois des salivations lorsqu'on administre l’iodure » de potassium; dans ce cas, la salive contient du mercure, comme » je l’ai prouvé par l'analyse. Jamais la salivation n'arrive, si le » malade est traité pour une affection autre que celles produites » par des intoxications métalliques.

» Quand la salivation arrive, comme je l’ai observé dans l’hy- » drargyrie, on doit la considérer comme un symptôme décisif » et très-désirable, car les symptômes morbides disparaissent » comme un charme, et la guérison est complète et durable.

» Il arrive que dans la eure par l’iodure de potassium, la quan- » tité d'urine diminue, quand déjà l'analyse y à prouvé la pré- » sence du mercure; s'il se présente une salivation, l’urine ne » contient plus de mercure, mais on peut démontrer la présence » de ce métal dans la salive. |

» La cure par l’iodure de potassium provoque parfois sans pro- » dromes particuliers une transpiration générale et abondante ; » dans le cas cité, elle revint périodiquement pendant vingt-cinq » jours, régulièrement vers cinq heures du soir et durait jus- » qu’à dix ou onze heures, elle était suivie d’un sommeil tran- » quille et réparateur. »

La plupart des phénomènes morbides sont examinés dans le travail de M. Hermann, et il arrive à la conclusion que l’iodisme constitutionnel ne s’est pas présenté une seule fois sur le chiffre énorme d'environ cinquante mille cas. Quinze mille cas environ ont été observés par deux illustrations médieales, MM. Ricord et Velpeau.

Appuyé sur ces preuves, je puis répéter ce que je disais en 1849 et prendre une conclusion générale : l’iodure de potassium, en général les iodures alealins et quelques autres dont les

(159 métaux ne sont pas vénéneux, ne sont pas des poisons; l'iodure de potassium est un médicament inoffensif, incapable de produire par lui-même une intoxication quelconque; c’est un médicament des plus importants, guérissant sans aucun doute les maladies métalliques. Aujourd’hui je dois ajouter qu’il est indispensable de faire remarquer que les maladies métalliques simulent une foule de maladies auxquelles on attribue d’autres causes.

$ VI. — Influence du sel marin dans le régime des ouvriers en mélaux vénéneux.

Je ne puis m'empêcher de signaler de nouveau, comme je l'ai fait en 1848, à l’attention des médecins, l'influence du sel de cuisine dans le régime des ouvriers qui se trouvent en contact avec les composés de mercure et de plomb. Ç

Je sais, sans pouvoir dire d'où cette connaissance me vient, qu'on a cru remarquer que certaines tribus anthropophages ont une préférence marquée pour la chair de certaines nations; leur préférence parait être basée sur la saveur plus ou moins salée de la chair des individus de ces nations. On est porté à croire que l’homme vivant peut donc se saler et se désaler d’après la quantité de sel qui entre dans son régime. Nous savons que certains gigots de mouton, nommés de pré salé, sont préférés par les gourmands; leur valeur vénale prouve la préférence des consommateurs.

J’ai montré, dans mon premier mémoire, que les ouvriers aimant le sel étaient préservés du fléau des maladies métalliques, ou qu’au moins les symptômes étaient bien moins graves, et qu'ils se déclaraient toujours après un maniement plus prolongé des métaux ou de leurs composés. |

Les questions que j’adressais aux ouvriers, dans le but de massurer s'ils aimaient le sel, m’avaient été dictées à la suite de la théorie que je m'étais faite sur la thérapeutique des maladies métalliques; théorie que tous les faits à ma connaissance confirment

d’une facon éclatante tant ceux que j'ai observés moi-même, que ceux qui ont été constatés par d’autres observateurs.

Qu'on me permette de la citer encore : rendre solubles les composés métalliques que l’économie peut garder, et en faciliter l’excrétion en les associant à un corps qu’elle puisse éliminer avec la plus grande facilite.

Les chlorures, les bromures, les iodures alcalins jouissent de cette précieuse propriété par leur tendance à former des composés doubles qui s’éliminent par l’urine, et ma médication constitue un véritable lavage de l’économie par des dissolutions de ces corps; mais remarquons que l’activité chimique va croissant des chlorures aux bromures, des bromures aux iodures, pour les intoxications mercurielles. Silesel marin ne jouit pas des propriétés énergiques de l’iodure de potassium, si très-probablement même il n’est pas un médicament aussi actif que le chlorure de potassium qu’on pourrait lui substituer, au moins nous ne pouvons -logiquement le considérer comme inactif dans ces terribles maladies, et, d'après mes observations , il possède des propriétés prophylactiques que le médecin ne peut méconnaitre.

Le sieur Lieben ne consommait que peu de sel en 1847-1848 ; depuis et sur ma recommandation, il s’est habitué à faire entrer le sel à plus fortes doses dans ses aliments; je suis porté à eroire que cette précaution si simple n’est pas sans effets salutaires sur l'état florissant de sa santé dans le moment actuel.

Je suis d’avis qu’on peut retirer de grands avantages de l'emploi du sel, que j'ai souvent conseillé comme purgatif. Une dose de 50 à 50 grammes de sel de cuisine constitue , selon moi, un purgatif préférable, dans les cas de maladies métalliques, aux autres purgatifs généralement employés : sulfate ou citrate de magnésie et les purgatifs d’origine végétale.

Je me permets d'appeler l'attention des médecins sur ce moyen euratif si simple, et je les engage fortement à le conseiller à leurs malades quand ils sortent des hôpitaux, soulagés ou guéris d’affections métalliques ; des purgations périodiques au moyen du sel marin me paraissent constituer un de ces remèdes familiers que le malade ne négligera pas.

Page 1