Ce
Ne sait-on pas que la gloutonnerie de certaines peuplades asiatiques est telle, qu’elles: prennent des précautions particulières pour ne pas se débarrasser complétement du ver solitaire {.
M. Jos. Hermann veut, et d’autres l’ont voulu avant lui, mais sans réussir à faire adopter leurs idées, que l’on bannisse absolument le mercure dans les affections syphilitiques; ce serait, en effet, rendre un immense service à l'hygiène publique, à lhumanité; car la erainte que toutes les classes de la société, que toutes les nations ont du traitement mercuriel, résulte de la connaissance généralement répandue des suites souvent fâcheuses, sinon terribles, de cette médication. M. Hermann- prouve qu’on doit faire, pour toutes les formes de syphilis, ce que beaucoup de médecins ont déjà fait pour la gonorrhée, c’est-à-dire : il faut bannir le mercure.
Les données pratiques obtenues par la syphilisation, par les doses homæopathiques, par des remèdes qui jouissent d’une réputation incontestée d'être des antisyphilitiques par excellence (la décoction de Zitimann, entre autres), et qui ne contiennent pas la moindre trace de mercure déterminable par l'analyse, constituent des arguments en faveur de sa méthode, car, en définitive, toutes ces méthodes excluent le mercure.
Il est, en outre, reconnu que la médication iodurée sêule n'a aucun effet dans la maladie primitive, et qu'elle n’agit réellement et efficacement que dans les accidents secondaires, etc., quand la maladie première a été traitée par l’une quelconque des formes sous lesquelles on fait usage des mercuriaux.
D’après M. Hermann, ce n'est plus de la syphilis consécutive que l’on combat, c’est une cachexie mereurielle, une véritable hydrargyrie; il le prouve dans un grand nombre de cas, car il fait l'analyse chimique de l'urine et y rencontre du mercure qui s'y trouve, comme je l'ai prouvé pour les malades étameurs au mercure, à l’état d’iodure double de mercure et de potassium, associé à des matières albumineuses ; celles-ci s’éliminent toujours en même temps que les poisons minéraux.
Ce n’est plus un virus, une inconnue qu'il combat, £’est une
1 Bulletin de l'Académie, t. XVIII, 2° série,
maladie matérielle; il se trouve placé sur un terrain positif, sur lequel il peut suivre la matière peccante par tous les moyens'que la science exacte met à sa disposition. — Diagnostic, thérapeutique, cure, pourquoi de la cure, tout est simple et rigoureusement analysé; en un mot, on sait pourquoi et comment les iodures guérissent.
Il combat l'opinion qui consisterait à faire considérer les accidents consécutifs comme étant des maladies dues à une espèce de combinaison de mercure et de syphilis.
M. Jos. Hermann a eu des occasions nombreuses d'examiner l'effet de l’iodure de potassium; sur cent cas, il y en a quatrevingts dans lesquels l’action de ce médicament se porte spécialement sur les urines; dix dans lesquels il arrive des phénomènes de salivation; mais, dans ces cas, celle-ci se distingue, par des symptômes bénins, de celle que les mercuriaux produisent; cependant, l'analyse permet de découvrir le mercure dans la salive : cinq sont accompagnés de transpirations, deux de diarrhée, un d’odeur d’iode, etc., etc. |
Quoi qu'il en soit, l’ensemble de tous ces phénomènes est caractérisé sans exception par des symptômes qui rappellent un retour rapide à la santé. |
Chose étonnante, ajoute M: Hermann, de voir encore tant de médecins chercher à ianocenter le mercure, et de voir l’iodure de potassium iacriminé par l’un d’eux. |
Que devons-nous conclure de ces faits? Ne sommes-nous pas autorisés à dire que les méthodes d'observation en médecine doivent encore être beaucoup perfectionnées, et que l’étude sérieuse des maladies métalliques fera faire un grand pas dans cette direction, en ouvrant une voie des plus larges à l’expérience.
Quel que soit mon respect pour les autorités médicales qui admettent la nécessité du traitement mercuriel, j’ai peine à comprendre que le célèbre médecin viennois, ses amis et ses adhérents puissent encore se faire illusion après une expérience d’une dizaine d'années, portant sur plusieurs milliers de cas de maladies sous toutes les formes si variables et si nombreuses qu’elles affectent.
Espérons que la guérison sans mercure enlèvera directement les accidents consécutifs, si terribles, si tristes et si fréquents:
“qu’elle deviendra un fait positif, mais ne nous laissons pas entrainer par cette pensée consolante sans l’examiner avec la plus grande sévérité.
Un autre médecin viennois partage en tout la manière de voir de M. Jos. Hermann; ses opinions et ses expériences se trouvent consignées dans deux travaux publiés en 1858 f.
M. le docteur F.-W. Lorinser, médecin principal à lhôpital Wieden, commence son travail par des considérations générales sur lemploi du mercure dans la syphilis et sur la lutte entre les médecins mercurialistes et antimercurialistes.
« Cette lutte, dit-il, n’est pas terminée. Deux découvertes im- ». portantes, faites dans l’art de guérir dans ces derniers temps, » peuvent amener à une solution scientifique du problème; elles » consistent en ce que : 1° Melsens a fait voir que l'iodure de po- » tassium jouit de la propriété de faire passer dans les excrétions » les composés de mercure et de plomb fixés dans l'économie, » souvent depuis nombre d'années; et 2° que l’on est parvenu » par la méthode électrolytique à découvir les plus faibles traces » de mercure dans l'urine, la sueur, la salive 2. »
M. Lorinser fut frappé, dès 1856, de la netteté et de la rapidité de l’action de l’iodure de potassium, dans les cas où il présente une action curative; cette action est si rapide et si frappante, qu’elle ne se présente avec aucun autre médicament interne; il fut d’abord tenté d'attribuer l'action de l’iodure de.
{1409 Merkur und Syphilis ; 1858. — 2 Uber die Täuschungen und [rrthüumer in Erkenniniss der allgemeinen Syphilis ; 1859. — Extraits du journal : Wiener medizininche Wochenschrift.
2... Dieser Streit ist somit bis gegenwärtig unentschieden geblieben. Erst der neuesten Zeil war es vorbehalten, in dem Gebiethe der Heilwissenschaft zwei wichtige Entdeckungen zu Tage zu fürdern, von denen sich mit Recht eine wissenschaftliche Lüsung des bisher ungelüsten Problemes erwarten lässt. Diese zwei Entdeckungen der Neuzeit bestehen darin : 1. dass MELSENS in dem Jodkalium ein Mittel kennen lernte, welches die Eigenschaft besitzt, die oft Jahre lang im Kôrper eingenisteten Metalle, Quecksilber und Blei durch die Sekrete aus dem Kürper auszuscheiden ; und 2., dass man durch Anwendung der elektrolytischen Probe auch die kleinsten Spuren von Quecksilber im Harne, Schweisse , Speichel zu entdecken lernte.
potassium àPélimination du mercure; cette idée était toute naturelle, car il voyait que dés malades, qui n'avaient pas subi de médication mercurielle, guérissaient sans iodure de potassium et sans mercure.
JL rechercha le mercure dans les excrétions, aidé de M. le professeur Kletzinski; ses résultats furent dès l’abord si surprenants, qu’ils excitèrent son admiration à ce point que, tout en continuant ses recherches et ses observations, il voulut en publier les «données principales.
On me permettra de signaler l’ensemble des conclusions de ce travail dans ce qu’elles peuvent avoir d’intéressant dans la question qui m'occupe. Quelques-unes prouvent des faits que j’avancais dans mon premier mémoire; mais c’est au travail original que le médecin doit recourir pour être au courant des détails que comporte toute [a question.
M. Lorinser fait remarquer qu’en géné on ne découvre pas le mercure dans l’urine des malades traités par les mercuriaux, bien qu’on ait la certitude que Péconomie en renferme; il en est tout autrement quand ils prennent de l’iodure.de potassium ; dans un cas, il peut découvrir le mercure dans lurine d'un malade dont le traitement mercuriel remontait à six ans.
« Le mercure, qui s’est fixé dans l’économie, qui s’y est orga- » nisé en faisant partie de l’organisme(£inverleibt), peut y rester, » pendant des années, sans qu’on puisse en démontrer la moindre » trace dans l'urine, rendue dans des circonstances normales.
L'emploi de l’iodure de potassium active à tel point l’élimi- » nation du mercure fixé, qu’on peut démontrer sa présence dans ‘» l'urine par la voie électrolytique.
» Toutes les formes de maladies qui s’améliorent rapidement » par l'élimination du mercure de l’économie peuvent donc être » considérées comme une infirmité mercurielle dont la cure n’est » complète que lorsque, sous l'influence de l’iodure de potas- » sium, l'urine ne renferme plus de mercure. Les phénomènes » qui se présentent lorsque le mercure a séjourné longtemps » dans l’économie sont essentiellement différents de ceux qui sont » provoqués par une intoxication mercurielle naissante.
» Les phénomènes de l’hydrargyrie chronique ont été souvent » confondus avec la syphilis, la goutte, les affections nerveuses, » et traitées comme telles; rarement on leur a attribué leur véri- » table caractère.
» Comme l’hydrargyrie chronique n’a pas été parfaitement » distinguée de la syphilis, et que les deux états morbides ont été » décrits et traités comme étant dus à la syphilis, il en résulte. » que toutes les observations sur la syphilis secondaire n'ont » qu’une valeur douteuse tant que leur diagnostic ne sera pas » basé sur des expériences physico-chimiques qui permettront de » distinguer l'hydrargyrie de la syphilis. »
Il existe, en médecine, un proverbe qui trouve l'application la plus parfaite dans les travaux que je résume : Naturam morborum ostendit curatio.
Si, en parlant de la guérison, on peut dire à propos de l’action de l’iodure de potassium : post hoc, ergo propter hoc, n’oublions pas que ce proverbe ne doit plus être pris dans le sens qu’on lui attribue en général. En effet, remarquons que non-seulement la cure peut, jusqu’à un certain point, de l'avis des médecins, déterminer à posteriori la nature de la maladie, mais n’oublions pas que l’analyse chimique de l'urine constate en nombre, poids et mesure, l'élimination de la matière, cause première de la maladie, et que la guérison se traduit aussi en nombre, poids et mésure. |
Les homæopathes devraient bien méditer ces faits matériels.
Les conclusions du travail de M. Lorinser, que je cite ci-dessus, basées sur de nombreuses observations, prétent un appui considérable à la médication iodurée.
Dans le second des travaux cités, M. Lorinser fait un historique de l'introduction du mercure dans le traitement des maladies syphilitiques et appelle l'attention sur le diagnostic des accidents consécutifs; eu égard à ce que je dis au $S XXIV sur l’état des ouvtiers dans quelques établissements où ils sont exposés à l’absorption du mercure, je signale encore le passage suivant que je traduis librement :
« Ïl résulte incontestablement de l’examen impartial et sans
‘» préjugé des symptômes qui, jusqu’à présent, conduisent au
» diagnostic de la syphilis secondaire, qu'il n’y a auéun syÿmp- » tôme caractéristique, appuyé sur une base scientifique, qui » permette de reconnaitre là syphilis secondaire; il en résulte » que le diagnostic de cette maladie est effacé ou défiguré par des » phénomènes dus à un traitement. préalable par les mercuriaux, » et que la véritable syphilis, dégagée de l'hydrargyrie, n'a pas » été suffisamment observée et étudiée. Bien entendu qu’on ne » prétend pas que certains phénomènes ne puissent se présenter » après une affection syphilitique locale; mais, tant que l’on se » contentera des observations actuellement incomplètes, tant » qu’on persistera dans les erreurs actuelles, tant qu’on n’aura » pas remplacé les doutes de la doctrine trompeuse par une » recherche scientifique exacte : aucun médecin, dans aucun cas, » n'aura le droit de diagnostiquer une syphilis secondaire. » Ces doutes, que le savant médecin viennois jette sur l’établissement du diagnostic des accidents secondaires , amènent à poser les. questions suivantes : Quelle forme prendra l’affection syphilitique secondaire chez un malade ayant un tremblement mercuriel? N°y aura-t-il pas confusion entré les phénomènes dus à l'hydrargyrie et ceux dus à la syphilis? L’ensémblé des symptômes ne conduira-t-il pas le médecin à diagnostiquer une syphilis constitutionnelle? Peu importe, je crois pouvoir admettre avec certitude, qu'en enlevant le tremblement, tout traitement ultérieur sera inutile. On verra, dans l'analyse que je fais des observations aux mines de mercure d’Idria, pourquoi je puis m’exprimer ainsi. Or, pour être conséquent avec les anciennes idées, un médecin, après avoir enlevé le tremblement mercuriel, devrait employer une médication mercurielle destinée à combattre l’accidént secondaire, et je me demande à quoi bon un deuxième traitement mercuriel, quand le grand syphilologue Ricord, qui l’emploic dans les accidents secondaires, admet : Que le mercure est un agent trompeur, guérissant des cas qui ne sont pas syphilitiques, tandis qu’il empire souvent des cas qui ne peuvent être attribués
a! à la syphalis, ou que ceux-ci quérissent spontanément.
Il parait résulter de toutes ces considérations, qu’il y a beaucoup
d'incertitude dans les données médicales, et que des expériences directes et des observations basées sur des recherches chimiques, permettront, comme M. Lorinser le pense, d'acquérir la conviction du peu de solidité du diagnostic et de la thérapeutique des affections syphilitiques secondaires.
Tranchons le mot, c’est l'analyse chimique qui devra éélairer la médecine.
Il me reste à rendre compte, d’une manière spéciale mais tréssuccinctement, du travail de M. J. Hermann !, comprenant ses études sur les formes des maladies observées aux mines de mercure d’Idria. ;
Le médecin ne peut pas se contenter des extraits que je donne, il doit étudier ce travail en détail; il y verra traité, au point de vue le plus large, la question de l'hydrargyrie comparée aux accidents consécutifs de la syphilis; il pourra se rendre un compte parfait des effets terribles du mercure sur toute la population des mines d’Idria, effets qui n’épargnent ni les bêtes bovines, ni les truites de la rivière d’Idria; assez souvent les premières sont prises de salivation ; elles deviennent cachexiques et avortent; à Idria, les avortements ou les accouchements avant terme se présentent très-souvent (äusserst haüfig), ete., etc.
L'état scrofuleux des enfants des mineurs s’y trouve signalé avec détail; il est général pour tous les enfants nés de parents employés dans les travaux de l’exploitation du mercure.
Mais il est un point dans le travail de M. Jos. Hermann, sur lequel je crois devoir appeler la plus sérieuse attention.
« Lorsque l’on compare les formes des maladies d’Idria avec les symptômes .secondaires et tertiaires de la syphilis, dit » M. Jos. Hermann, on doit admettre, de la façon la plus absolue, » que l’on rencontre à Idria :
» 1° Dans le système cutané : des exanthèmes maculeux, pa- » puleux, vésiculeux et pustuleux, ainsi que des ulcères réni- » formes;
1 Studien über Krankheitsformen in Idria von Jos Hermann etc. Wiener Medizinische Wochenschrift; 1858.
» 2° Dans le système muqueux: l’angine avec ou sans érosions » et ulcères; |
» 3° Dans Le système glandulaire : des gonflements, des inflam- » mations, des ulcérations;
» 4° Dans les organes digestifs : principalement l’intumescence » du foie avec toutes ses conséquences, ainsi que son atrophie » chronique;
» 5° Dans le système nerveux : gastralgie, prosopalgie, l’is- » chialgie, principalement les douleurs ostéocopes nocturnes;
» 6° Dans le système osseux : la périostose, l’ostéite, la né- » crose et la carie; |
» 7° Dans le système général de la circulation (Blutbereitung) : » cette cachexie, qui est décrite par beaucoup d’auteurs sous le » nom de chlorose syphilitique, et qui lui ressemble de la facon » Ja plus parfaite; |
» 8° À Idria, tous les enfants issus de parents affectés de ces » maladies sont serofuleux, comme cela se remarque pour les » enfants des parents qu’on soupçonne affectés des accidents » syphilitiques secondaires. »
Il est important de remarquer que, si les affections décrites rappellent souvent des affections syphilitiques, . il n’en est pas moins vrai que les cas de syphilis sont extraordinairement rares à Tdria ; les mineurs y mênent en général une vie tranquille et en. famille; les cas très-rares de syphilis qu’on y a rencontrés paraissent plus lents à guérir, d’après M. le docteur Gerbez, et n’offrent pas d'accidents secondaires ou tertiaires. M. Gerbez guérit, à Idria, sans employer les préparations mercurielles.
M. Jos. Hermann fait ensuite remarquer que le nombre des malades affectés de tremblements est relativement très-faible, tandis que, jusqu’à présent, on pensait que le tremblement était le symptôme unique et exclusif des affections mercurielles; sur les trente malades qu’il a examinés, pendant son séjour à Idria, il y avait :
Deux cas de tremblement ;
Deux cas de carie; |
Un cas de courbure de la colonne vertébrale, par suite du ramollissement de plusieurs vertébres;
Un cas de périostose accompagné de nécrose;
Cinq cas de douleurs ostéocopes ;
Un cas d’atrophie chronique du foie, ete.; À
Un cas d’exanthème papuleux, couvrant tout le corps, accompagné de douleurs ostéocopes nocturnes; |
Un cas avec de larges ulcères réniformes (ausgebrerteten nierenfôrmigen Fussgeschwüre) ;
Un cas ayant tout l'aspect d’une phthisie laringée avec des érosions et des abcès à la partie postérieure du pharinx;
Un cas de paraplégie du bras gauche;
Quatorze cas de scrofules de toutes formes chez des enfants.
Quelle sera la conclusion de la médecine après une étude attentive de ces travaux, après les observations et les expériences qu'ils provoqueront? Peu importe, il en résulte la preuve irrécusable que l’opinion que j'ai émise sur la théorie de l’action antimercurielle de l’iodure de potassium est la seule admissible, que ce médicament agit par des moyens qui sont du ressort de la science exacte.
L'avenir nous dira si tous les cas de syphilis secondaires, sans exception, doivent être attribués à la médication mercurielle ; mais il reste prouvé que souvent l’hydrargyrie est confondue avec les accidents syphilitiques consécutifs et d’autres maladies, et que les promoteurs de l’exclusion du mercure dans le traitement de la syphilis auront rendu un immense service à l’humanité en prouvant, par des expériences décisives, qu’on guérit sans mercure, sans récidives anormales, sans accidents consécutifs. |
$ XXII. — Des lumières que l'application prudente de la chimie peut apporter dans les questions de médecine, et principalement dans la question de la syphilis primaire, secondaire el tertiaire.
Mon but en appelant l'attention des médecins sur les trayaux de M. Hermann, consiste surtout à montrer comment, en partant
d'observations très-différentes, nous sommes arrivés indépen-
damment l’un de l’autre à des données dont la médecine saura tirer profit dans l'intérêt de la cure des maladies syphilitiques, affreuses en elles-mêmes et terribles par leurs suites, au moins dans l’état actuel des traitements au mercure généralement usités: Ces traitements divers, tant internes qu’externes, traînent à leur suite le triste cortége de toutes les affections secondaires et tertiaires, dont, d’après M. Hermann, ils sont incontestablement la cause unique.
Comme je l’ai déjà déclaré, je n’entends nullement me pronon-
cer dans la gravé question des maladies syphilitiques et de leurs tristes conséquences. Mais je ne puis m’empécher d'attirer l’attention sur la netteté des résultats de M. Hermann et de M. Lorinser, quand je les vois baser leurs opinions sur des analyses chimiques, sur des faits positifs, et que, d’un autre côté, je suis souvent aux prises avec des hypothèses plus ou moins combattues, et parfois même avec des mots sut la valeur desquels on ne semble pas toujours s'entendre.
. Nous ne savons pas pourquoi le mercure guérit la syphilis ; mais s’il est prouvé, comme M. Hermann l'avance avec des faits nombreux à l'appui : 1° qi’on peut guérir sans mercure; 2° qu’on guérit plus rapidement ; 5° que les récidives, dans ce dernier cas, sont plus rares; il sera prouvé aussi que l’on a la certitude de ne pas créer des accidents consécutifs. |
Ce qui me frappe surtout c’est l’assurance qui résulte des faits observés dans les affections mercurielles aux mines de mercure d’Idria. S'il était prouvé que non-seulement les affections syphilitiques, mais d’autres affections dans lesquelles ce métal ou : ses composés sont employés sous tant de formes, peuvent être guéries sans mercure, il en résulterait incontestablement qu’on enlève une suite très-nombreuse de maladies qu’il faut nécessairement attribuer aux effets de la médication mercurielle, abstraction faite des maladies qu’on a guéries. Comment ne pas être frappé quand on voit dés affections, simulant tous les symptômes syphilitiques, guéries sous l'influence de la médication iodurée , parce que les malades avaient jadis été soumis à un trai-
(84) tement mercuriel ; comment ne pas douter au moins, quand on voit affirmer qu’il n'existe pas d’accidents secondaires sans traitement mercuriel préalable, soit interne, soit externe.
Ce qui séduit surtout dans les observations de M. Hermann, c’est de voir la chimie devenir le guide du diagnostic. De cette façon celui-ci s'appuie en définitive sur une science exacte et sur une analyse matérielle; sous ce point de vue, les opinions de M. Hermann me paraissent devoir acquérir une grande importance.
Il me parait utile de signaler encore que M. Hermann est arrivé à poser, vers 1856, les questions de la syphilis et de l’hydrargyrie sans avoir connaissance de ce que j'avais écrit à ce sujet en 1849. |
D’après une lettre particulière que le savant médecin viennois m'écrit, il me dit que ses observations portent aujourd’hui sur plus de six mille cas de syphilis guéris sans faire usage du mercure ou des composés de ce métal ; il ajoute que ses convictions se confirment tous les jours, et qu'il s’occupe dans ce moment de la rédaction d’un travail complet sur ces graves questions.
Dans ces derniers temps, je me suis adressé de nouveau à ce savant, en le priant de me faire connaître si l'expérience acquise depuis la publication de ses études sur les formes des maladies mercurielles à Idria, en 1858, n'avait pas amené quelque changement dans ses appréciations sur les bons effets obtenus par l’iodure de potassium et je lui demandais de me déclarer franchement s'il n'avait rien à modifier à ce qu’il me faisait l'honneur de m'écrire en 1859. Il me disait à cetté époque : « Je ne puis en même » temps m'empêcher de vous déclarer que votre travail sur la » thérapeuthique de l’hydrargyrie par l’iodure de potassium offre » Ja base la plus sûre à ma théorie sur le traitement de la sy- » philis sans mercure. Je dois avouer que je ne connaissais pas » votre théorie, lorsque j'ai publié mon travail; je n’en ai eu » connaissance qu’à Idria; mais les brillants succès que j'obtiens » dans la cure de la syphilis sans faire usage de préparations » mercurielles, ainsi que dans le diagnostic de l’hydrargyrie, » qu’on à pris à tort jusqu’à présent pour la syphilis constitu- » tionnelle, ne doivent leur intérêt et leur importance, je Pavoue
(85) » franchement, qu’à votre travail. Quand un jour la syphiliologie, » sortant de son cahos présent, arrivera par la voie scientifique » à sa clarté et à toute sa pureté, alors, monsieur, soyez en con- » vaincu, etc. »
M. Hermann n’a rien changé à ce qu’il m'écrivait; six années d'expériences n’ont servi qu’à confirmer ce qu’il pensait alors.
Je suis entré dans les considérations qui précèdent, pour montrer aux médecins qui ne croient pas encore aux applications sérieuses de la chimie à l’art de guérir, jusqu'où ces applications peuvent aller quand on poursuit les conséquences des quelques données chimiques, très-simples que j'ai signalées dès 1849, et que je répète avec assurance aujourd’hui : « Tous les composés » de mercure qui peuvent se réaliser dans l'économie sont solu- » bles dans l’iodure de potassium; le mercure métallique lui- » même s’y dissout ; la présence des matières organiques de l’éco- » nomie n'empêche pas ces réactions. »
L’élimination de ces composés ou sels doubles par lurine , a complété la preuve de l'intervention utile de la chimie en médecine, intervention niée ou mise encore trop souvent en doute par certains médecins qui se contentent de grands mots, et qui ne savent ou quine veulent pas voir des faits qui leur permettraient, dans beaucoup d’autres cas, de remonter à la cause matérielle des maladies. j
N’en doutons pas, c’est par l'étude des lois physico-chimiques que le véritable progrès se fera jour en médecine; ce n’est pas en . empruntant le langage des poëtes, des philosophes ou des prétres, que l’art de guérir se perfectionnera, c’est en demandant des secours aux sciences exactes qu’il peut prétendre devenir une science ayant des lois, une langue correcte et une logique qui doit tendre à se rapprocher de celle des sciences mathématiques. |
S XXIV. — État apparent des ouvriers soumis à une intoxication mercurielle ou plombique chroniques. — Observations sur l’emploi des médications par ces métaux vénéneux. — Le livre de santé de lu famille.
Si j'appelle particulièrement l'attention du médecin sur les travaux remarquables que je viens de citer, c’est en partie parce que j'ai souvent eu l’occasion de remarquer le triste état de santé de beaucoup d'individus dans ces ateliers où je rencontrais des ouvriers malades, trembleurs ou cachexiques. Je ne pouvais certifier que les délabrements que j'observais étaient dus au mercure ou au plomb, et je n'aurais pas osé proposer la médication par l’iodure de potassium; aujourd’hui les médecins trouvent dans les travaux autrichiens un guide médical assuré, et au lieu de se contenter, comme cela doit arriver souvent, de diagnostiquer une maladie par les symptômes observés, de combattre ces symptômes avant de se préoccuper de la cause de la maladie, ils devraient plus souvent, sinon toujours, bien s’enquérir des matières minérales nuisibles utilisées sous tant de formes, dans tant d'industries et même dans les usages de la vie.
Qu'on me permette d’insister sur ces faits, car j'ai vu souvent des ouvriers complétement désespérés et abandonnés par les médecins; or je soutiens que tout malade est curable, à moins que d’autres affections, son âge, etc., ne compliquent la maladie métallique; toutes mes expériences ou mes observations me donnent cette profonde conviction et, du reste, les preuves à l'appui ne manquent pas.
Je crois avoir le droit d'appeler l'attention des médecins sur ma manière de faire, quand j'affirme que je guéris parfaitement par l’iodure de potassium un malade chez lequel un médecin très-savant, très-réputé, de Bruxelles, avait diagnostiqué (voir p. 25) un ramollissementdu cerveau à la suite des symptômes suivants, que je copie textucllement: tremblement, douleurs dans les lombes, etc. faiblesse dans les membres. Le médecin a porté son attention sur
les symptômes, sur les douleurs, ete., il les eût très-probablement combattus successivement; j'ai interrogé le malade en chimiste ; J'ai su qu'il était chapelier et que par conséquent il était en contact direct ou indirect avec le mercure; j'ai vu son tremblement et j'ai combattu directement la cause de la maladie sans m'occuper des symptômes ou des douleurs.
J’ai le droit d'engager les médecins à se servir parfois de la méthode chimique, alors surtout que je constate que le traitement si péniblement énergique, pendant six semaines, à l'hôpital Saint-Antoine de Paris, n’amène presque pas d'amélioration dans l’état de ce malade, tandis que mon traitement, très-simple, inoffensif, s’il est bien dirigé, etc., ramène le malade à l'atelier et au travail et lui permet d’achever sa cure sans qu’il soit même absolument nécessaire de ne plus travailler, c’est-à-dire qu’il guérit en gagnant encore le pain quotidien de la famille, qu’il préserve de la misère et de toute la fatalité qui s’y attache.
Qu'on médite avec attention la relation de quelques maladies citées dans mes travaux, et j'ai la conviction intime, ou mieux, j'espère que l’iodure de potassium sera employé dans ces cas plus qu’il ne l'est déjà aujourd’hui, et qu’il sera administré comme je pense qu’il doit:l’être : à doses croissantes, en faisant des inter- ruptions, avec la certitude de sa pureté.
Il me semble difficile d'admettre que les médecins aa courant des travaux que j'ai analysés, se refusent à baser leur mode de traitement sur des observations et des expériences qui ont un caractère de certitude si tranché. |
Je reprends l'exemple de Bridoux (page 25). Cet homme, guéri une première fois , est frappé de nouveau en 1858, et passe quatorze semaines à l’hôpital Saint-Louis, pour n'en sortir, comme il l’a déclaré en ma présence à MM. les docteurs Rasse et Fourdrin, que beaucoup moins soulagé que par mon traitement, ayant duré moitié moins de temps et en travaillant, etc.
Je comprends que le médecin soit préoccupé de soulager l'homme qui souffre, et que cette préoccupation l’engage à combattre directement des symptômes qu’il observe, à enlever les douleurs dontle patient se plaint; mais en général, ilme semble que.
le médecin est plus frappé des observations apparentes que de la cause première ou du principe de la maladie.
Il doit même y avoir plus d'intérêt, que sais-je, plus de poésie, à administrer des sangsues, des moxas, des ventouses . simples, des ventouses scarifiées, des bains de vapeurs, des bains sulfureux, etc., voire même de la strychnine jusqu’à la dose où elle provoque des roideurs tétaniques, quand elle n’agit pas plus énergiquement jusqu'à compromettre la vie, qu’à faire usage d’un liquide inoffensif, qui guérit sûrement, sans fournir au médecin le plus petit accident, si ce n’est une amélioration, lente parfois, mais certaine et progressive toujours. Les sujets traités par la méthode chimique ne sont pas entéressants pour le médecin, j'en conviens, ils ne donnent pas lieu à de belles observations cliniques, mais cette méthode a le grand avantage de guérir surement.
Quand je lis des résumés d'observations cliniques, je vois parfois des malades sortir soi-disant guéris des hôpitaux, mais trainant, selon moi, sans s’en douter, la souffrance ou la mort à leur suite. Le séjour à l'hôpital est trop triste pour des malades pareils, l'ennui les prend. Il serait si simple, si facile de les guérir en leur faisant suivre chez eux un traitement à l’iodure de potassium; ce traitement peut se faire dans la famille, même en laissant ‘encore le malade vaquer à quelques travaux; mais le cœur me saigne, je suis navré de tristesse, quand je vois l'observation suivie du mot autopsie, et que j'ai la conviction profonde qu'un tel malade eût été guéri par Le chimiste.
Dans mon ignorance des exigences de la médecine pratique, Je me trouve souvent vis-à-vis d'observations. que je ne comprends pas et qui me paraissent tellement extraordinaires, que malgré moi je suis amené à porter un jugement sévère sur les traitements avec les composés métalliques que l’on emploie dans quelques cas sans {rOp Savoir pourquoi.
Il me semble que le bon sens seul peut faire justice de ce genre de traitement, et qu'il ne faut pas avoir fait de profondes études de médecine pour montrer et prouver l’usage irrationnel fait de l'emploi des composés de plomb dans quelques cas pour lesquels ,
à tort ou à raison, cette affreuse médication métallique est employée.
Voici, entre autres, un exemple de cette nature, donné par M. Tanquerel. Des Planches, tome LE, p. 472. (Voir Flandin, Traité de toxicologie), t. I, p. 269.
Un jeune homme de vingt et un ans entre à à l'hôpital de la Charité, le 16 juin 1854, pour se faire traiter d’une hypertrophie du cœur; 1 avait été peintre, et avait abandonné à deux reprises sa profession pur suite de coliques saturnines, etc., etc. On constate que les dents sont bleuâtres à leur base, caractère que j'ai toujours observé dans l’affection saturnine chronique, etc. Observons d’abord très-particulièrement que ce caractère se retrouve presque sans exception dans la cachexie saturnine, et qu’il suffit pour établir un diagnostic certain.
Le médecin commence par le saigner, ensuite on applique des sangsues à différentes reprises, douze à quinze chaque fois; puis deux saignées générales et enfin une douzaine de ventouses searifiées sur la région précordiale; enfin on administre la digitale; traitements douloureux, coûteux, inutiles au moins, car ilsn’amènent aucune‘amélioration. Remarquons, en passant, que la médecine est incapable de dire pourquoi elle fait usage de la plupart de ces médications dañs l’hypertrophie du cœur, comme elle est incapable de dire pourquoi on a employé ensuite la médication par l’acétate de plomb.
Le phénomène si caractéristique d’un liséré bleuâtre sur la base des dents m'aurait fait soupconner une cachexie saturnine, d'autant plus que le patient avait été peintre et avait eu des coliques saturnines, et je n’aurais pas hésité aujourd’hui à la combattre par la simple médication à l’iodure de potassium; mais l'observation que je cite date de 1854.
Le médecin soumit le malade à un traitement par l’acétate de plomb, à la dose de trois grains d’abord, en élevant successivement la dose jusqu’à vingt-quatre grains avec toute la prudence possible, entre le 8 et le 18 août ; du 18 au 29, il recut vingt-quatre grains d’acétate de plomb par jour.
À la suite de ce traitement, administré avec foute la prudence
possible (amère dérision!) survinrent des vomissements et des coliques , le malade était constipé, etc.
On interrompt la médication et l’on commence de suite le traitement de la Charité. La colique fut guérie; mais, ce qui est inouï. et à peine croyable, on recommença l'administration de l’acétate de plomb, le 8 septembre, et on porta la dose jusqu’à trente grains, dose qui fut employée pendant quelque temps.
Au 28 septembre, le malade a des douleurs extrêmement fortes à la région ombilicale; elles deviennent tellement violentes que le malade, presque furieux, pousse des cris LEURS s'agite et se roule dans son lit, etc., etc.
Nausées, vomissements fréquents, haleine fétide, sui generis saturnine; la face a une teinte jaunâtre prononcée, exprimant la souffrance et l'anxiété par des contractions énergiques et comme convulsives de tous les traits du visage, surtout au moment de l’arrivée des coliques, etc., ete. À partir du 10 octobre, les membres se paralysent, les douleurs persistent, la constipation devient opiniâtre, etc, en dépit de diverses médications, les phénomènes s’aggravent.
Au 18 octobre, on cherche à combattre ces: phénomènes alarmants , en employant tour à tour et simultanément : le traitement de la Charité, la limonade sulfurique, les bains sulfureux, la strychnine, la thériaque, le séné, l’huile de ceroton tiglium, l’opium, mais tout fut inutile. Le malade, en proie aux douleurs les plus atroces, avait conservé toute son intelligence; 1l appelait la mort, elle n’arriva que le 14 novembre.
Il faut lire l'observation dans l'ouvrage cité.
Mais concluons en chimiste :
La médecine mal entendue a amené la mort de cet homme, déjà empoisonné par le plomb, en le soumettant deux fois de suite à une intoxication saturnine, administrée avec toute la prudence possible, il est vrai; mais elle a mis du temps, cinq mois, du 10 juin au 44 novembre, pour arriver à la catastrophe; elle lui a fait souffrir des douleurs affreuses pour lui enlever une maladie qui me semble imaginaire, puisque l’hypértrophie du cœur ne se trouve nullement prouvée par l’autopsie; je copie celle-ci
textuellement, ayant beaucoup abrégé dans l'histoire de la maladie : « Il y a une bonne cuillerée de sérosité citrine dans le » péricarde; on ne découvre aucune trace d’inflammation de sa » membrane séreuse; le cœur surpasse le volume du poing du » sujet; la cavité du ventricule gauche est évidemment dilatée, » ses parois, vers la base, ont environ neuf à dix lignes d’épais- » seur; les valvules et les orificés n’ont subi aucune altération; » le ventricule droit et les deux oreillettés ne semblent pas sen- » siblement hypertrophiés. Les gros vaisseaux, et surtout les » artères, en général vides de sang, n’ont éprouvé aucune modi- » fication dans leur texture. »
Triste et douloureux exemple que j'offre à la méditation des médecins consciencieux qui font ou qui seraient tentés de faire un usage immodéré et illogique des médications par les composés métalliques vénéneux. |
J'aurais quéri cet homme, sans aucun doute, et je l'aurais guéri, sans le faire souffrir, dans un temps moins long que celui que le médecin de l'hôpital a mis sans le préserver d'une mort accompagnée d’atroces douleurs.
Si Jose parler ainsi et me prononcer si catégoriquement, c’est que j'ai devant moi des faits certains : la femme Sweerts (page 18) et les exemples cités dans mon premier mémoire, ainsi que les nombreuses observations sur les chiens,
Je veux appeler l’attention des médecins praticiens sur les con-
fusions qu’ils peuvent faire dans le diagnostic, quand les ma- | P ;
lades sont sous l’influence de maladies ou d’intoxications métalliques; dans le cas cité, il y a lieu de croire que l’intoxication saturnine chronique a été prise pour une hypertrophie du cœur. |
Il me serait facile de citer bien d’autres cas analogues.
Je sais que le médecin guérit souvent et guérit à coup sûr, sans que la science soit capable actuellement de lui dire le pourquoi.
En citant le cas précédent, j'ai voulu donner un exemple capable d'engager les médecins à se demander pourquoi et comment certains poisons métalliques peuvent produire de bons effets dans quelques cas, quand ils-savent que ces mêmes corps produi-
sent incontestablement des maladies graves, parfois considérées comme incurables, et qu’ils n’ignorent pas que d’autres médicaments, inoffensifs relativement ou facilement éliminables, peuvent produire, sans accidents consécutifs, des phénomènes d'amélioration.
Qu'on me permette de citer un exemple. En Angleterre, on emploie très-souvent le calomel comme purgatif; est-ce un médicament indispensable dans quelques maladies? Je l’ignore; mais comme purgatif, la sel d’Epsom le remplacera souvent et fructueusement ; le sel de cuisine suffit même parfois.
L'exemple précédent montre le danger d’une médication saturnine; celui que j’ai cité (page 75) montre les dangers de l’usage immodéré du calomel.
Après des exemples pareils, n’a-t-on pas le droit, et je dirai même : n’est-ce pas un devoir d’engager le médecin à se défier des sels métalliques, quand d’autres remèdes, moins dangereux, rendent des services analogues ? : |
Que d'enfants surtout, m’assure-t-on, en Angleterre, sont purgés périodiquement par le calomel.
Ce qui précède prouve à l'évidence l’intérêt qui s’attache, pour le médecin, à avoir une connaissance exacte des précédents du malade en traitement; dans la pratique ordinaire, le médecin qui, dans une famille, en remplace un autre, n’est pas toujours bien renseigné; son prédécesseur est mort, le malade a été traité par le médecin d’une autre ville, ete., etc. Pourquoi ne pourraiton pas avoir dans chaque famille une statistique de ses maladies, un livre donnant, entre autres, le nom du médecin, la nature des médicaments employés, etc, etc.; livre qui servirait de guide au médecin actuel ?
Quel enseignement pour le médecin! Quelle garantie pour la famille !
SXXV. — Résultat des expériences faites en Espagne , aux mines de mercure d’Almaden.
Dès 1845, M. Nätalis Guillot et moi, nous avons été en rapport avec don Raphaël Cavanillas, directeur général des mines d’Espagne. Il avait eu l’obligeance de transmettre à M. le docteur don Gervasio Sanchez Aparicio, médecin attaché aux mines de mercure d’Almaden, d’abord des notes rédigées en commun, et ensuite mon premier mémoire.
Je regrette vivement de n’avoir rien à ajouter ici à ce que j'ai dit en 1849; je me bornerai à une simple citation empruntée au travail de M. le docteur Th. Roussel 1.
« Je me suis enquis, à Madrid , auprès de don Raphaël Cava- » nillas, du sort qu'avait eu la proposition de MM. Melsens et » Natalis Guillot; il m’a été répondu que des expériences avaient » été faites et que les résultats en avaient été communiqués aux » deux savants français. J’ai acquis malheureusement, à Almaden, . » la certitude qu'aucune expérience n’avait eu lieu d’une manière » régulière et suffisamment continuée. Don Gervasio Sanchez » Aparicio, de l’honorable sincérité duquel je tiens cet aveu, » m'assure avoir fait diverses tentatives rendues infructueuses » par des difficultés de plusieurs sortes, et surtout par le mau- » vais vouloir des ouvriers qui n’ont pu être assujettis à un usage » assidu du moyen indiqué. Il paraît toutefois résulter des ob- » servations peu nombreuses, recueillies à l'hôpital, que l’on doit » attendre de bons effets de l'iodure de potassium comme moyen » curatif. »
On voit que le proverbe est vrai en Espagne comme ailleurs : Rien n’est plus difficile que de faire le bien.
Espérons que, tôt ou tard, la main bienfaisante de l’administration saura faire adopter à Almaden les moyens curatifs simples
4 Lettres médicales sur l'Espagne, publiées par le journal l’Union médicale, en 1848.
que nous avons proposés à l'administration espagnole. Espérons qu’on y obtiendra des succès analogues à ceux que l'administration autrichienne obtient à Idria.
Il serait si facile, me semble-t-il, d'établir à Almaden comme à Idria une série d'expériences qui permettraient, en peu de temps, de constater les propriétés prophylactiques de liodure de potassium; on y aurait, si l’administration supérieure voulait assister efficacement les médecins, une solution de toutes les questions qui peuvent se rattacher à une étude complète de l’hydrargyrie et surtout du tremblement. Cette affection paraît se présenter plus fréquemment à Almaden qu’à Idria, d’après les observations de M. le docteur Roussel. Le savant médecin français décrit, dans le travail cité ci-dessus, les phénomènes des trois genres de tremblement; qu’il me suffise de signaler ces catégories établies par les ouvriers eux-mêmes et distinguées par les noms donnés à la maladie et aux patients : les tremblones sont les patients les moins gravement atteints, les calambristas ont un tremblement avec convulsions et douleurs, les moderros offrent un tremblement accompagné de paralysie mercurielle convulsive, avec altération de l'intelligence; c’est au travail de M. le docteur Roussel que j'engage le médecin à recourir pour être au courant des détails ; ils sont navrants. |
Je me garderai bien d'appeler l'attention sur les traitements curatifs et sur les moyens prophylactiques employés à Almaden.
Mais je ne puis m'empécher, en terminant, de demander si l'envoi de sel marin renfermant uné certaine quantité de bromure et d’iodure de potassium dans les localités où on exploite le mercure; si la vente de sel marin ioduré à prix réduit aux ouvriers employés dans les travaux; si la vente, dans ces mêmes conditions, de bières, de tisanes alcoolisées, de vins todurés, ou leur distribution gratuite pendant le travail, etc., ne seraient Fe autant de bienfaits pour les malheureux ouvriers.