‹ Mémoire sur l'emploi des bains iodurés dans les maladies scrofuleuses; suivi d'un tableau pour servir à l'administration des bains iodurés selon les âgesChapitre 13 sur 17 · QUATRIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME OBSERVATION

Je vais rapporter un exemple dans lequel le système muqueux était affecté pins généralement encore, et d’une manière plus remarquable que dans le cas précédent , les os étant d’ailleurs atteints moins profondément.

Au mois de mars 1828 , je fus consulté pour un garçon de cinq ans et demi qui portait une hypertrophie de la première phalange du doigt annulaire droit; cette affection se continuait d’une part à la seconde phalange , et de l’autre au quatrième os métacarpien ; les parties molles étaient rouges , livides, imprégnées de pus, et percées de trois orifices fistuleux.

Cet enfant était né jumeau d’un sœur morte à deux mois. Il était venu au monde la tète grosse et déformée; le nez déjeté à gauche, accident de compression qui avait disparu assez promptement. Le sternum, qui, à l’époque de la naissance, formait une saillie très-prononcée en avant , était encore beaucoup trop saillant.

Pendant la première année de sa vie, cet enfant avait eu un enchiffrenement continuel qui gênait beaucoup la respiration.

De deux à quatre ans il avait éprouvé plusieurs maladies graves par lesquelles son exis-

tenee avait été, chaque fois , en grand danger. Elles commençaient ordinairement par un rhume , suivi de diarrhée, et l’irritation se portait alternativement, pendant trois à quatre mois , de la poitrine aux voies digestives , et de celles-ci aux poumons.

Au mois de fe'vrier 1826 , commença un son-

flement de îa première phalange du doigt annulaire , a la suite d’une chute sur la main droite.

Au mois de mars suivant , une fièvre catarrhale, semblable aux précédentes , survient et met encore une fois le petit malade en danger imminent de mort. Elle dura , selon son usage , pendant tout le cours du printemps , et au-delà. Dès le début de cette fièvre, l’hypertrophie du doigt avait disparu; elle se montra pour la seconde fois l’année suivante à la même époque; la fièvre catarrhale parut aussi , mais, contre son ordinaire, elle avorta assez vite, tandis que l’hypertrophie fit des progrès tellement rapides qu’en deux mois les parties molles furent fistuleuses.

On envoya le jeune malade à la campagne^ d’où il revint au mois de février 1828 , sans avoir éprouvé aucun mieux des moyens les plus rationnels employés avec assiduité pendant un an; et l’on était décidé à lui faire amputer le doigt ,

lorsque je proposai d’avoir recours au traitement iodé.

Le doigt fut pansé une fois par jour avec un cataplasme de farine de graine de lin additionné d’hydriodate de potasse. On mettait un gros de ce sel sur deux onces de cataplasme qui servaient pour trois pansemens. En quinze jours, les parties changèrent d’aspect, et le mieux continuant par la suite à faire des progrès , on se borna à cette médication locale qui eut un tel succès qu’au mois d’août suivant les trois fistules étaient cicatrisées , les parties molles ayant recouvré leur état normal.

Au mois de février 1829, le doigt a enflé de nouveau. O11 a appliqué une seconde fois des cataplasmes iodurés,et, en deux semaines, l’hypertrophie a disparu.

Au mois d’octobre suivant , cet enfant revint de la campagne, ayant joui de la meilleure santé, tout l’été. Le soir meme de son arrivée, il eut l’oeil droit un peu rouge , ce qu’on attribua à ce qu’il avait eu la tète a la portière de la voiture pendant toute la route de Provins à Paris.

En peu de jours, l’inflammation augmenta et arriva au plus haut degré. Une application de sangsues détermina un érisypèle de la face qui dura deux septénaires, pendant lesquels l’œil en* llammé était couvert d'un bandeau , la lumière

la plus faible causant beaucoup de douleur sur cet organe.

Immédiatement après cét érysipèle, je purgeai le malade deux fois; et après ces deux purgations, Fophthalmie n’ayant pas diminué d’intensité, le traitement iodé fut commencé.

On a baigné l’œil ophthalmique cinq à six fois par jour dans la solution iodée n° j. Chaque matin , l’enfant a bu une tasse à café d’eau minérale iodée n° ij , édulcorée avec du sirop de tussilage , et on lui a donné deux bains iodurés par semaine.

Après huit jours de ce traitement, l’enfant n’avait plus de bandeau sur l’œil malade , et l’ophthalmie était guérie au bout de vingt jours, ce qui ne m’a pas empêché de continuer le traitement un mois après la guérison.

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