CINQUIÈME OBSERVATION
Voici un cas dans lequel j’ose dire que le traitement iodé a opéré une sorte de résurrection , sans craindre de m’éloigner du ton de modération avec lequel j’ai constamment raconté les succès nombreux et inespérés obtenus par Fiode.
Au mois de juillet dernier, on me consulta pour une jeune demoiselle de huit ans qui présentait les symptômes suivons :
Ophthalmie de l’oeil gauche, palpébrale et oculaire, des plus intenses; hypertrophie, lividité des paupières, injection rouge foncé delà conjonctive; hypertrophie de la cornée qui était couverte de taies; larmoiement douloureux abondant par le contact le plus faible de la lumière, au point qu’il était presque impossible d’examiner l’oeil.
Les lèvres étaient indurées, hypertrophiées, livides, couvertes de croûtes et de squammes , saignant facilement, et gênées dans tous leurs mouvemens. Le pourtour en était couvert de mélitagre dont les croûtes devenaient d’une couleur foncée comme celles des lèvres , qui , il est peut-être nécessaire de le dire, dépendaient de la même affection coïncidente avec l’induration , l’hypertrophie essentielles des lèvres, affectées ainsi de deux maladies à la fois, et qui peuvent exister l’une indépendamment de l’autre.
La peau était sèche, chaude; le pouls battait cent trente pulsations par minute ; l’émaciation, la débilité étaient portées au plus haut degré; l’enfant éprouvait une répugnance invincible au moindre mouvement, de sorte qu’on ne pouvait la lever de son lit que pour la coucher sur un canapé oit elle restait immobile , le dos tourné contre le jour, afin d’éviter avec plus de soin tout contact de la lumière sur l’œil eau-
ehe, couvert d’un bandeau. Nuit et jour, aussitôt qu’il arrivait un peu de sommeil, la fièvre marasmoïde redoublait , et le corps était mouillé de sueurs. Depuis plus de trois mois, l’appétit était absent, au point que l’enfant ne voulait même plus goûter aux alimens de meilleur goût, qu’on lui offrait avec tous les encouragemens imaginables.
Le membre abdominal gauche était raccourci de deux pouces et demi par suite d’une luxation spontanée du fémur, qui n’était que faiblement consolidé dans la fosse iliaque externe ; mais qui, d’ailleurs, ne paraissait pas être le point de départ des symptômes généraux que nous venons d’énumérer ; car il n’y avait plus de douleurs locales, ni trajets fistuleux, ni aucun signe de suppuration.
Le traitement a été composé de l’usage intérieur de l’iode, de lotions iodées souvent répétées dans le jour, et de bains iodurés.
Au bout d’un mois de ce traitement , la jeune malade s’est levée chaque jour; l’appétit avait déjà reparu, et, depuis, il est aussi fort qu’il puisse être à huit ans. La nutrition a repris la plus heureuse activité ; les membres sont revêtus d’une enveloppe tégumentaire , au-dessous de laquelle on sent une couche de tissu cellu-
laire graisseux, bien nourri, et la santé généraie est tout-à-fait rétablie.
Les lèvres sont dépouillées complètement de mélitagre; il ne reste qu’un peu d’induration et d’hypertrophie au milieu du bord libre de la lèvre supérieure; les commissures sont nettes et libres dans tous leurs mouvemens.
L’œil gauche n’est plus que faiblement ophthalmique, et supporteassez bien l’impression de la
lumière du jour, car l’enfant joue toute la jour-
née en plein air, sans autre garde-vue que des conserves violettes.
D’après mes observations avant que je fisse usage des bains iod urés , je ne puis douter que , dans ce cas, l’amélioration prompte qui a eu lieu ne doive leur être attribuée en grande partie. C est d’autant plus à présumer que l’enfant s’y plaisant beaucoup depuis qu elle avait plus de force, je lui en ai donné trois par semaine, d’abord; puis quatre, et enfin j’en ai porté le nombre à deux chaque trois jours dans les mois d’octobre et novembre derniers.
De même les résultats que nous avons obtenus sur cet enfant de quatre ans , atteint du mal vertébral depuis dix-huit mois , avec paraplégie , et qui a marché au bout d’un mois.
Ceux que nous a offerts la quatrième observa-
tion , dans laquelle nous avons vu guérir, en vingt jours , une ophthalmie scrofuleuse qui était, peut-être, le commencement d’une de ces fièvres catarrhales auxquelles cet enfant est trèssujet, et dont la durée est, pour ainsi dire, interminable chez lui.
L’ efficacité également très-prompte du traitement iodé chez les sujets des première et seconde observations , offrant des symptômes graves, de cause héréditaire , me paraît devoir être attribuée plus particulièrement aux bains iodurés.
Je pourrais multiplier davantage les histoires particulières, mais celles que je viens de rapporter me paraissent devoir suffire pour engager les praticiens à adopter ce mode nouveau d’application de F iode dans le traitement des maladies scrofuleuses.