‹ Mémoire sur l'emploi des bains iodurés dans les maladies scrofuleuses; suivi d'un tableau pour servir à l'administration des bains iodurés selon les âgesChapitre 3 sur 17 · SUR L’EMPLOI · texte numérisé non relu

SUR L’EMPLOI

DES BAINS IODÏJRÉS

MALADIES SCROFULEUSES.

Depuis pius de deux ans, j’ai commencé des recherches thérapeutiques pour trouver et faire connaître le degré d’efficacité de l’iode dans les maladies scrofuleuses, et j’ai déjà eu l’honneur d’entretenir l’Académie royale des sciences, des résultats que j’avais obtenus d’un travail de dix-sept mois.

Ces résultats, que je m’étais appliqué à raconter avec la plus rigoureuse impartialité, ont, tous, été vérifiés, à l’hôpital Saint-Louis, par les honorables membres que l’Académie avait désignés pour en prendre connaissance; et mon sa-

vaut rapporteur a pris soin d’en relever l’utilité par un tableau sommaire et largement tracé , des maladies très-nombreuses et malheureusement très-communes, jusqu’alors incurables, que je suis parvenu à guérir.

Pour faire suite à mon premier Mémoire, j’en avais rédigé un second dans lequel je faisais voir que les succès de l’iode ne se sont point ralentis. Je me proposais meme de publier ainsi les progrès que je pourrais faire dans cette méthode nouvelle de traitement à mesure que ces progrès seraient constatés. Cette marche m’avait paru la plus facile à être examinée; mais la crainte d’abuser des raomen ; de l’Académie, m’a décidé à ne traiter, désormais, de l’iode relativement aux maladies scrofuleuses, que lorsque je pourrai présenter la méthode générale de traitement avec toutes les particularités que peuvent demander les différentes espèces de ces maladies»

En attendant, j’ai cru devoir publier un mode nouveau d’application de l’iode, que, le premier, j’ai mis en usage ; je veux parler des bains iodurés.

Ces bains n’ont pas encore fait partie du traitement particulier des maladies scrofuleuses , sur lequel je continue mes recherches à l’hôpital Saint-Louis. Je ne les ai employés dans cet

hôpital que pour faire quelques expériences à l'effet de mieux connaître faction respective de l’iodure de potassium et celle de l’iode; mais j’en fais usage dans la ville et en province sur tous les malades scrofuleux pour lesquels je suis consulté ; et j’ai acquis la certitude qu’ils accélèrent beaucoup la guérison.

Avant de publier cet essai, j’aurais désiré qu’il fût arrivé à un degré de maturité plus avancé. Mais les bains iodurés étant connus par mon enseignement clinique, j’ai dû craindre que cette tradition, éprouvant le sort commun à toutes les traditions orales, ne fût qu’une publication incomplète, et partant , dangereuse. On va juger, effectivement , qu’il était de mon devoir de prévenir , par la plus prompte publicité , les effets malheureux qui pourraient résulter, de l’usage des bains iodurés préparés dans des proportions au-dessus de celles que j’ai trouvées.

Pour le moment, je me propose de faire connaître la matière la plus propre à contenir les bains iodurés ; la force de la solution qui sert à les composer; la' proportion des ingrédiens, et leur action respective.

Après avoir rapporté quelques histoires particulières de maladies scrofuleuses dans lesquelles j’ai fait usage des bains iodurés, je terminerai

par quelques observations sur ces bains relativement aux âges ; et pour rendre ces observations d’une application plus facile, je les présenterai en tableau.

J’ai porté mes idées d’abord sur la matière la plus propre à contenir le liquide ioduré; et il était évident, en raison de la forte tendance de l’iode à former des combinaisons chimiques , que, quelle que fût la matière de la baignoire , elle ferait perdre à l’iode une partie de son efficacité. En conséquence, j’ai choisi celle qui offrirait cet inconvénient au plus faible degré.

Le zinc, recommandé pour les bains sulfurés , ne pouvait servir ici à cause de la facilité avec laquelle il convertit l’iode en un iodure soluble dont les propriétés peuvent ne pas être milles , mais qui sont certainement différentes de celles de l’iode, et encore à déterminer.

L’étain lui-mcme, quoique moins attaquable par une dissolution très-étendue d iode pur, m’offrait peu de sécurité , parce que, devant dissoudre ce dernier corps à l’aide de l’iodure de potassium, je pouvais appréhender la formation d’un iodure double dont les propriétés particulières compliqueraient encore les résultats.

Je m’en suis donc tenu aux simples baignoires de bois , qui ne peuvent que transformer beau-

coup plus lentement une portion de l’iode en acide hydriodique , et dont l’effet, d’ailleurs, diminue graduellement à mesure que , par l’usage, le bois perd de sa partie extractive, et se trouve au contraire plus imprégné d’iode.

On se tromperait fort si l’on croyait pouvoir calculer les effets des bains iodurés d’après Faction de l’eau minérale iodée et celle de la solution d’iode dont j’ai donné ailleurs la formule et les usages (i).

Quant a moi, quelque idée que je me fisse d’avance de Faction des bains iodurés, je n'ai pu prévoir, je l’avoue, à quel degré l’iode, appliqué sous forme de bain, serait énergique. Ainsi, ayant pris en considération , i° la surface plus grande soumise à l’influence immédiate du médicament; 2° la facilité avec laquelle toutes les parties du liquide pourraient venir successivement en contact avec la peau , et lui céder une portion d’iode, en sorte que ce corps n’agirait plus en raison de sa quantité relativement au liquide, mais bien d’après sa quantité absolue ; 3° l’exaltation de propriétés qui pourrait résul-

(i) Mémoire sur V emploi de Viode dans les maladies scrofuleuses , précédé du Rapport fait a PAcadémie royale des sciences; par MM. Duméril , Magendie, Serres. A Paris, chez Baillière, libraire

ter, pour un corps volatil, de l’élévation de la température du bain.

Chacune de ces conditions ayant été appréciée avec soin et dans un esprit de prudence qui ne pouvait qu’en accroître la valeur; je croyais avoir dosé faiblement la première formule des bains iodurés; et cependant cette dose , que je me proposais d’augmenter graduellement, est devenue un maximum que je ne me permets plus d’employer.

Ma première formule était composée d’une once d’iodure de potassium et de demi-once d’iode dissous dans vingt onces d’eau distillée, et étendus ensuite dans la quantité d’eau nécessaire pour un bain.

Mai s ce bain ayant produit une très- vive rubéfaction de la peau, je le réduisis de suite d’un quart, et je ne composai plus les bains d’adulte qu’avec six gros d’iodure de potassium et trois gros d’iode (1).

Avec cette formule, qui est aujourd’hui la

(i) L’iodure de potassium peut dissoudre, ainsi que l’a vu, le premier, M. Baup, pharmacien a Vevay, deux fois autant d’iode qu’il en contient lui-même ( une fois et demie son propre poids), lorsqu’il est en dissolution concentrée; mais comme cette solubilité de l’iode diminue quand on augmente la quantité d eau , j’ai adopté les proportions proposées par

plus forte dont je fasse usage, j ai administré les bains iodurés à un grand nombre de personnes.

Yo ici quelques observations importantes à connaître :

La dame qui fait le sujet de la première observation a encore eu la peau rubéfiée trop vivement.

Une demoiselle de dix-sept ans n’a pu le supporter ; elle a eu la peau rubéfiée, mais plus fortementau cou ; et ce qui était évident à la vue, et très -digne de remarque, c’est que le côté du cou qui est tuberculeux a été plus rubéfié que le côté opposé.

Une demoiselle de huit ans (cinquième observation) n’a pu supporter le bain à cette dose.

Une demoiselle de sept ans trouvait que ce bain la chauffait trop vivement , et, une fois, il n'a pas été possible de l’y faire rester.

L’enfant de quatre ans ( sujet de la troisième observation) , a été fortement rubéfié, et a eu la verge enflammée par un bain composé de cinq

ce pharmacien, qui sont, en poids, de demi-partie d’iode sur une partie d’iodure de potassium.

Il m’a paru utile, d’un autre côté, de ne point changer une formule déjà connue, et généralement suivie pour la composition pharmaceutique de Thydriodate de potasse ioduré.

seaux d’eau, et du quart de la solution iodurée préparée pour un bain d’adulte.

Un écolier de quinze ans a été fortement rubéfié ainsi que son père, qui brassait le bain pour étendre uniformément la solution , en estimer la température, et juger par lui-même si le bain piquait la peau aussi vivement que le disait son fds.

M . , âgé de vingt-cinq ans, a eu la peau

très-rubéfiée et la verge enflammée pendant plusieurs jours , au point d’en ressentir un mouvement fébrile pendant trente-six heures.

Or, le bain qui produisait ces accidens ne contenait que trois gros ou 216 grains d’iode libre pour 240 litres d’eau environ, c’est-à-dire 9/10“ de grain par litre; et je donne depuis long- temps à l’intérieur, sans aucun inconvénient, un grain d’iode par jour dans douze onces de véhicule, à la plupart de mes malades scrofuleux, pendant la seconde moitié du traitement.

Chaque jour, je fais baigner les yeux, le nez, les lèvres; je fais injecter les trajets fistuleux avec une solution iodée qui contient trois , quatre, cinq grains d’iode par livre d’eau distillée.

Je rubéfie certaines scrofules cutanées, celluleuses, tuberculeuses, etc., etc., avec une solution iodurée composée de demi-once d’iodure

de potassium et de deux gros d’iode dissous dans huit onces de véhicule (i).

Maintenant , si nous comparons la proportion dans laquelle se trouve l’iode dans un bain ioduré avec la dose qu’en contiennent les autres préparations dont nous venons de parler, on sera plus étonné encore de l’action énergique des bains iodurés.

Cette quantité, comparée à celle de l’eau mi-

(i) J’ai formulé celte liqueur iodurée, il y a huit ou neuf mois , pour être ajoutée en quantité suffisante aux cataplasmes de farine de graine de lin , que je fais appliquer sur les hypertrophies et caries scrofuleuses.

Elle sert également pour des bains de pied, de main , de menton , etc. , en en ajoutant une certaine dose dans la quantité d’eau nécessaire pour ces bains locaux.

Elle est encore très-utile pour toucher certaines surfaces qui ont besoin d’être excitées , notamment des ophthalmies palpébrales , des ozènes, des ulcères , des surfaces étendues de scrofule esthiomène.

Dans les cas où j’ai besoin de toucher plus profondément , je me sers d’une formule composée de six gros d’iode et de quatre gros d’iodure de potassium , dissous dans le moins de véhicule possible.

Je ne fais plus usage que de ce mode particulier de cautérisation pour tous les cas de scrofule. Je l’applique plus particulièrement aux confins de l’esthiomène quand elle est centrifuge, ainsi que sur certaines pustules de cette espèce de scrofule , isolées par la guérison des pustules voisines , et qui , si l’on ne change leur mode vicieux de vitalité, font attendre trop long-temps la guérison complette.

nérale iodée que boivent les malades, n’est que d’un tiers.

Comparée à la solution d iode dans laquelle je fais baigner les yeux, le nez, les lèvres des malades scrofuleux, elle n’est, à très -peu de chose près, que d’un septième, d’un neuvième, d’un onzième.

Relativement a la solution que je mêle avec les cataplasmes , ou que j’applique seule pour rubéfier certains états de scrofule, elle n’est que

d’un 640e.

Sur ces données, qui aurait pensé à priori qu’un bain ne contenant que g/ioes de grain d’iode par litre d’eau , pourrait produire un effet aussi prononcé sur toute la surface du corps?

C’est pourtant ce qui arrive ordinairement , au point que je n’ai plus repris l’usage de ma première formule, et que j’ai même eu besoin d’en établir deux au-dessous de celle que j’ai conservée.

J’ai qualifié celle-ci n° 3. Les deux degrés inférieurs ont été composés , le n6 2 avec 5/6eî, le n° 1 avec 4 /des du n° 5.

À moins de circonstances particulières, je commence ordinairement les bains iodurés par

le n° 2.

La dame fait mention

âgée de 22 ans, dont il a déjà été , le trouve encore trop fort.

Pour la demoiselle de 17 ans, j’ai été obligé de rétrograder au n° 1, par lequel j’avais commencé; le n° 2, continué pendant quinze jours, trois fois par semaine, ayant écaillé l’épiderme des jambes et des bras; la teinte jaune du corps étant trop prononcée, et ne s’effaçant guère d’un bain à l’autre.

M. ***, âgé de 34 ans, avait pris un premier bain avec la solution iodurée n° 2 a 290 de Réaumur, et n’en avait éprouvé aucune action locale. Le second bain, pris après un jour (Je repos, à 3o° de Réaumur, causa une rubéfaction si vive , sur la région antérieure de la poitrine , la face externe et postérieure des bras , que le malade ne put rester plus d’une demi-heure dans le bain. Le quatrième, préparé comme le second à 3o°, donna lieu aux mêmes acoidens, et le malade ne put y rester plus long -temps que dans celui-ci.

M. *** , âgé de 32 ans, m’a écrit de Rheims , le 29 novembre dernier, que le bain préparé avec la solution iodurée n° 2 , lui causait un sentiment vif de cuisson dont la durée était , chaque fois, de cinq à six heures , de sorte que je lui ai conseillé de rétrograder au n° 1.

On peut donc regarder comme un fait bien constaté la différence considérable qui existe entre l’action de l’iode à la température or dm

naire sur les surfaces même malades, et celle de ce corps administré sous forme de bain à une température de 28 à 5o° de Réaumur.

Cette différence ne saurait être attribuée à l’iodure de potassium, dont faction, ainsi que nous l’avons constaté (1), est très-peu marquée à la dose de deux ou trois onces , et qui , par conséquent , n’en doit exercer aucune à la dose de six gros.

Elle n’est pas due non plus uniquement à ce que, en raison de la faible affinité de l’iodure pour l’iode» et de la volatilité de ce dernier, le calorique le dégage de sa combinaison et le met en liberté dans la liqueur, car il se trouve alors dans le même état que dans la solution iodée, dite pour V usage extérieur (2).

11 faut donc nécessairement que , par un concours de circonstances que nous avons énumérées plus haut, mais surtout par faction simultanée de l’eau et de la chaleur, la peau devienne plus poreuse, plus pénétrable, plus apte à absorber l’iode.

J’avais d’abord' attribué cette exaltation de

(1) Voyez plus bas les expériences faites avec quatre doses graduées d’iodure de potassium, étendues dans la quantité ordinaire d’eau pour un bain d’adulte.

(q) Voyez Mêrn. cité , page, 54-

propriétés au calorique presque exclusivement ; mais si, par une analyse plus exacte, nous avons trouvé un plus grand nombre de raisons» de cette différence , toujours est-il que le calorique doit en être regardé comme la raison la plus forte.

On sait combien les eaux minérales thermales sont actives et salutaires., quoique l’analyse chimique ne démontre , dans la plupart, que de très-faibles proportions de principes constituans. On a souvent demandé quel pouvait être le principe commun par lequel ces eaux agissaient si efficacement sur l’économie animale ? Beaucoup de praticiens n’ont pas été éloignés d’attribuer cette efficacité à la présence du calorique.

Serait-ce donc ce même agent qui vingtuplerait les effets de l’iode dans les bains iodurés ? Quelque explication que l’on admette à ce sujet, mon but sera rempli si les observations dans lesquelles je suis entré ont signalé le degré de force des bains iodurés, que je vais rendre plus sensible encore par le récit de quelques expériences auxquelles je me suis livré à l’hôpital Saint-Louis, pour étudier l’action respective des ingrédiens dont ils sont composés.

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