‹ Mémoire sur l'ethnographie de la PerseChapitre 10 sur 21 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

82 L'ETH^onnAPHir de t.a persi-.

fut assignée pour résidence au gouverneur de la Perse ; en même temps on accorda h Firouz le titre de tou-tou ou commandeur général, mais cela ne l'empêcha pas d'être chassé par les Tachis. Il se rendit en 670 a la cour de l'empereur et y resta jusqu'en 673; il fut élevé au grade de général de la droite. Enfin, en 679, les Chinois se décidèrent a faire une démonstration militaire en faveur des princes sassanides; l'empereur ordonna à son général Fei-king-kiao de protéger Ni-nie-ssé, fils du roi de Perse, et de le remettre sur le trône de ses ancêtres. Le général pénétra avrc l'armée qu'il commandait jusqu'à Ssoui-ché, ville du pays des 'Ansi (Parlhes); mais la il fut forcé de rebrousser chemin, et son protégé alla se réfugier chez les Toukhares.

J'espère qu'on me pardonnera cette digression historique, à cause de la nouveauté des renseignements qu'elle contient, et parce qu'elle montre que, même sous les Sassanides, il y a eu deux époques assez longues, l'une de soixante-trois ans et l'autre d'une trentaine d'années, pendant lesquelles les habitants des provinces septentrionales de l'empire étaient fortement exposés à l'influence des Touraniens.

Les renseignements fournis par les Chinois sur la géographie et les produits de la Perse, de même que sur les mœurs de ses habitants, peuvent se résumer en peu de mots. Le royaume de Po'la-ssé est situé a l'ouest de la rivière Tâ-go (?) ; du côté de l'est il touche au Touhharistan (province de Khoulm), et au Kong (Sof^hdiane): au nord il est voisin des Turcs Kosa (les Gozzcs, les Salves, IcsKaissakesmodernes); hroucstetausudilconfineàlamer. Ce pays est situé au nord-ouest de Angué-ké-lo (?), et lui-même a dans la même direction le royaume deFoulin (empire de Byzance).

sanides s'établirent sur les coiifiiu-; seplenlrionaux de l'Afghanislan acluel, et pour expliiiucr la présence de ces nicdailles à DcgUraoi, on n'a pas besoin de recourir a riivpolhèse de l'cxiglencc d'une second© branche Sassanide régnant à Caboul.

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La capitale de Po-la-ssé est appelée, d'après une notice, So-li^ située a l'ouest de Tchéou-mi, ancien royaume des Tiao-tchi; d'après l'autre, c'est Ssou-li-ssa-tang-na, qui a l\0 li (4 lieues) de circonrérence, et dont la rivière est considérable et le territoire très-vaste. La première de ces deux villes me paraît être Sari, située à l'ouest de Djei-hoim-merz ou des bords de l'Oxus, ancien pays des Tadjiks, et dont la rivière Tidjan est assez importante. Ssou-li me semble être une autre transcription du même nom. Quant à ssa, c'est l'équivalent de chéhr, et dans tang-na, je crois reconnaître l'intention de rendre le mot persan Tabéristani (1).

Le pays est plat et uni; sa température, d'après quelques notices, est chaude et humide {sic)^ ce qui peut être vrai si ceux qui ont fourni ces renseignements ont visité la Perse du côté de Bassorah ou s'ils ont vuleGlïilan et le ?Jazandéran. Le pays produit de l'or, de l'argent, du laiton, du corail, de l'ambre, de la cornaline, des perles fines, du verre, du lapis lazuli, du cristal, de l'acier, de l'aimant, du cuivre, del'étain, ducinnabre, du sel, de l'orpiment, du mercure, etc. On y récolte du storax, de la soie, du coton, du poivre, du miel sauvage, etc. Les cinq graines et les oiseaux sont presque les mêmes qu'en Chine, mais on n'y cultive pas le riz (*2).

(1) Cela peut être aussi le Souristan. nom que les géographes orientaux donnaient quelquefois à l'Iraq-arabi, comme l'a signalé M. Reinaud dans son remarquable Môsioire sur l'Inde (p. <58). Dans ce cas, les détails géographiques rapportés par les Chinois sur la Perse, correspondraient aussi avec les explications proposées par M. Pauthier dans les notes 2 (p. o7) et i (p. 58) de son savant Mémoire sur rinscripiion syrochinoise de Si-Ngan-Fou, monument nestorien élevé en Chine l'an 781 de notre ère. (Paii?, 1838, extrait des Annales de philosophie chrétienne, publiées par M. Bonnellv, année <8o7.)Unedes difficultés quej'éprouverais à reconnaître dans le Ta-go des Chinois la rivière de Karoun, c'est que les Chinois disent que la Perse était à l'occident do ce fleuve, tandis que nous savons par le levé du lieutenant Selby, exécuté en mars et avril 18i2, que cette rivière coule presque directement du N.-N.-E. au S.-S.-O., et que les pays peuplés par les Persans sont à l'orient, et non pas aVocckténtde son court.

(2) Ainsi la cnUure du riz était inconnue en Perse avant l'islamisme.

8û L'ETHNOGRAPfflE DE LA PERSE.

Les quadrupèdes sont aussi semblables k ceux de la Chine, avec cette différence qu'on y rencontre des lions, des éléphants blancs et l'autruche, que les Chinois décrivent comme ressemblant à un chameau, ayant des ailes, mais ne pouvant pas voler haut. On y trouve également des chameaux qui peuvent faire 700 li(70 lieues) par jour, d'excellents chevaux, des ancs et des mulets d'une grande taille.

Tous ces détails sont parfaitement exacts jusqu'à la vitesse des chameaux, car, dans le Beloudjistan, il y a encore de nos jours des dromadaires qui parcourent des distances considérables en très-peu de temps, il n'est pas étonnant non plus que les Chinois aient pu croire que les éléphants fussent originaires de la Perse ; car non-seulement nous savons en général que ces animaux étaient employés déjà du temps des Achéménides dans l'armée persane, mais Maçoudi nous apprend que Khosrou-Perviz possédait mille éléphants plus blancs que la neige, dont quelques-uns atteignaient douze coudées de haut {Pi'airies (Tor^ t. II, p. 230). Les renseignements fournis par les Chinois sur les habitants de la Perse se réduisent h ce que les hommes sont d'une grande taille, qu'ils ramènent leurs cheveux sur le haut de la tête, et vont les uns sans aucune autre coifl'ure, tandis les autres portent des bonnets de peau. Leurs robes sont de coton et de laine de couleur noire et blanche, ou verte et blanche, mais toujours bordées d'éioffes de soie travaillée; ils ne fendent jamais leurs vêtements par le devant. Les femmes portent de grandes robes ei de grands manteaux j elles réunissent en forme de nœud une partie de leurs cheveux sur le devant de la tête, et laissent ilolter les autres sur le cou. Elles les ornent de fleurs d'or et d'argent, et y insèrent des perles de cinq couleurs. Les Persans se marient sans égard pour la noblesse ou la bassesse de la condition; ils ne font pas même

altention au degré de parenté, et ils peuvent épouser leurs sœurs (4). Parmi les barbares, ce sont les plus laids et les plus sales. îLeur langue diffère de celles des autres nations, et leur écriture est tout autre que celle qu'on appelle nou-chou, écriture des barbares. Ils adorent l'esprit du Feu, et ils sacrifient au ciel, k la terre, au soleil, à la lune, a l'eau et au feu. En Perse, la droite est plus honorée que la gauche, et quand les Persans se saluent, ils touchent la cuisse (2). Ils déposent leurs morts sur des montagnes ; les gens chargés des pompes funèbres sont considérés comme impurs j ils résident hors des villes, et quand ils y entrent ils agitent une sonnette pour qu'on les distingue. Le deuil dure un mois. L'année des Persans commence le sixième mois de l'année chinoise. Ils attachent la plus grande importance au septième jour du septième mois, et au premier jour du premier mois; ce jour-là on s'invite mutuellement a des repas qu'on égayé avec de la musique. Les Persans sont très-habiles à fabriquer toutes sortes d'étoffes , et a tisser des tapis qu'ils font a poils longs ou courts; leurs produits sont Irès-estimés dans les pays étrangers. Us savent labourer la terre, qu'ils arrosent artificiellement, vu le grand nombre de déserts sablonneux. Ils ne cultivent pas les lettres. Le deuxième jour du premier mois, chacun offre des sacrifices à ses ancêtres. La justice est rendue dans un tribunal, mais on n'écrit pas la sentence, on se borne à la prononcer. Les

peines sont très-sévères; les grands coupables sont attachés aun mât élevé et on les tue à coups de flèches (o). Quelquefois on leur coupe

(1) Il est très-curieux que Hanway observe qu9 dans le Ghilan l'usage d'épouser les sœurs a disparu depuis longtemps ; donc au xvui" sièclo on se souvenait encore de son existence.

(2) Celte mode de saluer en s'inclinant de côté et en touchant la cuisse, ou le mollet est encore en usage en Perse.

(3) C'est le tirboran, ou la pluie de flèches des Persans.

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le nez et les pieds. Pour des crimes moins graves, on condamne à une prison perpétuelle, on rase complètement la tête, ou l'on coupe la moitié des cheveux sur les tempes, on suspend au cou un écrileau. Lorsqu'on a eu des relations avec une femme noble, l'homme est exilé, et l'on coupe les oreilles et le nez à la femme. Les impôts sont payés d'après le revenu de la terre, ou bien l'on verse quatre pièces de monnaie d'argent; celle même monnaie sert pour le commerce. Les soldats sont armés de boucliers, de lances, de frondes, d'arcs et de flèches. On mène des éléphants au combat, et chacune de ces bêles est accompagnée de cent soldats. Les Persans ont subjugué tous les barbares de l'Occident. Le premier roi des Persans était Po-ssé-nié (Pouri-Sassan?) , qui descendait des grands leoutclii (Scythes); les indigènes appellent le roi rtsan-ki [Ar-dza-ki) et ' Fang-pou-sso (J). Les fils du roi sont appelés Cha-yé (Chahzadeh). Parmi les grands officiers, il y a : 1° le mohotan [moubcdan-moubed), chef de la justice; 2" le ho-ni-han, chargé du trésor royal [amin?)\ 3° le kin^ti-hoii (?), qui préside aux documents officiels; li" le ho- lo-ho-li, chargé des affaires intérieures du roi, probablement le àraêpiro; de Clésias ou le Hézarapét des auteurs arméniens (Voy. Patkanof, p. XVIll), et 5" le pi-po-po, qui a sous son contrôle les soldats et les chevaux, probablement le sipelibed. Le roi choisit pour son hérilier celui de ses enfants qu'il juge le plus digne de lui succéder; il écrit secrètement son nom sur un papier, enfermé sous un pli cacheté, et le dépose dans son trésor. Ce pli n'est ouvert qu'à la mort du roi. Quand la volonlé du roi défunt est promulguée, ses aulres enfants abandonnent la cour, s'en vont a la frontière et ne revoient jamais leur frère régnant. Le roi possède une dizaine de petites résidences ; le quatrième mois de chaque année, il sort pour se promener, et il ne revient que dans le dixième mois.

Ces renseignements divers que nous avons réunis en un corps,

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se trouvent mentionnés dans les annales chinoises, entre les années 122 avant Jésus-Christ et 630 après Jésus-Christ ; donc ils ont été recueillis dans l'espace de huit siècles, et il est difficile de ne pas remarquer que dans les anciennes relations, les Persans sont plus souvent désignés par le nom de Tiao-tchi que par celui de Po-îa-ssé. Ce n'est que plus tard, quand les Chinois ont pénétré dans les provinces occidentales du pays, qu'ils ont commencé a en nommer les habitants indistinctement Po-Ia-ssé ou Tiao-tchi, ce qui prouve que dans ces temps reculés, comme aujourd'hui, le nom de Tadjik était plus répandu à l'est qu'à l'ouest de l'empire de Perse. L'aspect presque européen de ces populations n'a pas échappé a l'observation des Chinois, car on lit dans Hiouen-tsang que les mœurs des FouHns (Byzantins) ressemblaient a celles de la Perse, mais leurs corps, leurs figures et leur lan^^ue sont vn peu différents. Les auteurs du moven âse. tant Arabes qu'Européens, semblent ignorer le nom des Tadjiks; chez les auteurs persans, autant que je m'en souviens, il ne paraît qu'à l'époque des Timourides. ce qui serait presque impossible si ce nom était un nom générique, celui d'une nation. Dans ces derniers temps, on a voulu a toute force voir dans le mot Huzvarech, Tazik, répondant au mot persan tazi, un synonyme du mot tadjik, quoiqu'on n'ait aucune raison de supposer le mot tadj avec tous ces dérivés, tels que tadjik, petite couronne, tadjdar, possesseur de la couronne, fadjwer, porte-couronne, moins ancien que les mots tazi, (az, tazianèh y etc. L'ooinion des Tadjiks eux-mêmes semblait y donner droit. De même que le lieutenant Wood, j'ai entendu moi-même de la bouche des Tadjiks de Boukhara, avec quelques variantes^ un conte semblable à celui qu'ils débitèrent au brave explorateur des sources de l'Oxus. Après avoir dit qu'il croyail que les Tadjiks étaient des Persans (Journcy (n tlie rivci' Oxus, p. 259-257),

M. Wood conliiiuc : « Mais les Tadjiks eux-mêmes indiquent » l'Arabie et les environs de Baghdad comme première habitation n (le leurs ancêtres j et comme celte opinion est généralement » répandue, clic mérite une certaine attention. Ils disent que » leur nom est dérivé du mot ladj\ ornement de Vête, et qu'il a " été donné à leurs pères parce qu'ils étaient soupçonnés d'avoir » enlevé ce symbole de royauté delà tête deMouliamed. Cependant » ils sont trop noaibreux pour être des descendants des guerriers » arabes qui envaliirent cette vaste portion de l'Asie dans le prer> mier siècle de l'hégire. » Cette dernière raison serait bien faible pour rejeter leur origine sémitique, s'il n'y en avait pas d'autres beaucoup plus sérieuses. Mais avant de les exposer, je crois devoir

signaler ce qu'il y a de vrai dans Iog rcnscigncincnls recueillis par M. Wood chez les Tadjiks de l'Asie centrale, d'autant plus que cela nous expliquera comment la tradition de leur origine arabe a pu se former et se maintenir parmi eux.

La persécution énergique des descendants du prophète dans la Mésopotamie pariludjadj, pendant les derniers vingt-cinq ans du premier siècle de l'hégire, força beaucoup de Seïdes, établis h i\oufii, Baghdad, Pjassorrdi, etc., à se réfugier dans la Transoxiane. Parmi les plus connus était le seïde Souleiman, fils d'Abdoulah Ileddad, et arrière-petit-fils de Zeinelabeddine. 11 émigra h Our- •niendj, où il épousa la sœur du seïde Mahmoud, surnommé Andjiri Fahnavi, enterré a Pîrmest, près de Boukhara. De ce mariage naquirent deux frères jumeaux que leur père nonmia, en l'honneur des enfants d'Aly, Hassan et Hussein, et une fille. Cette dernière ayant épousé un Seïde réfugié a Boukhara, eut un fils nommé Emir-Koulal, ancêtre de la branche des seïdes koulali, très-nombreux à Boukhara et h \afkcnd. Hassan ne laissa pas d'enfants, mais Hussein eut deux fils^ l'aîné Djélal est l'ancêtre des .Seïdes de Kaboul et de l'Afghanistan, et les descendants du

l'ethnographie de la perse. <IE^

plus jeune, Kémal, forment la branche des Seïdes de Boukhara, connus sous le nom des Seïdes Khourdes ou petits Seïdes. Enfin la troisième souche des Seïdes de la Transoxiane, ceux des Ala, est aussi formée par des descendants du prophète qui s'enfuirent au delà de l'Oxus, pour se soustraire aux persécutions de Hudjadj. Toutes ces branches se mêlaient avec les Tadjiks, et il est naturel que celles des familles de ces derniers qui avaient des rapports de parenté avec les illustres émigrés, fussent plus considérées que celles qui leur étaient étrangères. Cet état de choses se maintient jusqu'à nos jours, et il n'est pas étonnant que presque tous les Tadjiks revendiquent l'honneur d'une origine arabe, car cette prétention, impliquant leur descendance de la lignée de Mahomet, non-seulement leur procure des avantages honorifiques, mais les exempteen même temps des impôts et de l'obligation de fournir des soldats à l'armée du pays. Ainsi l'opinion professée par les Tadjiks d'être originaires de Baghdad n'est pas entièrement fausse, mais elle ne s'applique qu'à un très-petit nombre de familles et ne doit pas être étendue à toutes les populations désignées par ce nom. Du reste cette prétention n'est pas générale, et nous savons par M. Masson (voy. Travelsin Belouchistan and Afgh. , etc., t. 1, p. 217) que les Tadjiks de Bajor se disent les descendants des héros de l'époque kéanienne.

Lassen, après avoir exposé que c'est seulement depuis l'époque des Ghaznevides, que commence la transformation des peuplades voisines de l'Hindou-Kouch, et après avoir indiqué que quelquesunes d'entre elles se réfugièrent dans les hautes vallées de cette chaîne, dit : {Indische alterthumskunde, 1. 1, p. li'lQ) « Les subjugués » sont appelés Tadjiks, nom qu'on donne dans les provinces orien- » taies de la Perse aux anciennes populations sédentaires s'occu- » pant d'agriculture, et actuellement soumises à d'autres peuples; » ce nom ne décide rien quant à leur origine. On les nomme vin. 12

90 l'ethnographie D£ la perse.

» aussi Dihkan, ou villai^eois. et ce n'est pas seulement dans le » Lovghman^ mais aussi dans le Sewad, parmi les YoUssoufzei, dont » ils sont les serfs... Les Afghans et lesLzheks Icâ nomment aussi M Parmvan^ probableihent à cuise de leurs idiomes, qui sont des » dialectes du persan; tandis que leurs maîtres se servent d'autres » langues, quoique les Tadjiks du Kaboulistan ne parleat pis » partout le persan (1). » A cep nombreux synonymes du mot Tadjik, nous joindrons encore celui de Sart qu'on leur donne à K/iiva, et nous côncluerons, avec l'illustre savant allemand, que ce nom ne décide pas de leur origine. J'ajouterai de plus que le J^adj, ou couronné, était^ powrles sectatoursdeZoroaslre, ce que le signe de croix est pour les chrétiens» et le salle/i^ ou turban, pour les musulmans, c'eat-à-dlre une inaïque extérieure par laquelle ils se distint^uaient des sectateurs d'autres croyances. Déjà IMaçoudi (t. II, p. 108) parle du sons myslcricux que les Persans attachaient il l'usage de porter la couronne; mais en dehors même de son témoignage respectable, tous les livres du rituel des Guèbres viendraient nous l'affirmer. Voila pour(|uoi ce nom estsi répandu dans la vraie pairie do la religion de Zoroaslrc, établie dans la Baclriane bien avant qu'elle ne pût pénétrer à l'Occident, où même du temps de C«mbyzc le peuple ne pouvait souÛVir les Mages (Hérodote, liv. 111, chap. lxxix). Mais la preuve la plus convaincante , selon moi , de la diftérence d&» mots Tazi et To<ljik, est que ces deux mots existaient déjà du temps des Arsacides et des S.jssanides, avant l'invasion des Arabes musulmans, et que le premier était transcrit par les Chinois par Tadii et le second par 7'irto-fc/it'. Mais si le motTadjik chez les Persans» de

(1) Cfttte derrtlèra femalx^rté qoè l'fHusIffe [ifôfceeétir do &irtn a empruntée ;i Klphinglono ne me paraU pas 6lre lont à fait exacle. Leb Teidjiks parionl parloul le pertan, comaie I indique (ju re-lo le sobriquet de Parsiwnn qui n'est qu une abréviation du mot Pfirst-seban, ou parlant le persan.

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mêrreque salebii ou benou-salib chez les Arabes, était une désignation de reliii;ion, il est évident que dans les premiers temps de la propagaoade musulmiane,ni les nouveaux converlis, ni les fidèles au culte dbaleu, persécutés pour leurs croyances, n'osaient pas se donner un titre odieux à leurs conquérants. Voilh comment je m'explique l'absence de ce nom dans les écrits des auteurs arabes des premiers siècles de l'iiégire, et aussi sa réapparition à une époque où l'isiannisme était drjii trop fort pour que ce nom de secte, devenu nom d'une nationalité, puisse lui porter ombrage. Mais, malgré la domination exclusive parmi les Tacijiks du régime musulmaa pendant treize siècles, ceitie i-eligien eavahissante na pu extirper complètement les kabiLudes traditionnelles de respect

pour le feu. Des qu'on IVaDcbit l«e limiles du Kliorassan, soit en venant du .nord (du Mazandcran), soit eu y pénétrant de l'ouest [de Vlfftk), Oae^t frappé pai* uiie coutAime qu'oniietrouve pas ailleurs. îSalamment lorsqu'une dépu talion de villageois vient à la renco-otre du voATageur powr lui faire honneur, les députés présentent, en hiver c&mni(î en été, un pot rempli de braise ardente. Plus on ava»>ce vers l'orient, plus ces traces de l'ancien culte sont évidentes et itvotuijîreuses. M. ^\ood dit,,page 5â3 de sou voyage cité : «J'ai »j<i^.«» r:<WîcasJ0in.dem(intk)nn€r-la réptignanee éprouvée parles » habitanJls 4e Badakbchan.k soufijer uflte brougie j on peut trouivier p 4e môme ici (à V'akhan) nie semblables traces de la reli-^ion » de Zoroastre. Un habitant de Yakhan considère coinnje de a mauvais augw'^,d'*î(l.€àindre.une lumière en soaûlant dessws^il ti fXTéférQramo^vpH' sa inain pej^dant quelque» nniButos devant la .» Jdaij^raç.çle.lj^ braocUv de piaqui lui *ert de th^^d^^ile, ^ue de » recouqij: àiunei^néthode plus enicaçû,!inais^-<|ui lui,.es,t Iwe*! pliA$ i>,désa,§réablQ. » I)iwis ma descA'iptioa du felianaU de AJoukhara, p»,2^^;, jiai4ï>e*iKiipn?iû ayissi quelques couluiiies sujxirsù^JtHUie^ des Tadjiks de cette province^joiï il eM diifirile.dasfcc-pa5j:eu«ni)*.\Ure

92 l'ethnographie de la perse.

un vague souvenir d'nn culte longtemps disparu. Telle est la fête célébrée chaque printemps et connue sous le nom de T char chambeisunnï. Après le coucher du soleil, on allume des bûchers et Ton saute par-dessus la flamme. Malgré son nom musulman, cette fêle est évidemment contraire à l'orthodoxie, car ces cérémonies sont sévèrement réprouvées parle clergé. Tel est aussi le traitement des malades par le feu, oii l'on force le patient de faire trois fois le tour d'un bûcher allumé, puis de sauter le même nombre de fois pardessus le feu; ou, s'il est trop faibh; pour se soumettre à ces ordonnances, on allume une lorchequ on place dans sa chambre; il doit tenir les yeux fixés sur la flamme pendant qu'on lui frappe légèrement dans le dos en prononçant, pour chasser son mal : « V^a dans les déserts, va dans les lacs. » J'ajouterai ù cela qu'après la naissance d'un enfant on allume pendant quarante nuits, au-dessus de son berceau, une chandelle qui doit brûler jusqu'à l'aube du jour pour écarter du nouveau-né les n>alins esprits. Kn sus , le peuple aime à se livrer, surtout dans le mois du Kamazan , à un jeu qu'on appelle atach baziy nom donné en Perse au feu d'artifice. On se partage en deux camps entre lesquels on allume une espèce de feu de Bengale nommé mah-tabi, clair de lune. Chaque camp tâche de s'en rendre maître, à travers une nuée de pétards qu'on se lance mutuellemen

II me semble donc qu'on a le droit de conclure de tout ce qui précède que le nom de Tadjik , originairement nom collectif, appliqué aux premiers ignicoles, bactriens ou autres, désigne maintenant les aborigènes de race persane, ayant su garder leur langue et quelques traces d'une civilisation antique, malgré une longue série de siècles de domination étrangère et barbare.

Mais s'il en est ainsi, nous devons essayer de tracer aussi exactement que possible le portrait du Tadjik, et le comparer à celui des autres branches de la race iranienne. o'kj f>n )) Mb #<;rjb/.T

l'ethnographie de la perse. 9S

Parmi le petit nombre de voyageurs qui ont péné(>«'é dans les pays reculés habités par les Tadjiks, il y en a bien peu qui aient songé k donner quelques détails sur leurs particularités physiques, et ceux-là encore se sont bornés généralement k les esquisser d'une manière si vague, que l'ethnographe n'a rien a puiser dans leurs descriptions.

Le plus ancien d'entre eux^ et sans contredit le plus instructif, est Mountstuart Elphinstone, qui a eu l'occasion d'étudier les Tadjiks dans l'Afghanistan, lors de son ambassade k Pichaour en 1809. Ses importantes recherches ont été publiées en français plusieurs fois, mais toujours en abrégé, de manière que beaucoup de renseignements curieux et d'observations précieuses ont été omis ou rapportés incomplètement. Sa description des Tadjiks a surtout été écourtée; mais elle me paraît si intéressante que je crois devoir traduire m extenso toute la partie du ch. XII de V Account of the Kingdom ofCaubul, où il parle de cette population.

Après avoir observé qu'aucune partie de l'Afghanistan n'est exclusivement peuplée d'Afghans, il cite dans une note l'opinion du sultan Baber sur la variété des éléments qui composaient la population de ce royaume au commencement du xvi* siècle. A cette époque, les plaines étaient occupées par des tribus turques, par les Eimaks et par des Arabes. Les villes étaient habitées par les Tadjiks, les Fâchais et les Pérônchis ; les monta2;nes, enfin, étaient au pouvoir des Hézarèhs, des Togdéris, des Afghans et des Kafirs. Les langues parlées par ces peuplades étaient l'arabe, le persan, le turc, le monghol, le hindou, l'afghan, le pachaï, le pérônchi, l'idiome des guèbres, le beraki et le deggani. Puis il continue en ces termes :

a La situation dans laquelle nous trouvons les Tadjiks est propre à exciter notre curiosité, qui, je le crains, ne pourra être satisfaite par les renseignements que j'ai pu recueillir k ce sujet.

9U L'ETHrWGRAPHIE DE LA PtK5K.

Les Tadjik" ne sonl pas unis en un seul corps de nation, ni bornés à un seul pavs ; ils sont répandus par groupes isolés, sur une^ vaste portion de l'Asie. Ijans la plus grande partie des pays sour-^ mis aux ■ zbeks comme aux Aft-hans, ils vivent parmi ces tribus. l»€s habitants sédentaires de la Perse sont aussi appelés Tadjiks, pour les distinguer des Talarcs concjuérants de colLe contiée, comme aussi pour ne pas les confondre avec les populations nomades, qui, a ce qu'il paraîl, étaient d'origine persane. On* les trouve même dans le Turkestan chinois, et ils forment des comraunautés indépendantes dans les provinces de Karatéguin, de Denvaz, de ^Vakbékha et de i>adakbcliaij. Sauf ces endroits isolés et peu accessibles, et sauf (juelqnes auîres iocalilés que nous mentionnerons plus loin, on ne le» rencontre jamais en communautés distinctes; presque toujours ils se mélangent avec le jieuple conquéfant, dont ils ado|>tenit gënéralemciit ks vêlements et la plus grande parli<^ des coutumes. 11 paraît qu'en Perse, dans les plaines de l Afghanistan et dans le pays des Uzbeks, ils ont précédé les peuples qui y dominent maintenant.

» Le nom de Tadjik est employé d'une manière assez vague. Quelquefois il sert a désigner toutcîs les populations croisées avec les Turcs ou avec les Afghans, mais toujours d'origine dillérente de ces deux peuples, ou plutôt de race inconnue; mais queUjuefois aussi on applique ce nom à des poipulations établies dans des paya oïl l'on parle le turc ou le pouchtou, mais qui ont conservé l'usage de l'idiome persan. Aussi le« noms de Tadjik et de Parsivan sont employés indislinclcmeut pour désigner les nièioes populations dans l'Afghanistan, conmie dans le Turkestan. ;

» On a donné plusieurs explications du bu)1 Tadjik; mais la raeil» leure paraît être celle qui lefiiiit dérÏTer du mot Tazik on Tadjik, par leqtKcl l'on désigne hs AiviJjcs daius ks livres p<ihlevis. Cela s'accorde avec V interprétation dionuéc a ce mot dams les diction-

L'fiTHXOrxBAfHIE DE LX PERSE. 95

naires persans, où Tadjik 6st syrtonyrue d'Arabe né en Perse, ou dans tout autre pays étranger. Cette opinion cadre bien avec les hypothèses qu'on est porté à faire sur les Tadjiks d'après l'état actuel de cette nation, et d'après l'histoire des pays où elle est établie.

» Dans le premier siècle de l'ère musulmane, toute la Perse et le pays des Uzbeksont été envahis par lesx\rabes, qui contraignirent les habitants de ces contrées à embrasser leur religion, et eu partie aussi k adopter leurs mœurs comme leur langue. L Afglianistan était attaqué a la même époque, mais le succès des envahisseurs n'y a jamais été complet. Ils réussirent ii subjuguer la plaine sans pouvoir établir leur domination sur la montagne, dont les populations surent garder leur iudépeudiiuce et s'opposèrent, pendant près de trois siècles, a l'adoption de l'islamisme. i>es trois pays dont nous parlons faisaient jadis partie de la monarchie persane, et il est très-probable que les idiomes qu'on y parlait dérivaient tous de l'ancien persan. Après le triomphe de la loi de Mahomet dans ces pays, leurs langues subirent naturellement l'influence del'arabe et formèrent le persan moderne. Ainsi, ilest fort probable qu'il fut un teirqjs où les Arabes conquérants et les Persans vaincus ne formèrent qu'une nation, parmi laquelle il faut chercher les ancêtres des Tadjiks actuols. Tout ce que nous connaissons sur le passé de l'Afghanistan s accorde bien avec cette hypothèse. En effet, nos premières informations sur ce pays, après rinvasioo des Arabes, nous montrent les Tadjiks maîtres de la plaine, et les Afghans (que nous considérons comme des Aborigènes) occupant les montagnes. Dans la suite des temps les Afghans descendirent dans les plaines, et réduisirent presque partout les Tadjiks à l'état de sujétion complète, et ce n'est que dans quelques localités peu nombreuses et naturellement fortifiées qu'ils purent garder une certaine indépendance. Les Tadjiks du Turkestan ont la même

origine, mais ils restèrent maîtres du sol jusqu'à l'invasion des Talares, qui les réduisirent a leur état actuel de vasselage, tandis que les Tadjiks des provinces montagneuses conservèrent leur indépendance et formèrent les petits Etats de Badakhclian (1), de Derwaz, etc.

» Il est à remarquer que partout les Tadjiks sont établis dans des habitations fixes, et que partout ils se livrent a l'agriculture et aux autres occupations paisibles. Jusqu'à présent encore, ils louent quelques terrains dans la partie occidentale de l'Afghanistan , où jadis, selon toute probabilité, ils étaient maître-^ absolus du sol; tandis que maintenanl ils sont dépouillés du patrimoine de leurs ancêtres , et ne cultivent la terre qu'en qualité de fermiers ou de journaliers chez des maîtres afghans. Leur avoir court toujours le risque d'être usurpé par quelques hommes puissants des tribus dont ils occupent le t(;rritoire. Ce danger cependant est atténué par la protection spéciale que leur accorde le gouvernement, et ils ne sont jamais exposés aux maux intolérables de l'insulte personnelle ou de l'oppression directe.

» Les Tadjiks établis sur les terres des tribus afghanes y résident à titre de hemsayèhs (voisins de ces tribus), ou bien ils forment des villages séparés, exclusivement peuplés par des individus de leur race. Dans le premier cas, leur position est telle que nous venons de le dire. Dans le second, les aflfaires publiques sont gérées par des KelLIioiidas (anciens), élus par la commune, eu égard toutefois à certains droits héréditaires; mais dans tous les cas, cette élection est soumise îi l'approbation du roi. Ainsi l'autorité du Kedkhouda est limitée par le bon vouloir du chef de l'Klat, et se réduit la plupart du temps aux foncli()ns de collecteur d'ini-

(4) Je n'ai pas besoin d'observer qu'Elphinstone se trompe, croyant que le Badakhrhan est un Étal peuplé par des Tadjiks indépendants.

l'ethnographie de la perse. 97

pots. Généralement l'individu nommé à ce poste jouit d'assez d'influence sur ses concitoyens pour terminer h l'amiable des contestations peu importantes; quant aux cas sérieux, ils sont soumis à l'examen du gouverneur de la province, ou h celui du cadhi voisin.

«Les Tadjiks sont tous pacifiques et soumis au gouvernement établi. En outre de l'agriculture, ils s'occupent de quelques branches du commerce et de l'industrie manufacturière qui ne tentent pas les Afghans, et en général ils sont doux , sobres et laborieux. Tout en ressemblant beaucoup aux Afghans , il faut dire qu'en s'assimilant à eux ils ne leur ont pris que les bonnes qualités. Ils ne sont pas belliqueux, mais dans ces dernières années leur valeur comme soldats s'est considérablement développée, et se développe encore. Ils sont sunnites zélés.

» Peu disposés a émigrer et a résister aux empiétements des Afghans, ils sont les premiers a soulFrir de l'oppression , et il est naturel de les voir mécontents de l'état présent du pays; aussi se plaignent-ils beaucoup des désordres du gouvernement. iMais quand le pays est tranquille , ils sont bien protégés , et en somme, il sont partisans de la monarchie des Douranis. Généralement parlant, leurs rapports avec les Afghans sont assez bons. Considérés comme des inférieurs, ils ne sont néanmoins jamais traités par ces derniers avec arrogance ou dédain; même les mariages entre eux et les Afghans sont assez fréquents, et dans les entreprises commerciales, les individus des deux nations s'associent souvent sur un pied de parfaite égalité.

»Ils payent plus d'impôts que les Afghans, et contribuent en proportion considérable au recrutement de l'armée et des milices. Les Tadjiks résident en grande partie dans les villes. Ainsi ils sont en majorité dans les environs de Kaboul, de Kandahar, de Ghizni, de llérat et de Balkh; mais dans les parties peu acccsvm. 13

M l'ethnographie de la perse.

sibles du pays, telles que les districts des llézarèhs, des Ghildjeis

et des Kaukers, il serait difficile de trouver un seul Tadjik.

»Tout ce que je viens de rapporter sur les Tadjiks ne s'applique à proprement parler qu'a ceux d'entre eux qui vivent mclc'S aux Af'-hans; mais ceux (lui forment des communautés isolées, établies dans des districts peu accessibles de l'Afghanistan , dlfl'èrent des premiers sous beaucoup de rapports. Je commencerai par donner quelques détails sur les Kouhistanis, occupant le Kouhislan de Kaboul. Ce district est limité au nord et h l'est par les chaînes neigeuses de l'ilindou-kouch et par leurs ramifications méridionales. A l'ouest , il comprend une partie de la chaîne du Paropamise et s'étend jusqu'au pays des llézarèhs; au sud, il descend vers le Kouhdomen que nous venons de décrire. I.e Kouhistan est formé par trois longues vallées, a savoir : celle de Nidjrow, celle de Pendjchir et celle de Gorébend, auxquelles viennent aboutir une infinité de gorges étroites et rocailleuses. Chacune de ces dernières conduit à la vallée principale des ruisseaux qui s'y creusent un lit commun , et forment une rivière portant le nom de cette vallée. On passe ces rivières sAr des ponts en bois, et généralement les bords de ces cours d'eau forment les seules portions cultivées du district, fraction minime de sa surface totale, hérissée de montagnes abruptes couvertes de forêts de sapins. Les terres cultivées produisent du blé et quelques autres céréales, et ce qui est fort remarquable pour un terrain aussi élevé et aussi froid c'est que la culture du tabac et du coton y réussit très-bien. Mais l'alimentation du peuple est basée sur la culture du mûrier, dont les plantations sont fort étendues. On sèche les mûres au soleil et on les convertit en farine, qui sert à faire du pain. A en juger par l'aspect des habitants du Kouhistan , cette nourriture est fort saine, et d'après le calcul de M. Irvine, une plantation de mûrier alimente un plus grand nombre d individus que ne l'aurait pu faire

l'ethnographie de la perse. 99

un champ de même surface ensemencé de blé. Quoique la population de ce district soit Irès-clair-semée, elle est néanmoins assez considérable, et on Tévalue généralement à 40 000 familles. Un certaine portion du Kouhistan possède un caractère spécial, trèsdifférent de celui des autres parties de ce canton. C'est un désert peu étendu nommé Pvig-rewan, ou sable mouvant, théâtre d'aventures romanesques décrites par Aboul-Fazl.

» Les habitants du Kouhistan élèvent peu de bétail, mais les animaux sauvages doivent abonder dans ce district. On prétend même y avoir vu le lion; mais dans tous les cas, les loups et les léopards y sont communs. Le Kouhistan est très-riche en faucons, et l'on y trouve beaucoup de rossignols.

» La nature sauvage de ce district contribue U donner à ses habitants un caractère très-différent de celui des autres Tadjiks. Ils vivent dans une certaine indépendance à l'égard du roi de Kaboul, et leurs propres chefs ont de la peine à les gouverner. Ils sont hardis , violents et insoumis. Leurs penchants belliqueux sont tels qu'ils considèrent comme un opprobre de mourir dans un ht. Leur infanterie est excellente, surtout employée dans une guerre de montagne; mais leur courage s'épuise dans des dissensions intestines. Us se font rarement la guerre de village à village ou de tribu à tribu; mais les querelles et les meurtres individuels sont fréquents. Les disputes entre ios villages dans ce district sont infiniment plus sérieuses qu'ailleurs, caria destruction d'une plantation de mûriers n'est pas plus difficile que la dévastation d'un champ de blé; mais le dommage qui en résulte est bien plus grave, étant plus durable.

« Les armes des habitants du Kouhistan sont une carabine ou un fusil a batterie, un pistolet et une dague. Quelques-uns d'entre eux sont armés de piques courtes, et un très-petit nombre porte encore des arcs et des boucliers. Leur vêtement consiste en un

100 l'ethnographie de la perse.

justaucorps, un pantalon de drap grossier de couleur noire, des

bottines, et un petit bonnet de soie.

» Tous les Tadjiks du Kouhistan sont sunnites; aussi professent-ils une haine intense contre les Persans et en général contre tous les chiites.... On m'a dit qu'il y a dans le Kouhistan une peuplade nommée Pachais, et je regrette de ne pas avoir pris d'informations sur leur histoire, car j'ai trouvé depuis que Dabcr les cite parmi les tribus parlant une langue différente des autres.

»Les Berrakis forment une autre subdivision de Tadjiks; ils habitent le district de Logar et une partie de celui de Bout-Khok. Quoique mêlés aux Ghildjeis, ils forment une communauté séparée, gouvernée par leur propre chef. Us ont la réputation d'être excellents soldats, et ressemblent beaucoup aux Afghans; aussi sont-ils les plus respectés des Tadjiks. Actuellement leur nombre s'élève a 8000 familles. Toutes les traditions s'accordent h rapporter leur établissement dans le pays qu'ils occupent actuellement au sultan Mahmoud Ghaznavi, c'est-à-dire au commencement du Xi' siècle, lis possédaient auparavant des terres beaucoup plus vastes, mais leur origine est incertaine. Euxmêmes prétendent descendre des Arabes; d'autres disent que leurs ancêtres étaient des Kurdes.

» Les Pourmoulis ou Fcrmoulis sont une branche de Tadjiks presque aussi importante que les Berrakis. Le plus grand nombre d'entre eux sont établis a Ourghoun , au centre du pays des Kharotis, et ils sont toujours en guerre avec cette dernière peuplade. Le reste des Pourmoulis habite à l'ouest de Kaboul. Ils sont commerçants et agriculteurs; néanmoins, ils fournissent quelques troupes au roi et lui payent un tribut annuel. Je ne puis me prononcer (dit M. Elphinstone dans une note) sans une grande hésitation sur leur origine, quoique celle qu'ils indiquent eux-mêmes ne paraisse présenter aucune obscurité. Ils pré-

l'ethnographie de la perse. lOli

tendent descendre des Khalladjs qui sont connus pour avoir, fourni h l'Inde une dynastie royale, mais dont tout le reste du», passé est peu certain. Férichta dit que c'est une tribu afghane ^ mais j'ai trouvé dans une autre source qu'ils sont les habitantsd'une ville de Khallalch ou KhallaJj, que quelques-uns placent; sur l'Oxus, d'autres au nord-ouest de Kandaliarj d'autres nient l'existence d'une ville de ce nom, et disent que Klialladj est le nom d'une secte religieuse, et qu'il n a rien de commun avec celui d'une nationalité particulière.

»Les Sirdéhis sont une petite tribu établie au sud-est deGhiznL, dans le village de Sirdch. Tous les habitants du Séistan peuvent aussi être considérés comme appartenant h la nation des Tadjiks^ on en trouve également beaucoup dans la partie septentrionale du Beloudjistan, mais neus n'en parlerons pas ici. Néanmoins, je dois observer qu'ils sont comptés dans le chiffre total de la population tadjike de l'Afghanistan que nous avons cité, et qui porte leur nombre a 1 500 000 individus. »

Après Elphinstone, le baron de Meyendorff, dont le voyagea rectifié tant d'idées erronées sur la Transoxiane, donne aussi quelques détails sur les Tadjiks aborigènes du Khanat de Boukhara. JNous lisons dans son ouvrage [Voyage d'Orembourg à Boukhara, fait en 18-20. Paris, i82'i, liv. III, chap. m, p. 193-9/i) : « La physionomie du Tadjik exprime toujours la douceur et le calme le plusprofond. Ainsi , quoiqu'il soit essentiellement faux, fripon et

avide, on le suppose honnête et obligeant Les Tadjiks sont

les maîtres les plus impitoyables pour leurs esclaves. Ils sont d'ailleurs actifs et laborieux, et ont beaucoup d'intelligence pouv les affaires : ils sont marchands, artisans et cultivateurs, la vie nomade n'a aucun charme pour eux.... Un homme instruit me parlait en ces termes : « Les Tadjiks habitent la Boukharie depuis le siècle d'Iskender , sans avoir jamais eu de chef choisi.

102 l'ethnographie de la perse.

parmi eux; ils ne savent qu'obéir... Jamais un Tadjik n'a pris les

armes, jamais il n'a défendu sa patrie. »

Wood, qui est peut-être, delous lcs\oya2,eurs, celui qui séjourna le plus longtemps parmi les Tadjiks des diflérents petits États de l'Asie centrale, est sans contredit, après Elphinstone, celui qui donne sur leur compte les détails les plus circonstanciés. Aussi je crois devoir extraire de son voyage, cité plusieurs fois, tout ce qu'il dit à ce sujet. D'après lui p. 2i.5-2U7 : « Les Tadjiks sont une belle race de soucbe caucasienne; partout où on les rencontre ils parlent persan, et quoique actuellement on les trouve en dehors des limites de l'empire de Perse, si vaste jadis, leur pass^ indique clairement que leurs destinées ont toujours été plus intimement liées h ceUe3 de ce royaume qu'a celles de tout autre peuple — Je considère les habitants du haferistan et d'aulns régions montagneuses, dont les solitudes n'ont très probablement jamais été envahies par des conquérants étrangers, comme étant de même race que les Tadjiks, et ces derniers comme des aborigènes des plaines, où on les trouve maintenant. Les habitants des régions alpines que je viens de mentionner ont des dialectes qui leur sont propres, mais il y a une ressemblance frappante entre eux et les Tadjiks de la plaine. Quant k leurs points de diftérence, ils peuvent être expliqués par l'inlluence des causes physiques, et ne doivent certes pas être attribués a une diftérence de sang. Ces peuplades sont celles qui habitent le Kaferistan, Chitral, Wakhan, Changan et liochan. L'hypothèse la plus probable pour expliquer la dilîérence de leurs idiomes, est d'admettre qu'ils ont été forcés de se réfugier dans hjs solitudes où ils résident actuellement, k une époque très-reculée, antérieure, ou tout au plus contemporaine de la première invasion musulmane.» Plus loin, page 372, il dit: « Des quinze WaKhanis que j'ai mesurés, le plus grand avait 5 pied» 1 l^lx pouces angl.(l"',709°""),

l'etptnographie de la perse. 4Ô3

le plus petit avait 5 pieds 1 3/4 pouces a. ''l'°.570""°). Les hommes sont plus hàlcs, parce qu'ils s'exposent plus que les femmes aux intempéries de l'air; ils n'ont rien de particulier dans leurs lignes faciales, ni dans la couleur des yeux et des cheveux, mais ils ressemblent beaucoup aux Tadjiks (p. 31li). La couleur des chiens est. la plupart du temps, noire ou d'un brun rougeâtre ; ces derniers, sont souvent tachetés.... Les maisons des Wakhanis ressemblent à celles des habitants du Badakhchan, excepté que le foyer établi chez ces derniers, au centre de la chambre, est remplacé par un grand poêle a la façon russe, qui occupe tout un côté de la maison, et communique a l'habitation une chaleur égale.» Ni Burnes, ni Gérard, ni même ÎMohanlal, généralement si attentif a la beauté des individus des deux sexes, ne disent rien de particulier sur les Tadjiks. ?.Iohanlal mentionne incidemment ceux qui habitent Ghizni, et il se borne îi observer qu'ils sont laids. Ce manque de renseignements fournis par les voyageurs me force de recourir à mes propres observations faites à Boukhara et h Samarcande, de même que dans la province de Hérat, du Séistan, dans le Khorassan et même à Tebriz, où j'ai eu l'occasion d examiner beaucoup d'individus de crlle race, se rendant a la Mecque.

Généralement les Tadjiks sont d'une taille élevée; ils ont des yeux et des cheveux noirs; la tête est longue comme celle des Persans ; mais l'os frontal chez eux est plus larse entre les lignes semi-circulaires temporales, ce qui leur donne aussi des figures d'un ovale plus large que celles des Persans occidentaux. Le nez, la bouche et les yeux sont bien dessinés, mais le premier est rarement recourbé; sa forme ordinaire est droite, beaucoup plus proéminente que chez les races mongholes, mais pas autant que chez les Persans méridionaux et occidentaux, [.a bouche est assez grande, de même que les oreilles et les pieds. L'abon-

104 l'ethnograpkie de la perse.

dance des cheveux est la même que chez les Persans, et, non-seulement la barbe est touffue, mais souvent la poitrine et les bras gont abondamment couverts de poils. Le squelette du Tadjik est beaucoup plus massif que celui du Persan, ce qui donne a l'individu vivant des formes plus lourdes. Les tailles fines et élancées, si <x>mmuncs en Perse, ne se rencontrent '^ueve chez les Tadjiks. Leur peau est tout aussi blanche et fine que celle dos Persans, aussi estelle très-susceptible, comme celle de leurs congénères de l'Occident, de se hâler s'ils résident longtemps dans les climats chauds. Généralement les Tadjiks sont forts, supportent facilement de grandes privations, et peuvent travailler longtemps sans se fatiguer; mais ilssont beaucoup moins bons marcheurs que les Persans, Du reste, celte dernière particularité semble être purement accidentelle, et peut provenir simplement de ce que dans les pays qu'ds habitent, les chevaux coûtent moins cher qu'en Perse, et que les Tadjiks sont moins souvent forcés d'entreprendre de longues courses à pied. Pour compléter cette description, je crois utile de reproduire les photographies de quatre Tadjiks qui se trouvaient au Caire en 18G';, et que j'ai obtenues par l'obligeante entremise de ^L Lagofsky, consul général de Russie en Egypte. (Voyez planches 1, H et III.)

De toutes les tribus de races iraniennes (jue j'ai eu l'occasion d'examiner, les Héraliens, et surtout les Djemchidis et lesGuèbres, ge rapprochent le plus du type tadjik ; mais, chez les premiers, la bouche est généralement plus grande que chez ces derniers, et le nez beaucoup plus large a sa racine. Les Guèbres, identiques vresquc en tout aux Tadjiks, ont cela de particulier que les nez aquilins sont moins rare s parmi eux.

A mesure que nous no us éloignons des pays dont les populations ont gardé le type national primitif, les formes s'ennoblissent au détriment de la taille. Chez les Hindous, chez les Afghans, chez

L'ETHNOf^RAPHIE DE LA PERSE. 105

les Persans méridionaux et occidentaux, la taille moyenne de ITj/tO c. à 1"',50 G. est beaucoup plus commune que celle de l",? et 1",6, constatée par M. \V ood à AVakhan. Sur 14 870 individus habitants de toutes les parties de la Perse, qui se sont présentés en 1857 au consulat général de Russie, à Tebriz, pour faire viser leurs passe-ports, plus des trois quarts ont été notés comme ayant des yeux noirs etune taille moyenne, c'est-k-dire de 1 '",3 à l'",5. Le crâne devient moins large dans la partie frontale, mais il est plus bombé; l'ovaleduvisageestplusallongé, lesyeuxs'agrandissent, ils sont mieux fendus et les paupières sont plus longues. L'oreille est plus petite, demême que la bouche et le pied. Actuellement, comme du temps d'Hérodote, les cheveux sont très-abondants chez tous les peuples de race iraniennej ils sont noirs, et la section capillaire transversale est, le pluscommunément, ovale. Les albinos sontrares en Perse comme dans l'Afghanistan; je n'en ai rencontré que deux ou trois pendant mes voyages de près de quinze ans, et M. ^Lisson, qui a résidé très-longtemps dans l'Afghanistan, ne parle que d'une seule femme, qu'on lui a montrée comme une curiosité, disant qu'elle devait être une Feringhi ou Européenne.

Tel est le caractère général des transformations subies par le type persan que je considère comme primitif; mais ces variations se font petit à petit, et si l'habitant de Cliiraz se distingue beaucoup du Tadjik de Boukhara, il n'en est pas de même des populations intermédiaires entre ces deux points extrêmes. Ainsi, chez l'Afghan, la racine du nez est généralement assez large encore; cet organe ne se termine pas en pointe comme chez les Persans occidentaux , mais il est tronqué par une surface sensiblement étendue. La lèvre inférieure est pour la plupart du temps trèsépaisse, et les mains, mais surtout les doigts, sont très-longs. Les yeux sont placés horizontalement; la fente de l œil est assez longue, mais elle n'est pas aussi ouverte que chez le Persan, ce VIII. 14

lOS; l'ethnographie 0£ LA PERSE.

qui, joint U d'épais sourcils, donne au regard d'un Afghan quelqne chose de dur et de malveillairt. Géiiéralemenl le cou de l'Afghan n'est pas long, et sa tête paraît être enfoncée dans les épaules ; mais chez eux la taille (!st phis sTelte que chez les Tadjiks, La peau de l'Afghan qui n'est pas exposé aux intempéries de l'air e&t veloutée, d'un éclat mat et d une couleur légèrement bistrée.

Chez les Beloudjs rapprochés du Sind, la racine du nez est moins large, son exlrémilé est émoussée comme chez les Afghan»; mais tout en étant très-proéminent, leur organe olfactif est presque toujours aquilin, mince et ayant une arête bien marquée. Le* yeux sont moins profondément enchâssés dans le crâne que ceux des Afghans. Le cou est plus long, et la couleur de la peau* e«t d'un brun rougeàlre avec un éclat de bronze. Je parle ici des jNehrouis, des Khinds et des Meghsis, qui ont subi, beaucoup plus que les Brahouis , l'influence des populations indiennes. Quant à ces derniers, je ne puis que répéter la description de Pottinger (voy. f^oyage dam le lieiouUhislnn^ trad. d'Eyries, 1. 1, p. lâS): « i.es Brahouis, au lieu de la taille haute, du long visage » et des traits prononcés de leurs compatriotes, ont les os courts » et gros, la figure ronde, la face aplatie. «> Personnellement je n'ai examiné de près qu'un seul individu de cette tribu, mais il reproduisait exactement les traits notés par le voyageur anglais. Let»r barbe, noiïe etassez bien lournie, a déroulé M. Pottinger : il dit qu'il n'a vu aucun peuple asiatique auquel ils ressemblent; mais, s'il avait eu l'occasion d'observer que le mélange d'une race turque avec d'autres nationalités a pour premier résultat l'apparition, chez les métis, d'un nez aquilin et d'une chevelure abondante, il n'aurait pas hésité « accorder aux Brahouis une origine touranienne. M. Pauthier a relevé, très à propos, un passage curieux de Marco Polo, où le célèbre Vénitien parle des Caroanas «né» de mères indiennes et de pères tatares. » ^ \ o\er

r/BTHNOCRAPHTE T>t LA PERSE. 107

Livre de Marco Polo, Introd., p. xxviii\ Je crois, comme le savant sinologue, qu'il faut chercher les restes de ces Caroanas parmi les Beloudjs, et. quoique M. Lassen ait établi que la langue des Brahouis est congénère aux idiomes du Dekkhan, leur extérieur tournnien indique évidemment qu'ils ont dans les veines une forte dose de sang; turc.

Après les Tadjiks et les Guèbres , les habitants du Khorassan sont Ceux qui ont gardé le plus les traits du tvpe primitif. Généralement, ils sont plus petits que les Tadjiks, et ont des traits moins réguliers que ces derniers ; mais ils sont mieux faits et ont une tournure plus élégante. Pour se faire une idée exacte du type khorassanien, il ne faut pas se borner à l'examen de la population de Meched et du territoire environnant. Les 100 000 pèlerins qui Tiennent dans cette ville chaque année, de tous les pays oîi l'on professe le rited Aly, font que l'on trouve, parmi les habitants de Meched, et même parmi les villageois des campagnes voisines de la ville sainte, presque tous les tvpes de l'Asie centrale; mais dans les endroits éloignés des grandes rovites, le type ïadjik se rencontre très-souvent. A Yezd et h Kirman, on commence déjà à apercevoir l'influence du type des populations de la Perse occidentale sur l'extérieur des habitants; les tailles sveltes, les yeux taillés en amande, les nez proéminents et aquilins, l'ovale allongé du visage, s'y trouvent en majorité A l'ouest de Chiraz et d'ispahan, l'influence sémitique se fait fortementsentir, et. comme nous l'avons vu, c'est surtout sur le crâne que se manifeste cette action.

L'extérieur des Kurdes présente beaucoup d'analogie frrtîc celui des Afghans. 'Nous retrouvons dicz eux des rvez -proéminents, doutent fortement aquilins et obtus, quoique moins larges à la racine et ayant des ailes plus rapprochées. La conformation de l'extrémité de cet organe chez les adultes, difficile à êtrj décrite

108 l'ethnographie de la perse.

d'une manière précise, a quelque chose de si caractéristique, que, selon moi, elle forme l'indice le plus sûr pour reconnaître les individus de cette nation. Généralement les yeux des Kurdes sont noirs et plus grands que ceux des Afghans ; ils sont plus écartés que chez les Persans occidentaux, chez les Tadjiks et chez les Pouchtous; mais, du reste, leur similitude avec ces derniers est frappante. Us leur ressemblent même dans la manière de s'habiller. Les individus de ces deux peuples savent se draper avec des haillons, d'une manière également pittoresque ; mais on trouve plus de belles figures chez les Kurdes que parmi les Afghans. Les vieillards du Kurdistan sont remarquablement beaux : presque tous pourraient poser pour des têtes de patriarches de la IJiblc, et souvent il est difficile de croire que cet air digne, ces traits calmes et honorables, cachent les plus hardis brigands et les plus habiles voleurs de grands chemins.

H serait bien extraordinaire si, dans la distribution symétrique des races d'origine iranienne, k l'est et à l'ouest du centre de la population persane, nous ne trouvions pas quelque peuplade analogue aux Beloudjs. En efl'et, grâce aux recherches du commandant Duhousset, nous avons le moyen de découvrir cette partie importante du corps symétrique de la famille iranienne: ce sont les 13akhtiaris. Les montagnes occupées par cette peuplade turbulente ont été visitées en détail par MM. hawlinson, Clément de Ijode,La}ard, et par la Commission chargée de la délimitation des frontières de la Perse et de la Turquie; mais l'on chercherait en vain, dans les travaux de ces ditlérents explorateurs, la moindre mention sur le physique de ce peuple, découvert, on peut le dire, pour l'ethnographie, par M. Duhousset, qui les a étudiés en 1859 dans un régiment entier, placé sous son commandement au camp de Soultanièh. Nous emprunterons à son mémoire souvent cité (p. 23-2Û) quelques détails sur cette peuplade : «Les hommes

l'ethnographie de la perse. 109

» ont une taille moyenne, une constitution très-robuste, et sont » fort endurcis à la fatigue; leur teint est brun, la chevelure » noire à ondes lonsfues; l'œil couvert et ombragé de sourcils » épais: le nez gros, aquilin et abaissé sur la lèvre; la mâchoire B inférieure forte et carrée ; les pommettes sont saillantes et » avancées, le regard est dur et le cou maigre — La boîte crâ- » nienne présente des caractères fort singuliers, en s'éloignant » complètement du tvpe aryen par son front fuyant et l'occiput » taillé en pic. La longueur d'un de ces crânes, mesuré h la base » du front, atteint au plus 180 millimètres, et 150 millimètres en » la prenant à 3 centimètres au-dessus. Sa largeur, mesurée sur » le front, marque 160 millimètres et sur les tempes 165 milli- » mètres.... Le tour de la base du crâne est de 560 à 570 milli » mètres; la courbe d'un conduit auditif k l'autre est de 320 à » â/iO millimètres, et la hauteur du crâne, en partant de l'insertion » supérieure de l'oreille, atteint HO millimètres, »

En comparant ces chiffres à ceux de la note A, nous voyons que le crâne bakhtyari a le plus d'analogie avec ceux que nous avons réunis sous le titre de Tehéraniens; et, comme il est incontestable que ces derniers présentent des spécimens de crânes iraniens fortement modifiés par l'influence d'un mélange avec des races turques, nous devrons reconnaître la même chose pour les Bakhtyaris. Seulement, la grande dimension du diamètre vertical, artificielle en partie, indiquerait encore une forte influence sémitique. Ainsi les trois diamètres de leurs têtes seraient le résultat de trois influences diverses, dans lesquelles la race produite par le mélange aurait gardé l'élément le plus tenace de chacune de ces races composantes. Le diamètre de longueur leur viendrait des Iraniens, le diamètre de largeur des Turcs, et le diamètre de hauteur des Sémites. Cette hypothèse, qui n'a rien de matériellement impossible, est fortement corroborée parles traditions conservées

110 L'£THNO<iRAi>HIE Dt LA PEKSL.

pariiii les ]iiakht\ ai'is sur ïeMV origiive. «Nous savons, d'après I^ayard {IJescj'ipUon of J\J\uzi&lan^,Journ. of iheli.G.S.y l8/i6,'{>. 7), qiieles BiiulûWïù^ acLueliement Tiiive des tribus lesiuoifis nombreuses des liakJblyarLs. sont considérés comme aborij^ènes, et d après la trajiition, c'est a cette triby <^ufi vinrent rejoindre les iiakhtyaris, émigrés de la Syi'ie. Ko su^, nous savons que les Dinarunis, une ^i^tre subdivisiQit dçs BakhlyarLs, sont originaires d'ispahain, et que les (iuiulouzlou sont une tribu turque, de la famiiie Atchar, dont elle s'est détachée sous les Sélévides.ou nïeme avant; entin les DJanniki gtrrnmr et les Djamiiki serdsir sont aussi Turcs d origine. Qn ne sait rieij sur l'époque oii Les Syriens vinrent s'établir avec Içe Bindounia; mais S|i l'on tait attention que ni llstakhri , ni Ibn- Haukal, ni ménijç Y^out, contemf>orain <i« TdUioi^uiickhan. tout eu parlant des Lonris, ne font aucune nienlion des Tiakhtvaris, il dpvieut très-probabie que 1 éniii:; ration dont il s'agit ici n"a en. lieu qu'après le MU' siècle de notre ère, pent-élrc même sous Tauierlan.

Avant de quitter la û'paùère occidentale de la Perse, je crois devoir dire quelques mots sur les .Nestoriens et les Chaldéens, établis dans ics districts d'Ourmiah, de Salmas. et dans les montaijncs des sources du Zaab. J« counnencerai par faire obscrrer que c'est incontestablcnventuu peuple de race sé*nitique, parlant nn dialecte de l'ancien syriaque, modernisé par la perte de quelques formes grammaticales, et par ladmission d une quantité de mot» persans, turcs, arabes et kurdes. M. Azahel Grant a voulu retrouver en eux le^ restes des tribus juives perdues; mais ses preuves sont bieu faibJcjs^ et elles oui été victori^-Tisement réfutçc^ par MMi Kobinjson et Perkiaita. Toat en «Itant extrairainconc^ ^ett« nation ^ trouva, depuis nombre de siècles, en contact intime avec des peuples d'origine persane, surtout avec les |îv})iji*4s%» ,ÇJ. 5,QW3 ce point do vue U est mtéressant de signaler

l'ethnographie de la perse. lU.

l'influence exercée^ par cette action étrangère sur leur .confor- EOaltion, physique. Les IXestoriens et les Chaldé^n» qq formeat qu'un seul peuple. Ce dernier nom est de création moderne j il a éié appliqué, par ordre des papes, a la portion de la. nation nestorienne qwi l'ut convertie au catholicisme par les missionnaires jésuites, dans le courant du xviii* siècle. La forme de, leur ci:^^e est pariailement sémitique, surtout parmi les tribus de Diz, de Ujilon, de Besse, de Tehoub et desTiarîs, plus isolés quelcshabitants des plaines; mais l'influence iranienne s'est niani testée çjiez euxpar l'agrandissementde l'œil. Cetorgane est fendu chez eux tout a fait comme chez les Persans, c'est-a-dire que son diamètre vertical est à peu près la moitié du diamètre horizontal ; mais par leujr écartement respectif, leurs yeux rappellent ceux des Kurdes. Loin d'être profondément enchâssé dans la boîte osseuse de la tête» comme chez la plupart des sémites, l'œil du iNestorien est presque à fleur de tête. Le nez généralement est droit, assez proéminent, mais court; la face est ovale, mais plus large que chez les Persans occidentaux; le cou long, l'oreille, la main et le pied petits, et de formes élégantes. Us sont de haute stature, bien faits, doués d'une grande force musculaire et marcheurs infatigables. La couleur des cheveux et des yeux des JNestoriens, généralement brune, est d'un noir beaucoup moins foncé que celle des Persans , on m'a dit même que parmi les montagnards on trouvait des individus blonds et roux. Ces points de ressemblance des Nesloriens avec les Persans n'ont pas été acquis par eux dans un espace de temps très-court, car quoique leur dernière arrivée dans les plaines de l'Aderbeidjan occidental ne date q^e du XV4* siècle, il est incontestable que la première invasion des Monghols, sous Tchinguiz, les y avait déjà trouvés, et que ce sont les persécutions de Tamerlan qui les ont refoulés dans les montagnes du Kurdistan.

112 r.'ETHNOdRAPHlE DE LA PERSE.

Au nordtles Kurdes et des Nestoriens, nous trouvons le peuple antique des Arméniens, sans le moindre doute congénère des Iraniens, mais fortement modifié, comme nous l'avons déjà observé, par un long mélange avec les Sémites et les Turcs. Pour établir le type armi'nien, nous n'irons pas en chercher les traits caractéristiques parmi les populations de l'Arménie russe, turque ou persane, mais nous les puiserons chez leurs compatriotes d'Astrakhan, réfugiés au nord de la Caspienne depuis le xiv*^ siècle, époque de leur émigration d'Ani, sous le règne d'Abonsaid-Rhan, dernier roi Ilalakouide de la Perse. Entourés de populations sauvages et musulmanes, ils ont été isolés pondant plusieurs siècles de tout mélange étranger et ont pu conserver ainsi leur type national danslaforme sinon primitive, du moins tellequ'elle existait sous les premiers Monghols. Ils sont de haute taille, assez bienfaits; mais enclins h l'obésité, l.a forme de la tête chez eux est décidément iranienne et dolichocéphale. Les yeux sont noirs et grands ; mais beaucoup plus encaissés dans l'orbite que chez les Persans. Le front est bas, le nez, presque sans aucune exception, est trèsproéminent, très-aquilin et d'une grande longueur. L'ovale du visage chez les Arméniens est encore plus long que chez les Persans. Le cou est long et sec, mais la bouche, les mains, les oreilles et les pieds, généralement assez grands, et n'ont pas la forme élégante des mêmes parties du corps cliez les Persans. La peau est blanche et fine chez les jeunes individus, mais elle est très-sujette à devenir avec l'âge couperosée chez les hommes comme chez les femmes, ce qui déjà a été observé par Chardin. L'illustre voyageur attribue ce défaut à l'usage du vin, mais comme j'ai noté le même fait chez les villageois des hautes et froides vallées de l'Arménie proprement dite, et mên»e dans l'Arménie persane, où les campagnards ont peu d'occasion de se procurer du vin, je crois que les habitudes bachiques n'y sont pour rien, ou du moins pour

l'ethnographie de la perse. Hî

très-peu de chose, d'autant plus que chez les Persans adonnés de père en fils h l'usage des spiritueux, conrmie par exemple a Kirman, cette transformation cutanée n'a presque jamais lieu.

Encore plus au nord, comme nous l'avons déjà fait observer, vers la limite nord-ouest de l'expansion des races iraniennes, se trouvent les Osseths. Dans la note A on lira quelques détails sur leurs crânes, et je me contenterai de mentionner ici l'impression que m'a laissée leur extérieur quand je les ai visités dans les solitudes élevées oii ils passent leur vie à combattre les rigueurs d'une nature inclémente et austère. Uien n'indique dans cet extérieur leur parenté avec les Iraniens du Sud. Ils sont forts, trapus, lourdement bâtis, très-souvent blonds ou roux j ils ont de petits yeux, assez communément bleus, le nez aquilin et pointu, des oreilles, des mains et dos pieds de dimensions considérables^ néanmoins ils se nomment /ron, et leur idiome porte des traces évidentes d'une origine iranienne. Généralement d'une taille moyenne, il n'est pas rare de rencontrer parmi eux des gens d'une stature très-éievée et d'une force herculéenne; sobres pour la plupart du temps, ils peuvent se permettre impunément des excès de boisson et de nourriture qui seraient fatals pour tout autre. Les hommes sont rarement beaux, mais leurs femmes souvent sont d'une beauté presque idéale. Ils supportent facilement toute espèce de privations. Accoutumés dès leur enfance à braver les phénomènes les plus terribles des hautes régions alpines, ils passent d'un pied sûr au bord des précipices les plus profonds, sous des avalanches prêtes à les ensevelir, et sur des terrains minés par des sources souterraines que la moindre secousse peut précipiter dans des torrents impétueux et roulant des rochers comme des cailloux. Sans le moindre doute, le milieu qui les entoure influe beaucoup sur la modification profonde qu'a subie chez eux le type iranien primitif, mais je crois impossible d'attribuer à cette seule cause le changement viu. 15

lift l'ethnographie de la perse.

extérieur que je viens de signaler. Placés depuis des siècles en contacl immédiat avec les Lezp^his, doués presque des mêmes qualités physiques , les Ossélhiens ont dû éprouver des transformatioiîs radicales dans leurs traits et dans leur conformation. Mais c'est encore une question pendante et ouverte à la recherche des ethnoii^raphes à venir. Les Osséthicns établis dans la plaine au nord de la chaîne du Caucase paraissent reprendre assez vite la forme du type iranien; et il est très-remarquable, si cela se confirme, qu'à la seconde génération déjh les nez aquilins deviennent plus rares parmi eux que parmi les Ossélhiens montagnards, et que le nez droit du Tacijik reparaît chez eux.

La chaîne du Caucase a gardé encore une nationalité d'origine iranienne dans les vallées de son extrémité orientale et dans les plaines de la presqu'île de Bakou ; je veux parler des Tàls. Transportés ici très-probablement de l'Aderbeidjan sous les Sassanides, ils ont subi nlus que tous les autres membres de la famille iranienne l'influence des races turques au milieu desquelles ils vivent depuis près de quinze siècles. Ils sont détaille moyenne, ont des figures rondes et joufflues, des yeux noirs beaucoup moins grands que les Persans ; le cou est ramassé, le corps trapu et enclin à l'obésité, les mains et les pieds assez petits, le teint légèrement bistré, les cheveux noirs et assez abondants, quoique beaucoup moins que chez les Persans et chez les Tadjiks. Ils sont robustes, bons travailleurs et aiment la mer, fait qui indique suffisamment une modification radicale de leur nature iranienne.

Leurs voisins du Sud sont les Talyches, peuplade établie dans le district de Lenkoran, des deux cotés de la frontière russo-persane. Quoi(|ue avant absorbé complètement la puissante tribu des Kiptchaks, ils portent beaucoup moins de traces d'une influence étrangère que les Tâts. Comme leur dialecte et leur extérieur sont parfait^ement identiques avec celui des Gbilekis leurs

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▼oisins immédiats, j'emprunterai le portrait ethnograpliique de ces derniers à rexcellenle monographie du Ghilan publiée par M. A. Chodzko. dans ies Nouvelles annales des royales (tS^l 9-1 850;. Nous lisons dans ce travail consciencieuxet éminemment instructif (p. 78-79) ce qui suit : « Les indigènes du Ghilan s'appellent » entre eux ghilec, ceux du haut Ghilan prennent les noms de » leurs districts respectifs, comme Deilemi , Talychi, etc. Les n habitants des plaines et des montagnes n'appartiennent qu'à • une seule et même race, et la différence de leur physique » ne doit être attribuée qu'à l'influence des circonstances io- » cales de leurs contrées respectives. La femme ghilèque, remar- B quabicment jolie, est aussi blanche et fraîche que son mari B est hàlé et décharné; elle a les yeux noirs fendus en amande, » des sourcils bien arqués, la chevelure noire et une bouche » vermeille garnie de belles dents... Le paysan ghilek est de » moyenne taille, les épaules et la poitrine sont généralement » bien développées, mais il a peu d'embonpoint et son teint est D olivâtre ou cuivré. L'expression générale de sa figure n'a rien »i de spirituel ni de méchant. On voit qu'il souBVe en travaillant, » mais qu'il est résigné et n'aspire point a une meilleure exis- » tence. L'angle facial, le nez aquilin, l'ovale delà tête du Ghylek, » ressemblent à ceux d'autres peuples d'origine iranienne, avec » cette exception qu'ici on trouve plus de cheveux roux... Plus » adroit que fort, il est excellent piéton... Le régime du Ghilek est » d'une sobriété remarquable j il ne boit que de l'eau, quelquefois » adoucie avec de la pâte saccharine .cliiré) du raisin. >a nourrij» ture consite principalement en riz cuit à l'eau et en poisson t salé [mahi-chour . dont il se sert plutôt pour assaisonner son » riz que pour se rassasier... Chose étrange ! l'usage du pain ré- » pugne a un Ghilek pur sang, au point qu'au plus fort Je leurs » disputes on entend sou\ent cette singulière imprécation : «Va-

116 l'ethnographie Dr la perse.

» t-en manger du pain et crève »... De toutes les peuplades du » haut Ghilan, les Galyches, ou les paires montagnards, pa- » raissonl avoir le mieux conservé la tradition du type national. » Il me reste à parler des Mazandéraniens. Nous retrouvons en eux le vrai type persan, la taille moyenne, une chevelure extrêmemcnl altondante, d'une couleur noir de jais , la barbe trop bien fournie, car souvent les cheveux envahissent les joues presque jusque sous les yeux, qui sont grands et noirs avec de longs cils et d'épais sourcils. Dans certains districts ilu Mazandéran . on voit beaucoup de chevelures bouclées, ce qui est rare en Perse. Le nez est aquilin la plupart du temps, mais toujours pointu à arête bien dessinée et à racine étroite j la bouche est petite, les dents fort régulières et blanches. Moins fort que le Persan en cénéral. le Mazandéranien est bon marcheur, et dans un terrain boisé et uiarécageux il ne se fatigue pas aussi vile qiu; Ihabilant de toute autre province de la Perse, excepté le Talyche et le Ghilcki. Soit par l'effet du climat, soit par suite d'une nourriture presque exclusivement végétale, le teint du Mazandéranien est pâle, presque livide , ce qui fait encore plus ressortir l'éclat de ses grands yeux noirs. Cette observation a déjà été/aite par Pietro délia N aile t. Il, p. 222, trad. française). Seniblable au Ghilani et au Talych dans sa :iianière de vivre, le Mazandéranien aime à se loger à part des autres, et cette isolation dans les bois touffus lui donne, conime a ses autres voisins du littoral méridional de la Caspienne, (pielque chose de sauvage et d'inquiet dans le regartl et dans toute sa contenance. Accoutumé dès son plus jeune âge ii conibattre ses terribles ennemis, le tigre, le léopard et le sanglier, le Mazandéranien est un chasseur intrépide et infatigable; mais il redoute leTurconian beaucoup plus que les bêtes férores , et ces hardis brigands attaquent souvent et impunément en nombre Ircsrestreinl des villages entiers de Mazandé-

l'ethnographie dl la perse. 117

raniens et les emmènent captifs , soit pour en faire des pâtres de leurs troupeaux, soit pour les revendre à Khiva et h Boukhara. Fraser [IVinter journey from Constanlmople to Téhéran, t. il, p. /1.77) est un des rares voyageurs dans le Manzandéran qui ait fait quelques observations sur le physique des >îazandëraniens. Il dit : «Le teint des Mazandéraniens qui restent au pied des montagnes » pendant la saison chaude est sans le moindre doute plus jaune » que celui des habitants de la haute Perse j mais néanmoins le » peuple est, en général, fortement constitué et bien bàli, ayant » un extérieur d'une beauté peu commune. J'ai vu à Baifrouch » quelques nains et quelques enfants diflbrmes ; mais c'était une » exception. Les enfants sont très-beaux et surtout les petites » filîc's, qui se distinguent par des traits d'une grande délica- » lesse. » il confirme aussi l'observation faite par délia Valle sur la beauté des femmes du pays. Lj'un des derniers voyaueurs dans le Mazandéran , l'ingénieur autrichien Gasteiger , qui a visité cette province au mois de mai de l'année 1861, observe, en parlant de la population des environs de Sari : 0 Tous les hommes » ont des cheveux bouclés; ils saluent avec bonhomie et n'ont » rien dans l'expression de leur figure de cette filouterie judaïque » que l'on remarque chez le Persan [Reise der K. preiisuschen Ger> sandtschaft nach Persien 1860 iind 1861, par von H. Brugsch, » t. il, p. /16I). » Il a été frappé comme son prédécesseur du X* siècle. Istakhri, de Textrême rapidité avec laquelle parlent les Mazandéraniens. Dernièrement, M. Dorn a publié dans les \ouvelles annales des voyages un article intéressant sur le caractère physique des Mazandéraniens et des Ghilanis. Le savant académicien de Saint-Pétershourg confirme et rectifie en partie les informations communiquées par ses préilécesseurs, et nous reu voyons le lecteur à ce travail instructif.

Ayant passé en revue sinon toutes les subdivisions de la grande

118 l'ethnographie de r.A PERSE.

famille iranienne, du moins toutes celles q-Zii présentent des différences physiques assez marquées pour serrir h indiquer les limites fulre lesquelles oscillent les variations de leur caracttî-re extérieur, nous fâcherons d'éclaircir le côté historique de lethnographie persannc, et voir si dans le courant des siècles les types actuels ont beaucoup varié.

Déjà en examinant les sculptures des anciens monuments persans, nous avons eu l'occasion de remarquer que sous les Achémcnides, une certaine parliedela population de l'empire de Cyrus avait acquis les traits principaux qui caractérisent maintenant encore les habitants de la partie occidentale de la Perse. On chercherait en vain dans la littérature ancienne quelques faits à l'appui de cette observation. Hérodote parle des Perses presque aussi souvent que des Grecs; mais il ne nous donne aucun détail sur leur extérieur. A peine si dans le livre VI, chap. xix, il dit en passant que les Perses portaient une lonj^e chevelure. Dans le livre LXXI, il observe que les compatriotes et sujets de Cyrrrs portaient des vêtements do cuir et qu'ils se nourrissaient non de ce qu'ils désiraient, mais de ce qu'ils avaient, car leitr teiTC était stérile, et qu'avant l'épocpie de ce roi ils ne connaissaient pas l'usage du vin. Plus loin liv. lll, chap. xxv), l'illustre hisloricn grtc nous apprend que l'armée de Cambyse, dans sa marche sirr ^Ethiopie, se soutenait tant qu'elle pouvait arracher qi'.elque chose de la terre, et que les .soidrils se nourrissaient d'herbes. îi'usage du vin s'introduisit généralement sous Cvrus, dès ([ue les Persans apprirent la manière de le préparer avec d(îs fruits du palmier, et nous voyons déjà (iguror un tonneau decette boisson parmi les cadeaux envoyés par Cambyse au roi des Éthiopiens div. lll, chap. xx); plus tard l'ivresse est devenue même très-commune, car tes Perses ne délibéraient |)our la première fois sur une affaire que sous l'influence excitante du vin.

l'ethnographie de la perse. h 9

et ils rftpj^aaient la même discussion à jeun. Ammien ^larcellin e«t de Ions les aoteurs anciens [e plus explvcite au sujet de l'extérieur des Perses. 11 dit fliv. III, chap. ii) que toùs ont le corps maigre, le teint basané ou olivâtre, le regard farouche, les sourcils joiiats et arqués . Leur longue barbe ne manque pas de grâce , mais leurs cheveux sont touffus et hérissés. Ils se livraient sans mesure au plaisir des sens, s'adressant pour «atisfaire leur ardeur aux deux sexes, i.eseul régulateur de leurs repas était l'appétit, el ils maageaienl à toute heure tout ce qui leur tombait sous la main. Leur réserve en pays ennemi était incroyable ; ils traversaient des vignobles et des vergers sans toucher à aucun fruit. D'après le même auteur, rarement un Perse allait uriner debout, ou même k l'écart , si on le voyait, A la nonchalance de leur démarche , au laisser-aller de leurs membres , on les dirait efféminés, a Cum sint acerrimi bellatores » , ajoute l'auteur romain. Les auteurs arabes sont beaucoup plus satisfaisants sous certains rapports que les anciens, quoique aucun d'eux, autant que je sache, n'ait fait un portrait aussi complet du Persan que le contemporain de l'empereur Julien , mais ils voyageaint plus fouvent en Perse que les Grecs et les Romains, et leurs remarques sur les différences caractéristiques des populations qu'ils visitaient sont plus instructives pourl'elhnographie. li'habitude des auteurs orientaux de se copier l'un i'auîre nous oblige de nous tenir à la plus ancienne relation de ce genre, au livre des climats d'Istakri, composé dans le milieu du x' siècle de notre ère par un Persan voyageur, non moins intrépide que son contemporain arabe Ibn- Haukal. •« ^ious apprenons de lui (trad. de Mordlmann , p. 55) que, de son temps comme de nos jours, la frontière de la Perse et de la Mésopotamie était habitée par des Arabes et des Kurdes, et <jue, dans le Khouzislan {p. 58% on parlait le persan, l'arabe, et une autre langue qu'il désigne par khovzi. L'extérieur des habi-

120 l'ethnographie de la perse.

tants de cette province était jaune et décharné, leur barbe peu fournie, et en général leurs cheveux moins abondants que ceux des autres peuples. Le Fars, patrie de l'auteur, était si peuplé de Kurdes (p. 62). qu'il renonce à les compter; ils étaient répandus dans tonte la province au nombre de 500 000 tentes de laine. A Darabguiid même, il y avait peu de Persans p. G7). Les habitants des districts chauds du Fars étaient maigres. noirs {p. 70), et avaient une chevelure peu abondante. Dans les parties tempérées de cette province, les habitants ont la taille élevée, la chevelure touffue, et sont très-blancs. Ils se servaient de trois langues. Le parsi était connu de tous, et on remployait pour la conversation, comme pour les correspondances et pour la littérature. Les Maçes qui résidaient parmi eux se servaient dans leurs écrits du pehlevi, mais toujours accompagné d'un commentaire en parsi ; enûi^ . l'arabe était la langue officielle usih'e dans les documents émanant des sultans, des chefs , des gens distingués et des émirs. 11 v rivait aussi beaucoup d'esclaves noirs; ainsi un certain Ihii-Chirvan, riche négociant de Bassorah, en perdit 1-2 000 pendant un incendie. Les Beloudjs , alors comme aujourd'hui, étaient voisins du Kirmaii. Istakhri les décrit comme bruns et maigres (p. 78), et l'on crovait qu'ils étaient d'origine arabe. La plupart des Kirmaniens aussi étaient bruns et maigres (p. 70», à cause de la grande chaleur de leur province. Us parlaient persan (p. 80), mais les habitants des monts Kofz (les Beloudjs) parlaient en sus une autre langue. Passant au îiord de la Perse , Istakhri observe que le Mouglian avait beaucoup de villages habités par des 3la<'cs p. SD), que les citadins de lîerda et de Lhamkur sont d'origine arménienne et qu'on les nommait sialiverdié^ ald-e-abelli (peuple mélangé \ qui ne valaient pas grand'chose et étaient des voleurs de grand chemin i^p. 90). Les habitants de Deinaver étaient plus beaux que les Hamadanis p. 93). et (>hehrczour était

l'ethnographie de la perse. 121

habité par des Kurdes (p. 9/i). La langue de Deilem (Ghilan) n'est ni le persan ni l'arabe; les habitants sont maigres, bruns, et ont peu de cheveux; ils sont en même temps lents et indolents, 4ît encore du temps d'Istakhri l'on y trouvait des infidèles nommés Charf (p. 97). Les habitants du Taberistan (Mazandéran) avaient la chevelure abondante et des sourcils épais; ils pariaient trèsvite et se nourrissaient de riz, de poisson, de lentilles et de canne à sucre (p. 100). Les Kurdes s'étendaient déjà ti cette époque reculée jusqu'au Khorassan , car Istakhri dit que Salèli , viilc de cette province, n'était peuplée que par des hommes de cette nation. Le Gour, partie montagneuse de Hérat , était habité par des races non converties à l'islamisme; leur langue différait de celle des Khorassaniens (p. 118). Istakhri loue beaucoup la beauté des habitants de Boukhara (p. 1*25), et il dit que les Kharézmiens, ou Khiviens actuels, parlaient une langue particulière différente des autres, et qu'on y voyait beaucoup d'esclaves, amenés du pays des Slaves et des Khazars, ainsi que des esclaves turcs.

En comparant ces observations ethnographiques, recueillies «ntre les années 935 et 966, au tableau que nous venons de tracer de ceux des membres de la famille iranienne qui présentent des différences physiques , nous verrons qu'en général leurs types ont peu varié et que quelques-unes de ces variations s'expliquent très-naturellement au moyen des renseignements fournis par Istakhri lui-même. Ainsi on trouve maintenant, même dans la partie chaude de la province de Chiraz, moins de populations à peau noire ou foncée que du temps du voyagtuir persan ; mais aussi ou y rencontre beaucoup moins d'esclaves nègres et abyssins. L'expulsion définitive des Guebres a arrêté la reproduction del'ancien type national, et maintenant tous les habitants ont presque le même extérieur que celui de leurs ancêtres sculpiés sur les anciens monuments de Persépolis Pour que la ténacité du type VIII. ' 16

i25 l'ethnographie de la perse.

persan soit encore plus évidente, nous emprunterons ^* un voyageur (lu XVII* siècle, au célèbre Oléarius, le portrait du persan occidenl.il de son temps, il a visité la l'erse en 1f)17, et nous lisons, page Ù6 !. de son voyage (édit. de 1647) : « Pour ce qui en est des » Persans en général, ils sont dtî taille moyenne, fortement bàlisj » leurs visages son! bruns et jaunâtres; ils ont ordinairement des » nez a(juilins et proéminents. Ils portent une longue barbiche, » mais pas de barbe. > Nous avons vu (pie Chardin, qui est venu après le voyageur allemand, et Pietro délia Valle, qui y a été quelques années avant, parlent deTextérieur des Persans presque dans les mêmes termes.

Ainsi, d'après des documents datant de 500 ans avant Jésus- Christ, sle 350, de 950 et de 1035 après Jésus-Christ, nous voyons que la physionomie générale du peuple n^^ presque pas varié, malgré l'extrême diversité des actions extérieures auxquelles le» populations de l;i Perse ont été soumises pendant cette longue période de vingt et un siècles.

Cette stabilité du type dépend évidemment en j)arlie de la stabilité des propriétés physiques du milieu sous l'influence duquel il s'est formé; mais cette raison seule ne sufSt pas, selon moi, pour l'exprKjuer coniplétcmicnt. Les plaines de la Russie orientale et les vastes solitudes de la Mésopotamie ont certainement tout aussi peu varié, dans la même période de temps, sous le rapport du climat el delà constitution du sol, (pie les provinces occupées par les peuples de race iranienne; comment se fait-il donc que la domination nionghole ait laissé dans ces deux pays, jusqu'à nos jours, des traces aussi profondes dans la conformation extérieure des populations, landis qu'en Perse, le passage des hordes tunjues pourrait être ignoré de l'ethnographe, si l'histoire écrite ne le lui rappelait pas? Dans la Russie orientale, comme parmi les Rédouins des environs de Bagdad, il n'est pas rare de rencontrer des figures

L'ETHXOGRitPHlE DE LA PERSE. 123

plaies, des nez écras.é«, même de petits yeux, quoique places horizontalement, en un mot, presque tous les traits caracléristiques du /acies djai^hataï, qui, certes, n'est pas celui des Slaves ni des Sémites. Au contraire, en Perse, même à Cliiraz, a Maragha, à Hamadan et sur la frontière occidentale de l'empire, on, depuis les Arsacides et sous les Seldjoukides comme sous les Halakoiiides, les races turques s'établissaient de préférence, il est très-rare de rencontrer des individus h figure monghole. La même observation s'applique avec encore plus de force à la Perse orientale; là, depuis u»i temps immémorial, les peuples de race turque se sont ouvert un passage vers l'inde et ont depuis constamment occupé ce pays j néanmoins, à llérat, comme dans le Séistan, dont le nom même vient des Sakes, la majeure partie de la population a gardé les traits de l'ancien persan. Devant ces faits irrécusables, il faudra reconnaître une nouvelle cause de conservation de type autre que l'influence du milieu. En même temps, il faudra admettre que dans la race iranienne, cette cause agit avec plus d'intensitéqne, par exemple, chez les Slaves et chez les Sémites, et, selon moi, celte force n'est -autre que l'atavisme. Sans cette qualité, il serait, à ce qu'il me paraît, absolument impossible d'expliquer la disparition du type mongiiol dans la Perse occidentale, où, pendant huit cenls ans, les races turques ont toujours été dominantes. (Considérablement améliorées elles-mêmes au contact de la race iranienne, elles n'ont pas réussi à pervertir le beau type mitional. dont la formation, comme nous l'avons vu, remonte À |)lus de vingt siècles. Je suis persuadé que le ty[)e des Guèbres actuels, dont l'extérieur se rapproche beaucoiip du lype nrimitif de la race, ne s'est pas conservé toujours dans celle forme première, mais qu'il y est revenu par l'effet de latavisme, dès que les Ignicoles se sont trouvés à l'abri du mélange avec d'autres nations. iMais que ce soit faction du milieu et l'ell'et de l'atavisme, ou celte première causejointeà toute autre

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influence encore inconnue, il n'est pas moins certain que la ténacité du tvpe iranien à garder sa forme une fois acquise est une qualité inhérente h cette race, et beaucoup plus développée chez elle que chez les autres races voisines de l'ancien monde.

La durée de la vie dans la race iranienne ne diffère pas de celle qu'on observe, en général, parmi les nations d'origine indo-européenne, (^est encore a Hérodote que nous devons la plus ancienne information à ce sujet. Dans le livre lll, chap. xxii, il fait dire aux Ichthyophages envoyés par Cambyse auprès du roi des Éthiopiens, qu'en Perse, le terme d'une longue vie était quatrevingts ans. Ce chiffre est encore vrai de nos jours, quoique les cas d'une plus longue existence ne manquent pas. Sans ajou- - ter foi aux paroles deSchiltperger, serviteur Je Tamerlan et de son fils Chah Iloukh. qui prétend avoir vu un santon âgé de trois cents ans, j'ai vu moi-même, près d'Akhaltzikhé, un prêtre arménien âgé de cent quinze ans, qui disait encore la messe et lisait sjns le secours de lunettes. En 185'2, j'ai fait la connaissance d'un collecteur d'impôts sous Agha-Mouhammed-Khan, qui ne pouvait avoir moins de trente ans en 1795, et, par conséquent, devait être âgé, à l'époque où je l'ai rencontré, d'au moins quatre-vingt sept ans. En 1856. vivait encore à Tébriz un vieillard qu'on nommait à tort ou a raison le djéloudar ou pa'.frenier du premier roi Radjarjcet homme m'a répété plusieurs fois qu'il se rappelait très-bien de Nadir-Chah. Or, en supposant qu'il n'eût à l'époque de la mort du conquérant de l'Inde que trois ou quatre ans, i\ devait avoir en 1856 cent quatorze ou cent quinze ans. En général une vieillesse avancée n'est pas une chose rare parmi les Persans. Ainsi, dans une liste de vini^t personnes prises au hasard, ayant vécu en Perse entre 7^2 et 15"23, et dont la durée de la vie est exacteujent connue, nous trouvons deux centenaires, deux qui ont vécu au delà de quatre-vingt-dix ans, cinq qui ont atteint ou

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dépassé l'âge de quatre-vingts, deux âgés de soixante-dix, cinq morts après soixante ans, et un après quarante (1). " Nous arrêterons là nos recherches sur les propriétés physiques des peuples de race iranienne; dans la partie historique et philologique de ce mémoire, nous les étudierons sous le rapport des dialectes qu'ils parlent et du caractère national.

.Kai tâché de réunir dans cette partie tout ce que l'on sait de positif sur le caractère physique des peuples de race iranienne, et ce tableau, aussi complet qu'il m'a été possible de le faire, n'a

(1) Voilà celle liste extraite de divers ouvrages orientaux ;

Ishak brahim el Moussouli, né en Perse H. A. D. H. A.D.

(musicien) né en 125 (7^2), mort en 188 (803), âgé de 61 ans.

Son fils Ishak 150 (767), 235 (849), 82

Abou-Abdoullah Mouhammed ben Ismail

el Gafi, de Boukhara 19/1 (809), 256 (869), 60

Abou-Abdoullah Mouhammed » » 189 (804), 58

Ibn abi Tahir de Khorassan 204 (819), 280 (893), 74

Aboul Kassim Abdoullah ben Mouhammed el Bagawi 214 (829), 317 (929), 100

Abou Djafar Mouhammed Tabrizi 224 (838), 310 (922), 34

Abou Bekr Mouhammed Abdoullah 287 (900), 375 (985), 85

Abou Maazer Djafar ben Mouhammed de

Balkh (astronome) » » 272 (885), 100

Abou Ali-Sina (médecin), né à Boukhara. 373 (983), 427 (1035), 52

Abdoullah Ansari 399(1008), 481(1088), 80

Joussouf Hamédani 440(1048), 535(1140), 92

Khodja Ismail Ahmed bon Mouhammed

ben Hemzé Soufi » » 44i (1049^ 92

Hadji Hassan Andaki 464(1076), 552(1157), 86

Imam Fakhr-Eddine 544 (1149), 610(1213), 64

Ata-Melik Djouveini 624(1226), 681(1282), 56

' Le père de Séfi-eddine d'Ardébil 606(1209), 673(1274), 65

Séfi-eddine d'Ardébil 667 (1268), 735 (1334), 66

Behaeddine de Boukhara 718(1318), 791(1388), 70

Chah Ismail 892(1486), 930(1523), 47

11 ne serait pas difficile de rendre cette table beaucoup plus étendue, mais cependant, elle ne le serait pas assez pour donner un caractère de certitude aux résultats qu'on voudrait en tirer.

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d'autre mérite que d'indiquer les nombreuses lacunes que les

voyageurs futurs auront à combler.

Les points solidement acquis a la science paraissent comme dea îlots dans cet océan de faits vai^ues et douteux. Les observations isolées, très-précieuses en elles-uienies, ne peuvent acquérir une valeur véritablement scientilique qu'étant jointes à d'autres, capables de dévoiler l'influence mystérieuse du temps dans les transformations physiques des peuples. Des mesures faciles à exécuter et appli(juéesa un grand nombre d'habitants de toutes les provinces de l'empire, l'étude des raisons historiques qui amenèrent ces populations dans les Aocalilés qu'elles occupent, et surtout une riche collection de crânes et de photographies d'une origine authentique, fourniront des documents irrécusables pour les généalogies des nations, et éclaircironl la raison d'être de beaucoup de faits, qui, actuellement, paraissent dépendre uniquement du hasard, ou de causes inconnues désignées généralement par ce nom collectif et obscur.

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