DE LA RACE IRANIENNE
Nécessité d'admettre l'existence d'une race primitive. — Difûculté d'en retrouver les traces parmi los peuples de race iranienne. — Indications à ce sujet fournies par les plus anciennes traditions de ces peuples. — Le Vendidad, le livre des Rois, l'inscription de l'obélisque de Nimroud. — Traditions des différentes populations établies sur les limites de l'habitation des Iraniens concernant leur origine. — Les habitants delà Transoxiane, les Kafirs Siahnpouch, les Beloudjs, les Osséthiens. — Endroit probable de la première formation des Iraniens. — Nécessité d'appuyer ce résultat théorique sur des faits matériels et existant de nos jours. — Ancienneté de l'opinion que les Guèbres sont les restes des anciens Persans. — Observation de don Gorci; "^igueroa à ce sujet. — Opinion de Chardin. — Critique de cette opinion par Prichard. — Manière erronée de ce savant d'apprécier la valeur ethnographique de bas-rcliofs des anciens monuments persans. — Application des études crâniologiques à l'ethnographie.
— Opinion deM.Eckert. — Travaux de Reizius sur l'ethnographie asiatique. — Opinion de M. de Baer sur le crâne iranien. — Conformité de celte opinion avec les résultats des mesures du commandant Duhousset. — Tables des valeurs moyennes tirée? de ces mesures. — Discussion de ces moyennes. — Crâne persan dans l'antiquité. — Opinion d'Hérodote à ce sujet. — Explication de son étrange assertion sur la nature de la boîte osseuse de ces crânes. — Crânes iraniens et sémitiques d'après les basreliefs de Behistan et de Chapour. — Degré de conGance que mérite l'exactitude des artistes persans lorsqu'ils reproduisaient des types des nationalités étrangères.
— Résultats fournis par l'examen d'un des bas-reliefs de Behistan. — Caractère du crâne sémitique d'après les pièces conservées au Muséum d'histoire naturelle.
— Bas-relief de Chapour. — Récapitulation sommaire des résultats obtenus. — Erreur de Chardin et de ses coatemporains sur la cause de l'amélioration du sang des Persans. — Tableau des inQuences étrangères sur les populations do la Perse depuis Alexandre le Grand jusqu'à nos jours, — Tadjiks et Tats. — Les anciens connaissaient-ils les Tadjiks? — Les Chinois sont les premiers qui donnent des renseignements positifs sur ces Tadjiks. — Détails sur les Tadjiks d'après les annales
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iU L'ETHNOGRAPmE DE LA PERSE.
chinoises. — Exactiluie des renseignexenU fournis par !es Chinois sur la Perse de l'époque des Sassanides. — Manière erronée d'expliquer l'origine des Tadjiks.
— Pourquoi les Tadjiks eus-mèmes prétendent descendre des Arabes. — Notions sur les TaJjiks fournif»? par Elphinslone, le baron de Meyendorf et le lieutenant "V^'ood. — Mes propres observations sur les Tadjiks. — Caractère physique des Tadjiks. — Les Héralienset les Djemchidis. — Variation du type persan primitif: chez les Afghans, chez les Beloudjs, chez les Persans occidentau.\, chez les Bakhtyaris, les Kurdes, les Nesloriens. les Arméniens, les Osséthiens, les Tats, les Talyches, les Ghilaniens, les Mazandéranien- et les habitants dj Khorassan. — Renseignements des auteurs anciens et des auteurs arabes du moyen âge sur l'elhnographio persane. — Tableau ethnographique de la Perse extrait de l'ouvrage d'Istakhri. — Stabilité du type persan. — Hypothèse pour expliquer celle stabilité.
— Longueur de la vie chez les peuples de race iranienne. — Conclusion. — Noie A.
Quelles que soient les convictions que Ton puisse avoir sur la fixité de l espèce dans les règnes végétal et animal, l'application absolue de ce principe h l'homme me paraît impossible. L'homme possède le don de garder les traditions de son passé, et presque partout où l'ethnographe a sérieusement cherché à se renseigner sur le développement d'une race, il a été forcément amené U reconnaître l'existence d'une race sativage, naturelle ou primitive, qui, en se transformant sous l'influence d'actions diverses, a pris la forme de la majorité de ses représentants, considérés dans un moment donné.
Dans les sociétés nouvelles qui sont écloses , pour ainsi dire , sous le regard de témoins attentifs, la recherche de leur origine généalogi(jue ne présente pas beaucoup de difllcultés. Ainsi personne ne sera embarrassé de retrouver le type primitif des Turcs, fondateurs de l'empire des sultans, dans les populations de même race existant a l'étal de nature à l'est de la Caspienne, A cnus avec les Scldioukides dans les provinces occidentales de l'ancienne Perse ils se sont peu à peu répandus 'a travers l'Asie Mineure vers l'ouest. Mais pour un pays comme la Perse, qui compte presque atJlaul d'années d'existence que les plus anciens souvenirs de l'humanité, qui a été si souvent bouleversé radicalement par
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de puissantes révolutions sociales, la tâche de retrouver l'endroit où l'on doit chercher le type primitif de ses habitants est bien plus difficile, même elle peut paraître impossible.
Dans beaucoup de phénomènes physiques, le point exact de leur origine ne nous est indiqué que par des directions qui y conduisent de tous les côtés, sans que jamais nous puissions espérer déterminer avec précision leur intersection commune. La recherche du berceau d'une nation, et surtout celle de l'origine de la race iranienne , nous présente absolument les mêmes particularités. Xous savons que le point culminant du vieux monde, l'Himalaya, nourrissant les fleuves principaux qui portent la vie dans la direction des quatre points cardinaux du continent asiatique, sépare aussi quatre nationalités très-différentes, les Chinois à l'est, les Touraniens au nord, les Indiens au sud, les Persans ou Iraniens a l'ouest. Grâce aux savantes recherches de Schleo^el Ritter, Lassen, Vivien de Saint-Martin et autres, nous savons, de plus, que les anciennes traditions de quelques-unes de ces nations nous portent a placer leur berceau dans la haute Asie, et que la communauté d'origine des Aryens de l'Iran et des Hindous est un fait acquis a la science. Nous ne reviendrons pas sur les preuves de ces résultats, et nous les considérerons comme des bases de nos recherches ultérieures.
Tout intéressante que puisse être la découverte de l'origine commune de ces races, la monographie ethnographique d'une de leurs branches ne peut commencer qu'à l'épotjue et à l'endroit où cette dernière a laissé des traces certaines de son existence, c'est-à-dire là où commence son histoire sinon écrite, du moins traditionnelle. Or,commejene mepropose pas d" exposer i'elhnographiede la race aryenne en général, mais exclusivement celle de son rameau iranien, il est naturel que je cherche à retrouver son berceau non à rendi*oit de l'origine probable des Aryens, où les Iraniens proprement dits ont laissé peu de traces, mais dans les pays où ils se trou- Tent en majorité actuellement, comme ils l'étaient dans les temps
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les plus reculés de leur histoire. Je clicrclievai donc à placer celte orisine sur les confins de la Perse, en me cuiùant à la lueur des plus anciennes traditions du pays, le premier chapitre du Vendidad et le poëme de Firdousi. 11 suffit de nommer ces deux sources d'informations, pour dévoiler toute la faiblesse des secours que rethnoa;rapliie peut espérer y trouver.
Le Vendidad nous conserve des échos (l'une époque très-éloi- '>née, où rien ne nous indi([ue même que la race iranienne se soit déjà constituée comme telle, après avoir éliminé de son sein les éléments hétérogènes (jui ont suffi pour former presque toutes les populations primitives de l'Europe. Firdousi, au contraire, nous a conservé quelques extraits des traditions, anciennes il est vrai mais recueillies a une époque oii la nationalité iranienne a déik subi une série de transformations radicales, et qui devaient nécessairement avoir laissé des traces plus ou moins profondes sur la forme et le contenu des souvenirs de son passé. Ainsi il sqrait bien téméraire de rechercher dans ces deux sources autre chose que l'indication de l'origine de la nation iranienne j quant h celle dernière, je crois qu'on a le droit de la leur demander, Car si un document d'une anti(|uité indubitable, d'après quelquesuns antérieur même a loriginc de la nation iranienne proprement dite, et un autre bien postérieur à cette origine, mais basé aussi sur des traditions d'une époque très-reculée, nous dirigent vers un point commun, nous pouvons considérer cette direction comme ayant une réalité très-probable.
Le premier faraghartl du Vendidad, assez longtemps décoré du titre pompeux de « première page de Ihistoire des nations indon-ermaniqiies ", de « premier itinéraire de kurs migrations », etc., a été réduit par les critiques judicieuses de iMM. Kiepert, Spiegel et iiréal ii de plus modestes proportions. C'est un recueil religieux d'une haute antiquité, qui ne peut et ne doit avoir rien de commun avec une nai ration historique j mais connne il est incontestable qu'il contient la mention des noms géographiques, ces derniers
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nous indiquent les parties de la terre connues a ses auteurs. Cette liste de localités, considérée par M. Bréal comme essentiellement fabuleuse, ce qui me paraît peu probable, a été dans ces derniers temps si souvent analysée, traduite et réformée, que je sortirais du cadre de mon travail si j'entrais dans les détails de l'histoire de cette question ; aussi je me contenterai d'énoncer les derniers résultats auxquels on s'est arrêté dans cette matière, et je prendrai pour guide l'importante communication faite par M. Spiegel à l'Académie des sciences de Munich, dans sa séance du 5 mars 1859, sous le titre ; Dos erstc capitel des Vendidad.
Le Vendidadfaitmention de seize localités: r l'Airyana Vaedja, de la bonne création; 2° Gau, qui renferme Çoughdha (d'après Haug), ou habitation de Çughdha (d'après Spiegel); 3° Mourou; 4° Bakhdhi^ 5° Niçayâ; 6° Harôjou; 7° Vaekereta, qui renferme Doujak (d'après Haug), ou habitation de Doujak^ d'après Spiegel) j 8" Urva; 9" Khnénta, qui renferme Vehrkàna (d'après Haug), ou habitation de Vehrkàna (d'après Spiegel); 10° liaraqaïti; 11° Haetumant; 12° Ragha; lo^Tchakhra; l/t^Varena, aux quatre angles; 15° Hapta Hindou ; 16° l'est de Ragha (d'après Spiegel), l'ouest de Ranha 'd'après Rréalj. Le premier de ces endroits est déclaré fabuleux par M. Spiegel ; le deuxième, d'après Burnouf, est le fleuve Polytinietus des anciens; le troisième est Merw; le quatrième est Balkh d'après M. Spiegel, et Badghis d'après mon opinion, conforme à celle que Burnouf était très-porté à admettre; le cinquième, rsiça, d'après Kiepert et Spiegel, la JNiséa de Ptolémée; le sixième, Hérat; le septième, Kaboulistan; le huitième, inconnu; le neuvième, Hyrcania, d'après Spiegel; le dixième, Arachosie; le onzième, l'Hetmend; le douzième, lvey;le treizième, Karkh, ville du Khorassanj le quatorzième, Verek, village situé au pied du Démavcnd; le quinzième, Inde; le seizième, Jaxartes (1).
(1) Depuis que j'ai écrit ces lignes, M. Ferdinand Jusli a publié son important ouvrage intitulé ; Handbuch der Zendsprache, couronné par l'Institut, où tous ces termes géographiques sont examinés avec beaucoup dedelaiis. Cette dernière révision de la
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Qu'on adopte l'une ou l'autre de ces interprétations, il n'en est pas moins clair que la plus grande partie des noms de lieux mentionnés dans ce chapitre du \ endidad se rapporte ;i l'orienl de la Perse. Ce fait est assez naturel, car nous savons que la religion de Zoroastrc n'a pas eu de succès dans la patrie de son auteur, la Perse occidentale, et qu'elle n'a été développée par le prophète et adoptée par le peuple comme loi divine, que dans l'ancienne Dactrianej mais, dans tous les cas, il montre aussi que dans ces temps les Iraniens orientaux étaient plus avancés que leurs compatriotes de louest, ayant forjdé plus décentres de population.
Le livre de Firdousi estuu impérissable monument de la Persej il est en niêmc temps en quelque sorte un complément du Zendavcsta, car plusiexirs légendes rapportées dans le poëme en détail, ne sont lndiqué( s dans l'ouvrage religieux que par des allusions plus ou moins claires. Telle est, par exemple, la tradition de Djemchid,le Y'imo Kchaelo du texte zend. représentant de l'époque de la première organisation civile et politique des peuples de la race iranienne et de l'âge d'or de son passé, ou le Aoe aryen, d'après ;M. Kossowicz. (Voy. Roth, Die Sage von Dschenischid, ZcHschr. derD.Mw'fj. Gesellsch, t. \\\ \SoO, llil-hoo.el Kossowicz, Decemsend.excerf)fa,\^. Mil et suiv.i Mais sans vouloir attribuer à ce recueil de souvenirs dos premiers siècles de l'existence de la race iranienne une valeur véritablement historique, sans partager l'espoir de ceux qui croyaient pouvoir faire entrer, h l'aide de la critique, l'épopée dans les cadres élroits de la chronologie, il me semble nécessaire d'attirer lattentiondu lecteur surlimmense différence qui existe entre la somme des traditions connues du Kéo-raphic du Zendave^la ne change rien dans les conclusions que j'ai cru pouvoir on tirer néanmomsil me semble uUJe de citer les endroits du livre de M. Jusliqu. sy rapportent. Ils eoni ain^i quil suit: r page Î59. col. 4, 2» page <03, col. 2 ; 3»paee235 col. l ; 4^ page 213, col. 2 ; 5^ page 473, col. 1 ; 6' page 324, col. 2 ; 70 pa.e 259, col. 1 ; 8° page 66. col. 1 ; 9» page 91 , col. 1 ; lO» page 321 , col. 2 ; 11" pa-e 3<2, col. 2; «2o page 251, col. 2; W page 107, col. 2; 14" page 270, col. 1 ^ 5° page 325, col. 1; lt> page 151, col. 2. Les o»M, 2, etc., indiquent leg localités mentionnées dans le Vendidad.
l'ethnographie de la perse. 39
Zendavesta et celle rapportée dans le livre des Ptois. Déjà. M. Spiegel a très-judicieusement observé que le héros principal du poëme, Roustem, semble être parfaitemeut iiiconnuU l'auteur du livre religieux. Son nom, qui brille d'un éclat si intense dans le poëme, n'est même pas mentionné dans l'œuvre deZoroastre, qui connaît pourtant Sam et Zal, mais surtout le premier de ces héros. Or, si nous prenons en considération que le poëme s'arrête presque à l'époque de l'apparition du prophète^ au moment où le pouvoir des génies cesse d'intervenir sous forme palpable dans les aflfaires de l'humanité, n'avons-nous pas le droit de supposer que le poëte, voulant terminer son épopée par un événement aussi important, l'a placé après la période héroïque de son passé, dont Roustem est le vrai représentant, tandis qu'en réalité ce premier effort du génie iranien semble devoir être reculé vers la limite (jui sépare cette période de hauts faits de la période mythologique du passé persan? Quoi qu'il en soit, pour nous l'essentiel est de constater que les traditions de ces deux périodes se rapportent presque exclusivement à la Perse orientale. L'occident de l'empire n'y joue qu'un rôle secondaire, et l'antagonisme des Iraniens et des Sémites y est bien moins relevé que la lutte avec les populations du nord, et notamment avec Afrassiab, le représentant par excellence de la race turque (i). Nous ne voulons pas dire que l'occident de l'Iran ait complètement manqué de traditions. Féridoun,le Thraêtaona zend (voy. Justi,p. 138, col. sj), prototype mythologiquede Cyrus, accomplit ces hauts faits près du Démavend; et du temps d'Hérodote on avait encore quatre versions différentes de la vie de Cyrus (liv. 1", xcv). ïMais cette dernière grande figure du passé iranien, si chère aux souvenirs de la nation par ses triomphes sur
(1) La liaine entre les Persans eb4«ft Turcs exista jusqu'à nos jouc«; et d'après l'œcellent mémoire du général BT\ggs, On llw aborighialrace of India {Journ.ofthe lî. Asialic Soc, t. XIV, p. 304), nous savons que la lulle de la race aryenne avec des peuples d'origine scylhique a été tout ausei intense dans l'Inde qu'au nord de la Perse. Mais elle a été plus profitable aux Aryens dans les vallées du Gange et del'Indus, car là ils réduisirent les premiers occupants à Tesclavage et devinrent oiaUres du pays.
40 L'ETimOGR APHTE DE LA PERSE.
les Sémites, appartient à une époque déjà presque historique, et, dans tous les cas, beaucoup plus éloignée du berceau de la race que celle des héros de la tradition orientale.
Ainsi les indications géographiques des plus anciennes traditions persanes nous permettent de supposer que le berceau de la nation doit être cherché plutôt à l'orient qu'a l'occident du territoire qu'elle occupe, mais elles ne nous fournissent aucun indice sur la partie précise du vaste pays oh elles nous ont conduits. Pour le circonscrire autant que possible, nous devons recourir à d'autres sources d'informations, notamment aux notions possédées par les peuples qui forment la limite orientale de la race persane,concernant leur origine, ou plutôt concernant la direction qu'ils ont suivie pour venir s'établir dans les localités où les a trouvés l'histoire. Merw et Balkh, deux villes très-anciennes de la frontière septentrionale du Khorassan, d'après une tradition recueillie par Istakhry, ont é^ fondées, par Tahmouraz; donc par des populations venues du sud et de l'ouest. Deikend^ le premier endroit habité dans la Soghdiane, a été construit, d'après Narchakhi, par des gens venus de l'ouest, qui fondèrent ensuite lioukhara et d'autres villes en se dirigeant de l'ouest à l'est. Les Djcmchidis , comme nous l'avons déjà mentionné dans la première partie de ce mémoire, ont gardé le souvenir de leur origine séistanienne. Lassen a démontré, avec l'évidence qui accompagne toujours ses recherches profondément crudités , que jusqu'au 'temps des Ghaznévides la population indienne était Irès-rapprochée de la frontière orientale du Séislan. Quant aux Kafirs Siahapouch, dont la langue présente quelques ra[>porls avec le persan, et dont on ne connaît ni l'origine ni l'époque d'installation dans le pays qu'ils occupent, voilli ce (juc nous lisons dans un petit mémoire, fort intéressant, du missionnaire Trunip, public dans le tome XIX (18G'2) du Journal asiatique de Londres, p. 3 : « Les voya- »i geurs ont si souvent rapporté que les Kafirs ont plus ou » moins l'aspect européen, que j'étais porté moi-même h l'ad-
L'ETHNOGRAPfflE DE LA PERSE. 41
» mettre. IMais j'ai été complètement désappointé a ce sujet : ils » n'ont ni des yeux bleus, ni des cheveux blonds, comme la race » saxonne, ni une peau de couleur blanche. Ils étaient, sous tous » les rapports , semblables aux natifs de l'Inde septentrionale. » Leur teint est basané, leurs cheveux et leurs yeux sont noirs; » leur visage seulement était plus rougeàlre, ce qui s'explique 1) tout naturellement par leur habitude de prendre beaucoup de » vin. Le colonel EdAvards leur a demandé ce qu'ils voulaient » qu'on leur donnât a boire et à manger, et ils répondirent : Une » outre de vin par jour. On peut affirmer positivement que » leur extérieur trahit une origine indienne ; si on les habil- 1) lait en costumes indiens, il serait impossible de les distinguer » de leurs compatriotes des plaines. » Plus loin , M. Trump donne les noms des trois Kafirs qu'il a examinés, ce sont Gara, Loula et Bara, et il dit qu'ils appellent leur pays natal fVumasthan, ce qu'on traduirait en persan par Kouhistan « ou pays des montagnes » . Il dit aussi que les échantillons de la langue des ivafirs, donnés par M. Burnes d'après les indications d'un jeune homme, soi-disant de cette nation, attaché à son service, n'appartiennentpas à la langue des Kafirs, mais qu'ils représentent le vocabulaire d'un des nombreux dialectes parlés dans l'Himalaya. Beaucoup plus au nord-ouest nous trouvons un peuple qui, d'après les spécimens de sa langue que j'ai recueillis UBoukhara, est indubitablement d'origine persane. Je veux parler des Wakhanis, qu'AbmedChahïNakchbendi, voyageur kachmirien de la première moitié de ce siècle (voy. Journ. of R. AsialicSoc.,t.W\,ip. 38'2i,a vu dans les montagnes du village de Khalastan, "a trois jours démarche de Yarkend. Le lieutenant M oodest le seul Européen, après r»iarco Polo, qui ait visité ce peuple dans sa patrie. iNous donnerons plus tard les maigres renseignements qu'il nous fournit sur celte tribu; sije la mentionne ici, c'est uniquement pour n'oublier aucune des populations de race iranienne qui vivent dans les parties orientales du pays où l'histoirea surpris les premiers signes de la vie des Aryens delaPcrse. TIIL 6
!it^ l'ethnographie de la perse.
Ainsi l'ensemble des notions que nous possédons sur la Perse orientale nous porte à croire que la nationalité iranienne s'est répandue vers le nord et l'orient des pays (pii forment maintenant les territoires de llérat et du Séislan. Vers le sud, l'expansion iranienne n'a jamais été très-considérable. La Gédrosie des anciens, le lieloudjistan actuel, a toujours été un terrain neutre, essentiellement propre, par le caractère inhospitalier des montagnes et des déserts qui séparent les unes des autres ses parties habitables, h donner réfutée aux émigrés de toutes les nations voisines; et nous verrons plus loin que sa population actuelle est composée en partie d'éléments arabes et persans, mais surtout d'éléments turcs.
Examinons maintenant la partie occidentale du ferriloirc iranien. Les plaines immenses du sud-ouest de la Perse, dénuées de tout cours d'eau considérable, éloignées des nations indiennes congénères des Persans. (;t voisines d'une nationalité aramécnne puissante qui s'est efforcée de loul temps d'établirsa supériorité sur les peuples de race iranienne, n'ont certainement pas pu lui sei'^ir de première habitation. Tout en étant peu enclin h puiser mes renseignements ethnographiques dans des inscriptions cunéiformes assyriennes, tant par l'incertitude de la chronologie des faits relaté» dans ces ann.iles lapidaires que par les doutes qu'on a émis sur la valeur phonétique des caractères de cette écriture, je croie devoir dire que le texte de l'inscriphon de lobélisque de Nimroud, monument conservé au liritish Musenin et traduit jiarle général llawlinson dans le tome XIX du Journal delà Sociétc asiatique de Londres, corrobore en quelque sorlemes déductions à priori. Après avoir donné, page /i/|0 dudif volume, la traduction des événements de la vingt-qualrième année du règne de Temenbar II, (ils de Sardanapale, le savant Ir.iducleur dit dans une note: « f,es » détails g(W)grapbi(jues conteinis dans ce [)assagc me font croire » que l'émigration des tribus p(>rsanes, au moment de leur pre- » mièro rencontre avec les Assyriens, n'a j)as encore pris une » direction méridionale en deçà de l'Oxus, on que dans tous
l'ethnographie de la perse. as
» les cas elle n a pas atteint la Perse proprement dite. » En effet, dans le pas«age de l'inscription qui a donné lieu a cette note, nous voyons le roi passer le Zab, traverser le pays de Kharkor, que M. Rawlinson identifie avec 1 Arménie, entrer dans la contrée des Aryens, et enfin dans le pays des Perses, dont les \ingt-sept rois lui payent le tribut. Le savant général croit devoir rapporter les monuments de Niniroud; au xn' ou au. xin'' siècle avant Jésus- Christ (p. 4"2l); et plus loin (p. Ixli'è) il croit même que linscription de ïemenbar 11 est contemporaine de l'époque où a été coaiposé le premier faraghard du Vendidad. Sans partager celte dernière opinion, sans croire même qu'on a le droit, d'après l'ensemble des faits connus jusqu'à présent, de pouvoir préciser la date de ce monument k cent ans près, ni de placer le théâtre de la rencontre des troupes de Temcnbar et des Perses dans la Transoxiane, je suis sûr que iM. Rawlinson est dans le vrai, quand il affirme que ' les marbres de ÏNimroud sont d'une haute antiquité, beau- » coup plus reculée que l'époque historique de l'empire assyrien » à laquelle on voulait les rapporter. » Comme dernière preuve de l'arrivée comparativement tardive des Perses proprement dits à l'ouest, je ferai remarquer qu'on n'en fait aucune mention dans le chapitre X de la Genèse, véritable liste ethnographique des peuples connus des Hébreux. La seule natioiiaUté de race iranienne dont ce livre nous parle est celle des Mèdes, si l'on peut traduire ainsi les Mdi que Moïse place après les Mgug et avant les lun. La partie montagneuse du littoral méridionalde la Caspienne jusqu'au Démavend, coupée par des vallées profondes et boisées, permettrait plutôt d'y placer le berceau de la nation; mais, quoique sans aucun doute celjjl^ntrée ait été habitée, depuis des temps immémoriaux, par un peuple d'origine commune avec les populations de la Perse orientale, elle répondrait peu ii ce but, soit par suite de son éloignement de l'inde, soit surtout par le caractère spécial de sa nature, si dilierent de la configuration des pays occupés par la majorité de la race iranienne.
6& L'ETHNOGRAPniE DE I.A PERSE.
Il me reste encore à parler des Osséthiens qui s'appellent eux-mêmes Iron, et dont l'origine iranienne n'est pas mise en doute, surtout depuis (jue IM, Sjœgren a publié ses savantes recherches sur leur idiome. On ne connaît rien sur l'époque de leur arrivée dans les hautes vallées du Caucase qu'ils occupent actuellement; tout ce que l'on peut dire de positif, c'est qu'ils y sont installés depuis la naissance du mythe de Prométhée, créé par eux et religieusement conservé sous le nom de Carainan jusqu'à nos jours, dans toute sa vigueur primitive. Malgré l'ancienneté évidente de leur présence au milieu des solitudes neigeuses du Caucase, personne, j'espère, n'aura l'idée de placer parmi eux le berceau de la race iranienne. Cette hypothèse présenterait trop de difficultés pour expliquer les autres phénomènes de la vie des peuples de cette race. Leur existence isolée à la limite nord-ouest de 1 habitation de la nationalité persane, très-loin du centre de la formation du noyau principal de la race, ne doit pas nous étonner; nous aurons l'occasion de revenir sur un fait constant de l'ethnographie iranienne, l'extrême symétrie de la formation des races transitoires qui séparent les Iraniens pur sang de leurs voisins. L'est et l'ouest du territoire occupé par la race que nous examinons, offrent, sous le point de vue ethnologique, des analogies frappantes que je tâcherai de relever plus loin, en me bornant à observer, pour le moment, que les Osséthiens, à l'ouest, présentent un phénomène ethnogt'aphicpie identique avec celui de l'existence des Vakhanis à l'est. Tous les deux indicjuent les limites que la race iranienne, ethnographiquemcnt parlant, n'a jamais dépassées, quoique la concpiête ait conduit les Perses en Egypte et en (irèce d'un côté, et aux Indes de l'autre. ^^
Ainsi nous sommes forcé de considérer IcsSrallées fertiles situées entre l'ilindoukouch, la chaîne de Poughman et du Kouhi- Baba, de même que les plaines de llérat,duSéistan et du Kirman, comme le théâtre de la première activité di; la race iranienne, comme un territoire oîi les !*ersans sont de vrais aborigènes, et
l'ethnographie de la perse. 65
oïl, par conséquent, on peut espérer trouver le type primitif de cette race.
Quelque probable que me paraisse le résultat que je viens d'obtenir, il ne pourra être définitivement accepté comme certain qu'après avoir subi l'épreuve de l'application à des faits existants. Ainsi, en premier lieu, il s'agit de résoudre la question suivante: Les populations de la Perse orientale nousprésentent-ellesdes typesdistincts et dont l'ensemble nous donne le droit de chercher parmi elles la souche primitive et fondamentale de la race iranienne? L'observation que les Persans orientaux représentent mieux les types des anciens Perses que les habitants des provinces occidentales de l'Iran, n'est pas très-ancienne. Les Grecs, jusqu'au temps d'Alexandre, n'avaient que peu de contact avec les habitants des provinces orientales de la Perse. Dans les troupes de Xerxès, il y avait des habitants de l'Ariane, de la Margiane, de la Bactriane et de la Drangianej mais leurs rapports avec les Européens étaient de nature à ne pas engager ces derniers h les étudier sous le point de vue ethnographique. Quant aux historiens d'Alexandre, on sait qu'ils nous ont laissé, en général, peu de détails sur les populations vaincues par l'illustre conquérant macédonien. La plus ancienne mention de cette diBérence me paraît être celle de don Garcia Silva Figueroa, gentilhomme castillan, envoyé par le roi d'Espagne, en 161 /i, à la cour de Chah Abbas I, et revenu dans sa patrie en 1624. 11 resta en Perse depuis le \'2 octobre 1617 jusqu'au 19 octobre 1618, et quoique ignorant la langue du pays, il en rapporta des observations exactes et curieuses. Je ne connais cet ouvrage, publié en espagnol, que par la traduction française faite par M. de Wicqforl, ut imprimée chez Louis Billaine, à Paris en 1657, petit in-ii." (306 pages et une table générale des matières). \oici ce que nous y lisons pages 176 et 178 : h lit daulant que nous » n'auons pas encore parlé de ces Gaores, qui veut dire eu langue » Turque et Persane, gens sans loy ou payons, il semble à propos ï de faire icy vne petite digression h leur suiet, deuant que de
66 l'ethnographie de la perse.
» parler des autres partkularitez de la ville d'ispahan. Il est
)) certain que ces gens sont des restes des anciens et premiers
» habitans de Perse, laquelle ayant été occupée et dominée pen-
» dant plusieurs siècles, avec les autres prouinces d'Asie, sujettes
» à sa monarchie, premièrement par les Arabes, et ensuite par
» les Turcs et par les Tartares. il se fit vn grand changement en
M la langue, aux habits, et en la façon de viure, ainsi que cela se
» voit auiourdhuy euidemment, puisque 1 on y voit h peine le
» moindre veslige de leur première grandeur ce qui est d'autant
» plusvray semblable, qu'il est certain que la Perse a esté occupée
» et assujeittie par les plus grossières cl les plus barbares nations
» de la terre, et que les subjels et les vaincus imitent aussi-tost
» leurs princes el leurs conquérants, aux choses que nous venons
» de dire, encore que leur première façon de vivre soit honneste
» et civile, et l'autre grossière, barbare el brutale. Ce (jui se voit
» euidemment en Italie, en France el en Espagne, ou dans le
» dernier déclin de l'empire Romain, les Golhs, les Vandales, les
» Alaius, les Francs el les Lombards ont etlacé tout ce que les
» Romains auoient eu de beau et de bon tant au fait de la guerre,
» qu'aux lettres, el qui auoit porté leur gloire iusqn'au bout du
» monde. La mesme chose est aussi arrinée à la Perse, et aux
» peuples de ces quartiers ; puis que ceux qui ont voyagé, et qui
» ont eu soin d'en obseruer toutes les particularilez, ont raison
» de douter si jamais elle a eu ce lustre, cette politesse et cette
» grandeur, que toute lantiquito luy donne. Ceux d'entre les
t) Persans, qui sont les moins accommodez, retiennent tousiours
w quelque chose de ieur prenjiere pauureté et misère ; et ainsi en
» la partie la plus orientale de la Perse, et en la province de
» Kerman, qui luy est frontière vers l'orient, il est demeuré plu-
» sieurs de ces anciens et véritables Persans, lesquels, quoy qu'ils
» se soient meslez auec les autres, et qu'en s'vnissant avec les
w vaincjueurs, ils n'ayent fait qu vn peuple, n'ont pas laissé de
l'ethnographie de la perse. ^7
y) retenir constamment leur première façon de viure, leurs habits » et leur religion ( l). »
J'ai rapporté ce passage en entier parce qu'il me semble être peu connu, et que Buffon, Gibbon. Ouseley, Prichard et d'autres qui traitent le même sujet ne citent que Chardin, qui a fait deux voyages en Perse, et tous les deux postérieurs a celui de Figueroaj le premier ayant eu lieu entre 1604 et 1670, et le second entre 1671 et 1677. L'illustre voyageur français dit, tome IT, chap. vr, intitulé Dîi naturel des Persans, leurs mœurs et leurs coutumes (p. Bft, édit. d'Amsterdam, 1711, impr. chez Jean-Louis Delorme): « Le sang de Perse est naturellement grossier, cela se voit aux 55 Guèbres qui sont le reste des anciens Persans; ils sont laids, mal » faits, pesants, ayant la peau rude et le teint coloré ; cela se voit » aussi dans les provinces les plus proches de llnde où les habi- » tans ne sont guère moins mal faits que les Guèbres, parce qu'ils » ne s'allient qu'entre eux ; mais dans le reste du royaume il est » présentement devenu fort beau par le mélange du sang géorgien » et circassien qui est assurément le peuple du monde où la nature « forme les plus belles personnes . » Plus loin (même page) il ajoute : a Sans le mélange dont je viens de parler, les gens de qualité de » Perse seraient les plus laids hommes du monde, car ils sont » originaires de ces pays entre la mer Caspienne et la Ciiine qu'on » appelle la Tartarie, dont les habitants sont les plus laids des » hommes de l'Asie, sont petits et gros, ont les yeux et le nez à la » chinoise, les visages plats et larges et le teint mêlé àe. jaune et de n noîV fort désagréable. » Un contemporain de Chardin, Labrosse, connu sous le nom de Pater Angélus, dans son Gazophylacium linguœ Persarwm, publié à Amsterdam en 168(|, deux iuis avant la première édition du Voyage de Chardin, qui fut imprimé pour la première fois a Londres chez Moses Pitt, en 1686^s'exprime encore plus positivement à ce sujet, car il dit, dans l'article Géorgiens
(\) Pietro délia Valle, qui a été en Perse en même temps que Figueroa, dit aussi (p. 105, 4 06delatrad. franc, de 1663): • Ces hommes-là (les Gaares), presque comme les Persans d'aujourd'hui, sont de taille un peu grossière. »
Z»8 l'ethnographie de la perse.
(p. 136.): « Celle nation n'a d'autre belle qualité quela prestance » et la beauté du corps ; c'est pour cela que bien que, chrétiens du » rite Grec ou Arménien, l'on en conduit une infinité d'esclaves » de l'un et de l'autre sexe en Perse et en Turquie : et de la pro- » vient la beauté des Persans d'aprésent, mais Ton peut voir leur » ancienne figure dans la personne des (Gaures) adorateurs du » feu, qui ne sont guère moins laids qUe des singes. w L'exagération de cette observation a été justement relevée par M. Ouseley, dans le tome m de son Voyage, page 355, note 13; mais les critiques adressées par M. Prichard, dans son Natural History ofMan (1843, p. 171), me paraissent beaucoup moins fondées; et comme le nom de ce savant jouit jusqu'à présent d'une grande autorité, je crois devoir citer son opinion :
« La plus grande partie de la Perse est occupée par des peu- » pies à demi nomades qui parcourent le pays, vivant sous des M tentes et cultivant la terre à l'aide de leurs esclaves et de leurs » serviteurs : ce sont les lliyats ou tribus. Une très-grande partie » d'entre eux ne sont pas de race persane; quelques-uns sont Turcs. » d'autres appartiennent à des bordes Mongbolcs ou Afghanes, » quelques-uns enfin sont des peuples d'origine incertaine. Les » villes et leurs environs sont occupés par des représentants de » la vraie race persane, que partout on appelle Tadjiks et non » pas Persans. Les Tadjiks sont a la vérité un peuple très-connu et » très-répandu en Orient. Ils habilent non-seulement dans les » villes de la Perse, mais aussi dans celles de la Transoxiane et de » toutes les contrées soumises aux Tatares Uzbeks. Quelques-uns » prétendent qu'ils s'étendent jusqu'aux confins de la Chine, ou » au moins jusqu'au Tibet. Sir John Cbardin, le plus rélè!)re de » tous les voyageurs en Perse, s'est fait une idée que l'ancienne » race persane était laide et mal douée, semblable aux IMonghols, » et que la beauté du type, si commun parmi les Persans mo- » dernes, est chez eux un héritage des concubines circassiennes » et géorgiennes. 11 est probable qu'il s'est formé cette opinion
l'ethnographie de la perse. ki
» d'après les Iliyats quil a confondus avec des Persans. » Puis, ayant cité, en original, le passage de Chardin que nous venons de transcrire, il continue : « Fùen ne peut être plus éloigné de la » vérité que la conjecture du digne et vieux voyageur. Il a été » contredit par S. W. Ouseley, qui a démontré que tous les auteurs » anciens qui avaient l'occasion de toucher ce sujet parlent una- » nimement des Persans et des Mèdes comme d'une race remar- » quablement bien faite et belle. Ils disent que ces peuples excel- » laient yJXlzi -/.vX u^ôyéhci, en beauté et en conformation, et Ammien » Marcellin parle de la Perse comme d'une contrée c< iibi fœmina- » rum pulchritudo excellit^K Nous trouvons une confirmation par- » faite, et qui ne laisse rien à désirer sous le rapport de l'évidence, » dans les nombreuses sculptures des monuments persans d'Is- » takhr et de Hamadan, ou de Persépolis et dEcbatane, et dans » d'autres localités. Les figures n'ont pas précisément une forme » grecque, car elle a quelque chose de particulier, mais elles sont » nobles et dignes; et si l'expression n'est pas pleine de vie et » de génie, elle est tout au moins intelligente et indique des êtres » qui réfléchissent. La formation de la tête est entièrement indo- » européenne, et n'a rien qui rappelle les Tatares et les Monghols. » La figure ci-jointe présente un spécimen exact de l'ancienne » physionomie médo-persane. C'est une gravure donnée par » M. Morier comme échantillon du type des figures reproduites » sur tous les restes de l'ancienne sculpture persane.
» Les Tadjiks modernes, ovi les Persans proprement dits, » appelés par les Turcs iv?/2z76acAs, sont très-connus comme un )) peuple remarquablement beau, ayant des traits réguliers, des » faces longues et ovales, des sourcils noirs et bien dessinés, et de » grands yeux noirs semblables a ceux d'une gazelle, ce qui, parmi » les Orientaux, est considéré comme la plus grande beauté.
» 11 y a plusieurs races, habitant les contrées situées vers les » limites de l'ancien Iran, qui n'appartiennent pas aux Persans » proprement dits, mais qui sont plus rapprochées de ces der-
» niers cfue d'aucMiit autre grande nation de l'Asie. Je crois qu'il u faut les rapporter a la naliou aryenne. Ce senties Afghans, les » Kurdes, les Beloudjs, les Brahouis, les llaikans ou Arméniens, » et enfin les Osséthiens. »
Malgré tout mon respect pour les grands services rendus par Prichard a l'ethnographie, je ne puis cacher cjue, dans ce passage de son ouvrage, il fait preuve d'une légèreté inconcevable et qui, heureuseinenl,lui est peu liabituellc. Je ne parlerai pas de l'inexactitude de ses observations préliminaires, telles que : « La plus » grande partie de la po|)ulalion esl a demi nomade j les Tadjiks » occupr-ntles villes de la Perse ; les Turcs leur donnent le nom de » K)zilbachs,etc. » ; mais je m'arrêterai surtout aux observations qu'il adresse ii Chardin. Je commencerai par faire remarquer que, quoiqu'il le cite textuellement, il est évident qu'il ne l'a pas compris, car : 1° Il dit que Chardin a confondu les anciens Persans avec quelques Uiyats, ce qui serait impossible s'il avait bien saisi le sens du passage qu'il cite, et où Chardin parle exchisivement des Guèbres et des habitants des provinces de la Perse les plus proches de 1 Inde. 2 Prichard afllrme que Chardin prétend que l'ancienne race persane ressemblait aux Alonghols, tandis que Chardin ne parle que de gens de qualité^ c'est-à-dire de la cour, qui, de son temps, a été principalement composée de Turcs, chefs des tribus du nord de la Perse, qui ont les premiers reconnu la royauté des Séféviclcs. Prichard est aussi inexact en disant que Cliardin est contredit cmitradicled) par M. Ouseley ; loi" de la, le voyageur anglais dit dans la i>ole que j'ai citée ■ « Chardin has given a more » jiist. rjel in mt/ ojmrinn not .mffxc'iently favoitrahle accouni, oftheir » (the Gfihrs porsounl appearnnce. n C'est-à-dire : «« Chardin est » plus juste en parlant de leur extérieur, quoique lui aussi, selon )) mon opinion, ne s'exprime pas d'une maniJ're suffisamment » favorable au sujet de leurs traits. » Dans le texte de l'ouvrage, nous lisons : « Je ne puis pas affirmer, mais nous pouvons supposer avec raison que leurs ancêtres ''des Guèbres i étaient généralement
l'ethnographie de la perse. 51
beaux. » Je n'aurais pas attaché tant d'importance a relever les légères inadvertances d'un savant aussi distingué que Prichard s'il s'était arrêté à cela; mais je considère comme préjudiciable à la science l'argument qu'il déclare victorieux contre l'exacte observation de Chardin, et qu'il prétejid trouver dans les sculptures des monuments anciens de la Perse. Celte objection, trèssérieuse, sans le moindre doute, si elle était exacte, ne me paraît pas telle, et voici mes raisons.
Déjà la mention de Hamadan ou d'Ecbatane parmi les endroits qui contiennent des monuments de l'ancienne Fevseaavec de nombreuses sculptures », montre que Prichard a écrit ce passage à la hâte, se guidant par quelques vagues souvenirs de ses lectures étendues, car précisément a Hamadan il n'y a pas une seule sculpture de figure humaine sur les monuments des temps anciens. J'en parle f/e uiiw, étant resté plusieurs semaines dans cette ville, spécialement pour l'étudier sous le rapport archéologique. Puis, il cite une figure quelconque qu'il suppose bien représenter le lype médo-persan, sans expliquer, d'aucune façon, pourquoi il y reconnaît un portait si fidèle d'une race mixte si peu connue. 11 ne fait pas non plus attention à ce que la plupart des figures sculptées sur les monuments des Achéménidcs et des Sassanides représentent des Persans occidentaux • car ce n'est qu'à l'occident de la Perse qu'on trouve ces monuments. Par conséquent, envisa'^ées sous un point de vue général, ces sculptures ne peuvent rien prouver contre Chardin, qui ne parle que des populations orientales. D'un autre côté, si Prichard avait pris la peine d'examiner l'ensemble des sujets traités par les sculpteurs persans dans les bas-reliefs des monuments de la Perse antique, il aurait vu que parmi cette masse de figures, ou l'ethnographie n'a presque rien à faire, car nous ne connaissons pas la nationalité des individus qu'ils reproduisent, il y en a quelques-unes qui, par leur caractère déterminé, ont un intérêt tout spécial pour ce genre de recherches et que celles-là surtout sont bien loin de contredire l'observation
de Chardin. Ainsi, je citerai trois sciiljitiires que je me propose d'examiner en détail. La première est le bas-relief monumental du sommet du rocher de Bissitoun, oîi Darius, suivi de deux serviteurs, est représenté foulant aux pieds le mage Gaumata, et adressant des reproches aux captifs, tels que : Atrina, roi de la Susiane; >adi-Tabira, roi de Babylone; Fravarti, roi de la Médie ; Martia, roi delà Suanc; Citrakama, roi de Sagartiej Yahyazdata,pseudo- Bardia, fils de Cyrus; Arakha, roi de Babylonc ; Frada, roi de la ^ïargiane, et enfin Çakouka. le Sace. Ces figures sont d'autant plus instructives, qu'il est impossible de les confondre l'une avec l'autre, chacune d'elles étant interprétée par une légende bien lisible et bien déchiffrée.
Le second sujet intéressant pour l'ethnographie est le triomphe de Sapor sur Valérien, empereur des Romains, en 260 de notre ère, conservé sur un rocher de Darabguird. Ici, non-seulement nous avons le moyen de confronter des types de Persans avec ceux des Ptomains, bien connus, mais nous pouvons, en quelque sorte, contrôler l'exactitude des artistes iraniens du ui' siècle de notre ôro, en comparant leur reproduction de la figure de l'empereur prisonnier avec son effigie conservée sur les médailles des dernières années de son règne.
Enfin, le troisième bas-relief que je me propose d'examiner est celui de Chapour, dans lequel M. Ouseley croit, avec assez de probabilité, reconnaître la commémoration de la remise des présents envoyés 'a Sapor par Odenalh, mari de Zénobie, reine de Palmyre.
Mais, pour analyser avec utilité ces anciens documents ethno- "^raphiques, nous devons établir, aussi solidement que les faits connus nous le permettent, le caractère primitif de la forme de la tcle de la race iranienne, (iràce aux mesures exactes rapportées de la Perse par le commandant Uuhoussct, et publiées par lui dans un mémoire intitulé : « Éludes sur les populations de la Perse ï), qui a paru il y a quelque temps dans la Revue orientale et américaine, nous espérons pouvoir prouver par des chiflres que
l'ethnographie de la perse. 53
l'assertion de Chardin, disant qu'il existe une différence entre les Persans orientaux et ceux des provinces occidentales de l'empire, est vraie, et qu'elle formule un fait ethnographique assez important. Nous ne donnerons ici que les moyennes des mesures prises par M. Duhousset sur des têtes dhommes vivants^ mais dans la note (A) nous exposerons tous les faits sur lesquels ces déductions seront basées, de même que les résultats de nos propres recherches sur les crânes des Persans.
Comme introduction a cette étude, et pour ne pas laisser d'incertitude, ni sur la valeur, ni sur le sens que je lui attribue , je citerai quelques mots de lavant-propos d'un mémoire trèsimportant de M. le professeur Alexandre Ecker, imprimé à Fribourg en 1863, sous le titre de : Crania Germaniœ meridionalis occidentalis. Le savant anatomiste dit : « Le temps n'est pas » éloigné oii l'on considérait comme presque identiques les formes » des différents membres de la race dite caucasienne; pour le » moins on les croyait si peu différents entre eux qu'on ne s'ar- » rêtait pas li rechercher les petites dissemblances qu'on pouva.it y )^ constater par un examen attentif. C'est à Iletzius, sans contredit, » qu'on est redevable d'avoir signalé les différences des formes w crâniennes des peuples européens, il a formulé ces différences » par des indications assez courtes, et peut-être étaient-elles trop » abrégées. Maintenant l'existence de ces différences, et leur im- » portance pour l'ethnographie et pour l'histoire, sont admises sans » contestation. C'est surtout cette dernière application qui paraît » être féconde en résultats, et la partie de l'anthropologie physique » que l'on commence à désigner par le nom d'anthropologie histo- » rique, sera considérée à l'avenir, non-seulement comme une » sœur légitime des autres sciences accessoires de l'histoire, mais » peut-être même comme sa partie la plus importante... Dans les » recherches anthropologiques, il faut se garder, plus que partout M ailleurs, de généralisations hâtives et de déductions hasardées. » il est fort a désirer que l'anatomiste qui s'aventure sur le
54 l'eth>ographie de la perse.
» terrain des recherches historiques double la dose des précautions » ordinaires indispensables k tout naturaliste, cl qu'il se tienne ri- » goureusement dans les limites de sa compétence. Tout homme qui » s'est occupé de pareilles recherches, aura reconnu que, pendant » cette élude, il s'est trouvé sous l'influence d'impressions Irès-di- » verses. Au commencenvent,oii Tonne dispose que d'un petit nom- » bre de faits, on croit bien vite être en présence de lois certaines ; » mais aussitôt que les exceptions s'accumulent, on entre dans » uof période de découragement, on est même porté à perdre M tout espoir d'obtenir des résultats sérieux, et l'on est tenté » d'abandonner cette recherche comme inutile. ]\Jais si l'on per- » sévère, si le nombre de faits s'agrandit, Ihorizon visuel de » l'investigateur s'élargit aussi; on obtient quelques points fixes » dans le vacillant océan des variations, et enfin des types déter- » minés commencent h se dessiner. Us ne sont pas, il est vrai, » aussi précis qu'ils paraissaient l'être au début, mais toutefois ils » sont assez bien définis pour qu'on puisse leur reconnaître » le droit de représenter des nationalités distinctes. »
Les observations du .savant professeur que je viens de citer sont, sans contredit, parfaitement exactes; mais je ne crois pas que les impressions diverses par lesquelles il fait passer lecràniologisle soient exclusivement inhérentes aux recherches anthropologiques. H me semble que toutes les sciences physi(pies se trouvent dans le même cas. Est-ce qu'un physicien ne risque pas de formuler trop hâtivement une loi de la nature, en la basant sur l'observation d'un nombre restreint de phénomènes, où les perturbations ne se sont pas clairement manifestées? Les imperfections de ses méthodes expérimentales, de même que l'exiguïté des faits observés, lui sont également fatales. Les fameuses lois de Alariotte, de Gay-Lussac,dc l)alton,deRudberg, etc., qui ont disparu ou ont été réduites à leur juste valeur par la pénétration de M. Kegnault, Magnus et autres, en font foi. Seulement, il y a une différence entre ces deux genres de recherches, et cette ditlércnce me parait être
l'ethnographie de la perse. 55
tout en faveur de l'anthropologiste, Piien n'avertit le physicien qu'il se trompe, si l'ensemble des faits qu'il croit avoir bien observés le porte a faire admettre une loi générale; l'anthropologiste, au contraire, est sûr de se heurter contre un non -sens historique chaque fois qu'il énonce une loi impossible, ou même seulement douteuse. Pour que sa conclusion soit admise comme très-probable ou certaine, elle doit subir l'épreuve de l'histoire.
Retzius, dans un mémoire d'un grand mérite, publié dans le Mullers Archiv fiir Anatomie iind Physiologie ipour V année 1858, sous le titre : Coiip d'œil sur l'état actuel de f ethnologie, basée sur la boite osseuse crânienne, dit^p. 100) que «le plus grand nombre des » peuples de l'Europe occidentale sont dolichocéphales, et qu'au n contraire les brachycéphales prédominent sur d'immenses » étendues de l'Europe orientale. » Puis, passant à l'examen des races asiatiques, il constate^^armi les peuples de l'Asie, l'existence de ces deux formes de crânes, et donne (p. 112) la liste des dolichocéphales asiatiques, classe formée, selon lui, par les Hindous, les Persans .iryens, les Arabes et les Juifs, quatre peuples qui sont en même temps orlhognalhes, tandis que les Tunguses et les Chinois sont dolichocéphales, mais prognathes. Parmi les brachycéphales de rAsie(p.ll4), il place comme orthognathes,les Ougres, avec les Samoyèdes, les Yakoutes, etc., les Turcs et les Circassiens; et parmi les prognathes de la même classe, il nomme les Turcomans, les Afghans, les Laskars, les Tartares et les Tartares Mandchoux, les Monghols et les « Indian Mongolidœ » de Latham. Ces renseignements, quoique puisés à une source abondante en informations exactes, nous fournissent le moven d'appliquer immédiatement la règle que je viens de poser sur la vérification des classifications anthropologiques au moven de l'histoire. Personne n'ignore que l'Afghanistan a subi de tout temps plutôt l'influence indienne et persane que celles des races turques et mongholes, quoiqu'il ait absorbé quelques peuplades touraniennes. Ainsi, il doit paraître peu probable qu'au Heu d'avoir
56 l'ethnographie de la perse.
une place intermédiaire entre les Hindous et les Aryens, les Afghans \iennent se placer entre les Turcomans et les Monghols, et qu'ils soient non-seulement brachycéphales comme ces derniers, mais même prognathes. Nous allons voir aussi que ce fait est inexact, et probablement le savant auteur l'a admis non d'après des mesures prises sur des crânes afghans, assez rares dans les collections crâniologiques de l'Europe , mais d'après quelques observations ihexactes des voyageurs. Les crânes persans n'ont pas été non plus très-abondants dans les IMusées anatomiques : le Muséum d'histoire naturelle de Paris , par exemple, n'en possédait, il n'y a pas longtemps, qu'un de plâtre, offert a ce célèbre étabUssement scientifique par M. Retzius, et inscrit au Catalogue sous le n° 1301. L'ayant examiné à loisir, grâce à l'intervention obhgeante de M. Malte-lirun et à la complaisance de M. le docteur Emmanuel Rousseau, conservateur des galeries d'anatomie, je crains que ce plâtre ne soit une reproduction du crâne pseudo -persan de la collection Blumcnbach ii Gœtlingue, que M. de Bacr a prouvé avoir été envoyé à l'illustre anatomistc par le botaniste Marchai de Biberslcin, des provinces persanes du Caucase, notamment de la vallée du Kour ou Cyrus, peuplée exclusivement par des Tartares de l'Aderbeidjan (voy. Bulldei'Acad. de Saint-Pélersbourg, 1859, tome l, n" 21, p. 342 et Uh). Cette rareté des crânes persans a engagé INI. Baer à m'écrire à ce sujet pendant mon voyage au Khorassan. J'ai reçu la lettre du savant physiologiste h Kirman, dans l'un des centres de la population guèbrc, et je me suis empressé de satisfaire à sa demande. Or, comme le Dakhmeh.ow cimetière guèbrc, n'était pas éloigné de la ville, et que mes serviteurs musulmans ne croyaient pas commettre une profanation en me procurant des crânes d'infidèles, j'ai pu envoyer à l'Académie de Saint-Pétersbourg deux crânes de Guèbres de Kirman et irois Je Yezd. Conformément au désir exprimé par M. de Qualrefages, les moulages en plâtre de ces crânes ont été offerts par le Musée crâ-
l'ethnographie de la perse. 57
niologique de Saint-Pétersbourg au Muséum d'histoire naturelle. Voici ce que M. de Baer dit dans son mémoire inséré dans le Bulletin scientifique déjà mentionné : « Les études philolo- » giques qui ont bien devancé les observations exactes de l'eth- » nographie physique, ont, comme on sait, prouvé jusqu'à l'évi- » dence que les langues européennes, a l'exclusion du finnois » et de quelques autres peu nombreuses, sont d'une origine com- » mune avec le persan, le sanscrit et quelques langues vivantes » de l'Inde. On a appelé cette classe de langues indo-germanique, » ou plutôt indo-européenne. 11 était donc tout simple d'admettre » que les idiomes européens de cette classe se sont répandus en » Europe par des immigrations de peuples venant d'Asie, et cette n hypothèse s'est trouvée conforme avec les plus anciennes tradi- » tions qui nous ont été conservées par l'histoire. Néanmoins une » preuve anthropologique, et surtout crâniologique de ce fait. j) manquait complètement. En efl'et dans les nouveaux travaux des » Américains sur les races humaines, on soutient que toutes les » grandes souches des populations oat habité, depuis l'apparition » du genre humain, les pays où on les trouve maintenant. Celle « assertion devait paraître d'autant plus étrange, qu'elle venait » de la part des Anglo-Américains, émigrés en masse dans des » temps modernes. Le crâne type de 1 Hindou est, il est vrai^ >j long comme le sont presque tous les crânes européens occiden- » taux de notre temps, mais il est petit et chétif; son occiput est w bombé et les tempes sont très-accentuées. Le crâne celtique tel » qu'on le trouve dans les tombeaux de la France moyenne et dans » le nord delà Grande-Bretagne, et qui se rencontre encore h pré- « sent parmi ies vivants, a, il est vrai, quelque analogie avec le » crâne hindou, mais il est plus grand et plus arrondi dans tous « les sens. Je me suis convaincu, pendant mon dernier voyage en » Allemagne, que les crânes de l'Allemagne centrale, notamment » ceux du Mecklembourg, contemporains de la période de bronze, » formaient une moyenne entre les deux. Mais, au contraire, la
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68 l'ethnographie de la pebse.
» forme germanique semblait s'opposer h êlre ramenée à la forme « hindoue, car dans les pins anciens tombeaux, qu'on a tout lieu » de considérer comme germaniques, les boîtes osseuses du cer- » veau sont beaucoup plus amples, surtout dans la partie frontale, » et l'occiput est beaucoup plus plat. Les crânes persans ont été » jusqu'à présent très-rares en Europe, mais ceux (ju'on possédait » comme tels s'éloignaient encore plus de la forme germanique. » Puis, ayant raconté comment il s'est convaincu que le crâne de la collection iîlumenbach était talare, et ayant mentionné l'envoi des cinq crânes guèbres, l'illustre savant continue en parlant des crânes de Yezd : '( Ces derniers peuvent très-bien être considérés » comme des prototypes du crâne germanique, ou bien de celui » de la tête gréco-romaine, si l'on accepte un développement du » front avec les progrès de la civilisation. Il est vrai que ces » crânes sont plus rapprochés du type hindou que ne le sont les » formes des crânes européens; mais néanmoins ils en sont si » éloignes, qu'il paraît que le type indien n'est pas une forme ori- » ginale et primitive, mais bien une déviation de cette forme » première dans un certain sens. »
Je suis heureux de pouvoir dire que mes recherches, comme on va le voir, coïncident parfaitement avec les conclusions tirées par l'illuslre ])hysiologistc de Pétersbourg, de l'examen de ces cinq crânes. Dans la table ci-jointe, où, je le répète, je n'ai inséré que les moyennes des mesures de M. Duhousset, on trouvera l'indication de la dimension de la longueur, de la largeur et de la hauteur de la lêle. Je considère comme longueur le diamètre anléro-postéricur, c'est-a-diro la dislance recliligne entre la glabelle et la partie proéminente de l'occipital; la largeur représente la plus grande distance entre les temporaux, et la hauteur est la distance entre le trou de l'oreille et le point culminant de l'os pariétal. Les rai)])orts de 1 : 11, de l ; 111 et de 11 . III, sont des quotients de la division de la longueur par la largeur et par la hauteur, et delà largeur par la hauteur. Les nations sont rangées
d'après l'ordre et la longueur de la tête, et toutes les mesures sont exprimées en millimètres :
NATIONS (1
Guèbres
Hindous
Afghans
Ghilaniens et Mazandéraniens
Kurdes
Bakhtiarys
LON- GUEUR.
LAR- GEUR.