‹ Mémoire sur l'ethnographie de la PerseChapitre 7 sur 21 · DE LA TÈTE · texte numérisé non relu

DE LA TÈTE

DEMI-CIRCONFÉ- ■httfX VERTICALE.

Guèbres

Hindous

Afghans .

Ghilaniens et Mazandéraniens. .

Kurdes

Bakhliarys

Ces chifires, comme il était très-naturel de s'y attendre, ne font que confirmer les résultats obtenus par l'examen de la table précédente, c'est-a-dire que les Guèbres et les Bakhliarys représentent les deux points extrêmes des variations de la forme du crâne. Mais il n'y a rien a en induire de plus; car, comme on le verra dans la note A, ces résultats sont basés sur un trop petit nombre d'observations, pour qu'on puisse les considérer comme suffisamment stables.

Nous passerons donc h l'examen de la question de savoir si les plus anciens documents ethnograpbiques nous donnent le droit de considérer les populations orientales de l'empire persan comme distinctes par la forme de leur crâne des habitants des provinces occidentales, et si leurs types se rapprochent de celui que nous sommes convenu de considérer comme primitif.

La plus ancienne mention écrite que nous possédions sur les crânes persans est celle d'Hérodote, dans le livre III, chap. xii de son Histoire. .Malheureusement elle est très-peu instructive^ néanmoins je veux la citer, ne fîit-ce que pour la conjmenter autrement qu'on ne l'a fait jusqu'à présent. L'historien grec, parlant de Péluse, dit (trad. de Giguet, p. iOO) : a J'ai vu là une chose très-sur- » prenante (jue les habitants m'ont signalée. Les ossements de ceux » qui de chaque côté sont morts dans ce combat gisent séparés, ceux

€i l'ethnographie de la perse.

« des Perses d'une part, ceux des Égyptiens de l'autre}, k la même » distance qu'avant de se prendre corps a corps, et les crânes des » Perses sontsi faibles, que si tu veux les frapper avec un^seul petit » caillou, tu les perces; ceux des Égyptiens, au contraire, sontsi » durs, que tu les romprais difficilement en les heurtant avec une » grosse pierre. Ils m'en ont donné le motif, et je n'ai pas eu de » peine a les croire : c'est que les Egyptiens commencent tout » enfants a se raser la tête, et que leur crâne s'épaissit par l'action » du soleil. La même cause conserve leur chevelure; en efl'et, » nulle part on ne verrait si peu de chauves qu'en Egypte. A oilk » donc pourquoi leur crâne est si dur. Celui des Perses, au con- » traire, n'a point de force, parce qu'ils se tiennent a l'ombre dès » leur jeune âge, en portant des tiares de laine foulée. J'ai vu ce.s » choses comme elles sont, et j'ai fait la même remarque ii Papré- » mis, sur ceux qui, avec Achmène, fils de Darius, ont été tues par » Inare le Libyen. »

Ce passage a été vivement attaqué [)ar quelques-uns conmie physiquement impossible ; d'autres, non-seulement y ont vu un fait réel, mais croyaient pouvoir affirmer qu'il existe jusiju'à nos jours chez les Guèbres, de manière que M. \Vestergard, en passant par Yezd, s'est donné la peine de le vérifier. (Voy. Letter from prof. W. totlie rec. D' Wilson xvritlen in 18^3, in Journ. As. ofGr. Bril. anc/Zr., t. VIII, 1840, p. 350.; Le savant philologue visita le dakhma des Guèbres, frappa quelques crânes pour voir s'ils résisteraient ù ces chocs, et s'étant convaincu de leur solidité, conseilla de mentionner ce fait dans une nouvelle édition de Ilyde, si on la faii jamais. Je crois que les uns comme les autres ont tort. ÎNier le fait, après trois assertions positives d'Hérodote, qui la vu lui-même près de Péluse et h Paprémis, dans la basse Egypte occidentale, c'est vouloir mettre en doute toute sa relation, où rarcmrnt il est plus affirmatif ; mais il me semble qu'on n'a pas besoin d'aller si loin. Le fait qu'il elle ne prouve selon moi qu'une chose, c'est que le squelette des Persans, formé sous l'inllucnce d'un climat

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très-sec, résiste moins que celui desÉgyptiens a l'humidité de l'air du delta du Nil.

Hérodote est né en /j8/| avant Jé^us-Christ j la bataille dont il parle a eu lieu en 525, donc quarante et un ans avant sa naissance. Les ossements qu'il a examinés ne pouvaient guère avoir été exposés à l'air moins de soixante-dix ans : donc il n'y a rien d'étonnant que, sous l'influence d'un climat très-différent de celui de la Perse, ils se soient plus vite détériorés que ceux des Égyptiens, tout en ayant presque la même épaisseur. Je donne cette explication, sous toute réserve, comme une hypothèse, car je ne puis Télayer d'aucune observation directe. Le professeur Welcker, dans son ouvrage intitulé Untersuchungen ûber W achsthiimund Bau desMcn- 5c/iZic/ien5c/?ae£/e/5, p. 28, ci te quelques expériences qu'il a faites sur des déformations éprouvées par le crâne après une immersion de trois jours dans l'eau, et qui sont en moyenne de 0'°,0/i, pour le diamètre antéro-postérieur, de 0'°,07 pour le diamètre de largeur, et de 0™,07 pour la hauteur. Ces chiffres moyens changent pour des crânes d'individus de différents âges ; mais néanmoins l'application immédiate de ce fait h l'explication du phénomène observé par Hérodote ne serait pas strictement rigoureuse. Toutefois, comme nous savons en général que la nature ne donne à l'individu créé que juste ce qu'il lui faut pour vivre dans le milieu pour lequel elle îe destine, nous pouvons admettre qu'elle ne fait pas d'exception spéciale pour le squelette de l'homme. Pour terminer cette digression, j'observerai que la remarque qu'Hérodote fait sur la tiare en feutre portée par les Persans me paraît plus intéressante, car, jusqu'à nos jours, les paysans du Kirman et du Séistan ont gardé cette coiffure, remplacée dans toutes les autres provinces de la Perse par un bonnet ayant a peu près la même Jforme, mais fait de peau d'agneau.

Les- sculptures de Bisitoun ou de Behistoun forment le second vm. 9

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document contemporain de l'histoire d'Hérodote. Mais, avant de les analyser, j'examinerai le degré de confiance que méritent les œuvres des artistes persans, quand ils reproduisent d'autres types que les leurs. A la rigueur, les tableaux qui ornent les murs des palais d'ispahan, de Téhéran, et la galerie des toiles peintes au palais du Vali à Sinna, dans le Kurdistan méridional, nous suffiraient pour prouver que sans être d'une exactitude parfaitement rigoureuse, les artistes iraniens reproduisent, jusqu'à nos jours, assez bien le type des nations qu'ils veulent représenter. Mais j'aime mieux comparer les sculptures du règne de Darius, sinon avec des œuvres d'art de la même époque et d'un mérite incontestable, ce qui n'est pas possible, du moins avec des bas-reliefs du temps de Sapor, sculptures d'une époque assez éloignée de la nôtre pour nous donner le droit d'appliquer les conclusions résultant de cette comparaison aux œuvres d'art de l'ère achéménide.

Nous avons déjh mentionné l'immense bas-relief si exactement copié par M. Flandin à Darabguird, et qui représente le triomphe de Sapor sur Valérien père, en 2G0 de Jésus-Christ. Dans ce basrelief, long de 2"°, 10, et haut de 5"',û0, la figure du roi sassanide occupe le milieu du cadre, et prend avec son cheval et les bandclclles de sa coiffure flottante au vent, un peu plus d'un tiers de toute la surface sculptée. Devant lui sont placés vingt-six prisonniers romains, précédés de l'empereur captif, sur la tête duquel Sapor étend la main en signe de protection. Derrière le roi, on voit quatre rangs de serviteurs persans, échelonnés les uns au-dessus des autres. Le premier rang contient cinq figures coiffées de casques arrondis par le haut j le second est composé aussi de cinq guerriers, dont deux imberbes, et tous coiffés de casques au cimier recourbé. Au-dessus de ce groupe, on voit quatre vieillards nu-têtes, dominés par quatre autres figures, dont trois sont coiffées de casques et la dernière nu-tête. Dans la description historique des monnaies frappées

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SOUS l'empire romain, publiée par H. Cohen, en 1860, chez RoUin, et (iont les planches sont exécutées avec une grande fidélité , les numéros XV et XVI reproduisent les monnaies de Valérien. Son profil est figuré avec un front assez bas, le nez modérément long et légèrement arqué, la maxillaire supérieure très-haute, la lèvre inférieure assez épaisse, l'œil plutôt petit que grand, et le cou large. Toutes ces particularités se retrouvent sur le bas-relief reproduisant la figure de l'empereur captif; seulement il est représenté plus jeune que sur les médailles, et ceci peut-être dans une intention satirique, comme sptibole de l'imprudence qu'il avait montrée en attaquant le puissant roi des Perses. La comparaison des profils romains avec les profils des quatre Persans représentés nu-tête, nous m.ontre que ces derniers avalent des crânes plus longs, moins élevés et plus plats par le haut que ceux des Romains, ce qui, pour les Persans orientaux, est encore incontestablement vrai de nos jours.

Ainsi, de quelque côté que nous examinions ces bas-reliefs, nous ne pouvons refuser aux artistes qui les ont sculptés le mérite de l'exactitude. Or, comme il est notoire qu'a l'époque des Achéménides l'art persan était bien supérieur à celui du temps des Sassanides, il ne sera pas difficile d'accorder a l'exactitude des figures ciselées sur le rocher de Behistoun au moins le même degré de confiance qu'on est porté a accorder a ceux de Darabguird. Ayant décrit avec détaille premier de ces deux monuments, je me bornerai à observer ici que sans compter la tête du roi, ornée d'une tiare qui cache le contour du crâne, ce bas-relief nous a conservé les figures de deux gardes du roi qui d'après cela doi vent être des Perses occidentaux de la tribu achéménide : en face du roi sont deux sémites de la Mésopotamie ou de la Susianepuis un Mède , un Sagartien, un habitant de la Margiane, un Saco, un mage, un Arménien et deux Perses non Aché-

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ménides. Le Sace , ou plus exactement le Sake, est coiffé, il est vrai; mais sonnez plal et ses petits yeux nous rappellent si bien les traits d'un Kai-sake, ou Khirguise de nos jours, que j'ai cru devoir reproduire sa tête avec celles des autres que j emprunte aussi à l'ouvrage de M. Flandin.

Commençons par examiner, dans cette véritable galerie ethnographique, les têtes des Persans reproduites sous les n" 1, 2, 5, 7, 10 et 12, et rappelons-nous que le n° 5 est un Mède, le n° 7 un Sagartien, et le n" 10 un habitant de la Margiane.

La Médie, placée par Hérodote dans le dixième nome avec Ecbatane, appartient évidemment à la Perse occidentale. l^aSagartie, nom qui ne correspond, autant que je sache, à aucun nom moderne, doit être placée dans la Perse orientale; car les Sagartiens sont mentionnés par Hérodote comme j)ayant leur tribut dans le quatorzième nome avec les Zarangiieset les Thamanécns,

habitants de Séistan et du Khorassan oriental. Quant aux Margiens, tous les commentateurs des anciens géographes s'accordent a les placer dans le Khorassan, où ils correspondent à la province de Merw. Ainsi donc les numéros 1, 2 et 12 représenteront pour nousies Persans du Farsistan actuel, le n° 5 un habitant de l'Aderbeidjan, len° 7, un Khorassanien du sud-est, et le n^S, un Khorassanien du nord-est. Il serait inutile de vouloir prendre sur ces bas-reliefs quelques mensurations pour rechercher les rapports existant entre les diamètres de leurs têtes ; néanmoins l'étude de ces sculptures me paraît instructive. Elle prouve qu'au fur et à mesure que nous nous éloignons vers l'est, l'ovale de la tête, si parfait chez les serviteurs de Darius, et même assez prononcé chez le mage, descendant des Mèdes, se déforme. Le haut du crâne s'aplatit, la base du nez se détend, l'œil, sans rien perdre de sa dimension, est moins bien fendu : en un mot, nous constatons sur les figures de ces bas-reliefs la même variation dans les traits du visage et dans la conformation de la tête que nous présente encore maintenant le type du Persan de Hérat ou du Guèbre, comparé à celui du Persan de Chiraz ou d'Ispahan. Seulement si l'on pouvait se permettre de formuler une conclusion sur le témoignage d'un fait isolé, on serait tenté de croire qu'a l'époque de Darius ces traits grossiers du Perse primitif s'étendaient beaucoup plus a l'ouest que de notre temps, car le n° 9, représentant l'Arménien Arakha qui s'empara de Babylone, a une tête longue et plate par le haut, forme que les Arméniens de nos jours ont presque entièrement perdue par leur croisement continuel avec les Sémites, les Turcs et les Persans occidentaux. En considérant que MartiyLi, n" G, et Vahyazdata, n" 8, très-ressemblants aux Iraniens orientaux , sont désignés, dans la grande inscription deBisitoun, comme étant Perses, on serait tenté d'admettre que du temps de Darius, même parmi les sujets occiden-

70 l'ethnographie D£ la perse.

taux de ce roi, il y avait encore beaucoup d'individus reproduisant le type primitif de leur race, et qu'à cette époque la forme primordiale <\g la nation iranienne ne s'était considérablement modifiée que chez les Achéménides.

Ainsi, non-seulement les anciens bas-reliefs persans ne contredisent pas l'observation ingénieuse de Chardin, mais iU la confirment d'une manière éclatante.

Avant de parler des bas-reliefs de Chapour,et pour donner une idée de la conformation du crâne des nations sémitiques, je présenterai les résultats des mensurations que j'ai pu faire sur des ::rânes arabes et juifs , appartenant 'a la belle collection du Muséum d'histoire naturelle du Jardin des Plantes (1).

(I) Pendant l'impression de ce travail, M. Pruner-Bey a publié, dans les mémoires de la Société dAnlhropologie de Paris (t. II, fasc. 4, p. 447 à 452), ses importantes recherches sur les dimensions des crânes, cérébral et facial, des diSerenies races humaines. Les Sémites Bgarenl naturellement parmi les nalioDii examinées par U célèbre anthropologisle , tt j'emprunterai à son mémoire, intitulé Ré$ulials de craniométrie », quelques chiffres qui caractérisent la forme de la boite osseuse du crâne sémitique.

DUMETRES ET COURBES MSaCRÉS

Nunibre de crânes ....

Diam. ul.-pofUTieur . . .

— vcrticïl

— frontal inférieur . .

— — (vpérieur. .

— bi -temporal

— bi-auriculaire. . . .

— Ui-pariétal

— bi-masloidicn. . . .

Cirr. horitonlale

Courbe \ert. bi-auriculaire.

— antcro-pustcr.

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