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systèmes fibreux et synovial des articulations , et dans les muscles, il n’est pas étonnant qu'elle ait été regardée comme un rhumatisme aigu. La nature et la persistance des douleurs, la facilité des rechutes, l'augmentation des symptômes, suivant l’état d'humidité ou de frafcheur de l'atmosphère, semblent légitimer cette classification ; aussi c'est celle qui a été adoptée généralement à l'île de Cuba, et dans les autres Antilles.
. V. Peut-on admettre que le Deugué ou lel Colorado ait eu un caracq tère contagieux à Curacao et à la Havane. et u’il ait été ensuite importé (e] ô 2 q 74 par la voie du commerce dans les Antilles > et jusques sur le continent européen ?
En remontant à l'origine de cette maladie et à son introduction à la Havane, par les équipages de l’escadre de l'amiral Laborde, il est impossible de nier la contagion. Le premier individu qui a été atteint du Deugue avait logé à terre, à Curacao; le second malade a étéun autre officier du même bord, et successivement la maladie s'est propagée parmi les équipages et les matelots, après le départ de l’escadre et en pleive mer, augmentant chaque jour d'intensité. Certainement c’est bien là la marche et les indices d’une maladie contagieuse. Sa prompte dissémination parmi les habitants de la Havane, peu de temps après l’arrivée de l’escadre, ne laisse aucun doute sur ce point, ainsi que la facilité avec laquelle elle s’est répandue dans toutes les îles espagnoles, françaises, anglaises, et jusques sur le continent du Nord américain.
En général cette maladie a toujours conservé son caractère de bénignité, excepté à la Jamaïque où elle a fait de nombreuses victimes, parce qu'on a voulu la
combattre avec une médecine beaucoup trop confortable.
Il serait sans doute inutile d’insister davantage pour établir la Contagion de cette maladie, en démontrant que les causes atmosphériques et locales qui l'ont fait naître à Curaçao, ne sont point celles qui l'ont produite à la Havane; qui ont concouru à l'aggraver et à la compliquer avec la scarlatine. Le commerce et la navigation peuvent seuls nous expliquer la rapidité de sa communication avec son caractère distinctif, dans tant de contrées différentes par la nature de leur sol et de leur climat.
Quant à son introduction sur le territoire français, elle s'explique très bien, par les relations que Marseille, Bordeaux et le Havre ont avec nos colonies. Cette maladie a été générale à la Martinique et à la Guadeloupe. Tous les bâtiments qui y ont abordé en ont été atteints, mais pour l'ordinaire d’une manière très bénigne, et quelques jours ont suffi pour amener la guérison. Dans quelques cas seulement, le gonflement et la roideur des articulations ont persisté plus ou moins de temps; et on a vu des capitaines, de retour du Havre après un Premier voyage, la rapporter à la Martinique. Quel obstacle a donc pu s'opposer à ce que la maladie des îles ait été transportée du Havre jusqu’à Paris, par la navigation de la Seine ou par toute autre voie? Pour corroborer cetie opinion , je n’ai qu'à donner ici la description de l’épidémie de Paris , et en la comparant à celle de la Havane analysée ci-dessus, on pourra juger jusqu'à quel point ces deux épidémies se ressemblent, Je crois rendre au réste ce tableau plus complet, en joignant ici quelques observations que j'ai recueillies à Marseille et qui tendent toutes à démontrer de plus en plus leur origine commune par la similitude de leurs symptômes.
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$. VE. Description succincte de l'épidémie de Paris, d'après les Notices publiées par MM. les docteurs François , Chomel, Bayle et Genest. Ces auteurs s'accordent tous à faire remonter l'apparition de cette maladie à Paris, aux mois de mai et de juin 1828. Les premiers malades furent observés dans la rue des Petits-Augustins et les rues voisines, parmi les hommes de la classe ouvrière et la plus pauvre. Elle s'étendit ensuite dans la Cité, dans le quartier de l'Observatoire, de l'Hôtel-de-Ville, et surtout dans tous les quartiers papuleux, attaquant de préférence les pauvres, quoique les riches n'en fussent pas toujours exempts. Mais c’est dans différentes casernés et à l'infirmerie de Marie-Thérèse qu’elle a principalement régné ‘. Elle a fait pour l'ordinaire peu de victimes.
« L'invasion de cette maladie, nous dit M. le docteur Frânçois , s'est annoncée le plus souvent par un dérangement dans les fonctions digestives; par des fourmillements, de l’engourdissement, des élancements de la planté des pieds ; ceux-ci et le bas de la jambe prennent une teinte violacée, les douleurs deviennent lancinantes et atroces surtout durant la nuit. Après un certain temps les douleurs se montrent aux hanches, aux lombes, entre les épaules. Lés mains s'engourdissent et ne pouvant plus retenir les objets qu'élles veulent saisir, elles les laissent tomber. Le tact est aboli quoiqu'il y ait une sensibilité très prononcée au bout des doigts; les pieds et les mains semblent enfin dans un véritable état de paralysie. Tantôt les muscles sont dans un état de relàchémert complet, d’autres fois la contraction alterne avec le relâchement. On a vu des malades qui ont subi : Ï] serait important de rechercher si les soldats qui étaient dans les casernes et les malades de cette Infirmerie n’auraïent pas
eu de communication directe avec le Havre ou avéc les hommes arrivés récemment des colonies.
plusieurs desquamations successives de la plante des pieds et de la paume des mains , sans que cela ait apporté de l'amélioration dans leur état. Quand cela arrive, V'épiderme se prolonge sur la partie saillante des ongles, et croît avec eux ; alors leur section devient très douloureuse et il survient quelques gouttes de sang. Plusieurs malades ont eu de la céphalalgie, mais peu intense; quelques uns se sont plaints d'éprouver des soubresauts pendant le sommeil. Chez les malades qu’on a observés, rarement on a pu connaitre un état fébrile bien mar: qué, et quand cela est arrivé ce n'a été que dans la ‘période de la plus grande acuité, On a remarqué que Îes malades ont de l'appétit, digèrent bien, et qu'il ne faut pas leur imposer un régime trop sévère: » :
« C'est à l’hospice Marie-Thérèse, selon M. le professeur Chomel , que beaucoup de malades en furent d'a: bord simultanément atteints. Une fois Fattention éveillée, on rencontra bientôt des malades danses quartiers de l'Observatoire, de l'Hôtel-de-Ville , puis dans tous les quartiers de la capitale. La maladie atteignit principalement les pauvres; les riches cependant n'en furent pas exempts. Les causes de cette affection sont tout-à-fait inconnues , et il reste bien démontré que ni les lieux, ni les aliments , n’ont eu aucune influence sur son développement. Les signes de cette épidémie se divisent'en deux grandes classes, ceux qui ne manquent jamais et ceux qui ne sont qu'accessoires. Les premiers sont d'engourdissement , les fourmillements et des élancements dans les extrémités ; les troubles plus où moins prouoncés dans la sensibilité et dans l’action musculaire ; de 14 des douleurs atroces au moindre atiouchement et ex trême difficulté de marcher. L’épaississement plus ou
® Notice sur l’épidémie régnante à Paris ; Journal général de: é-
decine, novembre 1828.
2 ÉPIDÉMIE moins marqué de l'épiderme, le gonflement inflammatoire des extrémités, le changement de couleur à la peau , l'inflammation plus ou moins prononcée desmem:branes muqueuses, ne sont au contraire que des signes accessoires. La maladie est très longue à guérir, les rechutes sont fréquentes, mais le pronostic en général n'est point grave. » !
D'après la note de M. Bayle sur l’épidémie qui règne à Paris ?, « c'est au mois de juin 1828, qu'il s’est manifesté, dans plusieurs quartiers de Paris, une maladie dont la nature et les causes sont jusqu'ici entièrement inconnues, et dont les principaux symptômes consistent en un affaiblissement du sentiment, mais surtout du mouvement des extrémités supérieures et inférieures, en des fourmillements et des élancements de ces parties, souvent accompagnés de rougeur et de gonflement et ordinairement précédés de nausées, de vomissements et de diarrhée. Les symptômes gastriques, après une durée qui varie depuis quelques jours jusqu’à quinze, disparaissent peu à peu et sont remplacés par des phénomènes qui s'observent à la fois à la tête et aux extrémités. La face devient rouge, gonflée, douloureuse ; elle est le siége , ainsi que les yeux , de picotements très incommodes; cependant la moitié des malades ne présente pas ces accidents. Mais des phénomènes plus constants sont ceux qui se présentent aux pieds etaux mains. Chez la plupart ce sont des picotements, comme si on leur lardait ces organes avec des aiguilles; chez quelques uns, les douleurs sont si vives qu’elles leur arrachent des cris. Ces symptômes sont beaucoup plus marqués dans les pieds que dans les mains. Le gonflement n’est
© Histoire de V Épidémie de Paris, par M. le professeur Chomel, insérée dans le Journal analytique de Médecine, décembre 1828. * Revue Médicale, décembre 1828.
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pas constant; quand il existe, tantôt il y a rougeur, et d’autres fois celle-ci manque. Alors la tuméfaction a beaucoup de rapport avec l’œdème. Le sentiment et les mouvements des extrémités sont fort affaiblis ; la marche et le tact sont quelquefois très difficiles, douloureux et même impossibles. On dirait un état paralytique des jambes et des mains. Quelques malades ont offert sur les pieds des phlyctènes contenant une sérosité jaunâtre, et des ecchymoses de la largeur d’un écu de 5 francs, qui se sont manifestées sur les jambes et les cuisses et qui se sont assez promptement dissipées, après avoir offert la teinte jaune qui résulte toujours des résorptions sanguines. Une couleur brunâtre et non noirâtre de la peau, tantôt disposée par plaques irrégulières, tantôt existant d’une manière uniforme, commençant par les extrémités et s'étendant ensuite à une partie ou à la totalité du corps. La marche de cette maladie est extrêmement lente, et il y a à l'infirmerie de Marie-Thérèse des sujets qui en sont atteints depuis cinq mois. »
Il résulte des recherches de M. le docteur Genest : sur la même affection que la plus grande variété d'opinions règne sur les causes probables de cette maladie. Elle n'est point produite par le pain altéré par le seigle ergoté; rien ne prouve aussi qu'elle soit due à du vin altéré par la litharge. Il y a eu beaucoup de variations atmosphériques, l'été a été très variable et pluvieux, voilà tout; mais de pareilles variations ont été observées sans produire de semblables accidents dans le cours de plusieurs années. L’accumulation de plusieurs personnes ne parait point aussi déterminer cette affection. Sous le rapport de l’âge, l’enfance , la jeunesse et l’âge vinil ont donné peu de différences, excepté pour l’âge
* Archives générales de Médecine , t. xx1x > P: 257.
viril. Tous les habitants de l'hospice Marie-Thérèse, où sont surtout des vieillards, ont été malades, Quant au sexe ; plus d'hommes que de femmes ont été affectés, et aucune classe n'a été exempte, pauvres ou riches;
Cependant la contagion de l'épidémie de Paris me parait démontrée surtout par les faits suivants, rapportés par M. Genest. Une jeune domestique atteinte de l'épidémie est isolée dans une chambre. Une religieuse la soigne dans un quartier bien aéré et au cinquième étage. Cette dernière ne descend qu’au quatrième étage. Le troisième jour elle éprouve des coliques, du dévoiement, puis des engourdissemenis ; et le huitième jour, elle ne peut poser le pied à terre. Une dame va voir au mois de juin la supérieure de l'hospice Marie-Thérèse , et la trouve affectée de cette maladie; elle revient chez elle, parle à ses gens de cette maladie singulière, & laquelle les médecins ne connaissent rien. Huit jours sont à peine écoulés que toutes les personnes de la maison, et elle-même, éprouvent les premiers symptômes , et en ont été gravement affectées. Le séjour à la campagne a pu seul leur rendre la santé. Le portier et les domestiques sont persuadés que c’est cette dame qui leur a apporté cette vilaine maladie de l'hospice de Marie-Thérèse.
Quelle que soit la cause de cette maladie épidémique, ce n'est pas à l’une des causes précédentes et ordinaires de la plupart des épidémies que nous devons la rapporter. Quant à moi, il me paraît démontré qu’une affection aussi caractérisée et aussi insolite doit dépendre d’ane cause identique dans tous les cas, et également insolite.
Tels sont les symptômes qui, d’après les auteurs précités , ont caractérisé l'épidémie de Paris ; en les comparant à ceux que j'ai rapportés dans l'historique de lépi-
démie de la Havane, on n’y trouve d'autres différences que celles qui accompagnent toujours une maladie exotique introduite dans un nouveau climat, et qui s'y modifie ou s’y complique de manière à devenir plus bénigne ou plus grave, suivant la nature des. tempéraments, les vicissitudes atmosphériques et l'influence des lieux et des saisons,
En effet,'s1 la maladie de Curaçao a pu s’aggraver à la Havane au premier moment de son importation, la même maladie parvenue à Paris, n’a-t-elle pas dû y éprouver des changements.qui lui ont donné plus d'intensité, en raison d’un:climat plus froid et plus humide que celui de son origine. Si l’on rejetait cette voie de communication , comment expliquer ce rapprochement ou plutôt cette identité de symptômes dans une maladie qui aurait apparu après quelques mois seulement d'intervalle sur deux points du globe si remarquables et si différents par leur position géographique. Si l'on ignore jusqu'ici les causes locales qui ont pu faire développer à Paris une maladie si singulière.qu’on a pu lui donner le nom d'épidémie innominée , l'idée de son importation par la voie du Havre et de la Seine ne satisfait-elle pas tous les esprits ? n’enlève-t-elle pas tous les doutes? n'éclaire-t-elle pas un grand point de philosophie médicale au sujet d'une maladie que les plus savants professeurs n'ont pu jusqu'ici. caractériser ? Le scepticisme le plus prononcé ne peut nier, ce me semble, l’analogie et la filiation de ces deux maladies, pour ce qui concerne leurs symptômes principaux:et accessoires, à part quelques efféts variables de simple localité. La facilité des rechutes, la durée plus où moins prolongée des douleurs et l’état pathologique des parties affectées, après la cessation de la période aiguë, sont encore des signes communs à l'une et à l’autre épidémie; et l'on
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10 ÉPIDÉMIE peut dire enfin que si on la rencontre avec son type primitif caractéristique dans toutes les Antilles, où les relations commerciales l'ont si rapidement introduite, c'est encore, à mes yeux, un argument de plus en faveur de l'identité de son origine.
$- VIT. Oëservations de Deugué, recueillies à Marseille.
L Un capitaine de navire arriva de la Martinique à Marseille au commencement de septembre 1828. Interrogé et visité par moi au Lazaret, je le trouvai tout perclus de ses jambes et ayant un gonflement considérable aux pieds. Il m'annonca qu'il avait eu la maladie connue sous le nom de girafe, ‘quelques jours avant son départ de la colonie. Elle avait été suivie de la fièvre , de douleurs dans les bras et les jambes, et de taches rouges sur les parties affectées et atteintes de rougeur et d'inflammation. Une sueur abondante provoquée par une boisson diaphorétique, le repos et le lit, le délivrèrent au bout de trois jours de sa maladie; mais il conserva un gonflement considérable et d’une nature œdémateuse à ses pieds, ce qu'il avait également vu chez beaucoup de capitaines qui avaient été malades avant lui. Tous les matelots de son bâtiment furent aussi atteints et guéris aussi promptement. Il me certifia de plus que tous les équipages des bâtiments venus d'Europe avaient éprouvé la même maladie, et qu’elle était universellement répandue parmi les Créoles.
IL. M. V'%, âgé de cinquante-huit ans, ayant des relations fréquentes et journalières au café Escofier ; AVEC les capitaines qui viennent des Antilles, fut pris, le 30 septembre dernier, d’une fièvre avec frisson, accompagnée d'une irritation très vive à l’estomac, cequi donna lieu à des nausées et à des vomissements. La région
DE, PARIS. 17 épigastrique était très douloureuse, et la langue était blanche, pâle et chargée d’une mucosité bilieuse. Des douleurs ne tardèrent pas à se déclarer aux extrémités inférieures et supérieures; les doigts des mains et des pieds étaient engourdis, frappés de roideur, et d’une légère insensibilité. Le troisième jour son corps se couvrit de larges plaques rouges, isolées , et'en‘plus grand nombre aux jambes et aux cuisses qu'aux bras. Elles furent suivies d'un hoquet violent et fort opiniâtre. Des boissons rafraîchissantes, des potions anodines, et un léger purgatif amenèrent la solution de la maladie le neuvième jour. J'ai soigné ce malade conjointement avec M. le docteur Funet.
IL: Pendant que nousvisitions le malade précédent, mon confrère fut appelé en qualité d’accoucheur auprès de madame B**, demeurant à sa campagne; quartier du Caimas, avec. sa famille: Quel fut son étonnement de voir cette dame se plaindre ; trois jours après son ac> couchement,; d'une grande roideur dans les doigts des mains et des pieds, avec des picotements très doulou+ reux se renüuvelant par intervalle! La poitrine , le ‘cou, le bras et le tronc se couvrirent de: taches rouges , accompagnées d’un prurittrès mcommode. Le nowvedis né présenta les mêmes taches sur la peau, et la même rigidité dans les doigts des mains et des pieds. Une sueur abondante favorisée par ‘une boisson appropriée, et surtout par la chaleur atmosphérique qui était exces! sive, termina cette maladie, sans aucun dérangement particulier pour laccouchée, ni ponr son fils. £a nature fut le seul médecin’ de lenfant. On ne:peut méconnaître ici la contagion communiquée à la mère’ ét à son fils, au moment de la délivrance, surtout si l’on se reporte aux circonstances qui l'ont précédée par TAN»
18 ÉPIDÉMIE port à l’'accoucheur, et aux malades que nous soignions ensemble.
IV. Marie R***, âgée de trente-sept ans, se plaignit, :e 4 juillet, de douleurs vives aux deux pieds, suivies d’une grande roideur. Ces douleurs se portèrent bientôt aux genoux, et parcoururent successivement les hanches, les épaules, les coudes et les poignets ; elles étaient lancinantes et accompagnées d’un gonflement plus ou moins considérable. Les mains et les pieds furent-les seules parties qui se couvrirent, de taches d’une couleur écarlate. Il survint une fièvre violente et des sueurs continuelles , ce qui donna à cette maladie le caractère d'un véritable rhumatisme aigu, jusques vers le vingt-cinquième jour de son invasion. La saignée, les frictions anodines et ammoniacales , les purgatifs , les sueurs provoquées par l’art, ou par la chaleur de la saison -qui était pour ainsi dire celle du Sénégal ,.ne, furent suivis que de peu de succès. La malade néanmoins se rétablit peu à peu durant le mois d'août, mais:elle conserva toujours de la roideur dans les jambes, et, des douleurs assez vives aux pieds. Elle était dans cet.état, lorsque le 2 septembre, sans cause connue; de retour du marché, elle fut prise tout à coup dans:la rue d’une paralysie incomplète du bras et de la jambe du côté droit, avec perte de la parole. Le sens de l'intelligence fut obscurci, et la malade paruthébétée. Après des alternatives d'amélioration légère et de rechutes ;:cette attaque se termina d’une manière funeste le 23 octobre. On peut se demander ici, s'il y a eu quelque métastase des douleurs articulaires des pieds sur le cerveau, et à quelle causé morale ou physique elle peut être attribuée ?....
V. Une fille âgée de vingt-un ans, qui avait soigné la malade précédente, fut atteinte au mois dé novembrè
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d’une roideur aux articulations des pieds, avec une éTuption de taches rouges aux jambes. Aucune autre partie du corps ne fut affectée. Un boisson sudorifique et des baïns de pieds suffirent pour terminer, au bout de quelques jours , cette maladie. S’il y a eu ici contagion, on peut dire qu'elle a été bien légère.
VI. Le 14 novembre, j'ai vu à Barre, ville située sur l'étang de ce nom, près le Martignez, une femme âgée d'environ quarante ans, qui, depuis plus de six mois , gisait dans son lit, perclne de ses jambes à la suite de douleurs violentes survenues sur les déux pieds. Ces douleurs s'étaient aussi manifestées à différents intervalles aux autres articulations des extrémités supérieures. Sa maladie avait alors toute l'apparence d’un rhumatisme chronique, lorsque je la visitai; mais ce qui la caractérisait comme l'épidémie de Paris, c'était la roideur des doigts et des orteils, et les élancements qui lui faisaient pousser de loin en loin des cris aigus, réunis à de larges plaques rondes et blanches comme le lait, couvrant les jambes et les bras de l'étendue d’un écu de 3 francs, et disséminées d'une manière particulière sur ces parties.
Le 7 mai dernier, j'ai reçu de M. le docteur Adoule, médecin de la malade, les renseignements suivants : « Madame G*** a toujours la peau de la face extrêmement rouge, et l'on aperçoit quelques cicatrices peu étendues , dont la blancheur contraste singulièrement avéc cette rougeur. Ces cicatrices ont été formées par des pustules qui se développent de iemps à autre, et font place à de petites ulcérations qui ne tardent pas à se cicatriser. Les membres sont revenus à leur volume naturel, maïs les articulations sont toujours douloureuses; la malade y ressent encore un sentiment’ de Constriction désagréable ; les mains et les pieds ont
perdu une grande partie de leur sensibilité; au point qu'il est arrivé à madame G*** de perdre un de ses souliers sans s'en apercevoir. La peau en est très rouge,
comme celle de la face, et elle a été plus qu’elle encore le siége d’ulcérations. »
VII. M. le docteur Trabuc m'a communiqué l’observation, suivante : M***, menuisier, demeurant à Marseille, rue Sainte-Anne, fut atteint il y a quatre mois environ d'une ophthalmie beaucoup plus douloureuse que ne le comportait la rougeur de la conjonctive, quoique les paupières eussent un gonflement considérable; cette ophthalmie guérit dans l’espace. de huit jours, par l'application de remèdes appropriés. Quinze jours après ce malade eut une éruption miliaire, suivie d'un. engourdissement dans. les pieds et dans les mains, Tout mouvement de ces parties devint impossible; elles étaient en outre affectées d’une grande sensibilité et de douleurs très vives. Le mouvement des bras , des avant-bras et des jambes resta libre. La paralysie fut bornée aux pieds et aux mains, qui offrent encore. aujourd'hui (23. mars) l'aspect de parties entièrement disloquées et pendantes, les muscles exterseurs n'ayant plus aucune action vitale. Les bains, les purgaufs.etles sudorifiques n’ont produit aucun effet. L’opium seul, pris à la dose de huit,grains par jour, a pu calmer les douleurs. Le malade commence à peine depuis quatre mois à pouvoir remuer les doigts; le mouvement des orteils est encore nul... Sa femme a éprouvé la même maladie, au moment même où celle de son mari était à son plus haut degré d'intensité. Chez elle l’ophthalmie et l'éruption miliaire ont aussi précédé la paralysie des extrémités, mais elle a eu le fare bonheur d’être complétement rétablie dans le court espace de trois semaines, Ce malade a été visité par mon neveu, con-
jointement avec M. Trabuc, qui à eu la bonté de le lui montrer, afin d'en constater l’état au moment où j'ai rédigé ce mémoire, lé 23 mars dernier.
D'autres médecins auraient pu sans doute faire des observations semblables aux miennes, s'ils avaient eu connaissance de l'épidémie de la Havane et de celle des Antilles ; mais manquant des documents qui me l'ont fait connaître ab ovo, elle a passé inaperçue sous leurs yeux, vu son extrême bénignité, D'ailleurs à cette époque la petite-vérole et la varioloïde étaient dominantes à Marseille , elles fixaient exclusivement l'attention des gens de l'art, les autres maladies intermittentes et d’une nature éruptive ne pouvant être que très légères à leurs yeux, eu égard aux ravages de l'épidémie régnante. Cepéndant M. le docteur Boyer, praticien très recommandable , m'a assuré avoir traité cinq ou six malades atteints de roideurs et de douleurs aux articulations des doigts et des pieds. Mais la maladie s’est terminée très promptement par l'effet des sudorifiques et de la chaleur de l'été.
$. VIIL Observations générales. Conclusion.
Le parallèle que je viens d'établir entre ces deux épidémies me ‘paraît d'autant plus important, que jusqu’à ce jour ôn n'avait pu encore caractériser celle qui avait été observée à Paris. Le peu d’analogie de ses symptômes avec ceux des autres maladies connues, son étrangeté pour ainsi dire, ne pouvait que laisser les esprits dans le vague et l'embarras pour une classification naturelle. Aussi a-t-on attribué tour à tour son origine à l'usage du seigle ergoté, de la moutarde sauvage, ou à celui de l’ivraie, Quelques praticiens ont cru devoir l'assimiler à Ja colique de Poitou, ou à la maladie qui régna dans le Mantouan en 1762 , et à laquelle on avait
donné le nom de pédionalgie. Enfin, on en a fait une affection aiguë dela moelle épinière et de ses enveloppes. Mais ni l'ergotisme ni la rachialgie ne paraissent avoir rien de commun avec une maladie dont tout indique une origine et une nature rhumatismales, à part la bizarrerie de quelques uns de ses symptômes accessoires.
Sa fréquence chez les pauvres, et les individus mal logés, mal nourris, mal vêtus, s'explique de la même manière que cela arrive dans toutes les maladies épidémiques, où les classes inférieures de la société sont toujours le plus violemment frappées et les premières atteintes.
D’äâprès tout ce qui précède, on doit être peu surpris que le traitement de cette maladie ait été aussi peu rationnel que son étiologie. Sur quelle base aurait-on pu fonder une méthode thérapeutique, lorsqu'on ne pouvait s'appuyer que sur un pur empirisme? De là, l'essai infructueux de tant de remèdes d’une nature si diverse et si opposés dans leur manière d'agir. C’est ainsi qu'on a successivement employé les émissions sanguines locales et générales, les bains simples, sulfureux et de vapeurs, les liniments volatils, anodins, camphrés, les frictions avec la térébenthine, la pommade stibiée, les vésicatoires , le moxa, la valériane, l’opium, la quinine, la strichnine, la thridace , et toutes les applications topiques qui ont pu être inspirées aux praticiens les plus célèbres de la capitale, par le désir d’être utiles à leurs malades. Tous ces remèdes ont produit quelques améliorations , maïs l'effet d'aucun n’a été bien décisif et soutenu. Le vomitif seul donné à haute dose, tel qu'il est administré à l'hôpital de la Charité pour le traitement de la colique des peintres, paraît avoir été prescrit par M. le professeur Cayol avec le plus grand succès, puisque sur treize malades entrés au mois de novembre
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dans sa Clinique, six sont sortis. complétement guéris, trois n'avaient plus en décembre qu'un léger engourdissement des pieds et des mains, et que les quatre autres étaient en voie de guérison. M. Bayle paraît aussi se louer de ce mode de traitement, qu’il a employé dans le quatrième dispensaire, et c'estavec un espoir fondé qu'il en continue l'administration.
On peut supposer, d'après la réussite de ce dernier traitement, qu'il est arrivé à Paris dans cette maladie, ce qui a eu lieu à la Havane, c’est-à-dire qu'elle s’est compliquée avec un embarras gastrique , et avec l’altération des fonctions digestives sans phlegmasie. Par là , on explique l'effet heureux du vomitif, parce qu'il y a eu ici à combattre un génie bilieux , tandis qu'ailleurs la maladie n’ayant plus cette complication, les sudorifiques ont suffi pour décider la solution de la maladie , en provoquant des sueurs abondantes et salutaires; ce qui semble confirmer de plus en plus que son origine et sa nature sont vraiment rhumatismales, quelque bizarre qu’elle ait pu paraître dans ses effets ; et nous démontre enfin pourquoi elle a été si généralement bénigne dans les pays chauds où la crise a toujours eu lieu par l’organe cutané, plutôt que par toute autre voie excré-