AVERTISSEMENT
Ou s’est souvent élevé contre la prétention arbitraire de tout ramener, dans l’étude des phénomènes de l’organisme, aux lois de la physique générale. Cette opposition, légitime quand elle s’adresse à des vues spéculatives, à des aperçus hasardeux, à une généralisation systématique et prématurée, cesse d’être fondée quand elle proscrit la recherche expérimentale de ce qu’il peut y avoir de mécanique dans l’exercice des fonctions du corps humain. Il convient donc de distinguer ces deux manières de voir, dont l’une n’a d’autre résultat que de reproduire et de perpétuer des erreurs mille fois combattues, et l’autre tend, au contraire, à établir les vrais liens qui unissent l’organisme vivant au monde physique considéré comme un ensemble dont l’être organisé ne constitue qu’une partie. La différence de ces deux points de vue n’existe pas seulement dans le but qu’ils se proposent ; ils diffèrent surtout par la manière dont on cherche à les établir. Pour les partisans de l’idée préconçue que tout est physique ou chimique dans le corps de l’homme, il n’est besoiii ni d’observations précises, ni d’ex-
périences rigoureuses, ni de raisonnemens sévères : quelques faits particuliers, les plus petites analogies suffisent; or ce n’est point là le caractère de la vérité, ni la manière de procéder des sciences dont on invoque les lumières et l’ intervention. Les esprits au contraire qui croient que la nature, tout en faisant de l’homme un système à part, l’a assujéti jusqu’à un certain point auxagens du monde extérieur et a établi des rapports intimes entre ces agens et lui; ces esprits, dis-je, ne se contentent point d’aperçus généraux plus ou moins hypothétiques; sans se préoccuper de l’essence de la vie, ils cherchent à pénétrer les conditions matérielles de ses fonctions, et à fixer, à l’aide d’expériences directes, l’analogie ou l’identité qu’elles peuvent présenter avec les conditions des phénomènes du monde matériel. Quand on arrive rigoureusement à des résultats de cette nature, on n’empiète pas prématurément et arbitrairement sur le domaine du principe de la vie ; mais on tend à dégager de plus en plus cette inconnue du problème compliqué oii elle est enveloppée.
Le mémoire qui me suggère ces réflexions se rapporte à cette seconde manière d’envisager l’étude physique du corps humain. J’ai cru voir, et j’ai cherché à démontrer qu’il y a dans le mécanisme des sécrétions séreuses un lait tout mécanique, à savoir : que les cavités articulaires et les cavités des séreuses viscérales présentent périodiquement ou temporairement des ampliations des espaces qu elles circonscrivent, ampliations d’où résulte, au sein de ces cavités, une
tendance au vide, et par conséquent une certaine influence de la pression atmosphérique sur les exhalations qui sourdent à leur intérieur. Ce fait, quelle que soit sa portée, peut et doit être considéré en lui-même dans son existence propre et être admis comme fait, si les expériences, sur lesquelles j’ai cherché à l’établir, ont un caractère de démonstration rigoureuse. Le lecteur jugera si nous avons rempli ces conditions.