OBSERVATIONS ANATOMIQUES
des dispositions et des rapports anatomiques des parties qui SONT LE SIÉCE
Je vais examiner successivement les dispositions et les rapports anatomiques des parties qui sont le siège des exhalations séreuses, à savoir : les cavités articulaires, celles du péricarde, des plèvres, du péritoine, des méninges cérébrales et rachidiennes; en un mot, des différentes cavités qui sont le siège des exhalations séreuses. Et d’abord, qu’on ne s’étonne point de me voir aborder dans un même travail l’étude anatomique de tant de parties dont les dispositions matérielles sont si complexes qu’elles constituent à elles seules une des portions les plus étendues et les plus délicates de l’anatomie topographique. Le but que je me suis proposé n’est point de rappeler, sous quelque prétexte que ce soit, ce que l’on sait à cet égard; mais bien de signaler quelques dispositions nouvelles, communes aux différentes cavités dont il s’agit, dispositions qui me paraissent, par leur généralité, se rattacher à un but commun, et rendre les organes ou elles se répètent tributaires des mêmes influences dans le mécanisme des exhalations dont elles sont le siège.
a. CAVITÉS ARTICULAIRES.
En examinant dans quels rapports se trouve la tête du fémur avec la cavité cotyloïdc pendant les mouvemens de la cuisse sur le bassin, je me
suis assuré de ce fait, à savoir que dans l’extension la surface de la tête fémorale dans toute sa périphérie est en rapport immédiat avec les points correspondans de la cavité qui la reçoit, en sorte qu’on peut dire, comme l’a démontré M. Weber, de Munich, que la tête fémorale et la cavité cotyloïde décrivent des courbes exactement du même rayon. Mais il n’en est pas ainsi dès qu’on imprime à la cuisse des mouvemens de flexion, d’adduction ou d’abduction. Contrairement à ce qu’a établi le physiologiste de Munich, j’ai vu que pendant chacun de ces mouvemens il se forme un espace assez considérable entre la surface de la tête fémorale et le fond de la cavité cotyloïde, espace qui varie de siège et d’étendue, suivant l’étendue et la direction des mouvemens de l’articulation. J’ai mis ce fait hors de doute en fixant d’une manière invariable l’os de la hanche et l’extrémité fémorale dans les positions dont il s’agit, et en enlevant avec précaution, et couche par couche, une partie du plancher de l’acétabulum par l’intérieur du bassin. On voit alors manifestement que, dans certains points de son étendue, la cavité cotyloïde est séparée de la tête fémorale par un espace qui peut s’étendre en profondeur jusqu’à près de trois millimètres, et en largeur jusqu’à deux ou trois centimètres.
MM. Weber frères ont démontré, comme on sait, par l’expérience, que les surfaces de cette articulation sont maintenues en rapport immédiat, principalement par la pression atmosphérique. Ces ingénieux physiologistes ont perforé le plancher de la cavité cotyloïde, et ils ont vu aussitôt la tête fémorale, sous l’influence de l’introduction de l’air, descendre d’une certaine quantité, en cédant au poids du membre. Mais' MM. Weber n’avaient pas vu que pendant certains mouvemens de l’articulation coxo-fémorale, le centre de ces mouvemens ne répond pas au centre de la sphère fémorale, mais est intermédiaire à ce point et au corps de l’os; celui-ci servant de bras de levier fait décrire à la tête du fémur des arcs de cercle proportionnels à la longueur du rayon qu’elle mesure, et qui
forcent sa surface cotyloïdienne à abandonner dans une certaine étendue les points correspondans de la voûte de l’acétabulum. Or, en admettant comme chose démontrée que la pression atmosphérique est la cause la Plus puissante qui empêche la sortie de la tête du fémur de sa cavité, on
ne peut méconnaître que les espaces établis extemporanément entre certains points de ces surfaces articulaires, en vertu d’efforts supérieurs à l’action de la pression atmosphérique, ne constituent des espaces vides ou tendant au vide, placés eux-mêmes sous l’inlluence de cette pression. U résulte donc de cette première observation que l’articulation coxo-fémorale, hermétiquement fermée par ses capsules fibreuses, et offrant dans l’extension de la cuisse sur le bassin une coaptation parfaite de ses surfaces articulaires, coaptation entretenue par la pression atmosphérique, présente, pendant les mouvemens de flexion, d’adduction et d’abduction de la cuisse, des espaces vides au fond de l’articulation, résultant de la disjonction des surfaces articulaires sous l’influence d’efforts supérieurs à ceux de la pression atmosphérique, laquelle continue d’ailleurs à fermer l’orifice de l’articulation.
Ce premier fait établi, j’ai cherché à savoir, premièrement, si toutes les surfaces articulaires du squelette sont maintenues en rapport par la pression atmosphérique , indépendamment des muscles et des ligamens qui les environnent; et, secondement, s’il existe pourchaque articulation des mouvemens pendant lesquels certains espaces articulaires s’établissent immédiatement, ou bien si ceux qui existent subissent un accroissement quelconque.
Relativement au premier point, je me suis assurépar des expériences directes que l’influence contentive de la pression atmosphérique constatée par MM. Weber pour l’articulation coxo-fémoralc seulement est un fait général commun à toutes les articulations arthrodiales. J’ai appris récemment qu’un frère des deux physiologistes de Munich est arrivé, de son côté, au même résultat, et a étendu comme moi l’observation particulière de ses frères à toutes les articulations du squelette : en sorte qu’il est aujourd’hui parfaitement établi que, indépendamment des autres moyens qui concourent au maintien en rapport des surfaces articulaires, la près sion atmosphérique est une condition commune à toutes, et que chacune d’elles offre dans sa situation la plus naturelle, position qui est presque pour toutes l’extension, une coaptation exacte et hermétique des surfaces correspondantes, et l’application également hermétique sur leur pour-
tour des capsules fibreuses et fibro-cclluleuses qui les enveloppent.
Partant de ce fait préalable de l’action de la pression atmosphérique comme principal agent du maintien en rapport et de la fermeture hei métique de toutes les articulations du squelette, et du fait de l’existence d’espaces vides pratiqués extemporanément entre une portion des surfaces de l’articulation coxo-fémorale, pendant certains mouvemens de la cuisse, j’ai cherché à savoir si toutes les articulations du squelette ne sont pas construites de manière à offrir comme l’articulation de la hanche, dans la succession et la variété de leurs mouvemens, des espaces nouveaux, ou des accroissemens marqués des espaces déjà existans.
Pour éviter des détails inutiles et qui tous conduisent aux memes conséquences, j’énoncerai immédiatement les résultats les plus généraux de mes recherches sur ce point. Or toutes les articulations du squelette, les grandes, les moyennes, les petites, les articulations qui sont le siège de mouvemens marqués, et dans l’intérieur desquelles on trouve de la synovie, offrent à différens degrés des conditions matérielles telles, que pendant ces mouvemens, elles présentent nécessairement des espaces qui n’existent pas au repos, ou un agrandissement des espaces préalablement existans. Ces changemens qui s’effectuent dans l’intérieur des articulations sont le résultat de deux ordres d’élémens: premièrement, des changemens de rapports des surfaces articulaires qui cessent de se correspondre suivant les mêmes plans et perdent ainsi les conditions respectives de leur contact et de leur parfaite coaptation; secondement, de la tension des muscles et des ligamens entourant l’articulation, lesquels, en vertu de l’écartement de leurs points d’insertion, se soulèvent, se tendent entre ces points et forment les parois résistantes des cavités improvisées ou agrandies. Ces deux ordres d’élémens constituent les conditions les plus générales de la formation de ces espaces ou cavités, conditions auxquelles peuvent être rapportés les divers cas présentés par toutes les articulations du squelette. Quelques exemples choisis parmi les cas les plus saillans montreront tout à la fois les faits eux-mêmes que je cherche à établir et les conditions les plus générales de leur production.
Au genou, pendant l’extension de la jambe sur la cuisse, les condyles
du fémur sont appliqués contre la surface articulaire du tibia, de manière a la toucher par le plus grand nombre des points de leur surface. Les ligamens semi-lunaires placés en intermédiaires sont comme des coins destinés à compléter ce contact en comblant les espaces laissés entre ces surfaces et la portion la plus excentrique des condyles du fémur, là où ils se terminent en surfaces légèrement arrondies. De son côté, la rotule et les ligamens qui s’y attachent peuvent, en vertu du relâchement du triceps fémoral, du droit antérieur et des portions antérieures de la capsule articulaire du genou, s’appliquer complètement contre la dépression qui sépare antérieurement les deux condyles du fémur; en sorte que la pression atmosphérique établit dans cette position de l’articulation une coaptation parfaite entre les surfaces articulaires qui se correspondent, et une application de toutes les parties extérieures environnantes contre les pourtours de l’articulation. Mais aussitôt que le genou se fléchit, tous ces rapports et les conditions osseuses et ligamenteuses qui les déterminent changent. Les condyles du fémur ne touchent plus la surface articulaire du tibia que par leur partie la plus postérieure, c’est-à-dire par un nombre de points et dans une étendue beaucoup moins considérables. La partie la plus plane des condyles, c’est-à-dire celle qui correspondait au plan articulaire du tibia, devient libre et regarde en avant; elle forme la paroi postérieure d’un espace quadrilatère nouveau, limité en haut par la moitié inférieure de la face postérieure de la rotule qui est elle-même attirée ou au moins maintenue par la résistance du triceps; la rotule ainsi soulevée et maintenue en haut par la tension des muscles qui s’y insèrent, tend et soulève à son tour le ligament qui l’attache au tibia et forme avec ce dernier la paroi antérieure de l’espace quadrilatère dont il s’agit, tandis que la moitié antérieure de la surface articulaire du tibia, laissée libre par le soulèvement du ligament rotulien et le soulèvement de la moitié correspondante de l’extrémité articulaire du fémur forme sa paroi inférieure. De leur côté, les portions antérieures et latérales de la capsule articulaire se trouvant distendues par un écartement plus grand de leurs points d’insertion complètent l’ampliation de l’espace dont il s’agit, et empêchent la dépression de ses parois et leur refoulement vers Tinté-
rieur de la cavité articulaire, sous l’influence de la pression atmosphérique. Voilà donc un espace considérable extemporanément produit par la réunion des deux conditions générales signalées plus , haut, à savoir, un changement de rapport des surfaces osseuses correspondantes, qui ne se louchent plus que par un moins grand nombre de points, et par la tension et le soulèvement des muscles et des ligamens qui constituent des parois résistantes aux espaces nouvellement établis, et empêchent les parties extérieures environnantes d’être refoulées par la pression atmosphérique vers ces espaces pour les combler.
Les articulations de la jambe avec le pied, l’articulation huméro-cubitale et les articulations des phalanges des doigts, offrent d’autres exemples variés du même fait, répété dans des conditions un peu différentes et avec des résultats variés.
Au repos, l’articulation de la jambe avec le pied offre en avant et en arrière, à partir du rebord antérieur et postérieur de l’extrémité articulaire du tibia, un double espace résultant des prolongemens de la surface articulaire de l’astragale, et borné en avant par la capsule articulaire et les gaines aponévrotiques des muscles fléchisseurs du pied sur la jambe, et en arrière par les muscles extenseurs du pied sur la jambe et les ligamens correspondans. Pour peu que le pied soit étendu ou fléchi sur la jambe, ces espaces changent d’une manière remarquable. Si le pied est fléchi, le rebord antérieur du tibia vient s’appliquer contre la dépression qui sépare en haut la tête de l’astragale de son corps, et les ligamens correspondans, relâchés par le rapprochement de leurs points d’insertion, s’appliquent immédiatement contre les plans profonds correspondans, et tout espace est comblé : en arrière, le contraire a lieu. Pendant que l’espace que j’appellerai tibio-astragalien antérieur se comble, l’espace postérieur correspondant et que j’appellerai tibio-astragalien postérieur s’agrandit par le glissement du tibia qui laisse une plus grande partie de l’astragale à découvert, en même temps que la capsule articulaire et les muscles extenseurs du pied sur la jambe sont soulevés et tendus par un éloignement plus grand de leurs points d’insertion, et forment ainsi la paroi postérieure de l’espace dont il s'agit. Lorsque au lieu d’être
fléchi, le pied est étendu sur la jambe, un résultat opposé se manifeste; une portion plus considérable de la surface articulaire de l'astragale est mise a découvert en avant par le glissement du tibia en arrière; la capsule articulaire antérieure et les gaines musculaires correspondantes sont tendues et soulevées parrécartementde leurs points d’insertion, et agrandissent ainsi l’espace tibio-astragalien antérieur déjà existant, en même temps que le postérieur est d’autant diminué et envahi par les parties molles correspondantes.
Au coude, on retrouve des dispositions analogues. L’articulation huméro-cubitale présente pendant l’extension et la flexion de l’avant-bras sur le bras, deux espaces, l’un antérieur, triangulaire, formé par la cavité coronoïde, dépression qui occupe le point de séparation de la trochlée humérale avec le corps de l’os, et fermé en avant par la paroi postérieure du brachial antérieur et les portions de capsules articulaires correspondantes; l’autre, également triangulaire, postérieure, limitée en arrière par la face antérieure du triceps brachial et les portions de capsules articulaires correspondantes, lesquelles complètent le triangle formé par le sommet de l’olécrâne et la cavité olécranienne de l’humérus. Or ces deux espaces changent d’une manière remarquable pendant les mouvëmens de flexion et d’extension de l’avant-bras. Dans la flexion, l’olécrâne laisse une plus grande portion de la trochlée humérale à découvert; il entraîne avec lui l’extrémité inférieure du triceps, ainsi que les attaches de la capsule articulaire qui s’y fixent; d’où résultent la tension et le soulèvement de ces parties. En avant, un résultat contraire se manifeste : par suite du glissement de l’apophyse coronoïde, les parties molles correspondantes sont relâchées et refoulées sans résistance parla pression atmosphérique contre les plans osseux profonds. L’inverse s’observe dans l’extension de l’avantbras sur le bras, c’est-à-dire que l’espace triangulaire postérieur est diminué et l’antérieur augmenté. Ajoutons toutefois que par suite de la contraction des muscles fléchisseurs et extenseurs de l’articulation des triceps et biceps brachiaux, il y a toujours un certain degré de tension et de soulèvement des parties qui devraient être complètement relâchées par le rapprochement de leurs points d’insertion, ce qui ajoute un élé-
ment de plus aux causes d’agrandissement des espaces articulaii es pendant les mouvemens de flexion et d’extension.
Pour terminer ces indications anatomiques par des articulations d un ordre moins important, mais plus délicat, et montrer que les conditions matérielles que je viens de signaler dans la hanche, le genou, le pied et le coude se généralisent jusque dans les moindres articulations, je citerai celles des phalanges des doigts. Lorsque l’on examine, au moyen d’une coupe longitudinale et parallèle au plan de la flexion d’un doigt, ce qui se passe au niveau de l’articulation de la troisième avec la seconde phalange, on voit les dispositions suivantes : le tendon du fléchisseur profond se tend, soulève avec lui la paroi antérieure de la capsule articulaire, à laquelle il adhère, au moyen de sa capsule propre, et laisse entre la paroi ligamenteuse et les surfaces profondes correspondantes un espace triangulaire, dont le sommet est formé par l’angle résultant de l’inclinaison des deux phalanges l’une vers l’autre, et la base par le tendon soulevé du fléchisseur profond. Cet espace augmente ou diminue ainsi par la flexion ou l’extension de la phalange.
Telles sont les circonstances les plus générales que présentent les espaces articulaires pendant les mouvemens des articulations du squelette.
Ces circonstances établissent, comme je l’ai dit, que, pendant ces mouvemens, des espaces nouveaux se forment, ou ceux qui existent s’agrandissent sous la double influeuce du changement de rapport des surfaces articulaires et du soulèvement et de la tension des membranes capsulaires environnantes. Ces productions d’espaces nouveaux, ou ces agrandissemens des espaces existans, ne peuvent avoir lieu dans les articulations du squelette, fermées hermétiquement pendant le repos sans offrir un vide plus ou moins complet, ou au moins une tendance au vide, entre les points extemporanément et passagèrement séparés. Nous verrons plus tard les conséquences immédiates qui résultent de ces premières conditions, propres aux cavités articulaires. Poursuivons les mêmes conditions dans les autres cavités qui les répètent.
b. CAVITÉS DU PÉRICARDE, DES PLÈVRES, DU PÉRITOINE ET DE l’aRACIJNOÏDE CÉRK-
DRO-SPINALK.
Je réunis l'examen de ces différentes parties parce qu’elles offrent toutes les mêmes dispositions au point de vue où je veux les considérer et parce que ces dispositions ne sont que la répétition de celles que je viens de signaler dans les cavités articulaires.
Et d’abord, l’on sait que le péricarde, les plèvres, le péritoine et l’arachnoïde cérébro-spinale forment des cavités fermées de toutes parts, au moyen de leur double feuillet continu, lequel se réfléchit et s’étend successivement, en y adhérant, sur les parois du viscère et sur l’enveloppe extérieure qui le protège. Il y a donc entre ces deux feuillets, dits viscéraux et pariétaux, un espace quelconque, qui est susceptible de varier, de s’accroître ou de diminuer sous l’influence de deux conditions principales. Le feuillet pariétal étant maintenu fixé contre les parties environnantes, ces parties peuvent être soulevées, se développer et agrandir d’autant la cavité delà séreuse, si l’organe sur lequel se réfléchit et adhère son feuillet viscéral n’obéit pas au mouvement de soulèvement ou d’expansion du feuillet pariétal; ou bien, seconde condition, le feuillet pariétal restant fixé avec la paroi contre laquelle il se réfléchit, le viscère éprouve des déplacemens, des contractions, des resserremens sur lui-même, qui entraînent consécutivement et proportionnellement le feuillet viscéral de la séreuse. Dans les deux cas, comme on le voit, soit que le feuillet pariétal soit éloigné du viscéral, soit que le viscéral soit éloigné du pariétal, ce changement de rapport ne peut exister sans produire entre les deux feuillets de la séreuse un espace nouveau ou un accroissement quelconque de la cavité qu’ils constituent. Ce résultat général ainsi formulé dans ses conditions principales de développement, il est facile de démontrer tour à tour son existence matérielle pour la cavité du péricarde, des plèvres, du péritoine et de l’arachnoïde cérébro-spinale.
Lorsqu’on ouvre le péricarde sur le cadavre , on acquiert la preuve que le cœur ne remplit pas complètement sa cavité, mais qu il s en faut d’un certain espace, que l’on admet comme nécessaire et suffisant a la li-
bcrté des mouvcmens du cœur. Mais l’étendue de cet espace varie et doit varier singulièrement pendant les mouvemens respiratoires et de contraction du cœur. L’ampliation de la cavité du péricarde s’effectue pendant les mouvemens respiratoires, sous l’influence de la première condition que j’ai établie par le soulèvement et le dédoublement du feuillet pariétal du péricarde, par suite du soulèvement des parties extérieures, avec lesquelles il a des rapports intimes. On sait, en effet, que le péricarde adhère intimement d’une part au sternum, de l’autre au diaphragme; qu’il adhère supérieurement et postérieurement aux gros vaisseaux qu’il renferme à leur origine. Il est donc retenu par trois puissances en haut et en arrière, en avant et en bas, de manière à obéir aux déplacemens que ces parties éprouvent, en sens inverse, pendant l’acte respiratoire. Or, de ces parties, la première, le sternum, est portée en haut et en avant; la seconde, le diaphragme, est abaissée, tandis que les gros vaisseaux , formant résistance, empêchent le péricarde de céder exclusivement dans le sens du sternum et du diaphragme. Voilà donc le cas de l’ampliation d’une cavité séreuse par le soulèvement ou l’écartement des parties auxquelles adhère son feuillet pariétal. Ce n’est pas tout : pendant la contraction ou le relâchement de ses cavités, le cœur n’offre ni la même forme ni le même volume ; la contraction de ses ventricules diminue nécessairement l’espace qu’il occupe d’une quantité égale à celle de la réduction de son volume pendant cet état ; or, le péricarde ne pouvant suivre ce mouvement de retraitdu cœur que par son fuiillet viscéral, il en résulte un nouvel accroissement d’espace au profit de la cavité intérieure. Voilà une application de la seconde condition que j’ai établie pour l’ampliation des espaces formés par les cavités des séreuses.
Sans avoir besoin d’entrer dans autant de détails pour les plèvres et le péritoine, il suffit de signaler les dispositions les plus générales des cavités qu’elles occupent et des viscères qu’elles revêtent pour montrer que les espaces compris entre leurs feuillets varient, comme dans le péricarde, sous la double influence du déplacement des parties auxquelles elles adhèrent et des viscères sur lesquels elles s’étendent.
Les plèvres costale et diaphragmatique sont, comme on sait, intime-
ment unies aux parois thoraciques et à la surface pectorale du diaphragme; d autre part, elles tapissent toute la surface du poumon; ses deux feuillets laissent entre eux un espace très étendu, susceptible de varier par l’ampliation ou le resserrement du thorax et l’ampliation ou la résistance des poumons. Il est presque superflu de montrer comment , pendant l’acte respiratoire, le feuillet pariétal thoracique et diaphragmatique de la plèvre est graduellement éloigné de son feuillet viscéral , ou du moins tend à accroître les espaces existans entre ces deux feuillets pendant le repos du thorax. Pour que le contraire existât, il faudrait que le poumon suivît instantanément et rigoureusement tous les mouvemens du diaphragme et de l’enveloppe thoracique. Or, bien que l’introduction rapide de l’air dans les poumons tende à ce résultat, la résistance que ce fluide éprouve de la part du tissu élastique du poumon, et le temps plus ou moins long qu’il met à envahir toutes ses cellules laissent entre l’instant de l’ampliation du thorax et celui de l’expansion du poumon un intervalle quelconque, pendant lequel les deux feuillets de la plèvre cessent de se toucher et de se correspondre dans tous leurs points. D’autres causes moins évidentes, telles que le mouvement expiratoire, le retour élastique du poumon sur lui-même, la circulation, la parole, la marche, les efforts, circonstances sur lesquelles je ne m’appesantirai point, peuvent encore modifier les rapports de contact et de correspondance des deux plèvres. Si la réalité de ces changemens ne ressortait pas d’une manière assez évidente des circonstances que j’ai indiquées, l’expérimentation directe ajouterait, comme on le verra plus bas, ses lumières à celles du raisonnement.
La cavité du péritoine offre des circonstances et des dispositions analogues à celles des plèvres; c’est pour cela que nous n’avons pas insisté sur toutes les particularités propres à établir la variabilité des espaces résultant des changemens de rapport de ces dernières. Ce que nous avons à dire de la cavité péritonéale s’appliquera donc en grande partie à la cavité des plèvres et tendra à compléter la démonstration du fait de l’ampliation périodique de celte cavité sous l’influence des mouvemens périodiques de la respiration.
El d’abord, la cavité du péritoine ofl’rc une disposition louie spéciale, en vertu de laquelle il doit nécessairement s’établir, entre ses deux feuillets, des espaces incessamment variables pour le siège, le nombre, la forme et l’étendue. Cette disposition consiste dans le défaut de rapport entre Informe, l’étendue et les distributions du feuillet pariétal, lequel correspondant à la paroi régulière de l’abdomen, et la forme, 1 étendue et les sinuosités infinies du feuillet viscéral, si varié et si changeant dans ses distributions nombreuses entre tous les viscères et toutes les parties de l’intestin qu’il enveloppe. Or quelque élasticité qu’on suppose aux intestins, quelles que puissent être la souplesse et la ténuité des replis de la séreuse qui les recouvre, il est impossible de supposer entre les deux feuillets, ni même entre les replis du feuillet viscéral, des rapports assez exacts pour qu’à chaque déplacement des parties tout espace soit immédiatement comblé et que tous les points des deux surfaces restent constamment appliqués l’un contre l’autre. D’ailleurs il est sur certains points des obstacles matériels au contact complet et à la pénétration des parties environnantes, comme, par exemple, le repli gastro-hépatique qui joint le sillon horizontal du foie et la petite courbure de l’estomac , porte de pont transversal dont il y a plusieurs autres exemples. Mais la diversité seule des surfaces en rapport, dont les unes, comme celles de l’intestin, ofl'rent des contours plus ou moins arrondis, les autres, comme le foie, des bosselures et des bords saillans, doit nécessairement empêcher leur coaptation hermétique entre elles et avec la paroi abdominale. Un assem blage de plans et de reliefs si divers, comme celui qui résulte de l’agglomération du paquet intestinal et des viscères abdominaux, exclut donc l’idée d’un contact parfait. On conçoit qu’avec de telles dispositions anatomiques le mouvement respiratoire, le ballottement du ventre par la marche et les attitudes, les mouvemens péristaltiques des intestins, provoquent des tiraillemens incessans, des glissemens, des roulemcns qui, en séparant les parties et changeant leurs rapports, déterminent la formation incessante d’espaces divers; espaces qui ne pourraient être comblés aussitôt que produits que par des corps assez ténus et assez subtils pour s’y adapter comme ferait un lluide élastique. Or, tels ne sont pas le.
oie, la rate, les reins, l’estomac et les intestins: tous solidaires des mou* vemens imprimés au corps, tous obéissant à l’action de la pesanteur, tous jusqu’à l’intestin lui-même, lorsqu’il est rempli de matière alimentaire, soumis à une forme déterminée. Certes les parois abdominales sont éminemment compressibles, susceptibles de se réduire ou de se dilater considérablement; mais elles ne le peuvent faire que suivant un même plan, et non suivant les plans si mobiles, si accidentés, des parties qu’elles recouvrent.
Je termine ces considérations anatomiques par celles qui ont trait aux cavités des séreuses cérébro spinales. Les dispositions de ces cavités exigent d’être étudiées à part, parce qu’elles dépendent de quelques rapports du cerveau et de la moelle avec ses membranes, qui ne me paraissent pas avoir été suffisamment précisées.
Les auteurs qui ont indiqué avec le plus de soin les rapports du cerveau et de la moelle avec les méninges ne font pas mention d’une disposition qu’il me paraît utile de signaler ici. Tous s’accordent à dire qu’entre la moelle et la dure-mère, entre le cerveau et la dure-mère, se trouve l’arachnoïde, dont un des feuillets, le feuillet viscéral, se réfléchit sur la dure-mère, et l’autre sur le cerveau et la moelle dont elle est séparée par la pie-mère. M. Magendie qui a mieux précisé, comme on sait, tout ce qui a trait au lluide céphalo-rachidien, a montré le premier que ce fluide est renfermé dans l’espace sous-arachnoïdien, et se trouve en communication directe avec les ventriculesdu cerveau au moyen d’une ouverture spéciale placée entre l’extrémité supérieure de la moelle et le quatrième ventricule. M. Magendie s’est arrêté là; mais notons qu’il a été plus loin que ses devanciers, qui ne parlent pas des communications des ventricules du cerveau avec l’espace sous-arachnoïdien. Cependant ce n’est pas tout. Il y a un autre espace entre la dure-mère et le feuillet libre de l’arachnoïde, qui se continue avec le même espace correspondant au cerveau, en sorte que la cavité sous-arachnoïdienne communique avec l’intérieur du cerveau, et la cavité arachnoïdienne, proprement dite, communique avec la cavité arachnoïdienne extérieure du cerveau. Du mercure injecté dans l’espace sous-arachnoïdien se rend dans les quatre ventricules, et injecté
dans la cavité arachnoïdienne de la moelle, il se rend partout a la surface du cerveau. Celte double disposition, qu’on pouvait conclure des notions acquises, mais qui n’avaient pas été suffisamment précisées, sur les rapports de l’arachnoïde cérébro spinale avec la masse encéphalo-rachidienne, était indispensable à spécifier nettement pour faire apprécier les rapports différens qui s’établissent successivement entre les parties extérieures et intérieures du cerveau. Voici, en effet, comment les choses se passent.
Dans le mouvement d’expansion du cerveau, les cavités intérieures se dilatent; leurs parois se séparent et agrandissent d’autant les ventricules qu’elles circonscrivent. A ce mouvement d’expansion de la masse encéphalique correspond un rapprochement des parois de la cavité arachnoïdienne cérébrale périphérique. Le contraire a lieu lorsque le cerveau se contracte et s’abaisse; c’est-à-dire qu’il y a resserrement de ses cavités intérieures et ampliation des espaces arachnoïdiens extérieurs. Voilà, comme on le voit, la répétition des circonstances que nous avons notées pour toutes les cavités séreuses. Je m’abstiens pour le moment de tirer de ces dispositions les conséquences qui peuvent en sortir pour éclairer le mécanisme de la sécrétion et de la double circulation des fluides cérébro-rachidiens dans la double cavité arachnoïdienne et sous arachnoïdienne, et pour rendre compte, surtout, de la circulation générale de l’encéphale.