U. EXPÉRIENCES SUR LES CAVITÉS ARTICULAIRES
Première expérience. — J’ai pris le cadavre d’un adulte. La jambe étant placée dans l’extension sur la cuisse, j'ai pratiqué au niveau de la partie, antérieure et externe de l’articulation du genou une petite ouverture pénétrant jusqu’à l’intérieur de cette articulation. J’ai introduit par cette petite ouverture l’extrémité effilée d’un tube recourbé et gradué de deux lignes de diamètre, analogue au tube de Welther, dans lequel se trouvait un liquide coloré.
Le niveau des deux colonnes de liquide ne s’élevait qu à la moitié de la hauteur des deux branches parallèles ascendantes du tube, de manière à lui permettre (au liquide) de s’élever d’un côté d’une certaine quantité, et de s’abaisser d’une quantité correspondante de 1 autre côté, en cas de pression inégale de la part des deux milieux en rapport avec chaque colonne de liquide. La circonférence de la portion du tube introduite dans l’articulation du genou fermait hermétiquement l’ouverture qui lui avait donné passage, et son extrémité correspondait au point de réunion des deux surfaces articulaires du fémur et du tibia. Les choses étant ainsi disposées, j’ai fait exécuter à la jambe un mouvement de flexion sur la cuisse; j’ai vu immédiatement le liquide renfermé dans le tube monter vers l’extrémité correspondant à l’intérieur de l’articulation, et reprendre sa première position dès que je replaçais la j ambe dans l’extension. Le mouvement d’ascension du liquide suivait exactement le mouvement de flexion du genou, se reproduisait et cessait avec lui. Cependant la rapidité et le degré d’ascension du liquide variait suivant certaines positions du tube, à tel point que, dans une position déterminée, le liquide s’est élevé brusquement et a fait irruption dans la cavité articulaire.
Deuxième expébience. — J’ai pratiqué la même expérience à l’articulation coxo-fémorale. La cuisse étant maintenue dans l’extension sur le bassin, de manière à ne laisser aucun espace entre la surface de la tête fémorale et le plancher cotyloïdien, j’ai perforé ce dernier avec les plus grandes précautions, au moyen d’un foret appliqué par l’intérieur du bassin sur le point correspondant au sommet de l’articulation, et de manière à tomber perpendiculairement à leur plan de tangence. Pendant ce travail, je faisais maintenir le fémur fixe et en rapport immédiat avec le fond de la cavité cotyloïde. Lorsque j’ai eu la certitude d’être arrivé jusqu’à la surface de la tête fémorale, j’ai introduit l’extrémité de mon tube, revêtue d’un bouchon en liège, d'un diamètre suffisant pour fermer hermétiquement l’ouverture pratiquée au plancher de l’acétabulum. J’ai fait ensuite décrire à la cuisse des mouvemens de flexion, d’adduction et d abduction, très limités d’abord, et j’ai vu à chacun de ces mouvemens
la colonne de liquide coloré s’élever vers l’articulation, suivre chacun des mouvemens dont il s’agit, et redescendre au niveau de la colonne en rappoit avec 1 air extérieur, chaque fois que je ramenais la cuisse dans l’extension. Après avoir répété la meme pratique un certain nombre de fois, j’ai porté brusquement la cuisse dans la flexion et un peu dans l’abduction, et tout le liquide du tube s’est précipité dans l’intérieur de l’articulation, moins la dixième partie de la colonne environ qui dépassait en dehors l’oriüce de l’articulation, et qui était continue avec les neuf autres dixièmes de la colonne du liquide qui avait envahi sa cavité. Après quelques autres mouvemens, la totalité du liquide fut attirée dans l’intéi ieur de 1 articulation, et à chaque retour de la cuisse à l’état d’extension, il en sortait une certaine quantité mêlée de bulles d’air, qui avait pénétré avec la dernière portion du liquide. Je ferai remarquer que pendant tous ces mouvemens j’ai eu soin de maintenir la tête du fémur appliquée contre le fond de la cavité cotyloïde, pour m’opposer à l’action du poids du membre.
Ces deux expériences me parurent suffire pour établir d’une manière directe les faits qui l’avaient été d’une manière moins positive par l’observation anatomique. Il résulte donc de ces deux ordres de faits, de l’observation et de l’expérience, que pendant certains mouvemens ou certaines positions du membre, qui ne sont pas l’extension, il se forme dans l’intérieur de l’articulation du genou et de la cuisse des espaces nouveaux, ou des agrandissemens des espaces existans, ce qui rompt l’équilibre entre la pression extérieure et la pression intérieure, et produit au sein de ces articulations une tendance au vide ou un certain degré de vide instantané, d’où résulte un effort de succion sur leurs parois internes et sur les parties qu’elles renferment.
Il m’a paru inutile de répéter les mêmes expériences pour toutes les articulations du squelette : leurs dispositions anatomiques sont les mêmes, leurs fonctions les mêmes; j’ai pu par conséquent m’en tenir aux résultats fournis par les articulations du genou et de la cuisse.
b. EXPÉRIENCES SUR LES CAVITÉS DU PÉRICARDE, DES PLÈVRES, DU CERVEAU ET DI