‹ Memoire sur l'intervention de la pression atmospherique dans le mecanisme des exhalations sereusesChapitre 7 sur 8 · LA MOELLE · texte numérisé non relu

LA MOELLE

L’analogie que j’ai montrée entre les dispositions anatomiques du péricarde, des plèvres, du péritoine, des cavités cérébro-spinales et celles des cavités articulaires des membres, impliquait, pour être .admise dans toute sa puissance, une sanction analogue de la part de l’expérimentation. On devait partout démontrer par l’expérience directe que les cavités des séreuses sont, comme les cavités articulaires, soumises incessamment à des conditions d’ampliation, qui détruisent l’équilibre existant entre la pression intérieure et la pression extérieure. Pour mettre ce fait hors de doute, j’ai procédé de la manière suivante.

Troisième expérience. — J’ai fait au niveau du cinquième espace intercostal gauche d’un jeune chien une ponction pénétrant dans l’intérieur des plèvres; immédiatement j’y ai appliqué l’extrémité de mon tube recourbé, en ayant soin de le faire arriver jusque dans l’intérieur de la cavité pleurale, et de fermer complètement autour du tube l’orifice qui lui avait donné passage. A peine ces précautions avaient-elles été prises, que j’ai vu, à chaque mouvement respiratoire, pendant le temps de l’inspiration, j’ai vu, dis-je, le liquide s’élever dans la portion du tube correspondant à la plèvre, et descendre à chaque temps d’expiration et répétant la succession de ces deux mouvemens d’une manière exactement isochrone à ceux de la respiration. En variant l’inclinaison du bec du tube, son degré de pénétration, j’ai obtenu des degrés d’ascension différons du liquide qu’il renfermait.

Quatrième expérience. — J’ai mis à découvert sur un jeune chien la portion antérieure gauche du péricarde, en enlevant une partie de la moitié inférieure du sternum et des cartilages costaux correspondans. J’ai fixé avec une pince h dissection une portion du péricarde, et j’y ai pratiqué une très petite ouverture, pour recevoir le bec de mon tube recourbé. A peine fut-il introduit dans la cavité de la séreuse, qu’au même instant le liquide coloré remonta, comme dans l'expérience précédente, à chaque contraction des ventricules, d’une quantité qui variait à chaque

mouvement du cœur, mais dont les variations étaient toujours isochrones à ces mouvemens : j’ai répété plusieurs fois la même expérience, et jusqu au dernier battement du cœur de l’animal, le liquide a marqué, par ses oscillations périodiques, les ampliations périodiques de la cavité du péricarde, sous l’influence de la respiration et des contractions du cœur.

Cinquième expérience. — J’ai mis à découvert, sur un jeune lapin, à la partie postérieure du cou, les membranes de la moelle, au niveau de l’espace compris entre le rebord de l’occiput et l’arc de l’atlas, la tète de I animal maintenue dans une forte flexion; j’ai soulevé sur une aiguiile courbe très fine la dure-mère et le feuillet libre de l'arachnoïde. La portion soulevée des membranes comprises entre les deux piqûres de l’aiguille ayant été divisée, j’ai introduit immédiatement l'extrémité de mon tube, et j’ai vu aussitôt le liquide monter et descendre alternativement, comme dans les expériences précédentes , d’une manière isochrone aux mouvemens du cerveau. Je dois dire qu’il ne m’a jamais été possible, quelque précaution que je prisse, de passer mon aiguille entre le feuillet pariétal et le feuillet libre de l’arachnoïde, en respectant ce dernier ; toujours celui-ci a été compris dans l’ouverture pratiquée sur l’aiguille, et c’est toujours dans la cavité triangulaire, qui correspond à la jonction de la moelle avec le bord postérieur et inférieur du cervelet, et qui est formée par le feuillet libre de l’arachnoïde, que mon tube a pénétré. Cet espace est, comme l’a établi M. Magendie, l’aboutissant des cavités ventriculaires, qui met ces cavités en communication libre avec la cavité spinale du liquide céphalo-rachidien. Or, dans plusieurs expériences, répétées avec le plus grand soin sur les animaux de la même espèce, j’ai constamment obtenu le même résultat. J’ajouterai que, sans avoir besoin d’introduire mon tube, je pouvais, eu découvrant l’arachnoïde en ce point, constater l’existence d’un double mouvement d’expansion isochrone au mouvement d’élévation ou d’abaissement du liquide coloré du tube.

Il me restait à vérifier si j’obtiendrais les mêmes résultats à l’égard de la cavité crânienne. Voici comment j’y suis parvenu.

Sixième expérience. — J’ai enlevé au crâne d’un lapin adulte, vers la bosse pariétale gauche, une portion de la paroi osseuse, de 15 milli-

mètres de diamètre environ. J’ai ensuite perforé la dure-mère en la soulevant avec une pince, et j’ai introduit, par une ouverture du diamètre de l’extrémité de mon tube, cette extrémité, en prenant les précautions nécessaires pour ne pas perforer l’arachnoïde viscérale, ni atteindre la pulpe cérébrale. Dans ce but, et pour ne pas fermer l’ouverture du tube en l’appliquant contre la surface des circonvolutions cérébrales, je maintins son extrémité dirigée obliquement; et je vis, comme dans l’expérience précédente, la colonne de liquide correspondant au cerveau monter et descendre à chaque mouvement de retrait et d’expansion de la masse encéphalique. J’ai répété l’expérience plusieurs fois, et le résultat s’est toujours manifesté le même.

Que conclure de ces expériences? Qu’elles confirment en tout point les inductions tirées des dispositions anatomiques des parties, à savoir que, pendant les mouvemens du cœur, des poumons, du péritoine, du cerveau et de la moelle, comme pendant les mouvemens alternatifs de flexion et d’extension des articulations du squelette, il s’établit des espaces nouveaux dans les cavités correspondantes, ou des accroissemens des espaces existans, en vertu desquels la pression exercée à l’intérieur de ces cavités est sensiblement moindre que celle exercée h l’extérieur par la pression atmosphérique; d’où il suit que cette dernière pèse de toute la différence de ces deux actions sur l’extérieur des cavités, tend à refouler à leur intérieur les fluides qui doivent établir par leur exhalation l’équilibre des deux pressions.

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