‹ Memoire sur l'intervention de la pression atmospherique dans le mecanisme des exhalations sereusesChapitre 8 sur 8 · CONSÉQUENCES PHYSIOLOGIQUES ET APPLICATIONS PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES PHYSIOLOGIQUES ET APPLICATIONS PATHOLOGIQUES

Je n’ai presque fait jusqu’ici qu’exposer les conditions matérielles d’un phénomène, en démontrer l’existence par des expériences directes, sans me préoccuper de son résultat final, de son importance, et des applications dont il peut être susceptible. Nous allons aborder ces différens points de vue de la question.

Il est évident et incontestable que les cavités des séreuses articulaires et autres du corps humain présentent périodiquement pendant certains inouvemens, les conditions d’une pompe, d’une ventouse, qui raréfient les fluides renfermés dans leurs cavités, et établissent par cette raréfaction un défaut d’équilibre entre la pression extérieure atmosphérique et la pression intérieure de ces cavités, pressions qui, au repos, se font équilibre. Cette différence de pression entraîne, de toute nécessité, une action de succion et d’aspiration analogue à celle de la pompe ou delà ventouse. Le fait est matériellement incontestable; ce qui peut être contesté, c’est le degré plus ou moins énergique de cette succion; aussi n’abordé-je pas cette évaluation pour le moment : je me borne à établir comme une chose démontrée que les cavités des séreuses sont périodiquement soumises à une action de succion qui doit provoquer et faciliter la sortie des fluides exhalés, soit que ces fluides soient préalablement élaborés dans les petits canaux qui les versent, soit que la succion qui les provoque soit ellemême l’agent essentiel de cette production. En m’en tenant à ce rapport entre le fait de l’exhalation des séreuses et les efforts de succion qui les favorisent, les provoquent ou les déterminent, sans rien préjuger jusqu’ici à laquelle de ces trois actions ce rapport peut être élevé, je m’arrête devant son existence comme devant une condition qui joue un rôle important, n’importe lequel, dans l’accomplissement des exhalations séreuses, .le joindrai à ces preuves quelques considérations qui me semblent devoir compléter la démonstration.

Tous les physiologistes ont remarqué que l’on éprouve d’autant plus de difficulté à mouvoir les articulations qu’on se trouve sur des montagnes plus élevées, c’est-à-dire que la pression atmosphérique est moindre. 11 est encore d’observation presque vulgaire que les membres maintenus longtemps dans l’immobilité éprouvent une grande difficulté à se mouvoir; les articulations éprouvent des frottemens plus sensibles et accusés par des bruits de crépitation douloureuse. On sait même qu’une des conditions de l’ankylose des articulations c’est la parfaite immobilité. Il n’est pas nécessaire qu’il y ait maladie de l’articulation : l’immobilité seule des parties, continuée un temps assez long, amène

l’ankylose. Est-il besoin (le montrer les rapports de ees faits avec l’action de la pression atmosphérique sur la production des exhalations synoviales et des autres séreuses? Voilà, si je ne me trompe, autant de circonstances physiologiques qui tendent à compléter la démonstration du principe qui fait l’objet de ce mémoire et qui reçoivent à leur tour de ce principe une solution qu’elles n’avaient pas eue jusqu ici. D’autres faits appartenant à l’ordre pathologique auront ce double résultat d’appuver la doctrine et d’en recevoir des lumières.

Tout le monde sait, depuis l’ingénieuse expérience de notre honorable confrère, M. Jobert, de Lamballe, que l’adhésion des feuillets de la séreuse péritonéale est facile à obtenir lorsqu'on les maintient dans un contact parfait. On sait, au contraire, que les surfaces des muqueuses ne peuvent pas contracter ces adhérences, quelque précaution qu’on emploie. Dans le premier cas, la séreuse, n’étant plus soumise à une des conditions indispensables à l’exhalation du fluide, peut contracter immédiatement une adhésion qui ne sera pas troublée par la présence incessante de la matière sécrétée, cette adhésion immédiate devenant un obstacle à la continuité de cette sécrétion. Dans le second cas, la muqueuse continuant à verser son fluide dans l’intervalle de ses deux feuillets, la présence de ce fluide incessamment renouvelé empêche les deux surfaces d’adhérer immédiatement. Les mêmes notions n’expliqucnt-elles pas d’une manière toute simple et toute rationnelle les adhérences que contractent si facilement les surfaces correspondantes des diverses séreuses, à la suite des épanchemens dont elles sont le siège; comme au péritoine, au péricarde et entre les feuillets des plèvres. Terminons ces applications par des faits d’un ordre plus élevé et plus important pour la pathologie.

Tous les médecins savent de quel danger sont entourées les plaies qui pénètrent dans les articulations, dans le péritoine, dans les plèvres, dans le péricarde; la notion empirique de ce fait était aussi bien établie que la gravité des accidens qui s’y trouvent liés. Personne, cependant, n’en avait donné, ni même essayé d’en donner une raison quelconque; de là l’ignorance des moyens véritables de s’opposer à ces accidens. Cepeu-

dant quoi de plus simple à déterminer maintenant que nous connaissons l’influence de la pression atmosphériqne sur le mécanisme des exhalations séreuses, que les résultats produits par la cessation de cette condition ? L’air qui pénètre librement dans les cavités des séreuses entrave le mécanisme de leur exhalation; les fluides dont la sécrétion doit être nécessairement provoquée par une succion périodique exercée à l’orifice des vaisseaux exhalans, stagnent dans ces vaisseaux, les engorgent et amènent des accidens proportionnés à cet engorgement. Nous avons à peine besoin de formuler ici les conséquences pratiques qui découlent de la connaissance de ces rapports; éviter l’introduction de l’air dans les cavités des séreuses, l’en expulser et lui fermer tout passage; ces principes d’ailleurs existaient en partie comme résultats de l’empirisme, mais à l’état de préceptes incohérens, incomplets et non acceptés par tous.

Nous ne pousserons pas plus loin ces applications physiologiques et pathologiques du principe que nous avons cherché à établir dans ce mémoire; quelque effort de généralisation que l’on fasse, il n’est jamais possible de prévoir immédiatement toutes les applications dont un fait nouveau est susceptible; l’expérience nous porte bien souvent au-delà de nos prévisions.

Je me suis borné, dans ce premier mémoire, à établir l’existence du fait de l’intervention de la pression atmosphérique comme élément actif des exhalations séreuses, et à indiquer les conséquences les plus générales de ce fait; il me reste à apprécier plus rigoureusement le degré d’action de cette influence, à la mesurer s’il est possible dans son intensité; et à en déterminer la portée relative dans le mécanisme de la fonction , ces différens résultats, propres à compléter la notion du rôle que joue dans la production des sécrétions séreuses l’intervention de la pression atmosphérique, n’ajouteront rien à la démonstration de l’existence de cet élément fonctionnel nouveau, lequel me paraît suffisamment établi par les observations anatomiques, les expériences physiologiques et les faits pathologiques consignés dans ce mémoire. En conséquence, je me ci ois fondé à tirer de ce premier travail les conclusions suivantes.

1° Les articulations du squelette présentent pendant la plupart des mou -

vernens dont elles sont le siège une ampliation extemporanée des cavités qu’elles forment, ou donnent lieu à la formation d’espaces nouveaux, qui n’existent pas au repos des articulations. Ces accroissemens des espaces existans, ou ces développemens d’espaces nouveaux sont le résultat de deux ordres de conditions , à savoir : les changemens de rapports des plans des surfaces articulaires, et la tension des parois ligamenteuses et musculaires des articulations, par suite de l’écartenient de leurs points d’insertion.

2° Toutes les cavités des séreuses du corps humain, les cavités des plèvres, du péricarde, du péritoine, des méninges rachidiennes et cérébrales, présentent comme les cavités articulaires des ampliations périodiques des espaces qu’elles circonscrivent. Ces ampliations résultent du soulèvement du feuillet pariétal de la séreuse, entraîné par le développement des parties qu’elle tapisse, et de l’abaissement du feuillet viscéral, par suite de la contraction ou du déplacement des viscères qu’elle enveloppe.

3“ Les ampliations des cavités articulaires et des diverses séreuses du corps humain réalisent extemporanément des espaces fermés de toute part, sous l’influence desquels l’équilibre des pressions intérieure et extérieure se trouve détruit au profit de la pression extérieure, d’où un refoulement des fluides vers l’intérieur des cavités et un effort de succion périodiquement exercé sur les surfaces et les orifices ouverts à l’intérieur de ces mêmes cavités.

lx° L’intervention de la pression atmosphérique comme élément actif dans le mécanisme des sécrétions séreuses, établie par les dispositions anatomiques des parties, par l’expérience directe, l’est encore par les faits pathologiques. L’adhésion facile des séreuses juxtà-posées, la diminution, la suspension de l’exhalation de la synovie, et finalement l’ankylose liée à l’immobilité plus ou moins complète des articulations; leur rigidité sous l’influence d’une diminution delà pression atmosphérique pendant le séjour sur les montagnes élevées, et les accidens spéciaux des plaies pénétrantes de toutes les cavités séreuses, tirent leur signification réelle de l’action de la pression atmosphérique sur les sécrétions séreuses, et sont autant de témoignages à l’appui de cette doctrine.

su

Dans un prochain mémoire, je chercherai à fixer le degré d’action de la pression atmosphérique dans la production des sécrétions séreuses, et à déterminer l’influence relative de ce nouvel élément par rapport «à ceux qui peuvent concourir à l’exécution de cet ordre de fonctions.

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