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Mémoire sur l'Irlande indigène et saxonne

La population Irlandaise forme pour ainsi dire deiiz nations dans une ; nations ennemies, el qui bipn que occupant le même territoire, sont séparées par une ligne de démarcation si profonde, qu'il faudrait, sans aucun doute, un miracle de Dieu pour la combler.

D'abord ce s<mt les Anglo-Irlandais, anglieani, orangU- Ut, race implantée par la conquête, affermie par la violence * et enrichie par la spoliation. D'après le dernier tablt^au statistique de 1634, le nombre des Angto-lrlandais ne dépasse guère 800,000; mais ce parti concentre et absorbe en lui seul presque toute la propriété du pays.

Ce sont, en deuxième lieu, les Mil ésiuns- Irlandais, race indigène, catholique, démocratique, race vaincue et spoliée, qui comprend environ 7,000,000 d'hommes, presque tous condamnés à la misère la plus affreuse, véritable gibier de la faim. Nous trouvons, à cet égard, dans le livre qu'a publié récemment sur llrlaode M. Gustave de Beaumout, des renseignemeus précieux , qu'il appuie de documens authentiques : a Les uns, dit-il, les privilégiés, mangent des pommes •1 de terre trois fois par jour; d'antres moins heureux deux « fois; ceux-ci, en état d'indigence, une fois seulement; « d'antres enfin, plus dénués encore, demeurent un jour, « deux jours même sans prendre aucune nourriture, n Les commissaires Anglais, chargés de la grande enquête sur l'état social de l'Irlande en issfi, ont constaté qu'il y a dans ce pays pnès de S,000,DO0 d'individus, qui chaque année sont sujets ft mourir de faim; Undis que, paimi les Anglo-1 rian-

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vj • NOTfCE

(lais,^es fortunes varient d'un million à'oinquanle mille livres de rente.

On comprend tout de suite l'état de lutte permanente qui a dû s'établir entre les oppresseurs et les opprimés, les spoliateurs et les spoliés, les bourreaui: et las victimes, entre les Anglais, en un mot, et les Irlandais.

La famille de Daniel O'Connel est d'origine milësienne et catholique. Ses aïeux étaient ctiefsxlu clan dlverrarah. Son père Morgan O'Connel cultivait la terre de ses ancêtres en qualité de fermier du collège protestant de Dublin- Daniel O'Connel est né au milieu d'une région montagneuse et sauvage de la province de Munster, située dansla partie sud-ouest de l'Irlande, dans le comté de Kerry, à Carhen, durant l'année 1774. Sa première éducation fnt confiée à un vieux prêtre catholique; sou père l'envo^ ensuite à Louvain cbez les pères Dominicains, et de là, à Saint-Omer, chez tes Jésuites. Destiné d'abord à l'église, « ii se sentit probablement (dit l'nn de ses amis et le premier orateur Irlan- « dais après lui, Shiel) trop de chair et de sang en liirpour « faire un moine, et la nouveauté de la carrière légale Ifl a tenta. Le barreau venait d'être tout récemment ouvert aux « catholiques. Il quitta Saint-Omer et se rendit à Dublin oà « il fut reçu dans le barreau Irlandais au terme d'avril nvf; o cette année-là même, où l'Irlande révoltée avait été écrasée par les forces de l'ànglelerre,qui, la traitent sans pitié et sans merci, l'avait placée sous le coup d'une loi martiale atroce. Deux ans après, en ISOO, l'Union de l'Irlande et de l'Angleterre est consommée grâce i la lâcheté des membres du parlentent Irlandais, qui se vendent à Pitt pour at, 000,000. L'assemblée desavocHts deDublîn se réunit pour protester contre l'acte d'Union, et Daniel O'Connel, alors âgé de 24 ans, lance sa première philippiqueo&icielle contre les oppresseurs de sa patrie et l'anéantissement légal de l'indépendance de son pays. Dès- lors O'CoDnelsedévoueàla défensede ses compatriotes : et dans chacun de s^ plaidoyers il trouve l'occasion de placer une protestation contre l'asservissement de l'ir^ lande. BienUkt sa réputation grandit, et en même temps

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SUR O'CONlîEL. Tij

(|u'i| au^mte la fortune déjà considérable qvll doit A l'hérilage de son père et à celui d'un ODcle beaucoupplus rit^he. il pose les premiers fondeinens de sa puissance politîque-

II attaque, sans relâche, avec violence, la corporation municipale de Dublin, et par la fougueuse éloquence qu'il déploie au milieu à,es meeAi»{7<, conquiert cette faveur populaire qui ne l'a jamais plus abandoané.

Nous n'entreprendrons pas de (aire l'historique de cette vaste association, qu'organisa O'Connel, en isas, dans le but d'obtenir l'émane ipatioR de l'Irlande] de cette imm^att agitation qu'il a instituée, et qui lui a valu le surnom de grand agitateur. Tous ces détails, et bien d'autres encore, *e trouveront avec explications et commentaires, dans l'ouvrage que nous traduisons.

En 182S, O'Connel reçut la mission de se rendre en Angleterre, i la tête d'une députatjon chargée d'exposer les griefs du peuple irlandais.

Cependant les catholiques, ou plutAt l'association catholique, toujours bercés de promesses libérales trompeuses, et se voyant toujours renfermés dans uiAercIe de lois restrictives qui les privaient de tous droits, hors celui de payer d'énormes impôts, avaient, en 1815, déclaré guerre à mort au ministère. M. Tesey-Fitz-Gérald, en entrant dans le cabinet et en laissant une vacance dans la représentation du comté de Clare, fournit à l'assemblée catholique une occasion de manifester ses sentimens. li fut arrêté que toute U puissance du peuple serait mise en jeu. Dans cette occui^ rence, O'Connel fît tout-à-coup paraître une adresse dani laquelle il s'offrait pour candidat, et solliciuit l'appui dea fréeholdert (francs-tmanciers) du comté de Ctare. Nous reproduirons quelques passages du récit pittoresque qu'a &it de cette élection, ou plutât de ce combat , l'un dea acteurs, M. Shiel, que nous avons déjii eu l'occasion de citer.

L'élection s'ouvrit. Le shériCf fit la lecture du virrît. A h gauche était le ministre du Roi, entouré de l'aristocratie d^ comté de Clare ; à s^ droil^ s^ tenait M- O'Connel, presque

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seul, car la plupart des propriétaires catliolîques avaient déserté sa cause ei accompagnaient le candidat miniEtériet. C'était dans le centre de l'assembla que s'agitait la puissaute armée d'O'Connel, eo une masse,de paysans déterminés, parmi lesquels se mêlaient des habits noirs et des ligures ecclésiastiques. Fitz-Gérald prononça un discours des plus fins, des plus habiles et des plus insinuants. La parlie la plus saillaole de sa harangue et qui produisit la plus Tire sensation, avait trait & son pare, vieillard vénéré dans le canton, qui s'était opposé à l'union et avait droit à la reconnaissance nationale. Au moment où il parlait, son père était couché sur son lit d'agonie, ignorant les débats auxquels son fils était en butté. M- Fitz-Gérald s'arrêta une minute, et desesyeuxjaillit un torrent de larmes. Il y eut peu d'auditeurs qui ne lui donnassent desmarques de la plus vive sympathie, et, quand il se rassit, une forte et unanime salve d'à pplaudisse mens ébranla les murailles.

O'Connel prit alors la parole, et dans sa réplique il déploya contre son antagoniste une foudroyante Energie. Ardent, passionné, niilleur, impitoyable, il réussit à effacer l'impression qu'avait produite le discours pathétique de son adversaire, et il assura le succès de son éleclîon.

Le lendemain on commença le poil. Les calboliques en masse votèrent pour O'Connel.

Il faudrait un volume pour raconter tout ce que l'élection offrit d'incidens pleins d'intérêt. Contentons-nous seulement du fait suivant. On avait élevédevant la maistm du candidat une large plate-forme qui communiquait avec la fenêtre de son appartement, et sur laquelle il pouvait s'avancer quand il était nécessaire de parler au peuple. C'était là que des orateurs improvisés, ecclésiastiques et laïcs, s'adressaient tour-à-tour h la foule. La plupart étaient accueillis avec de bruyantes acclamations ; mais à une heure avancée de l'après-midi, et lorsque l'obscurilé croissait rapidement, un prêtre se montra et prit la parole. Dix mille paysans étaient assemblés devant l'orateur. Pas un mot ne fut prononcé, pas un bruit ne fut entendu, et cette masse Tivanle,

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mais presque sans soufile, resta dans une inonobililé absolue. P^idant quelques miputes l'assemblée écouta dans une attention profonde, un respect religieux. Tout-à-coup le prélre et la multitude s'ageoaui lièrent simultanément. Ils prièrent quelques momens ea silence, puis tous se relevèrent ensemble. Le prêtre venait d'informer-la foule qu'un de ses propres paroissiens, qui avait volé pour M. Fitz-Gérald, venait d'expirer; il en avait appelé au peuple pourdemander tous ensemble i Dieu le salut de cette âme, et que le péché commis par ce malheureux, en vendant son libre vote, lui fbt pardonné.

.Le poil f«t enfin fermé, et l'élection d'O'Connel fut proclamée.

De toutes parts éclatèrent les hourra» pour CConnel , et le gouvernement anglais, effrayé de cette audacieuse et éclatante manifestation, se détermina enlîn, six mois après, à céder. Le bill d'émancipation fut voté.

Le 10 mai 1829, le grand agitateur fit pour la première fois son apparition au parlement d'AngleterEe, et invoquant le bénéfice de la loi d'émancipation, votée après son élection, il refusa de prêter le serment de la suprématie protes~ tante. Après de vifs débats, son élection fut annulée, et il retourna en friande pour solliciter une seconde fois lemandat des électonrs de Clare. Sa marche fut un véritable triomphe. 11 fut réélu et vint enfin prendre possession de son siège & Westminster, dansles premiers jours de 1B30, et depuis lors il ne l'a pas quitté. Il a contribué & la Chute du ministère Wellington et h l'avènement du ministère whig de lord Grey; ■1 a appuyé le bill de la réforme et s'est tour-à-tour fait l'allié des radicau:t et deS whîgs, selon qu'U voyait dans ces alliances un moyen d'arracher a l'administration des mesures 'Savorables à Ulrlande, Et qu'on ne s'étonne pas de ces évololian^fréquentes du grand' oraleur, car, ce qu'il veut avant tout, c'est la délitranëé et l'afTra^ichisscment de son pays, ' deviueijjri^ parti qu'ils lui viennent. .

,. ti*0'G(fhDél, a dit avecraisonM. deBeanqionI,n'estni un - •P homme de pure opposition garlcmen taire, ni un homme

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a de révolution ; il est l'un et l'autre, lour-^-tour, et sel<>il c les cas; tout pour lui consiste à obéir et à résister avec dis- « cernement. >>

Pour donner une idée de la puissance d'O'Connel en Irlande, conteatoDS-nouG de dire que c'est Vaitocialion catholique qui mène l'Irlande, et que c'est lui qui mène l'association. '

Depuis quelque temps O'Connel, trompé dans ses espérances, a complètement rompu avec le gouvernement, n tonne et demande l'abolition de la dlme, la réforme des corporations municipales, et jette sans cesse la terrifiante menace du rappel de l'union. En un mot, il a replacé l'Irlande sur le pied de l'agitation.

Et maintenant faisons aussi succinctement que possible la pbysiologie, pour ainsi dire, de cet homme que les Irlandais appellent le libérateur ; les wbigs, l'agitateur, et les tories^ le roi mendiant {the beggar king), parce que, pour subvenir 2 ses énormes dépenses, dépenses toutes faites pour hâter le triomphe de son parti, ses compatriotes, les plus riches comme les plus pauvres, lui paient une véritable liste civile, une liste civile qui, enlS95, a dépassé 514,000 fr.

Les mouvemens d'O'Connell sont violens ; sa voix brusque, son ton plein d'autorité; sa taille est de cinq pieds huit à dix pouces (anglais); il a les épaules larges, les jambes fortes, le système musculaire très développé. Son front contracté, sur lequel se peint l'elfort d'une méditation qui- sç concentre et qui réupit toute son énergie sur un point unique, indique iobilliblement, une haute capacité intellectuelle. Ses yeux mobiles et cbatoyans sont â'une-nuance un peu équivoque qui* tient le milieu entre le bleu pâle et le gris. L'agitation des affaires, le travail du jnbinet, les soucia de l'ame et de la vie publique n'ont cependant point effacé de ses joues l'éclat de. la santé. Dan&les angles que forment les coins de sa bouche se cache ou plutôt se rév4l£ aux re-, gards de l'oBservateur l'expression d'ufte satire afuére. Il y a en général un aplomb vigoureux, une prépondérance r^ marquable des muscles et *4^',nerfs sur les autres parties

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anutitutÏTes de r<mg:anisation humaine. Sa tète est forté,son cou large, sa poitrine développée. Rien de sombre ni d'austère n'obscurcit d'ailleurs cette mâle physionomie; on y lit la conscience d'une puissance intérieure et d'une énergie qui n'a rien d'inquiet dans son activité. Son nez complètement étranger au moule classique des formes grecques ou romaines se fait remarquer par cette solidité osseuse et cette masse imposante que Cromwell, ee glorieux rebelle, comme l'appelle lord By ron, exigeait comme qualité indispensable chez ses gardes-du-corps, dans la persuasion qu'un grand nez et de vigoureux poumons attestent la vigueur de l'âme et la fermeté de la conduite. Le désordre de son costume forme un frappant contraste avec le calme réfléchi de ■on attitude, dans les occasions solennelles. La négligence semble présider h son habillement ; sa cravate & peine nouée retombe d'ordinaire sur sa chemise entr'ou verte et sur son gilet débraillé qui laisse entrevoir sa poitrine. Toujours absorbé dans sa méditation, unemain dans la poche de c6té et l'autre continuellement placée sur sa poitrine, il semble un général qui combine son plan de bataille. Pour rendre fidèlement sur la toile sa pose, sa physionomie, la négligence même et le désordre de son costume, il faudrait le pinceau original d'un Titien ou d'un Vandyck.

Les qualités oratoires de ce grand meneur du catholicisme, ou plutôt les caractères distinctifs de son talent, sont la véhémence populaire et l'impétueuse invective, facultés qui pourtant, quand il veut être simple et fleuri ou pathétique, n'excluent ni l'élégance ni la grâce. Mais c'est surtout dans les meetings qu'il triomphe. Il remue à son gré les basses classes, et sa puissance sur elles ressemble à un instinct, & un prestige, à une force innée et surnaturelle. Son style est singulièrement énergique -. gaité, raison, raillerie, invective, argumentation, tout chez O'Connei se rapporte au peuple et semble se combiner pour l'ébranler et l'entraîner. Aussi, bien qu'il se; trouve singulièrement comprimé à la tribune, est-ce encore l'homme du parlement dont l'éloquence est la plus vigoureuse, la plus accablante. L'accusation et

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l'invective dominent dans ses harangaes. A[on même qu'il plaisante, il atterre. Son sarcasme vifftent tombe comme une massue sur son adversaire, sur se victime. Ce que l'&preté sonore de sa voix a de rudesse et de discordant ajoute i l'efTet spécial qu'il aime h produire. Il ne persuade pas toujours, il accable, il éblouit, il irrite. Irlandais par le génie et par le caractère, aussi bien (fUe par la naissance, il n'est personne dans les premiers comme dans les derniers rangs de la société Irlandaise qui sache disposer avec une autorité plus complète des passions de ce peuple ardent et enthousiaste. Toutefois, tant que l'orateur Irlandais ne s'échaulîe pas, il est faible, mais aussi, dès que la lavé du volcan s'allume et coule, il est sublime '.

Nous avons dit que les caractères distinctifs du talent oratoire d'O'Connel étaient la véhémence populaire et l'impétueuse invective; il arrive cependant que, dans de graves et solennelles occasions , il laisse de côté le sarcasme et l'injure, et que se pénétrant de la hauteur de sa mission, il s'élève jusqu'aux plus magnifiques et aux plus poétiques accens : voyez plutôt comme il termine son allocution au peuple rassemblé après sa seconde élection h Ctare : a En présence de mon Dieu, et avec le sentiment « le plus prorond de la responsabilité qu'entraînent les « devoirs sacrés et redoutables que vous m'avei deux fois «imposés. Irlandais! je les accepte! et je puise l'assu- ■ rance de les remplir, non dans ma force, mais dans la a vAt|e. Les hommes de Clare savent que la seule base de o la liberté est la religion. Ils ont triomphé parce que la n voix qui s'élève pour la patrie avait d'abord exhalé sa « prière au Seigneur. Maintenant des chants de liberté se a font entendre dans nos Tertes campagnes; ces sons par- « courent les collines, ils ont rempli les vallées, ils muru murent dans les ondesdenos fleuves; et nos lo'rrens,avec K leorvoixdetonnerre, crient aux échos de nosmontagaes: « L'Irlande est libre. <>

Sa parole est-elle moins pure, moins digne, moins graudiose, quand, lors de sa tournée triomphale en Ecosse, en

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lias, il remercie les Ecotsais, en ces termes, de l'^ocneii qu'ils lui ont bit :

« Ecossais, avec tous je pense tout haut, et c'est un plai- (t sir pour moi. On apprendra en Irlande l'accueil que m'ont « fait les -Anglais et les Ecossais; on l'apprendra avec r^- « vissement. La reconnaissance irlandaise poussera un long u cri de joie; on saura comment l'Ecosse a reçu l'humble « enfant d'Erin; et les âmes ardentes de mon pays seront a émues ; les mires Irlandaises tenant sur leur sein un noua veau-né>t le hen^nt avec des airs nationaux, s'arréteron t i « Ce touchant récit : elles mêleront les vieux chants écossais, a rhf mne de Wallace, aux vieux chants de l'Irlande ; nuis a pendant le sommeil de leur enlaat. elles prieront Dieu de « bénir le généreux et noble peuple qui, dans les jours de a malheur, a tendu à l'Irlande opprimée une main secou- « rable. » ^

Dans un autre endroit de son distours il avait dit : « Non, « mon intention n'est pas de troubler le repos social ; mais sil faut que la liberté suive sa route ; il faut qu'elle mar- « che, qu'elle oiarche! ou je n'hésiterai pas, si elle s'arrête, > à précipiter le char, quand je devrais le renverser, n

Résumons-nous :

O'Connel est le symbole de l'émancipation populaire ; ce qui domine chez lui, c'est le génie de la démocratie; l'émancipation des catholiques, cette œuvre à laquelle il s'est dévoué, est tout aussi bien*une révolution politique et populaire qu'une entreprise religieuse. Aussi n'est-ce plus seulement l'Irlande qui considère O'Connel comme un messie, le grand agitateur remue les trois royaumes j il fait ses tournées triomphales comme un Boi. - •

On s'incline malgré soi devant cette volonté puissante qui fait face à tous les événemens,*<> fous les périls sans reculer jamais ! Que de constance et d'énergiatt a fallu à ce vigoureux athlète pour en arriver là, quand on consi^re le point d'où il est parti. Tout était à faire, il a fallu ft O'Connel créer les événemens, réunir péniblentcnt et en secret les élémens incendiaires^ îl ue lui a pas suffi d'être te par-

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rain du motavemeat qui s'opérait, il en a été le père, ifàpAtre, le précurseur.

Et maintenant que le gouTernement britannique refuse de rendre justice à l'Irlande , malheur ft l'Angleterre ! le rot mendiant, comme les tories l'appellent, soulèrera le levier decette agitation gigantesque, qui esttoujoars soussa main, Qn'on pense àce qui se passe en Irlande, et l'on se convaincra sans peine qu'il suffirait d'une étincelle pour rallumer l'incendie, le feu de l'insurrection. Aux haines religieuses, au sentiment de l'oppression se joignent les haines terribles delà misère et de la faim. Contre les protestans, les vainqueurs, les proprié I aires, les riches, les Anglais, se lèvent et marchent, les pauvres, les paysans sans pain, les misérables qui né soutiennent leur existence qu'avec quelques boisseaux de pommes de terre, les catholiques, les opprimés I C'est une guerre perpétuelle des esclaves contre les maîtres , guerre qui subsistera tant que le catholique d'Irlande ne sera pas en tout et pour tout l'égal du citoyen anglais. L'émancipation catholique a été prononcée, mais les catholiques paient encore la dtme k l'église protestante , mais ils sont encore enfermés dans un cercle de lois de fer, mais ils meurent de faim I H reste donc encore beaucoup h lkire;et si le gouvernement ne cède pas, grâce à l'association formidable tant de fois dissoute, mais toujours reformée et pétrie par les puissantes mains d'OTonnel, les liens qui attachent l'Irlande à l'Angleterre seront violemment brisés : car aucun desinstrumens dont se sert le grand agilaleur n'est émoussé,et le libéraleur ébranlera la Grande-Bretagne dam ses bases plutôt que de voir sa patrie, son Iriande catholique et bién-aimée, toujours l'esclave, toujours la victime, toujours la proie de maîtres insolens et barbares, des protestans t . . .

OHTAHB FouHinw.

19 avril t94l.

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