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Est-il possible de remplacer avantageusement l'opium que le commerce nous apporte à grands frais du Levant , par celui que fournit l'œillette cultivée dans le nord de la France ? Telle est la question , longtemps douteuse , à laquelle des expériences récentes permettent de répondre affirmativement.
En faisant des incisions superficielles à la tête d'un pavot (fig. 1 , 2 , 5 e t 4) avant la maturité des graines qu'elle renferme , il s'en écoule un suc blanc, laiteux, qui brunit et prend de la consistance à l'air : ce suc est l'opium , substance trèscomplexe où les chimistes ont trouvé une vingtaine de principes divers (2) , parmi lesquels la morphine est le plus actif ;
(1) La partie de ce Mémoire , relative aux résultats des expériences, a été insérée dans les Comptes-rendus de l'Académie des Sciences de Paris , du 16 octobre 1854.
(2) Morphine , codéine , narcotine , opionine , papavérine , Ihébaf ne on paramorphine , méconine, narcélne, bassorine, acide méconique, acide acétique, acide bran extractif, résine, huile grasse, gomme, caoutchouc, ligneux , principe vireux volatil, mucilage, fécule , albumine végétale, substance végéto-animale, sulfate de potasse, sulfate de chaux, fer, etc., quelquefois du sable, de petits cailloux, des graines de rumex, des débris de feuilles, des poussières, des insectes, etc., sans compter les matières
aussi est-ce d'après la proportion de cet alcaloïde qu'on juge de la richesse d'un opium.
Si Ton ne peut savoir aujourd'hui, pas plus qu'au temps de Molière, pourquoi l'opium fait dormir, on peut du moins dire quel est celui de ses éléments qui jouit de la vertu dormitive. On sait, en effet, que plus l'opium contient de morphine, plus est grande sa propriété narcotique; c'est déjà quelque chose. Quant à la cause première qui donne à ce produit le pouvoir d'assoupir la douleur et de provoquer un sommeil irrésistible, il faudra, sans doute, se résigner à l'ignorer toujours. C'est une de ces mille forces mystérieuses dont l'homme utilise les effets sans en connaître l'essence.
Tous les pavots, incisés en temps convenable, donnent de l'opium (1) , mais toutes les espèces n'en fournissent pas la même quantité ; la qualité en est aussi très-variable. Les opiums de Smyrne, de Constantinople, des diverses provinces de T Asie-Mineure, de Perse, d'Egypte, (Thébaïde), de l'Inde (Patna, Malwa, Bénarès), sont extraits du pavot blanc (papayer sumniferum album et Orientale) à tête ronde que l'on exploite en grand dans ces contrées.
étrangères qui serrent trop souvent à la falsification de ce précieux agent thérapeutique. Quant à la composition chimique des principes immédiats , elle est assez simple : de l'oxigène , de l'hydrogène , du carbone et de l'azote quelquefois.
L'analyse de l'opium a été faite par Alston , Buchner , Scbwartz , Lavoisier , Dubuc , Derosnes , Sertucrner , Seguin , Robiqoet , Pelletier , Couerbe , Caventou , Aubergier , Orûla , etc.
(1) En général , les plantes qui constituent la famille des papavéracées ( qui renferme les genres papaver, argémone , méconopsis, sanguinaria, bocconia, rœmeria, glaucium, chelidonium, hypecoum, podophyllum , jeffersonia , etc. ) , contiennent toutes des sucs plus ou moins narcotiques ou vireux.
La variété spécialement cultivée dans le nord de la France sous le nom d'oeillette est celle qui fournit l'opium le plus riche en morphine; c'est ce qui résulte d'expériences bien des fois répétées. Le pavot brun pourpre fvivace) sur lequel M. Àubcrgier, professeur à la faculté de médecine de Clermont-Ferrand, a fait des travaux très-suivis, serait encore supérieur au précédent par la quantité d'opium qu'il donne, bien que la proportion de morphine y soit plus faible dans un poids donné de suc opiacé. D'ailleurs se rapprochant beaucoup du type normal admis dans les préparations pharmaceutiques, il offrirait encore sous ce rapport un avantage de plus que le pavot-œillette. L'huile qu'il donne est aussi de bonne qualité.
Mais tout en accordant une grande supériorité à l'opium d'oeillette sur ceux du Levant, relativement à sa teneur en morphine, ainsi qu'à ses bons effets en thérapeutique, on a regardé jusqu'ici ce produit comme trop peu abondant pour que sa valeur commerciale couvrît les frais d'exploitation. C'est là une erreur que nous vous proposons de rectifier par des chiffres résultant d'expériences précises et consciencieuses,
Nous entrerons ici dans quelques détails indispensables car toute la question de l'opium indigène est dans le prix de revient , de la main d'oeuvre.