‹ Memoire sur l'opium indigèneChapitre 5 sur 6 · RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Oo a constaté depuis longtemps que les effets thérapeutiques de l'opium sont dus, en presque totalité, à la morphine qu'il contient, et que les autres principes secondaires^ tels que la codéine, la narcotine. etc, agissent à peu prés de la même manière quand ils sont employés en quantité suffisante ; encore l'efficacité de la narcotine est-elle révoquée en doute.

Tous les chimistes s'accordent à reconnaître que l'opium extrait du pavot œillette cultivé dans le nord de la France pour en tirer l'huile de ce nom , est, quoique moins abondant, beaucoup plus riche en morphine que les opiums fournis par le commerce du Levant.

Quoiqu'on n'ait pas fait, jusqu'à présent, une analyse complète de l'opium indigène, on a plusieurs raisons de croire que les principes accessoires dont nous venons de parler ne lui font pas défaut.

La plus importante de ces substances secondaires, la codéine, a été reconnue par II. Bénard et moi dans l'opium récolté à Amiens. La faible proportion de ces éléments pourrait seule motiver quelques craintes s'il s'agissait de remplacer complètement les opiums exotiques par l'opium indigène.

De nombreuses expériences faites en Italie, en Algérie, dans les Landes, en Auvergne, dans le nord delà France et en Angleterre, prouvent que le climat n'exerce pas d'influence appréciable sur la teneur en morphine d'un opium provenant d'un pavot d'espèce déterminée; que la bonne culture et le choix des variétés de pavots, peuvent amener des différences considérables dans la production d'opium de bonne qualité; que le pavot brun rouge pourrait remplacer

avantageusement l'œillette .sous le double rapport de la quantité d'huile que donne sa graine et de la valeur commerciale de son opium.

Le seul obstacle qui arrêtât jusqu'ici la récolte de l'opium indigène était dans les frais de main-d'œuvre qu'on disait supérieurs à la valeur du produit. Les expériences rigoureuses de M. Bénard nous paraissent avoir complètement levé la difficulté , puisqu'elles prouvent qu'un hectare de terre planté en œillettes peut donner au cultivateur un bénéfice net de 600 francs en moyenne, sans préjudice de la valeur de la graine qui n'aura rien perdu en quantité ni en qualité.

M. Bénard est tellement convaincu de l'avantage de cette exploitation , qu'il se propose de faire , l'an prochain , une ample récolte d'opium indigène. Puisse-t-il avoir des imitateurs !

Rien ne s'oppose donc maintenant à l'exploitation en grand de l'opium d'œillettes. Je me trompe, il reste encore un obstacle très-grand, insurmontable peut-être : celui d'établir une chose utile en faisant sortir de leur apathie les gens mêmes à qui le procédé doit être le plus profitable. L'histoire de l'agriculture est pleine de ces résistances passives, fruit de la défiance et de la routine qui n'est qu'une forme de l'ignorance. Pour prendre l'initiative, pour imprimer une vigoureuse impulsion à cette nouvelle industrie» il faudrait le concours d'une association éclairée et puissante, comme celle des comices agricoles ou des sociétés d'horticulture, ou mieux encore , le patronage du Gouvernement , et des essais faits sous les yeux des cultivateurs dans les départements où l'on exploite l'œillette pour en extraire l'huile seulement.

Lorsqu'on sera parvenu à établir l'industrie de l'opium indigène, on aura doté plusieurs départements (Somme,

Aisne, Pas-de-Calais, Nord) d'un nouveau revenu annuel de plusieurs millions, dont jusqu'ici la France est entièrement tributaire de l'étranger. De plus, ce qui est d'un prix inestimable et d'une grande ressource pour cette époque, on aura créé à la classe ouvrière , dans les semaines de chômage qui précèdent la moisson , 50Q à 600 journées de travail par hectare de terre planté en œillettes.

Le sujet est assez important pour mériter l'attention des économistes et des agronomes ; aussi faisons nous des vœux pour que les intéressantes expériences de M. Bénard ne restent pas sans résultats.

L'Académie, après avoir entendu la lecture de ce Mémoire, en a voté l'impression immédiate et l'envoi à M. le Ministre de l'Agriculture et aux Comices agricoles des départements de la Somme, du Pas-de-Calais, du Nord, de l'Oise et de l'Aisne, ainsi qu'à plusieurs Sociétés d'horticulture.

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