DE LA RICHESSE
La richesse est l’excédant du produit sur les dépenses de production-.
De la position de l’homme propriétaire et administrateur du résultat de son travail, et même de la source productive qu’il a fécondée, résulte une foule de positions différentes, pour les différents hommes.
Chacun de nous est responsable de son existence, eu égard aux facultés et aux moyens que la nature ou la fortune lui ont donnés. La richesse, c’est-à-dire l’excédant du produit sur les dépenses de production, est une conséquence du travail et de la propriété ; c’est un don du ciel; l’homme le plus capable n’y a pas plus de droit que celui qui l’est le moins; car la capacité est déjà une faveur du créateur, au moyen de laquelle cet homme pourra s’élever ; le génie même est un si grand don, que nos lois n’en attribuent pas la jouissance exclusive à l’homme qui en est doué; le brevet d’invention n’a de durée que pour un temps, après lequel l’idée de l’invention appartient au public qui est appelé à la féconder. L’homme n’a droit à rien par lui-même. Quel est celui qui mérite en soi, la dépense de sa vie? L’homme n’a de valeur humaine que par son utilité pour d’autres hommes moins capables ou moins puissants que lui. Si l’on ne considérait l’humanité qu’au point de vue de l’utilité et du mérite humain, il faudrait supprimer peut-être l’humanité entière, car notre mérite n’est que relatif, et le plus parfait, à quoi servirait-il, si l’homme n’avait un cœur pour le rattacher au créateur? 11 faut donc laisser les richesses à leurs possesseurs naturels. Mais les emplois publics ne sauraient avoir des possesseurs naturels. Ils exigent de la capacité, du travail, et par conséquent un choix parmi les hommes.
Le rôle de l’homme riche est, en quelque sorte, de classer les choses et les produits des hommes, d’admirer et de remercier le créateur.
Sans richesse, tous les hommes seraient égaux et devraient être occupés uniquement de la production de leurs aliments et des choses nécessaires à leur existence matérielle; l’humanité pourrait être plus nombreuse, mais elle serait complètement abrutie. Car pour qu’un homme s’occupe des choses étrangères à celles de l’existence matérielle, il faut qu’un autre homme pourvoie à ses besoins physiques, et que, par conséquent, celui-ci ait un excédant de produit, sur ses frais de production, c’est-à-dire, sur son existence propre. Cet excédant de production pourrait servir à nourrir deux ou trois hommes occupés sur un sol aride, qui ne produirait que la moitié ou le tiers de ce qui est nécessaire à leur existence; mais alors l’existence intellectuelle et morale de l’homme serait perdue.
La richesse est donc nécessaire. Le rôle de l’homme riche n’est pas
difficile; il lui suffit presque d’avoir le senlimmenl du devoir et d&la justice. Malheureusement, l’homme est tellement faible, que souvent il ne voit que lui-même et oublie les autres. Mais l’ambition rend ce defaut peut-être plus fréquent encore chez les hommes supérieurs. Le roi autrefois était le riche delà nation.
Il n’appartient à personne de créer un riche ; l’état n’est pas compétent pour classer les hommes ; d’abord, les juges seraient des hommes; en outre, l’humanité, ou la masse des hommes, courraient le risque d’oublier qu’ils ont à rendre des services, pour ne songer qu’à devenir capables ou à le paraître ; et c’est là déjà une plaie de notre société ;. par suite du choix à faire, pour le petit nombre de places qui sont à donner, les hommes s’usent dans une vaine activité d’esprit..