‹ Mémoire sur l'organisation du travailChapitre 4 sur 16 · DE L’ÉTAT ACTUEL DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE L’ÉTAT ACTUEL DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

La société française est donc une réunion d’hommes entre lesquels; sont répartis le sol et toutes les sources productives de la France ; hommes responsables de leur existence et de celle de leurs familles, chacun selon ses moyens', sous la protection d’un pouvoir chargé de veiller aux intérêts communs, et dont le chef est le représentant et le délégué de la nation.

Mais toutes ces existences sont loin d’avoir, les mêmes chances de succès ; les uns sont malheureux ou incapables dans leurs entreprises ;; d’autres naissent de parents imprévoyants, qui assument sur eux la>

responsabilité d’une nombreuse famille, sans songer à donner à leurs enfants des moyens d’existence, soit par un travail acquis, soit par l’éducation; encore l’éducation seule souvent ne suffit-elle pas; car les sources productives de la nature ne sauraient s’accroître toujours aussi rapidement que la population.

Ces maux auxquels est soumise l’humanité, sont encore augmentés par les progrès mêmes de la société; l’industrie, par la grandeur et la complication de ses opérations, cache ses ressources à la plupart des intelligences ; l’homme marche en aveugle dans cette voie, et ne peut prévoir son avenir. La concurrence, les inventions mêmes, le caprice, la mode, les circonstances bouleversent les existences. La population s’accroît outre mesure ; le pouvoir est assailli pour les places qui sont à donner; la société n’est plus qu’une lutte constante pour se-créer une position et la défendre ; les sciences, les arts, ne sont plus cultivés que pour le profit que l’on peut en tirer; la morale est oubliée ; tout ce qu’il y a de beau et d’élevé dans Pâme, se flétrit; la propriété, seul rempart contre le chaos, est menacée malgré les efforts qu’elle a faits pour suffire aux besoins de la population ; témoin la dette hypothécaire dont elle est grevée. Et la civilisation, but de l’humanité, c’est-àdire la culture et le développement de l’intelligence, de l’esprit et du cœur, finirait par disparaître, si cet état de choses devait durer plus longtemps.

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