INTRODUCTION
Des efforts considérables ont été faits par les naturalistes les plus éminents pour constituer une morphologie générale des Échinodermes ; rien d'absolument satisfaisant n'a été obtenu jusqu'ici.
En étudiant les nombreux représentants*de cet embranchement du Règne animal qui ont été recueillis durant les expéditions françaises de dragage du Travailleur et du Talisman, je devais naturellement essayer de reprendre à l'aide de faits nouveaux les points encore diseutés de cette morphologie ; mais je ne pouvais espérer tirer de mes études tout le parti possible qu’à la condition d’avoir au préalable acquis la connaissance com plète d’un type qui püt, en loules circonstances, me fournir des termes précis de comparaison. Malgré les beaux travaux de Johannes Müller, de Sars, de F. Dujardin, de Wyville Thomson, de William Carpenter,
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d'Alexandre Agassiz, de Selenka, de Gütte, aucun Échinoderme n'a été suivi jusqu'ici dans tous les détails de son développement. Les larves vagabondes meurent vite quand on les tient en captivité; on a bien étudié leur développement jusqu'au moment où l'Échinoderme commence à se montrer ; mais l'évolution des organes jusqu'à l'époque où le jeune Oursin, la jeune Étoile de mer, peuvent être considérés comme adultes n’a pas été suivie. Il en résulte qu'on ne sait presque rien sur le développement et la signification de ce qu'on appelle habituellement l'appareil vasculaire; que ses rapports morphologiques avec le système des canaux ambulacraires sont contestés ; que l’on ignore absolument ce que peut être l'organe qui chez les Oursins, les Étoiles de mer et les Comatules a si fréquemment été donné pour un cœur, jusqu'à ces dernières années, et se trouve encore souvent indiqué comme tel, malgré les travaux qui ont montré qu'on ne saurait y voir un centre circulatoire ni chez les Oursins, ni chez les Étoiles de mer, ni chez les Ophiures. On n’est pas plus avancé relativement à l’origine des glandes génitales ; les opinions les plus diverses ont été émises relativement au système nerveux des Étoiles de mer et des Crinoïdes, et l’on n’est même pas d'accord sur la signification des diverses cavités dans lesquelles leur corps se divise. Toutes ces difficultés ne pouvaient être levées que par une étude complète du développement et de l'organisation d’une forme déterminée d'Échinodermes ; j'ai choisi pour ce travail la Comatule de la Méditerranée (Antedon rosacea, Linck), sur laquelle J'avais fait à diverses reprises quelques recherches qui ne m'avaient que médiocrement satisfait.
J'en avais vu assez pour être certain qu'il restait encore beaucoup à ajouter à ce qu'on savait; je ne soupconnais pas cependant à quel point des recherches approfondies, poursuivies sur tous les âges de la Comatule commune, m’amèneraient à modifier les idées que l'on s’était faites relativement à cet animal.
En dehors de ces considérations, parmi toutes les monographies d'Échinodermes qui pouvaient être entreprises, celle de la Comatule s'imposait pour d’autres raisons théoriques.
Un haut intérêt s'attache à la connaissance de ces Crinoïdes, qui ont
jadis joué un rôle si considérable dans la faune marine du globe et qui ont aujourd’hui presque disparu. Il y à bien des raisons de croire — nous le montrerons au cours de ce travail — que de ces Échinodermes fixés au sol sont issues toutes les formes libres que nous connaissons. S'il en est ainsi, les dispositions anatomiques que l'on observe chez les Oursins, les Holothuries, les Étoiles de mer et les Ophiures, le mode de formation même de leurs organes, ne sont explicables qu'à la condition de bien connaitre l'organisation et la physiologie des Crinoïdes.
On peut objecter, à la vérité, que les Comatules sont déjà des Crinoïdes très modifiés, et que mieux vaudrait s'adresser à quelque Crinoïde fixé, Pentacrinus, Rhizocrinus où Bathycrinus, par exemple. Mais la grande profondeur à laquelle vivent ces animaux s’opposera probablement très longtemps à ce qu'on puisse avoir des notions très exactes sur leur développement. D'autre part, la ressemblance entre l'organisation des Comatules et celle des Pentacrines est telle que la connaissance exacte de l’une des deux formes entraine forcément celle de l’autre ; à cela près que certaines dispositions du prétendu « appareil circulatoire » des Comatules ne peuvent s'expliquer — si l'on admet l'indépendance généralogique des formes organiques — qu'en supposant que ces animaux reproduisent exactement le plan destructure des Crinoïdesfixés,et—sil’on admetlhypothèse dela descendance — qu'en supposant que les Comatules, issues des Pentacrines, présentent encore des traits d'organisation dont laraison d'être se trouve dansl'existence, chez les ancêtres de ces Échinodermes, d'un pédoncule bien développé. De toute facon, une connaissance exacte des Comatules équivaut à une connaissance exacte des Pentacrines : les deux types peuvent s'éclairer l’un par l'autre; mais une étude complète de lun d’entre eux suffit pour donner une base solide à la morphologie des autres Échinodermes. ‘4
La manière dont s’accomplit le développement embryogénique des Comatules les recommande encore à l'étude d’une facon toute particulière. Les œufs demeurant fixés à la mère jusqu'à la complète eonstitution des larves, celles-ci ne menant qu'une existence libre de courte durée, la forme larvaire fondamentale n’est pas masquée par le développement des appa-