‹ Mémoire sur l'organisation et le développement de la comatule de la Méditerranée (Antedon rosacea, Linck) (volume 2)Chapitre 5 sur 33 · LA · texte numérisé non relu

LA

reils d'adaptation, qui donnent une apparence si bizarre aux larves d’Oursins, d'Ophiures et d’Étoiles de mer.

& Le développement s’accomplit dans des conditions très voisines des conditions normales : tous les organes de la larve passent graduellement à l'animal adulte, qui résulte ainsi d’une simple métamorphose.

Cette métamorphose est elle-même entièrement semblable à celle qui s'accomplit chez les animaux dont les larves se fixent de telle facon que les orifices de leur tube digestif soient plus ou. moins soumis vers leur support. La paroi du corps qui porte ces orifices, le tube digestif tout entier,

- subissent un changement d'orientation qui ramène les orifices vers le pôle

- libre de la larve, vers le pôle le plus éloigné du support. Ce mouvement Ld

de rotation qu'on observe dans la métamorphose des larves de Pédicellines et de Loxosomes, dans celle des tétards des Ascidies et des larves cypridiennes des Cirripèdes, est seulement simplifié chez les Comatules par la disparition momentanée de la bouche et la formation tardive de l'anus, comme il est simplifié chez les Bryozoaires eétoproctes par l'état rudimentaire où demeure le tube digestif de la larve. A part cette sorte d’altération de l'organisme larvaire, résultat d’une accélération embryogénique qui le rend impropre à mener longtemps une vie indépendante, mais prépare la métamorphose qu’elle aura à subir après la fixation, la larve de Comatule demeure, pendant tout le reste de son développement, un organisme complet puisant au dehors ses aliments, menant une existence entièrement indépendante ; les formes qu’elle revêt se laissent sans difficulté comparer aux formes adultes de certains Crinoïdes fixés ; tant qu’elle est dépourvue de bras, elle est de tout point assimilable à un Cystidé ; plus tard, lorsqu'elle Ma point encore de cirres et ne possède que des bras peu développés, elle rappelle les Crinoïdes voisins des Bourguetticrinus ; enfin, l'apparition des cirres en fait presque un Pentacrinus.

Il est vraisemblable que ces ressemblances ne sont pas seulement extérieures et que les Comatules, au cours de leur évolution embryogénique, reproduisent transitoirement plusieurs dispositions organiques qui ont été réalisées chez divers Crinoïdes adultes, aujourd’hui disparus. Ce sont les

seuls Échinodermes chez qui on observe des phases successives aussi nettement tranchées, et cela suffit à recommander tout particulièrement leur étude au point de vue de la morphologie de l'embranchement du Règne animal auquel elles appartiennent.

Les larves de Comatules demeurent, pendant la plus grande partie de leur développement, soit adhérentes aux pinnules de la mère, soit fixées aux corps submergés, tels que les*algues, les polypes de Bryozoaires ou d'Hydraires, les tubes d'Annélides, ete.

- Cela permet d'en obtenir desséries de tous les âges en aussi grand nombre que l’on veut, sinon facilement, du moins sûrement. Il n’en est pas ainsi pour les larves libres de la plupart des Oursins, des Holothuries, des Stellérides et des Ophiures. A la vérité, quelques-uns de ces animaux gardent leurs larves dans une poche incubatrice spéciale où l’on peut s'en procurer un grand nombre à l’époque de la reproduction ; mais si ce mode de gestation, en débarrassant les larves de tous leurs organes transitoires d'adaptation, a l'avantage de les ramener à une forme simple, en quelque sorte schématique, qui permet de rattacher aisément à un même type les larves si différentes des Échinodermes, il coïncide avec une telle aecélération embryogénique, qu'on ne peut espérer obtenir de l'étude de ces larves d'importants renseignements morphologiques. L'avantage demeure done aux larves de Comatules.

Grâce à l'inépuisable obligeance de M. le D' Camille Viguier, professeur à l’École supérieure des Sciences d'Alger, j'ai pu avoir à Paris, et étudier dans mon laboratoire du Muséum, autant de larves fixées d’Antedon rosacea, Linck, que je l'ai désiré. Ces larves arrivent dans un état parfait de conservation, si l'on prend au départ des soins convenables qu'il n’est pas inutile de faire connaitre. #

M. Viguier a successivement essayé de tuer les jeunes larves fixées de Comatules dans l'acide osmique faible, dans l'acide picrique, dans l'alcool absolu, dans le sublimé corrosif, qui nous avait donné en 1870 et 1872 de bons résultats pour l'étude des bras des Comatules adultes ; les animaux étaient ensuite expédiés soit dans de l'alcool absolu, soit dans de l'alcool

NOUVELLES ARCHIVES DU MUSEUM, IX. — 2 sÉrix. 2

ordinaire. Tous ces procédés conservent suffisamment le tissu conjonctif qui forme les parois du corps et la trame vivante dans les mailles de laquelle se déposent les axes calcaires du pédoncule et des bras ; mais les épithéliums et les parois du tube digestif me sont constamment arrivés plus ou moins altérés. En somme, les meilleurs résultats que j'ai obtenus m'ont été fournis par des animaux qui avaient été tués dans de l'alcool à 24°, expédiés dans de l'alcool à 36° et successivement placés à Paris dans de l'alcool à 40° et dans de l'alcool absolu. On obtient ainsi une fixation suffisante des éléments au moment de la mort; la déshydratation se fait ensuite lentement, sans altérer sensiblement les tissus, dontil est possible d'étudier la structure dans tous ses détails.

Naturellement, c'est au moyen de coupes que la plupart de mes recherches ont été faites. Les larves etles Comatules adultes étaient lentement décalcifiées par de l'acide chlorhydrique ajouté à l’alcool à 36° dans lequel elles étaient conservées; après un lavage soigneux à l'alcool, destiné à enlever les dernières traces d'acide, elles étaient colorées au moyen d’éosine soluble dans l'alcool. Il est indispensable, pour obtenir une coloration durable, qu'il ne reste pas d'acide dans la préparation; sans cela l'éosine passe en quelques jours au brun sale, et presque tous les avantages de la coloration disparaissent. Il n’y a lieu, du reste, de recommander l’éosine qu’en raison de la facilité avee laquelle elle se manie et de la beauté, au moins momentanée, des colorations qu'elle produit; le carmin boracique et l'érythroxyline donnent des préparations dont les teintes sont plus durables; le vert de méthyle ne m'a donné que les plus médiocres résultats.

Un grand nombre de mes coupes ont été faites au 1/100 de millimètre; mais il n'est pas toujours nécessaire, et il est parfois mauvais, d'étudier des coupes aussi minces; je me suis souvent bien trouvé, pour les Comatules d’une certaine taille et quand il s'agissait surtout de déterminer les rapports des organes, de coupe ayant 1/50 ou même 1/40 de millimètre d'épaisseur.

Je me suis attaché à oblenir, pour chacun des âges successifs, des séries complètes de coupes à travers le même individu ; ces coupes, rangées

ORGANISATION ET DÉVELOPPEMENT DE LA COMATULE lÎ

dans leur ordre, numérotées et collées à la gomme laque sur des lames de verre, ont toutes été conservées dans le baume de Canada. Bien qu'une seule série de bonnes coupes suffise théoriquement pour obtenir la constitution complète de l'individu dans lequel elles ont été faites, 1l est, en réalité, indispensable de pouvoir étudier des coupes faites dans plusieurs directions. J'ai presque toujours combiné des coupes parallèles au plan vertical passant par le centre de la bouche et de l'anus avec des coupes horizontales. Le plan ano-buccal contient en entier l'organe que Ludwig nomme l'organe dorsal, et en permet une étude détaillée; les coupes horizontales facilitent particulièrement l'étude des canaux que Ludwig considère comme un appareil vasculaire. Plusieurs de ces vaisseaux décrivent des tours de spire presque horizontaux et se trouvent dès lors compris en grande partie dans l’une ou l’autre des coupes d'une même série. Il suffit, en général, pour étudier les bras, Les pinnules et les cirres, de les couper perpéndiculairement à leur longueur.

Il est presque superflu de faire remarquer que la méthode des coupes permet seule de faire d’une manière approfondie l'étude des animaux qui nous occupent, et sur lesquels ni l’anatomie fine, ni les injections, ni l'étude par transparence ne sauraient réussir. Je me dispenserais de cette remarque, si la méthode des coupes ne paraissait encore tenue en France dans une injuste suspicion par quelques maîtres éminents. Il serait certainement ridicule de l'employer pour étudier les dispositions générales du système nerveux, de l'appareil circulatoire, de l’appareil digestif ou même de l'appareil génital des Vers annelés, des Mollusques, des Arthropodes, des Holothuries et des Oursins; elle oblige à des reconsltutions pénibles et ne montre qu'après un long travail des rapports qu'un seul coup d'œil permet de constater après une dissection bien conduite, ou une injection réussie. Mais quand il s’agit d'animaux dont les organes sont multiples, délicats et enchevêtrés les uns dans les autres; quand il s’agit d'êtres sur lesquels ne sauraient avoir de prise ni les pinces, ni les ciseaux, n1 les pointes à injection les plus effilées, elle lève toutes les difficultés et permet la solution complète de problèmes que l’on pouvait croire pour toujours ina-

bordables. Elle seule a rendu possible cette embryogénie siprécise qui permet de suivre dans toutes leurs modifications toutes les cellules issues d'un œuf, d'établir nettement la situation de tous les tissus, de tous les organes, sans qu'aucun doute puisse subsister sur leur origine et leurs transformations. Or, l'embryogénie ne peut devenir scientifique qu’à la condition d’être ainsi comprise, qu'à la condition de ne pas tolérer la moindre lacune dans la série de ses recherches.

Nous avons essayé de nous rapprocher autant que possible de ce programme ; nous nous sommes eflorcé de présenter une histoire complète du développement et de l’organisation des Comatules. Ces recherches méthodiques nous ont conduit à des résultats d’une telle netteté, qu'ils paraissent, on nous permettra de le dire, indiscutables, bien qu'ils diffèrent profondément de ceux auxquels se sont arrêtés nos devanciers. Nous devons, avant tout, montrer quelles données étaient jusqu'ici dans la science, et, au prix de quels beaux travaux, tout erronées qu’elles soient, elles avaient

été obtenues.

Page 1