‹ Mémoire sur l'origine égyptienne de l'alphabet phénicienChapitre 18 sur 18 · U0 MÉMOIRE SUR L'ORIGINE ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

U0 MÉMOIRE SUR L'ORIGINE ÉGYPTIENNE

au culte de Baal et d'Astaroth, nia colère de Dieu f' ! , dit le livre R sacré, s'enflamma contre Israël, et il les livra dans la main des (t brigands; ceux-ci les prenaient et les vendaient à leurs ennemis » qui habitaient à l’entour, et ils ne pouvaient plus résister à leuis c adversaires, o Ces o'btf, qui enlevaient ainsi leurs voisins pour les vendre, représentent admirablement les Pasteurs rançonnant et pillant l'Egypte, tels que Josèphe nous les dépeint d’après Manétlion. Les Sasu, que nous voyons constamment jouer le rôle de Bédouins depuis les campagnes de Thoutmès III jusqu’à la xx* dwiastie, relevaient la tète après la mort de Josué, et l'affaiblissement progressif de l’Égypte facilitait alors leurs déprédations.

On doit conjecturer néanmoins que leur séjour prolongé en Egypte fut marqué par quelques intervalles où leur règne eut un certain éclat. Les noms de cinq de leurs rois sont conservés par l’historien national. Après avoir été iconoclastes et avoir rasé les temples de l’Egypte, ils élevèrent néanmoins quelques monuments en leur propre nom; la civilisation supérieure du vaincu lit son œuvre même sur les Pasteurs. On a retrouvé à Sdn, sur l’emplacement de l’antique .liions, un obélisque où le cartouche d’Apophis est encore reconnaissable, malgré les mutilations que les Egyptiens ne manquèrent pas de lui infliger après leur expulsion. Apophis élevait donc des monuments en style égyptien f* 1 ; il y faisait graver des hiéroglyphes, et les communications intellectuelles entre les deux races sont ainsi un fait parfaitement établi. Le papyrus Sullier n° a, qui racontait l’histoire de la querelle qui s’éleva entre le roi pasteur Apapi ( Apophis ) et llaskenen, roi de la Haute-Egypte, est malheureusement trop mutilé pour que l’on puisse en tirer un discours suivi; tel qu’il est, il renferme néanmoins des faits extrè-

<•) LU. Judic. tt. 16 .

Ces vues sur la civilisation des Pasleurs ont été pleinement continuées par les monuments remarquables que M. Mariette a fait sortir depuis lors des fouilles de Tunis. Outre des sphinx d'un beau style

et des ligures ou type des Pasteurs, on a retrouvé des cartouches de rois de cette race gravés sur des statues de dynasties antérieures, ce qui montre qu'ils avaient su en apprécier la beauté. (Jacques de Hougé. )

DE L'ALPHABET PHÉNICIEN, memcut précieux. Ou y voit qu’Apophis avait auprès de lui des écrivains instruits* 11 , et c’est d’après leur conseil qu’il envoie au souverain du Midi un message captieux. Un autre fait capital au point de vue ethnographique nous est attesté par ce même papyrus : Apapi ne reconnaissait aucun des dieux de l’Egypte; il adorait Suiez- L’obélisque de Sdn confirme ce fait; Apophis s’y qualiüc l’aimé de Suiez- Nous connaissons ce personnage divin au point de vue égyptien; c’est le même que l’adversaire d’Osiris, Sel ou Tpplion. Son image est caractérisée par la tète d'un carnassier aux longues oreilles, au nez busqué et qui a quelque ressemblance avec un loup-cervier. Au point de vue asiatique, c’était le même dieu que Daal, en hiéroglyphes, | ^ j; et, non-seulement il reçoit les adorations des Pasteurs d’Avaris, mais encore le traité de Ramsès II avec le prince de Khéta nous le montre sous le nom de Soûlez, comme la divinité locale de la plupart des places de la confédération des Khéta». Le premier peuple de la Syrie et de la Palestine était donc uni par le culte avec les Pasteurs que gouvernait Apapi.

Je crois qu’à l’aide de ces faits, aujourd’hui bien établis, nous pouvons tracer avec une grande vraisemblance les premiers commencements de l'alphabet sémitique. Les nomades asiatiques, établis dans la Basse-Egypte, subissent au bout de peu d’années l'iniluence de la civilisation répandue dans la vallée du Nil; ils apprennent à connaître les arts égyptiens; ils emploient l’architecture du pays, et la décoration officielle qui se fait au nom de leurs souverains montre que l’écriture égyptienne ne leur reste pas complètement inconnue. Rien n’était plus facile aux hiérogrammates que d’écrire avec leur alphabet les mots de la langue nationale des Pasteurs, comme ils ont écrit plus tard les mots sémitiques dans leurs papyrus. Les personnages les plus intelligents de la nation conquérante ont pu ainsi directement emprunter aux hiérogram-

(n Papyrus Sallier II. |>l. II. a.

108 MÉMOIRE SUR L'ORIGINE ÉGYPTIENNE DE L'ALPHABET PHÉNICIEN, males tout un corps d’écriture approprié à leurs besoins. L'occupation de la llasse-É(;yple dura très-longtemps, 5i 1 ans, jusqu’à la guerre qui mit fin à cette oppression, s’il en fallait croire le fragment de Josèplie. On peut raccourcir considérablement cet espace sans qu’il en résulte aucun obstacle à l'introduction de l’écriture parmi les peuples asiatiques; un siècle de contact y sullirail amplement. L’état peu avancé de nos connaissances sur la chronologie égyptienne ne permet pas d’assigner une date à ces débuts de l’écriture purement alphabétique; je ne crois pas néanmoins qu’on puisse placer cet événement à une moindre antiquité qu’au xa c siècle avant notre ère. Nous pouvons présumer que la précieuse découverte se répandit très-promptement dans toute l’Asie occidentale. Le récit des conquêtes de Tboutmès III et les tributs qu’il reçoit des nations syriennes attestent déjà un assez haut degré de culture et de richesse industrielle. L’écriture, favorisée par la diffusion du papier égyptien, apporté par les vainqueurs, dut se répandre à celte époque partout où les relations des peuples étaient libres. Josué trouve dans la Palestine la ville du livre, iedt^ip, et le prince de Khcla, luttant contre Ramsès 111, menait à sa suite son écrivain des livres [‘K

II ne serait donc pas raisonnable de penser que les Hébreux aient appris en Égypte l’art de l'écriture pendant la captivité. Des hommes tels que les patriarches n’avaient pu échapper aux progrès intellectuels des peuples syriens et chanaanites; ils prirent sans aucun doute l’usage de la primitive écriture sémitique au milieu de ces populations. Réduite à un élément, pour ainsi dire immatériel, à des sigles à valeur de son, l'écriture ne présentait plus ces images d’homme et d'animaux, si abominables aux yeux de Moïse. C’est après avoir été ainsi épurée et transformée que l’écriture sémitique eut l’honneur de fixer sur la pierre les préceptes immortels dictés par Jéhovah.

1 Voy. I** poëme «le Pentaur.

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