‹ Mémoire sur l'origine égyptienne de l'alphabet phénicienChapitre 17 sur 18 · ÂGE PROBABLE UK L'IMPORTATION DE L’ALPHABET F.M PHENICIE · texte numérisé non relu

ÂGE PROBABLE UK L'IMPORTATION DE L’ALPHABET F.M PHENICIE

Si l’on admet la partie fondamentale de nos conjectures, l’esprit se reportera tout aussitôt sur une des questions les plus intéressantes qui puissent prendre place dans, l’histoire de la haute antiquité. De quel Age date la première culture littéraire de la famille sémitique, et à quelle époque adopta-t-elle les éléments de l’alphabet?

Le problème, que nous avons étudié, ne permet pas de répondre complètement à la première partie de la question. Nous savons eu effet, aujourd'hui, que l’Asie centrale a connu primiti-

llli L'ALPHABET PHÉNICIEN, veulent un autre système d’écriture. L'état des éludes est aujourd'hui assez avancé pour que l'on puisse allinner que le syllabaire assyrien, tout connue les signes idéographiques en usage dans le système de Ninive et de Babylonc, provient d’une écriture hiéroglyphique plus ancienne. Existait-il un rapport primitif entre les hiéroglyphes de Rabyloue et ceux du système égyptien? C’est une question sur laquelle aujourd'hui toute conjecture est du domaine de l’imagination, puisque nous ne possédons pas le corps de la primitive écriture babylonienne. Notre siècle a été marqué par de telles résurrections, qu’il ne faut désespérer d’aucune découverte. Il semble que la terre tienne à honneur de ne laisser perdre complètement aucun des grands linéaments de son histoire, et si la science a franchi la période humaine à l’aide des débris fossiles, espérons que la terre nous rendra aussi quelque jour les témoins des premiers efforts tentés en Assyrie pour iixer sur les monuments les sons de la parole. Qu’il me soit permis néanmoins de consigner l’impression qui ressort pour moi de l’élude du système égyptien. Nous connaissons des monuments écrits qui remontent jusqu'à la in 1 ' dynastie. A cette époque, l’écriture hiéroglyphique forme un ensemble harmonieux, complet, savant; la gravure est déjà .parfaite; l'imitation des formes de l’homme est passable et celle des animaux ne laisse rien à désirer. Les livres étaient déjà connus, et le volume juue son rôle sur les plus anciennes inscriptions. Si l’on réfléchit sur la culture d’esprit que constatent tous ces faits, on revient de cette visite aux monuments de l’âge des pyramides avec la conviction que, malgré leur énorme antiquité, ils ne nous font pas assister aux débuts littéraires de la famille égyptienne.

La culture intellectuelle des Sémites, et particulièrement des branches hébréo-phénicienncs, eul donc à compter avec, l'influence égyptienne, qui vint modifier le fond de famille apporté de l’Asie centrale. Ces branches connaissaient-elles l’usage d’une écriture conçue dans le système babylonien , c’est ce que nous ignorons jus-

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qu’ici. L'introduction de l'alphabet phénicien ne résout pas la question; sa simplicité a sulli pour le faire préférer au système cunéiforme. hérissé en Assyrie de nombreuses diflicultés. Il faut nous en tenir au fait de l'emprunt fait à l’Egypte; mais nous pouvons rechercher l’époque de ce grand événement, source primitive de toute notre éducation littéraire.

Nous avons eu soin de faire remarquer, en étudiant les formes spéciales de chaque lettre cursive égyptienne, que plusieurs d’entre elles avaient subi des changements notables dans l’écriture de la xix r dynastie, à l’époque où les manuscrits des collections Sallier et Anastasi présentent un vaste champ à l’étude paléographique. Les fragments que l’on possède de la xviii* dynastie ne montrent pas de différences essentielles avec ce modèle. Mais nous avons prévenu, en commençant, que la question changeait complètement quand ou étudiait, les manuscrits de la première époque. En ce qui concerne les seules lettres de l’alphabet, les signes —, □, a—, ■, j,«=» , prennent dans leur aigle cursif une physionomie entièrement différente. Les lettres phéniciennes, qui s’identifient très-facilement avec les variétés égyptiennes antiques, ont bien moins de rapport avec les formes de la xix c dynastie ou des époques postérieures. Le large trait de calante qui termine par le bas les sigles du —, du — >, du du a et du —, est manifestement l’origine de la tige dans les lettres phéniciennes a, <j, p, y. y, or ce trait est complètement disparu, ou réduit à presque rien, suivant les variétés, dans l’écriture de la xix' dynastie. 11 faut donc remonter au style des papyrus écrits avant l’invasion des Pasteurs pour reconnaître le véritable modèle des lettres phéniciennes.

Les témoignages de l’histoire nous indiquaient une époque plus récente où les rapports intimes établis, pendant do longues années, entre les Pharaons et les peuples sémitiques, auraient naturellement amené l’introduction de notre alphabet. Depuis Thoutmès I. qui pénétra le premier jusqu’en Mésopotamie, jusqu’au milieu de la xx' dynastie, l’Egypte a constamment exercé sur

DE L'ALPHABET PHÉNICIEN, toute l’Asie occidentale une domination plus ou moins contestée. Pendant la même période, les Israélites et d'autres peuplades sémitiques étaient répandus dans la Basse-Egvptc et en contact journalier avec les Égyptiens. L’éducation littéraire des Sémites aurait aisément pu s’opérer alors, soit en Asie, soit en Égypte; mais les différences paléographiques que nous avons signalées ne permettent pas cette conclusion : il faut remonter plus haut. Nous trouvons alors un autre point de contact prolongé dans le fait de l'occupation du Delta par les Pasteurs.

Réunissons d’abord le peu de renseignements authentiques que nous possédons sur la nationalité de ces peuples. Le célèbre passage de l’historien Josèphe, en nous indiquant que les Égyptiens les nommaient liiksos, c’est-à-dire rois pasteurs, rapporte leur nationalité aux Arabes. Le seul monument où la guerre contre les Pasteurs soit rappelée, l’inscription du tombeau d'AInnès, les nomme "VI , Mena, mot que Cbampollion rapporte avec certitude au copte aj-oohe, pasccre. Quant à leur nationalité, le mot sus nous fournil aussi un renseignement précieux; il est impossible de ne pas le comparer à l’ethnique Mit ^ \ J . sasu, qui désigne les

Bédouins répandus en Syrie et sur toute la frontière orientale des domaines égyptiens. Le mot copte çytuc, pastor, est probablement tiré de la racine antique Mil . sas, qui signifie traverser, parcourir; sos aurait donc été exactement nomade. Nous connaissons ces sus : ce sont les Bédouins sémites de toutes les époques. Le papyrus Anastasi distingue parmi eux, sous la xix e dynastie, les Sasu iTEdom, voisins de l'Égypte. Ce nom de sasu est donc une appellation générale, et si elle a été rapprochée par les Égyptiens de leur mot cytuc, pasteur, je crois néanmoins qu’elle a une ori gine sémitique. Elle ne serait, pas autre chose, suivant moi, que l'hébreu O'ç®, voleurs, dérivé de nç®, prædalus est, terme dont se sert le livre de Josué pour désigner les mêmes Bédouins. On se rappelle qu'a près la mort de Josué, les Hébreux, s’étant adonnés

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