‹ Mémoire sur l'origine égyptienne de l'alphabet phénicienChapitre 6 sur 18 · BB1-VOYKLLES ET VOYELLES VAGUES · texte numérisé non relu

BB1-VOYKLLES ET VOYELLES VAGUES

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\ ii point de vue spécial qui nous occupe, voici les raisons sommaires des rectifications que je fais subir au tableau alphabétique de M. Brugsch :

r Pour les deux labiales, je me borne à insérer deux caractères homophones négligés par ce savant;

i?’ Dans les gutturales, j’insère la variante [J, que je note d'un astérisque, connue étant d'un emploi pins restreint. Je supprime la distinction du : sans dagnesch; suivant M. Brugsch, il aurait été représenté par le signe J, homophone du n ©. Cette distinction n’est appuyée (pie sur une seule attribution très-douteuse et que nous repoussons pour notre part. Nous ajoutons la correspondance du U avec le £ , que nous prouverons par un bon exemple.

M. Lcpsius cite quelques-unes des nombreuses variantes qui, suivant toute probabilité, doivent faire réunir en une seule articulation les quatre signes de la dentale dans les hiéroglyphes; ils correspondent à trois lettres phéniciennes.

Pour le mim et le nnun, j'ajoute les homophones. Quant au Invml et au rescli , M. Brugsch avoue lui-même que ces deux lettres n’étaient pas distinctes dans l'alphabet pharaonique; il est donc impossible de les séparer.

La concordance du tsade et du znïii avec le 2S a été déjà proposée par M. Ilineks; je l’avais moi-même signalée dans le Mémoire sur F inscription d' A limes. Je me borne à ajouter au serpent "‘"'t les deux homophones aujourd'hui incontestés.

Je rétablis, avec les représentants de l'aspiration faible ou s, l'aigle W . que M. Brugsch a exclu de son alphabet. Suivant lui,

SI

DE L'ALPHABET PHÉNICIEN, l'aigle n'aurait eu d’autre rèle que celui d'une voyelle, analogue aux points ‘massoréliques; mais l’aigle écrit seul et sans autre voyelle, commence plusieurs mots égyptiens, ce qui prouve sa valeur propre comme articulation. Le verbe a,f P - porter, eu

copte uatii, devrait nécessairement être écrit . si la feuille I avait seule la valeur de «. Si l'aigle peut au contraire figurer seul, en initiale, il faut admettre qu'il portait avec lui la nuance de sou aspiration.

Je ne fais pas non plus un type distinct pour le bras — «, malgré sa correspondance assez constante avec le y. Cette dernière lettre est toute particulière aux Sémites; rien ne prouve que les Égyptiens aient possédé quelque chose d’analogue. On 11e voit pas d'ailleurs que les dérivés coptes indiquent aucune différence entre les initiales I et — ni entre les svllabes vocalisées par ces deux signes.

On ne sait pas bien au juste quelle était la prononciation du . en copte q; les transcriptions le rapprochent du b et du <l> grec; il avait néanmoins un pouvoir distinct, puisque les Coptes ont dû l'introduire dans l'alphabet grec avec les autres lettres spéciales dont ils avaient besoin pour écrire leur langage.

Les Sémites, suivant la remarque de W. Ilincks, n'eurent d'abord que des serni -voyelles; on ne trouve pas dans l’inscription <ï Esclimun-ezer le 1 ni le ' employés connue voyelles. De là vient sans doute qu’ils n'empruntèrent pas à I Égypte la voyelle u; ils ne prirent à sou alphabet que les semi-voyelles f, ||. et/, « — t* 1 . Nous montrerons qu’ils ont rlioisi en effet le céraste * — pour ce type, et non le signe qui se lit ua; c’est la dernière différence que mon tableau présente avec celui de NI. lîrugsch.

Les rectifications que je viens de proposer résultent surtout de

t celle é|«M|ue, mon pire Iran»- |K»ur l/que pour se rapprocher, autant crivait le céraste par rr, a cause du que possible, du système généralement

rôle de senii-vovelle qu'il joue quelque* adopté. (J. de Rougé. )

lois: il n'a abandonné cette transcription

MÉMOIRE SE R L'ORIGINE ÉGYPTIENNE ce que l'alphabet égyptien nie sert de premier tyj>e ; je conserve néanmoins dans mon tableau tous les renseignements spéciaux fournis par les transcriptions des mots sémitiques. Nous aurons tout à l'heure l’occasion de discuter ces transcriptions et de justifier nos rapprochements dans l’étude spéciale qu’exigera chacune des articulations sémitiques.

Ces rapprochements, qui nous sont imposés presque tous par les monuments, nous donneront-ils maintenant des ressemblances sullisantes entre les signes à comparer pour justifier nos conclusions? J’espère en convaincre le lecteur par les figures que je lui mettrai sous les yeux. Mais, pour que les différences n’ébranlent pas les convictions, il est nécessaire de résumer en quelques traits les modifications qu’avait subies l’alphabet égyptien sous les mains des Sémites pendant les siècles qui précédèrent l’époque A'Eschtnt m-ezer.

Dans les monuments les plus anciens que nous possédons, il est aisé de s'apercevoir que l'écriture phénicienne a déjà été soumise à un travail de régularisation; plus le temps marche, plus les différences relatives de grandeur et d'inclinaison s’évanouissent. Ces différences reparaissent néanmoins quelquefois plus tard dans les écritures cursives; c’est ainsi que 17, régularisée dans la capitale grecque et romaine, a cependant conservé avec une obstination surprenante et sa longueur relative et su position élevée au-dessus de la ligne. Ces caractères la font distinguer à première vue dans l’écriture démotique tout aussi bien que dans l'arabe, dans l'hébreu carré, dans notre minuscule imprimée ou dans nos propres écritures.

Si l'on compare l’écriture phénicienne, telle que nous la connaissons, avec les lettres correspondantes du type cursif égyptien, voici les différences générales (pie l’on remarquera. Premièrement, les formes arrondies sont presque toutes devenues anguleuses; il est vrai de dire que nous ne possédons (pie des monuments gravés parmi ceux qu’on peut attribuer aux époques

DM I. V 1.1*11 UîKT IMIÈMCIKY

anciennes, et celle circonstance a certainement une grande inllticnce sur le tracé îles caractères. Sccniuleincnl, quelques-unes îles lettres ont été légèrement abrégées par la perte île quelques traits. Troisièmement, l'écriture a subi une régularisation générale. La grandeur relative des lettres montre moins de différences: plusieurs traits, dont la direction primitive était oblique ou horizontale, ont été redressés. Ce redressement n’est pas d'abord parlait: l'ancienne position horizontale du lie, nr, égyptien se reconnaît dans la position oblique du lie, phénicien; mais le redressement finit par changer complètement la position du caractère 3E. sans avoir néanmoins altéré sa forme d’une manière essentielle.

La plupart des lettres ont enfin été soumises à une sorte de tassement de droite à gauche, qui leur donne un aspect général plus allongé, tandis que le type égyptien était au contraire plus large et plus étalé dans le sens horizontal. Si le lecteur conserve la mémoire de ces remarques, je pense qu'il pourra saisir promptement la raison des différences que l'on remarque dans plusieurs lettres, et qui pourraient peut-être faire hésiter son jugement.

votions sur les Écritures cursives de l’ancievne écarte.

Je commence, avant toute discussion, par mettre sous les yeux du lecteur le tableau de mes résultats, afin qu’il puisse en apprécier l’ensemble. Si je ne m’abuse lias sur la portée des ressemblances qui m’apparaissent, quinze lettres sur vingt-deux auraient été assez peu altérées pour que l’hypothèse de leur origine égyptienne devienne probable au premier coup d’ieil. Cinq lettres, à savoir a an' et c, auraient subi des changements un peu plus considérables; une sixième, le j. aurait été réduite à sa partie supérieure; enfin, le s serait une lettre d’invention purement sémitique et qui manquait absolument à l’alphabet égyptien. Mous verrons par quels artifices les hiérogrammales ont essayé de traduire dans leurs transcriptions celte articulation étrangère à leur langage.

MÉMOIRE SUIl L’ORIGINE ÉGYPTIENNE On sait déjà sur quelle base est établi le ra()pi'oclicmeiil de ces lettres. Ce tableau n’csl que la reproduction du tableau de concordance entre les articulations égyptiennes et sémitiques qui ligure dans le chapitre précédent. Nous avons seulement substitué, d’une part, aux lettres hébraïques, celles de l’inscription A'Esrltmun-ezer, et de l’autre, aux hiéroglyphes, leurs correspondants cursifs.

Les lettres égyptiennes sont empruntées au plus ancien manuscrit dont nous ayons connaissance. La discussion qui va suivre fera voir clairement comment nous avons été conduit à un temps aussi reculé par lu plus grande ressemblance des formes; mais il me parait nécessaire, pour l'intelligence de nos rapprochements, de dire ici quelques mots sur les manuscrits égyptiens des différents ilges et sur les caractères généraux qui les distinguent.

On peut diviser les monuments écrits de l’Egypte eu deux classes : 1 " les rituels funéraires; 9" les livres, textes ou papiers d’affaires de toute autre espèce.

Je ne connais pas un seul exemplaire du Rituel funéraire qu’un puisse attribuer aux siècles du premier empire, c'est-à-dire aux dynasties qui précédèrent l’invasion des Pasteurs. Cependant ce livre existait, au moins dans ses parties essentielles, dès la xn* dynastie. Plusieurs de ses chapitres oui été peints, comme décoration, sur des cercueils ou des sarcophages 1,1 de cette époque, en sorte que nous pouvons allirnicr que la grande doctrine de l'immortalité de lame formait déjà, dans l’ancien empire, tout le fond des croyances et des rites funéraires. Ces textes sacrés sont écrits en hiéroglyphes linéaires, mêlés de quelques signes de la forme plus abrégée que nous nommons hiératique; ils sont disposés en colonnes verticales, et telle fut pendant très-longtemps la loi de la rédaction des rituels. Les divers musées possèdent quelques exemplaires du livre funéraire, qu'on peut faire remonter jusqu'à la xviu e dynastie. Un manuscrit, cédé au Rrilish-Museum par Clol-bey, a été écrit

Cf. Æltcstc Tc.it c tics Totlicniniclis , |i,ir M. L>‘|isius ( i H*»— j { J. île Rouge .

DK LM ht' Il Ut K T PllliNIC.IE.Y 25

sous le règne de Séli I er ; il fournit un jalon précieux pour la paléograhie des rituels. Beaucoup d’autres, plus récents, sont encore composés dans le même système d’écriture. Lue seconde classe de rituels comprend ceux qui ont été tracés en écriture hiératique, disposée en lignes horizontales; ces manuscrits sont relativement beaucoup plus modernes. Peut-être pourrait-on en citer quelques exemples dès la xxu' dynastie; cependant je n’en connais pas un seul qu’on puisse, avec certitude, placer avant le règne de Psammétik I".

La seconde catégorie comprend tons les autres livres et toutes sortes de documents écrits, soit sur des papyrus ou sur des planches peintes, soit sur des cailloux ou des tessons de poteries. On y rencontre, depuis la plus haute antiquité, des textes rédigés en écriture cursive et en lignes horizontales; c’est à cette forme que Cliampollion a spécialement donné le nom d' hiératique. On ne connaît jusqu'ici dans les collections que trois manuscrits qu'on puisse raisonnablement considérer comme ayant été écrits avant la XVIII e dynastie. Le premier qui ait fait sou apparition dans la science est le manuscrit donné par M. Prisse à la Bibliothèque nationale et publié par les soins de cet archéologue l 1 '. J’ai traduit, dans le Mémoire sur l'inscription du tombeau d'Ahmès, un passage du papyrus Prisse, où est mentionnée l’arrivée au pouvoir du roi Suefru, qui paraît appartenir à la m* dynastie, et j'ai signalé, dès cette époque, la haute antiquité de ce monument, que j’appelais Le livre le plus ancien du monde entier. Ce jugement a été confirmé par toutes les études faites depuis ce temps sur les papyrus. VI. Chabas a publié dernièrement une savante étude sur celte composition, qui contient une sorte de traité de morale. La seconde partie de ce manuscrit, qui est complète, renferme une série de préceptes souvent d'un ordre très-élevé. Le discours est mis dans la bouche d’un prince nommé Ptali-liotep, qui se vante d'n-

Fac-similé tl'uii papyrus égyptien ■ 1 F. Chablis : Le plus ancien livre tin

olc. pnr M. IViweiF Avennes, Pnris, 1867. umaie , oie. Berne archéologique , 1807.

\IK MO lit K sut l.'OKIUI \ K ÉUV PT I EMU K voir atteint l’âge de cent dix mis dans une vieillesse honorée du souverain et de ses concitoyens.

M. Lepsius possède un second manuscrit qui ma paru cxaeleineut du même style que celui de M. Prisse. Il est bien à regretter que ce texte n’ait pas été publié; on y lit les noms de khonftm et de plusieurs autres rois des premières dynasties memphites, el il contient nécessairement quelque récit sur les personnages de cette époque.

Le musée de Berlin possède plusieurs fragments considérables d’un troisième papyrus, où l’on remarque les cartouches d'/fmciiemhn et de Osortaxen, premiers rois de la \n' dynastie. Ce manuscrit contient, entre autres documents, la mention des bonneui-s accordés par ces rois ù un basilicogrammntc nommé Khonxu-an. Le contenu de ces rouleaux est divisé en pages, qui sont tracées alternativement en colonnes et en lignes horizontales. L’écriture est du même type général que celle du papyrus Prisse, quoique plus confuse dans son dessin et beaucoup plus difficile à déchiffrer. Je n'en possède qu’un décalque très-défectueux; deux pages, copiées par moi, m'oul néanmoins permis de joindre un alphabet presque complet à celui que fournil le papyrus Prisse.

En présence d’un nombre si restreint d’éléments de comparaison, ce n’est qu’avec une extrême réserve qu’on peut énoncer un jugement sur l'âge comparatif de ces trois manuscrits. Je penserais néanmoins qu’on doit regarder le papyrus Prisse et celui de M. Lepsius comme plus anciens que le manuscrit du musée de Berlin. Indépendamment des récits qu’ils renferment et des cartouches royaux qu'on \ remarque, les formes de ce troisième manuscrit semblent, dans plusieurs signes, montrer une tendance à se rapprocher des écritures du second empire. Quoi qu'il en soit, ces trois papyrus sont les monuments incontestables d'une première écriture cursive, assez différente de celle que présentent nos papvrus historiques de la xix'' dynastie, qui constituent le second âge de l’écrilure hiératique.

DE (.'ALPHABET PHÉNICIEIV

Lu physionomie des textes appartenant à cette seconde époque littéraire se caractérise d’abord par un tracé moins épais et par un aspect plus carré. L’écrivain égyptien est sans cesse dominé par le souvenir du signe hiéroglyphique, qu’il traduit par une abréviation conventionnelle, et ce type, constamment présent à son esprit, le préserve d’une altération excessive dans la forme de ses lettres. La disposition en groupes carrés, qui régit le dessin des hiéroglyphes, domine également de plus en plus la composition des lignes hiératiques. Dans le papyrus Prisse, au contraire, les caractères sont tracés un à un, et, sauf peu d’exceptions, chacun d’eux occupe la ligne dans toute sa hauteur. Les lettres groupées de la xix" dynastie ont souvent une physionomie différente, en raison de leur seule position dans la ligue.

Eu descendant jusqu’au règne de Seiionli I, les groupes hiératiques affectent une forme encore plus décidément carrée; les signes en eux-mâmes n’éprouvent cependant aucun changement essentiel. On commence vers le même temps à rencontrer quelques portions de rituels ou d’autres prières funéraires écrites eu hiératique. Cette forme d'écriture devient la règle générale des rituels vers la Hu de la monarchie pharaonique. On trouve encore quelques exemplaires de luxe, tracés en hiéroglyphes linéaires, mais dans un nouveau système moins abrégé qui reproduit exactement le dessin des objets. Quant aux textes hiératiques, l’écriture en devient plus fine et plus lassée à mesure que l’on se rapproche de l’époque romaine.

Une nouvelle sorte d’écriture, beaucoup plus cursive et plus abrégée, celle que l’on appelle démotique, s'empara des documents privés à peu près au même moment où l’écriture hiératique fut consacrée aux rituels funéraires, c’est-à-dire vers la xxvi° dynastie. Ce nouveau style dut donner lieu très-probablement, à un enseignement tout à fait empirique; aussi le souvenir du modèle primitif s'y perdit promptement, et nous trouverons quelquefois les lettres démotiques bien plus éloignées de leurs prototypes que

MÉMOIKK SU» l.’OIUtilNB ÉGYPTIENNE

leurs correspondants grecs ou phéniciens. Je réunis, dans un Inlileau particulier à chaque lettre, les principales formes de ces alphabets cursifs, et l’on pourra voir, d'un seul coup d’œil, le chemin qu’elles ont parcouru pendant la longue suite de siècles où les Egyptiens les oui employées.

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