‹ Mémoire sur l'origine égyptienne de l'alphabet phénicienChapitre 5 sur 18 · MÉMOIRE SUR L’ORIGINE ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR L’ORIGINE ÉGYPTIENNE

fortuites il u milieu de toutes les variantes tju’onl amenées les temps et les lieux. Le sarcophage d’ Eschmtm-ezer présente, dans la belle inscription qui le décore, un alphabet complet, qui nous servira de modèle. Quelques pierres gravées, à légendes phéniciennes, sont peut-être plus anciennes; mais il faut tenir compte de l’abréviation nécessitée par l’exiguïté de ces monuments. Dans une inscription telle que celle i'Etchmun-ezer, le graveur, plus libre pour les développements de son travail , a pu tracer des formes plus complètes; il lui a été possible également de conserver, dans la grandeur respective et dans la position et rinclinuison des lettres, les différences que le champ restreint des pierres gravées ne pouvait admettre avec la même fidélité.

Si l'on réfléchit à l'antiquité de la connaissance de l’écriture chez, les peuples sémites et à l’ége probable du caractère phénicien, importé en Grèce et en Italie avant les époques historiques, ou restera convaincu que les inscriptions retrouvées jusqu'ici sont déjà séparées par plusieurs siècles de l'invention de cette écriture. Ce sera donc rester dans les limites, approuvées par une saine critique, que de chercher iï reconnaître les altérations qui avaient déjà pu modifier les caractères phéniciens au temps d ’ Esclmiun-eutr, et de nous aider à cet effet des anciennes formes grecques ou italiques, bien ne nous force à croire, a priori, que les types aient dît être conservés plus fidèlement dans une région que dans une autre, et nous ne devons rien négliger de ce qui nous peut conduire aux formes du type originel des lettres sémitiques.

Quoique les variétés araméennes se laissent en général assez facilement déduire des lettres phéniciennes, on les considère néanmoins aujourd'hui comme un sous-genre assez tranché; nous devrons donc examiner, pour chacune des lettres araméennes, quelle a pu être la loi de sa dérivation. Provient-elle du même élément égyptien? En provient-elle directement, ou n’esl-ellequ un rameau détaché plus lard du phénicien? Si notre proposition gé-

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néralc est exacte, nos rapprochements devront répondre à ces <|ueslions.

J'ai dit ensuite que nous extrairions des manuscrits égyptiens un alphabet cursif d’une antiquité suflisanle. La première exploration du caractère phénicien nous apprend qu’il ne se compose pas d'images complètement dessinées, telles que nous les trouvons dans les hiéroglyphes ; nous y apercevons seulement quelques traits tout à fait analogues à ceux qu’a produits dans l’écriture hiératique une abréviation conventionnelle. C’est d’ailleurs dans l’écriture cursive que se trouvent les signes dont la très-grande ressemblance a tout d abord été remarquée par Salvolini. Il est presque superflu d’observer que l'on devra choisir une écriture assez ancienne pour que son usage ail précédé l’origine des écritures sémitiques. En négligeant celte règle, on pourrait être amené, comme Salvolini, à des ressemblances de formes dues à un simple hasard et tout à fait trompeuses. Les écritures cursives des divers siècles présentent, en Egypte, des différences notables au point de vue graphique. Il ne serait pas admissible de chercher l’origine du phénicien dans une forme hiératique plus moderne que celle des papyrus de la xix' et de la xx c dynastie, car il ne parait pas possible que l’écriture sémitique eût pu être inventée plus lard que le xm' siècle avant notre ère. Mais nous pouvons remonter plus haut; les Sémites peuvent avoir appris l’art d’écrire dès leurs premiers rapports avec l’Égypte, et c’est uniquement la plus grande ressemblance des caractères qui nous indiquera l’Age probable du point de jonction.

Les lettres démotiques sont trop récentes pour jouer aucun rôle dans la question d’origine; elles nous montreront seulement ce que deviennent deux séries parallèles qui s’avancent, d’une manière complètement indépendante, dans la voie des abréviations.

Nous devrons ensuite commencer nos recherches par les caractères égyptiens qui composaient l'alphabet, \oulanl faire un alphabet. c'était naturellement ceux-là que les Sémites devaient se faire

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enseigner, s'ils ont réellement pris les hiérogrnmmales égyptiens pour leurs maîtres. Ajoutons que c’étaient les seuls caractères phonétiques qui pussent passer d’une langue à l’autre sans inconvénient. Les études récentes sur l’essence du syllabisme dans l’écriture assyrienne nous ont révélé toutes les obscurités qui accompagnent les valeurs syllabiques d'un signe lorsqu’on les a transportées dans l’écriture d’un nouvel idiome. Le nom de l’objet, le symbolisme connu qui s’y rattachait formaient dans la première langue des moyens de mnémonique naturelle qui aidaient à retenir les syllabes dont on avait attaché la valeur phonétique à chaque caractère île celle sorte. Mais, lorsque l'on appliquait ce signe à valeur syllabique à l’écriture d'un autre langage, ce lien figuratif ou symbolique échappait à l’esprit, eu sorte que lu lecture de l’écriture assyrienne, telle que nous la connaissons aujourd’hui, devait exiger de grands efforts de mémoire purement mécanique.

Les Phéniciens ne paraissent avoir emprunté à leurs voisins que des lettres simples, car on ne trouve chez eux aucun signe syllabique ou idéographique. Or l’alphabet égyptien des anciens temps est très-restreint dans le nombre de ses lettres. Champollion a posé le premier les bases de la distinction nécessaire entre les divers liges de l’alphabet égyptien. 11 remarqua tout d’abord qu’un grand nombre de caractères, employés alphabétiquement sous les Grecs et les ltoniains, n'avaient pas joué le même rôle dans l'écriture des temps pharaoniques; il introduisit également une autre distinction fondamentale en créant une classe de signes qu’il appelle initiaux, et cpii ne pouvaient servir qu’à écrire certains mots; leur rôle phonétique était donc borné, et ils ne faisaient pas partie du véritable alphabet. Salvolim semble avoir à plaisir négligé ces utiles distinctions dans son alphabet général, et c’est à M. Lepsius que la science est redevable du premier travail méthodique sur la classification des divers signes phonétiques des Egyptiens. Ce savant philologue précisa le caractère des signes nommés

UK I. U.PHAÜET PHÉNICIEN. 15

iuitiaiw par Ciiniiipollion ; il rccoimul, dans les uns, des signes à valeur syllabique, et dans les autres, des caractères scmi-idéograîtliiq lies. Le véritable alphabet de lettres simples se réduisit dès lors à un très-petit nombre de signes. Les remarques de M. Lepsius ont été vérifiées et appliquées depuis ce temps avec succès par tous les égyptologues. Quelques rares modifications ont été introduites par les progrès du déchiffrement; mais l'alphabet des temps pharaoniques reste, aujourd'hui comme alors, composé pour nous, avec toute certitude, de quinze ou seize types au [dus, que les biérogrammates écrivaient avec un très-petit nombre d'homophones.

Il est à remarquer que l'augmentation du nombre des signes alphabétiques employés dans les inscriptions monumentales aux dernières époques eut beaucoup plus de peine à se répandre dans les écritures cursives. L'hiératique n’emploie pour ainsi dire jamais ces nouvelles lettres. Quant à l’écriture démotique, M. Brugsch avait cru d’abord à l'existence d’un alphabet très-étendu, et son premier essai admettait l'existence de nombreux homophones. Mais son esprit pénétrant l’eut bientôt arrêté dans cette fausse voie. Je lis voir à cette époque, dans la Lettre « M. de SaulcyM, que l'écriture démotique, calquée sur l’ancien modèle égyptien, contenait, comme celui-ci, des caractères semi-idéographiques, des signes syllabiques et un alphabet assez restreint. M. Brugsch fut promptement amené à adopter ces vues par le progrès de scs études, et l'alphabet de sa Grammaire démotique, est aussi peu chargé d homophones que celui des anciens hiéroglyphes. Ce caractère persista jusqu'à la fin, et l’écriture démotique [veut servir à son tour à prouver quel petit nombre d'homophones était admis dans l’alphabet égyptien.

Il suit de ces explications que nous n'aurons jamais à choisir, pour chaque lettre phénicienne à comparer, qu'entre deux ou trois

l ' ; Reçue archéologique , t5 septembre i H'i H . |i. iitn.

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lettres égyptiennes tout au plus , un lieu îles viii|;(-cini| un treille hiéroglyphes à travers lesquels Salvolini jiroinenuil sa fanlaisie. Parmi ces lettres, d'un nombre si restreint, notre choix ne sera pus eneore libre, car les transcriptions îles Égyptiens eux-mêmes nous indiqueront fréquemment celle qu'il faudra préférer. Ou comprend facilement que deux langues aussi differentes que le phénicien et l'égyptien ne possédaient pas exactement le même nombre et les mêmes nuances d'articulations. Il dut résulter de là quelques dillicultés dans l’emploi des lettres égyptiennes pour écrire cette langue nouvelle; on remarque d ailleurs des faits analogues dans l’application que les peuples de la Grèce et de l’Italie firent des lettres phéniciennes à l’écriture de leurs idiomes. Ou procéda par approximation, et ces faits nécessitent de notre part une étude préliminaire sur la concordance des articulations dans les deux systèmes.

C'est une circonstance heureuse pour la certitude de notre marche que je n’aie pas aujourd'hui l'obligation de faire moimême ce travail de concordance; il a été entrepris par M. Hincks avec la perspicacité et la connaissance profonde des monuments qui distinguent ce savant. Son mémoire a été publié, en 18 lyj, dans les Transactions de l’Académie irlandaise, sous le titre de: Essai de détermination du nombre, des noms et des râleurs dons les lettres égyptiennes (1 . M. Hincks, en analysant avec soin les noms propres de villes ou d’hommes et un certain nombre de mots sémitiques transcrits en égyptien sur les monuments ou dans les papyrus, est arrivé à un alphabet harmonique qui laisse peu de choses à désirer. M. Brugsch a repris, de son côté, ce même travail dans le premier volume de sa Géographie ® 1 •, ses vérifications et les nouveaux exemples qu’il a pu alléguer ont laissé subsister toutes les bases de l'alphabet égypto-sémitique de M. Hincks; il a pu néanmoins le compléter sur quelques points et surtout mieux préciser la corres-

Ah altetnpl fo ascerlnin the nu m ber . Briiftseh, llir (îeofrrnphie (te* allrn

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DE l/U, l’ H Alt Iv T I* HÉMOIEN. 17

pondance ordinaire de certaines lettres. Je trouve donc ici le lorrain déblayé par les travaux de nies devanciers. Il est probable, en eiïct, que les nuances d'articulations, reconnues par les hiéroj;ranin»ates de la xix' dynastie comme les plus convenables pour transcrire les lettres sémitiques, étaient précisément, les mêmes que les Sémites avaient choisies, quelques siècles auparavant, pour imiter les sons de leur propre langage. Ainsi, pour prendre un exemple parmi les gutturales, ces lettres se présentent dans l'alphabet pharaonique sous les formes □ .a ■—••[J et avec une certaine apparence de confusion dans leurs variantes; il ne semble pas, eu effet, que les grammairiens égyptiens les aient classées en plusieurs lettres différentes. Mais si nous remarquons que le sa été plus habituellement transcrit par Q. le ; par et le p par a, ne devrons-nous pas soupçonner que chacun de ces trois signes avait, dans sa prononciation, quelque affinité plus tranchée avec la lettre phénicienne, dont on le rapproche ainsi par préférence? Dans l’hypothèse d’une filiation directe de l’alphabet phénicien, ces nuances peuvent avoir été observées dès l’origine cl avoir laissé des traces. J’emprunterai donc aux tableaux de M. Ilincks, complétés par M. Brugsch, la désignation précise de l’articulation égyptienne, où nous devrons d’abord, et par préférence, chercher notre terme de comparaison pour chaque lettre phénicienne. L’alphabet égypto-sémitique de M. Brugsch nous parait cependant exiger une discussion préalable, car nous sommes loin d’accepter toutes les conséquences que ce savant a tirées de son élude comparative. Nous commencerons par donner cet alphabet, qui comprendrait vingt-cinq articulations si l’on admettait toutes les dislinc- I ions proposées :

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A ccs viii|[l-cim| lyjics, M. lîiujjscli adapte vingt-cinq Intlrcs, distinguées par certains appendices, cl qui lui servent d'alphabet ronvenlionnel pour transcrire non-sculeinent les noms sémitiques, mais encore les mots de la langue égyptienne, et c'esl sur ce point que nous ne pouvons nous accorder avec lui. M. Lepsius a examiné les innovations de cet alphabet dans un appendice, de son Lirrc des rois iTUffifple, et il les repousse absolument. Je crois (pie M. Lepsius a parfaitement raison au point de vue de la langue éjjvplicnne, ce qui n’empèche pas que le travail de M. llincks et celui de M. Brugsch ne conservent toute leur valeur en ce qui concerne les règles ordinairement suivies par les hiérogrammates de la xix 1, dynastie dans la transcription des mots sémitiques. Je regarde comme certain, avec M. Lepsius, «pie les divers signes de l'alphabet égyptien doivent être considérés comme homophones sous les deux conditions suivantes : premièrement, lorsque nous les trouvons employés comme variantes d'un même mot égyptien, surtout dans les monuments d'une seule et même époque, et, secondement, lorsque les dérivés de ces signes, reconnus dans les mots copies, se classent suivant les mêmes lois. Lu appliquant ces principes, je ne distingue, dans les hiéroglyphes, que seize types, avec leurs variantes respectives* 1 !. Les Sémites possédant un plus grand nombre d'articulations, si quelqu'une de ces variantes a été employée avec persistance pour transcrire telle ou telle lettre sémitique, j'admets avec M. Ilrugscli que ces préférences doivent être

11 M. Lepsius n'en reconnaît que quant il lu distinction antique de ccs deux quinze: celte différence provient de ce articulations. M. Bunsen seul parait avoir que ce savant roiiqirrnd sous le t)|ic du suivi, sur ce point, M. Lepsius. Je rcl le représentant antique «lu viendrai sur celle question en étudiant

copte. MM. Hincks, Birch, Brujjscli. Ma- les lettres s et t. riette, Chabas, etc. s’accordent avec moi

1)K I.’ ll,PHABET PHÉNICIEN, prises en considération. Dans l'alphabet égypto-sémitique qui va me servir de base, je distribue, en tenant compte de ces remarques, les vingt-deux lettres phéniciennes parmi les signes qui représentent les seize types alphabétiques des Egyptiens :

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