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Mémoire sur la cataracte capsulaire avec quelques réflexions sur les affections désignées sous les noms vicieux de capsulite et ed kératite [electronic resource]

AVEC QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES AFFECTIONS DÉSIGNÉES sous les noms de CAPSUIilTË et de KÉR4TITE.

PAR M, PAUL BROCA, Agrégé de la Faculté de médecine de Paris, Chirurgien des liôpilaux.

Quatre observations de cataracte capsulaire.

On disait assez généralement, il y a une quinzaine d'années, lue la plupart des caiaraclcs étaient capsulo-lcnliculaires. Cette rrreur, que Sanson surtout avait répandue , demandait à être incmcnt réfutée. Pour la déraciner, pour convaincre les chilurgiens de la rareté d'une chose qu'ils croyaient si fréquer.te, it pour leur enlever en même temps leurs illusions à l'endroit ees cataractes secondaires, il était nécessaire de frapper un grand Doup, et çe fut M. lAIalgaigne qui s'en chargea.

Après avoir disséqué vingt-cinq yeux atteints de cataracte, ce iiirurgien écrivit en 1841 à l'Académie de médecine pour lui junoncer qu'il n'avait pas trouvé une seule fois la capsule mque. Depuis lors il continua ses recherches. En 1843, ses discelions s'élevaient déjà au chiffre de soixante, et il put encore [péter dans une leçon clinique qu'il n^avait jamais vu de catacte capsulaire. C'était déjà une forte présomption contre l'exis- ;iice d'une affection réputée si fréquente. M. Malgaigne alla plus Il : il prétendit que l'histoire des cataractes capsulaires ne re- >sait sur aucune base, et qu'il n'y avait dans la science aucune -servation propre à en établir la réalité. iCette assertion de M. iMalgaigne fut reçue avec une vive sui ise et souleva une forte opposition. La plupart des ophlhulmoi?isles se souvenaient d'avoir vu des cataractes qu'ils avaient cru

reconnaître pour des cataractes capsulaires ; mais le plus souvent ils n'avaient conservé ni les observations, ni les pièces pathologiques, ne s'attendant pas à l'attaque qui devait être ensuite di- i rigée contre leur doctrine. Ces faits avaient pu suffire pour leur i donner des convictions très arrêtées, mais il est clair que pour i la science ils n'avaient aucune valeur. Puis il arriva que certaines i pièces furent présentées comme des exemples de cataracte caj)- | sulaire, et lorsqu'on voulut y regarder de plus près, on décou- | vrit que la prétendue opacité de la capsule était constituée par une couche pseudo- membraneuse appliquée sur la face antérieure de cette mince membrane, ou par des fragments opaques de l'écorce du cristallin déposés sur sa face postérieure. II y avait là un avertissement propre à rendre les sceptiques de plus en plus difficiles par la preuve analomique ; dès le moment qu'il était démontré, par des exemples incontestables, que certaines lésions étrangères à la capsule pouvaient simuler la cataracte capsulaire, il était clair qu'il fallait se défier des faits publiés précédemment, et qu'il fallait rejeter à plus forte raison les arguments que les praticiens allaient chercher dans leurs souvenirs.

M. JVIalgaigne, qui n'est pourtant pas cartésien, avait donc fait table rase du passé et laissé le champ libre pour les observations ultérieures. Dix années s'écoulèrent et parurent lui donner raison. Non que les opposants aient fait faute pendant ce temps-là : les opposants furent nombreux au contraire, mais ils ne fournirent que des arguments théoriques de nulle valeur, ou des arguments cliniques tout aussi peu concluants, ou des assertions sans preuve, ou enfin des observations recueillies, il faut bien le dire, avec quelque légèreté, et incapables en tout cas de vider le différend d'une manière définitive.

En présence d'une négation vigoureuse et d'une affirmation basée sur des motifs évidemment insuffisants, tout esprit sévère et libre d'idée préconçue était naturellement porté au doute. Or, en matière de science, le doute et la négation sont bien près l'un de l'autre, car il est permis de nier tout ce qui n'est pas démontré. L'o|)inion de M. Rlalgaigne gagna donc chaciue jour du terrain, et la plupart des jeunes chirurgiens commencèrent à croire que la calaracte capsulaire, comme tant d'autres affections idéales, avait dû le jour à l'imagination des pathologistes.

Déjà, en 1867, Desmarres, dans son J'raité des tnnladie» ,

ides yeux, Annonça qw la cataracte capsulaire, loin d'être très 1 fréquente, était au contraire très rare. S'il n'en niait pas l'exisitence, c'était une simple concession faite aux observations des iautres opiithalmologisies , car pour lui il n'en avait jamais vu (d'exemple. Mais bientôt il s'enhardit davantage; b mesure qu'il ; avançait dans la pratique, à mesure qu'il opérait un plus grand 1 nombre de cataractes, il était de plus en plus frappé de l'excessive trarelé d'une affection dont il ne pouvait rencontrer un seul cas, (et il finit enfin par nier dans ses leçons, aussi résolûment que !M. Malgaigne, l'existence des cataractes capsulaires.

I,a conversion de M. Desmarres , si j'ose ainsi m'exprimer, iétait des plus significatives. Elle prouvait que dans son immense I pratique, et sur le nombre très considérable de cristallins qu'il .avait extraits, il n'avait pas trouvé la capsule opaque une seule ifois. Ce n'e.st pas sans de bonnes raisons qu'un auteur a!;andonne [publiquement une opinion qu'il a publiquement défendue. Après aavoir écrit à une autre époque que la cataracte capsulaire existait réellement, lM. Desmarres avait tout intérêt à chercher et à 'trouver des faits favorables à son assertion , et il fallait que ces ifaits fussent bien rares pour qu'il n'eût pu réussir à en découvrir lun seul.

Ajoutez à cela que iM. iVIalgaigne, et bien d'autres après lui , aavaient vainement cherché à rendre artificiellement la cristallloïde opaque. Sur le cadavre et sur le vivant, sur les animaux tel sur l'homme, les procédés physiques ou chimiques, les plaies, lies réactifs, laissèrent toujours, suivant l'expression de M. Mal- .gaigne, la capsule du cristallin « aussi transpareiUe que Dieu l'a : faite, » et il fut permis de douter qu'une membrane aussi inalilérable fût susceptible de se laisser modifier par l'état morbide.

Les choses en étaient là lorsque, il y a quolijucs mois, le jury ddu concours de l'agrégation on chirurgie donna pour sujet de ilhèse à l'un des concurrents la question suivante : Des diffén'entes espèces de cataractes. Mis en demeure de se prononcer, >M. Ad. Richard, — car c'était lui, — n'hésita pas h rejeter l'exisl'tence des cataractes capsulaires. Après avoir passé en revue les oobservations publiées depuis 18Zil et les avoir soumises à une lanalyse sévère, il arri-îa à cette conclusion, qu'il n'y avait pas ^dans la science un seul fait démontrant sans réplique l'opacité de Ja capsule.

OUe conclusion était légitime. Pour élablir la réalité d'une chose contestée, il sufTit d'un seul fait, sans aucun doute, mais il faut que ce fait présente toutes les garanties d'authenticité et d'exactitude désirables. Il faut surtout qu'il soit accompagné de détails précis et complets permettant de le soumettre à une appréciation critique. Or, il faut bien le dire, parmi les observations de cataracte capsulaire publiées jusqu'au jour où M. Richard a soutenu sa th^^se, il n'y en avait aucune qui réunît toutes ces conditions. Peut-être l'auteur fut-il un peu sévère envers certaines observations qui, sans être radicalement démonstratives, étaient au moins de nature à tenir l'esprit dans l'indécision ; mais cette sévérité était permise tant que les partisans de la cataracte capsulaire n'avaient fourni aucun fait absolument irrécu.sable.

Si, comme je l'espère, les faits que j'apporte aujourd'hui paraissent concluants à la Société anatomique, et si la réalité de la cataracte capsulaire est une fois démontrée, il ne sera plus nécessaire désormais de se montrer aussi exigeant, et l'on pourra tenir compte de certaines observations demeurées suspectes jusqu'à ce jour.

M. Richard s'était borné à dire daus sa thèse que la réalité des cataractes capsulaires n'était pas scientifiquement établie. Celle proposition ayant été attaquée, il se laissa entraîner, dans le feu de l'argumentation, à invoquer un argument en apparence décisif. La membrane cristalline étant complètement amorphe et étant surtout privée de vaisseaux, ne lui paraissait pas susceptible de devenir malade. Ce n'est pas devant ia Société anatomique qu'il sera nécessaire de réfuter longuement cet argument. J'ai bien des fois, et surtout à l'occasion des maladies des cartilages, attiré votre attention sur les troubles de nutrition et les lésions de structure qui peuvent se produire dans les tissus privés de vaisseaux. S'il était permis , dans les .sciences d'observation , de procéder par analogie, on .serait à priori tenté de conclure à la possibilité bien plutôt qu'à V impossibilité des maladies de la capsule cristalline. Je reviendrai sur ces considérations de physiologie pathologique ; mais je veux d'abord exposer dans tous ses détails l'observation que j'ai recueillie, «t qui me semble de nature à lover tous les doutes relatifs à l'existence de la cataracte capsulaire.

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