‹ Mémoire sur la chromhidrose ou chromocrinie cutanéeChapitre 23 sur 23 · ET DISCUSSION DU RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HÔPITAUX · texte numérisé non relu

ET DISCUSSION DU RAPPORT DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HÔPITAUX

Par M, le professeur Ch. ROBIN.

Je commencerai celte partie par l'exposé des caractères de la matière colorante observée chez madame X...; j'emprunte textuellement la description que M. Gubler a insérée dans le Rapport de la Société médicale des hôpitaux, parce qu'elle se rapporte entièrement à mes observations.

« Cette substance est d'un noir profond : c'est tout à fait accidentellement qu'elle présente un reflet bleuâtre pendant qu'on fait varier la distance focale du microscope; elle offre parfois également sous certaines incidences un reflet brun (1). La nuance bleuâtre, qui apparaît instantanément et disparaît de même, ne se montrait, dans mes observations, que pour les grains environnés de la matière molle qui les agglutine, ou bien au voisinage d'une bulle d'air; je ne l'ai jamais vue sur un grain noir entièrement isolé-

» Ces éléments de la couche colorée ont (des dimensions très variables : les uns sont réduits aux proportions de ce qu'on nomme des granules moléculaires; les autres, plus

(I) C'est ce caractère que j'ai désigné par les raots de reflet ou de teinte ardoises. (Ch. Robin).

gros, allcigneiU quelquefois les dimensions d'une des cellules épidermiques de la région palpébrale qui les accompagnent. Si petits qu'ils soient, les granules colorants absorbent à peu près complètement la lumière, sont noirs et opaques. Les plus grands ont la forme de tables, peu épaisses eu égard à leur largeur et à leur longueur, d'un contour irréguiier, anguleux, comme si elles provenaient de la fragmenlalion d'une couche étendue qu'on aurait brisée en poussière. Il est impossible de découvrir dans l'aspect des parcelles noires aucune configuration qui rap'^°Ue les tissus pigmenlaires ; elles ne sont d'ailleurs jamais enveloppées d'une membrane; seulement il en est qui adhèrent aux particules minérales, et d'autres qui sont réunies en groupe par une substance molle, colorable en jaune-brun par l'iode, à la manière de l'épiderme et des matières albuminoïdes.

» Parmi les masses de matière noire se trouvent des parcelles d'un brun clair ou foncé, qui semblent" participer de la nature des premières. Voici les résultats obtenus à l'aide des principaux réactifs :

» V ammoniaque rend plus transparents et mieux visibles les éléments épidermiques sans dissoudre la matière noire.

« Vadde nitrique produit des effets inverses et détermine la corrugation de la substance albuminoïde. Il n'exerce d'ailleurs aucune action sur la matière noire, même après un quart d'heure et plus d'attente.

» L'acide chlorhydrique n'a pas plus de prise que le précédent sur la matière noire, ni à froid ni même à chaud. Quelques grumeaux de matière noire, soumis pendant plusieurs minutes à l'ébullition, loin de se décolorer dans de l'acide chlorhydrique concentré et pur, m'ont paru prendre une couleur d'un noir plus intense encore, ce que j'attribue à la destruction de la matière épidermique dont la présence tendait

à produire du gris.

.. Vacide acétique n'agit non plus que sur la substance épidermique, sans attaquer la couleur noire. Mais il m'a permis,

ainsi que l'acide chlorhydrique, de constater que, parmi les parcelles minérales, les unes sont siliceuses, les autres formées de carbonate calcaire, laissant dégager des bulles de gaz carbonique en présence d'acides plus puissants.

» Wiude en solution aqueuse colore en jaune vif, un peu brun, les matières azotées épidermiques ou autres : il colore en violet on indigo les corpuscules sphériques déjà reconnus à leur forme et à leur hiie étoilé pour être de l'amidon.

» La potasse caustique à chaud ou à froid n'a aucune action.

» Enfin Véther sulfurique ne fait autre chose que de rendre libres un certain nombre de particules noires invisquées sans doute dans la sécrétion grasse des glandes sébacées. » (Loc. cit., p. 79-80.)

Je ferai remarquer qu'il n'y a, dans ce qui précède, se rapportant, à proprement parler, au noir de fumée, que les cs~ ractères chimiques; quant aux autres caractères, aucun ne se retrouve (sauf la teinte foncée) ni dans le noir de fumée, ni dans les cosmétiques dont il a été déjà question (1).

(1) Un i)aBsagc' du rapijorl {Biillcliii de la Soc. médic. des hûpilaxix. Pai'is, I8GI, in-8", t. V, p. 86), s'exprime ainsi à propos du iiohonïl :

K Oii remploie Irèa souvent en garnissant les paupières de cold-cream ou en nielangcanl la poudre nuire ù ce corp.s gras. Je me suis ap[)liqué ces diverses substances sur les paupières inférieures, et louies les trois m'ont permis de reproduire, à s"y méprendre, les nuances diverses de la coloration qu'il nous avait élé donné d'observer, depuis la conclu' épaisse notée le premier jour île notre examen jiisqii'atix feintes plus effacées îles autres séances «

Il semblerait encore, d"après ce passage, qu'il a pu y avoir dans les cas soumis ;\ mon examen, apiiliealion des eorps colorés par supercherie. Or il n'esl pa^ inuti'e de faire remarquer que : ni dans la substance que m'a adressée Hl. de iMéricourt, et dont j'ai parlé à l'Académie, ni daiis.k-s éclianlilluiis qu'il m'a adres}és depuis, ni dans cenx de M. Magnin, ni enfin dans In matière recueillie par la Commission .sur les paupières de M« X..., il n'y avait trace de cold-cream. S'il y en avait eu, la pré- .'.ence en eut élé un des meilleurs signes |)ropres à déeéler une supercherie, à fixer l'allcnlion sur elle et eùl élé des pins fneiles à consialer. On sait en effet (ee dont et bien à tort il n'est pas fait mention dans le rapport), que les moindres traces de cold-cream se reconnaissent en rûclani la peau (jiii le porte et examinant la subslancc ("i l'aide du microscope : l» par les gi-aiides plaques huileuses pftles qui adlièrent ù la lame de verre; 2" |iar le.« gouttes graisseuse!) uu granules gras, généralement si)héri(pies, les uns pàirs, les antres ambrés, assrz foncés, donnant ;in aspect émnlsif cnraclérislique h la préparation ; 3° et surtout par les fines aiguilles cristallines, pâles, ressemblant à celle de la margarine et de la rétine, isolées uu iliï-posées en éventail et irradiéi's auîour d'un centre, de manière à furnicr des ;:i-oupcs sphéroïdaux.

Ajoiilons niainlenanl quelques remarques au lexle du rapport même donl est lirée la descriplion précédente.

Le rapport indique la matière comme à Pélat de petits grains sur les paupières, ce qui est exact, et ceUcs-ci moins colorées dans le fond des plis qu'ailleurs; or il n'en est pas ainsi pour le koheuïl, qu on étend sur la peau. Il remplit surtout les plis cutanés les plus fins, se croisant à angle net, et laisse un point noir des plus nets à la base de chaque poil, après l'humectation avec la glycérine, humectalion qu'il aurait fallu faire pour conclure de cette contre-épreuve, qui devait être semblable à l'épreuve pour être valable.

Le grattage n'a pas été léger ; il a dû être assez intense pour enlever la substance adhérente à la peau chez madame X...

- La peau nettoyée a montré à la loupe des grains noirs très fins, remplissant les plis épidermiques; mais rien de pareil ne se montre avec le koheuïl humecié de glycérine.

Il n'est pas exact de dire, avec le rapport, que la substance a présenté une apparence amorphe, granuleuse, et une leinte noire sans reflets bleus appréciables. Les grains ou tables fragmentés sont homogènes, amorphes et non granuleux (tandis que le koheuïl forme des amas granuleux) ; ils avaient une nuance bleuâtre sous certaines incidences, comme le dit exactement le même rapport, dans la note de M. Gubler.

Il est dit dans ce même rapport que :

« Les paupières se couvrirent d'une sécrétion sébacée d'apparence huileuse, qui parut donner à la coloration une nuance plus noirâtre; mais bientôt... l'apparence huileuse disparut. » (Gazette hebdomadaire, 1861, p. 433.)

» Quelle était la valeur de ce retour apparent, momentané, observé à la première séance?... M. Vulpian fit observer que la sécrétion sébacée, qu'on avait notée à la seconde séance, donnait une explication plausible du fait, la matière noire n'ayant pas été complètement enlevée, et que Tinter-

venlion d'un corps gras avait pu raviver la leiiile, comme on voit un corps gras raviver la leinle des cheveux, ou un vernis les nuances d'un tableau embu. » (Gaz. hebcl., 1861, p. 454.)

Ici évidemment la Commission est plus occupée de trouver une explication que de constater la réalité du phénomène qui peut la donner, car le fait de savoir si celte sécrétion, d'apparence huileuse, jélaii réellement sébacée, n'a aucunement été constaté, comme il pouvait et surtout devait l'être avant de servir de base à une explication quelconque. On sait, en effet, que la sécrétion sébacée huileuse des ailes du nez el des joues peut être recueillie à l'aide d'une petite curette ; on peut facilement alors s'assurer qu'elle est réellement huileuse, par la présence de gouttes graisseuses aisées à reconnaître sous le microscope, ce qui n'a pas été constaté parla Commission. Ainsi, c'est par pure hypothèse qu'il est dit dans le rapport, que la sécrétion d'apparence huileuse était sébacée, c'est-à-dire réellement graisseuse. Il n'y a par conséquent pas ici à s'occuper de ce qui n'est que pure hypothèse, ni, par suite, de l'explication à laquelle cette hypothèse sert de base.

Il est dit encore, dans le rapport, que M. Béhier « a pu reproduire à s'y méprendre avec le fard indien, les crayons mystérieux et le coheiiïl ou pyrhommée les apparences de la coloration qu'on avait observée chez madame X..., depuis la teinte première jusqu'aux nuances de plus en plus dégradées par les lavages; les linges ont présenté une teinte analogue de tous points à celle qu'on, avait obtenue devant la Commission. » {Gaz. hebd., 1861, p. 454.)

Le fait peut être considéré comme vrai pour l'apparence à l'œil nu, mais il est inexact au point de vue de l'examen à la loupe, surtout après rhumectalion avec la glycérine, qui ne changeait nullement l'apparence fragmentée de la matière colorante des paupières de madame X..., tandis qu'elle donne l'aspect d'un cambouis homogène aux cosmétiques dans la composition desquels eutre le noir de fumée. Mais

surloui celle apparente ressemblance disparaît dès l'examen le plus élémentaire fait à l'aide du microscope, ainsi qu'on peut le voir en se reportant à ce que j'ai dit plus haut des caractères de ces cosmétiques.

On lit plus loin : « L'examen microscopique, les réactifs chimiques ont donné des résultats enlièremcnt semblables à ceux que M. Gubler avait obtenus dans ses expériences. *> (P. 454.)

Quant à la similitude des résultais de l'examen microscopique, je le nie rormellement. Le kolieuïl que m'a envoyé M. Bchier n'a que des analogies grossières avec la matière pulvérulente fragmentée recueillie sur les paupières de madame X..., et que nous avons vue ensemble chez M. Roger. (Voir ci-dessus, pp. 158 à 141, la description du koheuïl.)

De toutes les interprétations ou appréciations contenues dans ce rapport, celle de toutes qui m'a le plus surpris, pour ne rien dire davantage, et qui, je dois l'avouer, m'a mis en garde contre la logique de toute son argumentation, c'est le passage terminal qui suit, que j'ai déjà mentionné, mais sur lequel je ne peux m'empècher de revenir.

« iM. Robin examinant une matière recueillie chez une personne atteinte de chromhidrose ou chromocrinie, y a reconnu la présence d'une substance analogue à f indigo des urines. M. Béhier signale un autre cosmétique destiné à sinjuler des veines légères sur la peau des personnes qui se peignent le visage. On le nomme réseau d'azur: c'est un mélange d'indigo et de laïc. D'un cosméli(|ue à l'autre, il n'y a pas loin, et l'analogie des habitudes explique comment. î/./îobin a pu retrouver chez une autre personne les traces d iine substance semblable à Cindigo. » {Société médicale des hôpitaux.— De la chromhidrose . Gaz.hebd., 1 86 1 , p. 4o2 à 4o4.)

En premier lieu, je ferai remarquer que jamais personne n'a comparé la cyanourine à l'indigo, si ce n'est au point de vue de sa teinte foncée; ceux qui ont vu ce principe immédiat et la teinte des tablettes pour la gouache ou autres prépa-

râlions d'indigo en couche épaisse, comprendront la possibilité de cette comparaison.

Cette argumentalion pourra paraître puérile ou minutieuse à ceux qui n'étendent pas l'analyse des tissus et des humeurs jusqu'à la connaissance précise de leurs principes immédiats; mais l'absence de rigueur dans les expressions, en analomie comme en chimie, coïncidant toujours avec peu de netteté et de précision dans les connaissances, comme je vais le montrer encore, ce serait se donner tort gratuilcment que de laisser croire à ceux qui les emploient qu'ils exposent ainsi la vérité.

J'ai comparé la substance dont j'ai parlé devant l'Académie de médecine à la cyanourine, au point de vue de sa nature et non au point de vue de sa couleur, comme le montrent les descriptions et les autres données contenues dans mon travail; aussi ne comprend-on pas que, se fondant sur cette comparaison, il ait été possible à quelqu'un de dire que j'avais trouvé sur les paupières une substance semblable à l'indigo (1).

(1) U n'est pas inutile Je riipiiuler ici un l'ail f|iii esl familier à ceux qui onl étiniié lof principes eoloranis des solides et des liunieur;;, mais (]ui, malgré son importance, ne semble pas l'être au même degré ù beaucoup de médecins. Sans changer de composition, beaucoup de matières colorantes passent par des teintes très diverses, selon les condilions dans lesquelles elles sont placées. C"est ainsi que la substance colorante accidentelle de l'urine, appelée liabiluellemcnl mélanourine ou cyanourine, a, selon les teintes par lesquelles elle peut passer, été nommée uroxanthine, uroglaucinc et urrhodine. D'un bleu foncé lorsqu'elle est pulvérulenle, elle prend le brillant raétalli(|uedes paillettes d'indigo par la dessiccation, et une teinte bleue foncée virant au pourpre, quand elle est en dissolution dans l'alcool. Elle se renconire dans des urines bleues, violettes, noires el verdùlres; elle n'est probablement elle-même qu'une modification isoniérique accidentelle de la matière colorante normale de l'urine, appelée succossivemenl acide purpiiriqiie , acide rosacique , purpurine, uroerylkrine, urrhodine, urohémalinc, urrosacinc, etc. Celle-ci est elle-même susceptible de présenter des \ariutions de teinte notables selon les conditions dans lesquelles elle csl produite, l'élald'acidité, de neutralité ou d'alcalinité el la quantité de sels de l'urine qui la renferme. On sait d'un autre côté que la biliverdine passe dans des conditions analogues normales ou morbides, du vert très pAle au vert le plus foncé, au point de sembler noire à la lumière réfléchie, ou encore plus souvent du jaune orangé à rellels verdàtres depuis le ton le plus paie jusqu'au plus intense. Le pigment oculaire el cutané, variant du jaune au noir absolu, offre des particularités analogues dans une autre série de teintes. C'est sons ce point de vue qu'on dit de ces corps et du l'Iiématosinc ([ue ce sont des cor[)s analogues, bien que très différents au poir)i de vue de la VMXÛnw [iropre, de la soluliililé, etc.

Eii second lieu, je n'ai parlé nulle part, dans mon travail lu à l'Académie de médecine, d'une analogie quelconque de la matière que m'a envoyée M. de Méricourt avec l'indigo. Pour dire que M, Robin a pu retrouver chez une autre personne les traces d'une substance semblable à l'indigo, il faut n'avoir pas lu mon travail, car ces mots en faussent à la fois les termes et le sens, et je ne peux supposer que, mon travail ayant été lu, un motif quelconque ait pu conduire à dire ainsi ce qu'il ne renferme pas. Mais, malgré celte perversion complète du sens et des termes de ce travail, et précisément à cause de cela, je suis obligé de rectifier cette erreur.

D'une part, rien, dans mon travail, n'indique une analogie d'aspect extérieur à l'œil nu ou à l'aide du microscope, avec une préparation quelconque d'indigo, et j'ai insisté sur ce que la matière que j'examinais ne ressemblait à aucune matière tinctoriale connue.

D'autre part, et c'est là un fait qui rend inconcevable pour moi le passage du rapport que je viens de citer, rien dans ma noie ne rapproche la substance étudiée des caractères du mélange de talc et d'indigo, dit réseau d'azwr, que je liens de M. Béhier lui-même, ni de celui tout à fait semblable que j'ai acheté chez deux parfumeurs. {Voir les caractères de ce cosmétique à la deuxième partie, pp. 141-14.2.)

A la fin de la séance à laquelle j'ai assisté, je suis allé chercher de la pâte vendue en boîte, avecpelile brosse et eslompe, sous le nom de fard indien ^ et l'ayant comparée, dans le cabinet de M. Roger, avec la matière prise sur les paupières de madame X., j'ai dit, séance tenante, à M. Béhier que ce cosmétique était du noir de fumée, sans analogie réelle sous le microscope avec la substance des paupières que nous venions d'examiner. En rentrant chez moi, j'ai conslalé de même que ce cosmétique gras au noir de fumée n'avait aucune analogie réelle, sous le microscope, avec la substance que m'avait envoyée M. de Méricourt. Celte absence de similitude est un fait que j'ai depuis conslalé plusieurs fois, et

que j'ai fail constater aussi à diverses personnes non pré- Aenues. les unes habiluêes, les autres non habituées à l'examen des corps, par lumière transmise, sous le microscope.

M. Gubler dit, dans une noie du rapport {Gazette hebdomadaire, p. 4.o3) : « En résumé : 1° la couleur noire des paupières de madame X. diffère considérablement des matières bleues végétales on animales, et même de la plupart des pigments noirs de l'économie humaine. » Cette conclusion est exacte lorsqu'il s'agit de dire qu'elle ne peut être confondue avec aucune des matières bleues végétales ou animales, et qu'elle diffère considérablement des pigments noirs de l'économie humaine, ce que j'ai dit déjà dans mon travail.

Mais une conclusion dont il est impossible de se rendre compte, est la suivante : « 2° Elle se rapproche de la matière noire des poumons; elle offre au microscope des caruclères /^resgwe identiques avec le noir de fumée : » En effet, tout le monde sait que, pour le volume de la très grande majorité des granules, la teinte générale (le mode de réfraction de la lumière excepté) et l'intensité du mouvement brownien, rien ne ressemble plus au pigment que les granules du noir de fumée, lorsqu'ils ne sont pas agglomérés en petits groupes, comme ils ont de la tendance à le faire, soit qu'ils proviennent de la suie, de l'encre de Chine, de l'encre d'imprimerie, du noir de bougie oudu noir d'ivoire, dupoumon, des ganglions bronchiques (en ayant soin ici d'éliminer les véritables fragments microscopiques de charbon de bois, toujours peu nombreux à côté des granules de noir de fumée) : en ayant soin dans l'un et l'autre cas d'étendre la glycérine d'une assez grande quantité d'eau pour lui enlever sa viscosité. On se rend d'autant moins compte de celte conclusion, que, quelques lignes plus haut, on lit la description suivante, très exacte : « Les granules colorants sont noirs et opaques; les plus grands ont la forme de tables peu épaisses, d'un contour irrégulier anguleux. » Or, on sait que jamais le noir de fumée ne renferme des

fragments en forme de (ables, qu'il n existe pas, en un mof, (le noir de fumée en lablc. Il est formé de larces cranulcs de un à deux millièmes de millimètre, accompagnés, quand il est grossier, d'un très petit nombre d'autres granules anguleux, mais souvent à angles mousses, larges au plus de 5 à 8 millièmes de millimètre, d'un ton brun-jaunâtre foncé sur les bords. Or, nous avons vu que ce ne sont pas là les caractères de la substance observée chez madame X.

Aussi, pour quiconque a observé, d'une part, du noir de fumée à l'aide du microscope, et de l'autre, soit la matière colorante recueillie sur les paupièi^es de madame X..., soit celle des trois autres personnes dont M. de iMéricourt m'a adressé des échantillons, soit celle, tout à fait semblable, que M. Magnin m'a envoyée à trois reprises; pour quiconque, dis-je, a vu une fois ces deux sortes de matières, la phrase suivante du Rapport à la Société médicale des hôpitaux (BnWeùn, Paris, 1861, in-S", p. 89), n'est explicable que par des suppositions qu'il est inutile de faire. Le rapport dit en effet :

« M. Gubler n'a pu reconnaître dans la substance obtenue sur la paupière de madame X..., lors de notre premier examenquedu noir de fumée. »

La matière en granules et en plaques d'un ton brun ou ardoisé foncé, trouvée sur la peau (F. p. 147), n'a aucun des caractères physiques du noir de ftimée pur, c'est-à-dire tel qu'il estacheté pur dans le commerce, puis étendu directement sur la peau et retiré de là pour être étudié. Elle n'a également aucun des caractères du noir de fumée incorporé à un corps gras, matières qui forment la base des cosmétiques qu'on trouve chez la grande majorité des coiffeurs et parfumeurs. Elle n'a pas davantage les caractères des cosmétiques appelés koheuïl et réseau d'azur qui ne se trouvent que chez un petit nombre de commerçants, et qui sont formés de talc et de noir de fumée pour l'un, de talc et d'indigo pour l'autre.

Lorsque le pyrhommée ou le réseau d'azur sont étendus

sur la peau, la loupe y montre de très petites lamelles micacées, qui trauchent sur leur éclat, sur le ton noir du tégument teint, et qui miroitent à la surface de la peau. Il est facile de reconnaître que ce sont là les lamelles de talc les plus larges.

En étalant le cosmétique noir (talc et noir de fumée) seul ou mélangé du cosmétique bleu (indigo et talc) avec le doigt, ou mieux avec une estompe, soit sur la peau de la paupière inférieure, et de la joue, soit sur la peau fine delà face dorsale de la première phalange des doigts, on obtient les résultats suivants, que j'ai constatés sur deux personnes cl sur moi à plusieurs reprises :

Le ton de la couleur est plus charbonné, a moins l'aspect d'un vernis qu'il ne l'avait sur la paupière de madame C. Même en appliquant une couche sufTisanle du cosmétique pour avoir un ton très noir, on ne voit pas à la loupe sur la peau, ni çà et là sur les cils, les particules écailleuses ou très petits fragments inégaux, pulvérulents, qu'on apercevait, avec la même loupe grossissant 4 fois 1/2, sur l'épidermc de la paupière de madame C...

On ne voit qu'une couche noire mate, uniforme, étendue aussi bien dans les fins plis de la peau qu'à la surface des parties qui leur sont interposées, lorsque le frottement du doigt et de l'estompe a été prolongé et un peu fort, ou si la peau a été légèrement humectée de glycérine ou d'huile et essuyée un peu avant l'apjjlicalion du cosmétique. Si la quanlilé employée a été suffisante pour obtenir le même ton, sans frotter très fort et. sans humecter la peau avec quoi que ce soit, on a encore le même aspect; mais la loupe montre la peau veinée de très ûnes lignes, plus noiresquele rcstedu tégument, se coupanlà angles nels et qui correspondent à une accumulation de cosmétique, plus grande dans les fins plis de la peau que dans leurs intervalles; tandis que chez madame C... le même examen montrait que le fond de ces plis était moins pourvu de matière colorante, et avait presque le ton habituel du tégument qui tran-

chail sur la couleur des parties de la peau qui leur sont interposées. Les poils de duvet, du reste, ne sont pas leinls ou ne fout que retenir çà et là quelque fine particule noire, à peine visible à la loupe. Mais la loupe montre sur la peau colorée par les cosmétiques au talc, des particules dont celle de madame C... ne nous a montré aucune trace, et qui frappent trop l'observateur pour qu'elles aient pu échapper à l'un de ceux qui ont observé les paupières de madame C... Ce sont de très petites lamelles de talc brillantes, micacées, qui tranchent par leur éclat sur le ton noir du tégument teint, et qu miroitent à la surface de la peau lorsqu'on la meut, ou lorsqu'on change de place la loupe de manière à ce que la lumière arrive à l'œil sous diverses incidences.

Lorsque maintenant on vient à humecter avec de la glycérine, à l'aide d'un petit pinceau, la peau fine ainsi colorée, la matière cosmétique se délaye sous forme d'une sorte de cambouis et s'enlève facilement, surtout lorsqu'on la ràcle avec une fine spatule. Elle ne se détache nullement sous forme de matière pulvérulente en suspension dans un peu de liquide et difficile à enlever, mais, au contraire, sous forme boueuse. Ce raclage ne laisse pas la peau incolore, mais la loupe montre que cette teinte est due à ce qu'il reste du noir de fumée dans les plis ou sillons qui séparent les fines rugosités de la peau que le raclage n'atteint pas.

Une différence bien plus tranchée encore se manifestait lorsqu'on venait à essuyer avec un linge fin la peau noircie, et humectée quelque temps après avec un peu de glycérine. Le linge enlève le cosmétique plus facilement qu'il ne le faisait pour la matière des paupières de madame C..., et reste noirci par celui-là. Mais étant comme imbibé et une fois noirci, il est de toule impossibilité d'en faire tomber avec la spatule sur la lame de verre sous forme pulvérulente, une parcelle quelconque de la matière colorante; il était facile de le faire, au contraire, en opérant de la même manière pour recueillir la substance colorante des paupières de niadame C..., et c'est là

un des moyens que nous avons employés pour enlever ce que le raclage avec la petite spatule avait laissé. Les parcelles éparses sur la lame de verre étaient ensuite facilement rassemblées en amas avec le bout de cet instrument; or, rien de pareil n'est possible ni comparable avec le cosmétique. En examinant ensuite à la loupe le linge noirci de la sorte, on le trouve uniformément teint, ne laissant apercevoir qu'un petit nombre de lamelles de ialc, ou n'en montrant parfois même pas du tout. Au contraire, en examinant de la même manière le linge qui avait servi à essuyer les paupières de madame C..,, on y voyait des parcelles ardoisées , polyédriques, depuis un volume à peine perceptible , jusqu'à des dimensions plus notables, aussi facilement que sur le tégument.

Après avoir ainsi nettoyé la peau en essuyant avec un linge le cosmétique humecté de glycérine, elle restait à peine teintée de sa couleur, d'une manière générale; mais il resj;ait à la base de chaque poil de duvet une très petite tache noire ronde, que l'action d'essuyer, repétée plusieurs fois, n'enlevait pas. La loupe fait reconnaître qu'elle est due à de la matière noire du cosmétique introduite par la glycérine dans la petite dépression de chaque follicule pileux, autour de chaque poil et que le raclage n'enlève pas, mais que le lavage à l'eau de savon fait facilement disparaître.

Je le répète, j'ai vu la matière recueillie lors de notre premier examen et qu'a examinée M. Gubler; or, il ne m'est jamais venu à l'esprit que ce fût du tioir de fumée, précisément parce que je lui ai trouvé les caractères décrits par M. Gubler, qui ne sont pas ceux de ce produit (v. pp. 14.7-148).

OL'ATKIÊME PARTIE

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