I. — SYNONYMIE
Cyanopalhie cutanée (Billard, d'Angers).
Stearrhaea nigricans (Neligan, Erasmus Wilson, Bârensprung). Blepharo-melaena (prof. Law).
Blepharo-cyanosie (Michel Diibuc, 1861).
Chromhidrose (Le Roy de Méricoiirt, 1858).Déiiominalion déjà usitée par Erasmus Wilson, mais dans une autre acception. Mélastearrhée (Giulrac, 1859).
Chromocrinie partielle ou cutanée (Le Roy de Méricourl, 1859).
Nous avons été conduit à proposer cette dernière dénomination par les considérations suivantes : Le docteur Billard n'ayant eu occasion de voir qu'un seul cas dans lequel la substance colorante transsudée était bleue, a dû naturellement songer à exprimer, comme caractère saillant, la désignation de la couleur. Le mot qu'il a formé veut dire maladie bleue: il a l'inconvénient de ne pas indiquer le phénomène essentiel, c'est-à-dire, la possibilité d'essuyer, d'enlever cette sécrétion colorée qui n'est que déposée à la surface. Il peut être une cause de confusion avec la cyanose. Enfin, les cas, actuellement les plus nombreux, où la sécrétion prend une teinte bleue si foncée qu'elle donne aux taches faspect franchement noir, doivent faire exclure de la dénomination de la maladie, la désignation de la couleur.
Les mêmes objections peuvent être faites aux mots blepharo-melœna (melœna, morbus niger, p.éAaiva voçoç, maladie noire ; — pXécpapov, paupière), blepharo-cyanosie (yivanoc,, bleu). Ils méritent, en plus, un autre reproche : la localisation aux paupières, indiquée par le mot blepharo, n'est pas exacte, puisque les joues, le Iront, presque tout le visage, le cou, différentes parties du corps enfin, peuvent être le siège de taches semblables, bien qu'à la vérité les paupières les aient offertes beaucoup plus souvent.
La plupart des auteurs anglais ont adopté la dénomination créée par Erasmus Wilson : slearrhœa nigricans (écoulement
de matière grasse noircissante). Ce dermatologue a dû regarder comme inutile d'adopter pour cette maladie une expression générique nouvelle, attendu qu'il la considère comme due à une hypersécrétion des glandes sébacées, par suite, comme une espèce nosologique du genre stearrhœa, qu'il a formée le premier ; il n'avait donc qu'à la distinguer par l'épithète spécifique nigricans, de la stearrhœa flavescens.
Dans les cas que nous avons observés, nous démontrerons que la sécrétion ne vient pas des glandes sébacées, que la matière colorante ne parait pas avoir d'excipient gras. (Elle est insoluble dans l'éther.) L'expression rhée (pew, je coule) est consacrée, en pathologie, aux flux, et aucun des cas cités ou observés par nous n'a eu ni l'abondance ni les caractères d'un écoulement. L'épithète nigricans a le tort de désigner l'espèce de couleur qui, comme nous l'avons dit, varie du bleu au noir.
La dénomination de M. Gintrac (mélastearrhée), Uien que plus correctement composée, mérite les mêmes reproches.
Quand nous avons formé le mot chromhidrose (jpùip.a, matière colorante, couleur ; î(5pMç, sueur ou transsudation), nous ignorions qu'il eût déjà été employé par Erasmus Wilsou pour désigner les sueurs colorées. Ne voulant pas spécifier que la sécrétion eût lieu par les conduits des glandes sudoripares, nous avions toujours eu soin de dire que par ce mol nous entendions tramsudation de matière colorante et non sueur colorée. Il peut être, à la vérité, rigoureusement traduit des deux manières. Aussi, pour nous rendre à la critique qu'en a faite M. Gintrac, avons-nous proposé le mot chrotnocrinie (xpwp-a et xpi'veiv, séparer (sécrétion de matière colorante). Le caractère essentiel de la maladie est nettement indique, mais pour que cette dénomination ne soit pas trop générale, il faut y ajouter l'épithète cutanée. Le mot cliromhidrose, plus court, plus euphonique et plus connu, bien que moins correct, parait cependant généralement accepté. Nous emploierons indifféremment les deux.
Tableau des cas de chromocrinie cutanée recueillis par différents observateurs autres que lauteur de ce mémoire.