‹ Mémoire ... sur la classification des médicamensChapitre 11 sur 11 · CHAPITRE iV · texte numérisé non relu

CHAPITRE iV

Méthode à employer pour parvenir à connaître les propriétés médicincdes des inédicamens ^ et les faire servir de hase à une classification régulière.

Après avoir établi que les propriétés médicinales des médicaiiiens ne sont pas encore assez connues pour servir de base à une classification ‘ régulière , et avoir exposé les causes principales de cet état de la matière médicale , j’ai répondu complètement à la question proposée. Ma réponse se réduit donc à ces termes : c< Ou ne peut pas, (f d’après nos connaissances actuelles, établir une « classification régulière des médicamens fondée « sur leurs propriétés médicinales , parce que « ces dernières ne sont pas encore assez ,con- « nues. » ajoute , qu’elles ne le sont pas assez, parce qu’on les a mal étudiées, et qu’on ne pourra par conséquent parvenir à la classification demandée que lorsqu’on aura adopté un meilleur procédé pour faire cette étude.

11 importe d’exposer clairement, dans ce dernier chapitre, une méthode que je crois capable

de conduire à un plus heureux résul tat , afin qu*on puisse l’apprécier, s’en servir si elle paraît plus avantageuse que les autres , et la rejeter si elle renferme autant de défauts.

I®. J’ai reconnu , au commencement de ce mémoire , Tutilité des classifications pratiques en général , quand on les considère sous leur véritable point de vue, c’est-à-dire comme un moyen de mettre de l’ordre et de la précision dans les applications pratiques delà science. Ce sont donc les seules que je peux proposer pour la matière médicale.

2°. Je n’ai presque pas besoin de dire qne celui qui entreprendra cette classification doit être suffisamment instruit sur toutes les branches de la médecine, et même sur les sciences qu’on appelle accessoires.

5°. Il sera exempt de toute idée systématique en médecine , et il aura le soin de prendre pour de simples prénotions tout ce qu’on aura dit avant lui sur les vertus des médicamens.

Il s’assurera d’avance des bonnes qualités physiques et chimiques des substances qu il voudra expérimenter. Leur action ne peut être constante qu’autant que leur préparation est uniforme i c’est pour cela que les differentes Facultés de l’Europe , et en dernier lieu le Gouvernement Français, ont fait rédiger des dispen-

saires et des codex qui doivent servir de guide aux pharmaciens.

5®. Il portera une grande attention sur la dose; car si elle est trop forte , le médicament fait naître des désordres qui prennent un caractère pathologique , et qui n’ont rien de commun avec la médication de la substance employée.

6°. Il tiendra compte du degré de sensibilité de îa partie sur laquelle le moyen pharmacologique exercera immédiatement son action , de l’état où se trouve actuellement le système gastrique dans lequel les substances médicinales sont ordinairement envoyées, du tempérament de l’individu, et des influences hygiéniques qui agissent continuellement sur lui.

7®. Chacun des médicamens dont il voudra connaître les propriétés médicinales , afin qu’elles puissent servir de base à sa classification, s^ra soumis à des expériences qu’il fera lui-même avec le plus grand soin. Il imitera ainsi un des chefs des empyriques, Héraclide de Tarente, qui fit faire des progrès à la matière médicale. Ce médecin écrivit, selon Galien ( i), un ouvrage complet sur les substances de la matière médicale ; ne se fiant à aucune autorité , il ne parlait que de l’action de celles qu’il avait expérimentées lui-même.

(t) De Facult. sinipl, raedic., lib. VII , p. 68.

8°. J’ai montré que les seuls essais pratiqués sur les malades ne sont pas un bon moyen de découvrir les vertus des agens de la thérapeutique; il faut donc chercher une méthode qui offre plus d’avantage. Puisque c’est l’action de la substance employée sur nos organes qu’il importe de déterminer, l’expérimentateur mettra en usage le procédé qui fera voir le plus sensiblement possible, les effets immédiats que suscite le moyen médicinal qu’il étudie, parce que ce sont ces derniers qui nous dévoilent cette action. L’état de maladie n’étant pas favorable à l’observation des effets immédiats physiologiques, d’après ce que nous avons dit , on aura recours à une autre disposition de l’organisme. Dans l’état de santé, rien ne cachera le pouvoir du médicament; on verra sa puissance instantanée et progressive; on variera la dose à volonté, sans qu’une indication contraire et mille épiphénomènes que présentent les désordres pathologiques, viennent s’y opposer. Les expériences seront multipliées dans toutes les dispositions où l’économie peut se rencontrer, en prenant les moyens pharmaceutiques un à un, dans leur état d’isolement et sous leurs diverses formes, pour les mettre successivement en rapport avec chacun des systèmes de l’économie. On cherchera à connaître la faculté qu’ils possèdent d’agir de

telle ou telle manière, en observant bien les eËFets sensibles de leur action. L’agent médicinal ayant produit un changement dans l’état actuel du tissu sur lequel il exerce immédiatement son pouvoir, aussitôt il survient une variation dans le mouvement de l’organe auquel ce tissu appartient. La fonction que cet organe exécute se fait d’une manière différente , avec des modifications particulières; c’est à ces mutations sensibles qu’on s’attachera, pour juger de la propriété active du médicament, et, par la nature de ces mutations, on appréciera le caractère de l’impression ressentie par le tissu (i). ^ ^

Ces expériences terminées, on tâchera de savoir si le résultat qu’on a déjà obtenu est confirmé par les succès de ces mêmes moyens dans des cas pathologiques déterminés. Pour cela, aidé parles principes d’une saine pathologie, on reconnaîtra bien l’indication , et on la remplira ^ avec le moyen médicinal que les essais antérieurs auront appris posséder la propriété d’agir que cette indication réclame. On sera capable alors de juger si les avantages curatifs dérivent des effets immédiats que les expériences avaient

(0 On emploiera les animaux pour ces essais, ainsi que les galeux, dartreux et vénériens, dont les hôpitaux abondent, et dont le système gastrique est assez ordinairement sain.

rendus auparavant sensibles. Cette marche établit, entre ces diverses choses, une gradation qui montre si elles sont liées ensemble; si elles procèdent les unes des autres ou si les résultats qu’on remarque sont indépendans des causes auxquelles on était porté à les attribuer.

L’expérimentateur aura encore à sa disposition, dans la pratique journalière, un moyen secondaire pour apprécier l’action du remède qui a déjà été soumis à ses essais. Il s’agira seulement de comparer tous les cas où il a été utile et de reconnaître ce qu’ils avaient de commun, afin de déterminer le rapport sous lequel il a contribué à la destruction du mal.

90. L’action des médicamens étant connue autant qu’il l’a été possible, en les affrontant à l’organisme dans ses divers états, on groupera ceux qui ont une action analogue et on reconnaîtra autant de classes qu’on a fait de groupes. En procédant de cette manière, les médicamens fournissent eux-mêmes les caractères qui servent à les rapprocher; la place qu’ils occupent annonce l’espèce d’impression qu’ils font sur les organes, et elle indique le parti que le médecin peut en retirer.

Chaque classe exige ensuite des subdivisions qui favorisent l’exposition de l’histoire individuelle des substances qu’on décrit. Les méthodes

de l’hisfoire naturelle seront mises ici à contribution : la distinction des trois règnes sera d’abord adoplée de préférence, et puis on suivra, pour chaque règne , les divisions qui sont admises aujourd’hui par les naturalistes et chimistes les plus distingués.

Puisque je viens de montrer, dans ce Mémoire, la nécessité d'une série de travaux, avant que les propriétés médicinales des médicamens soient bien connues, et qu’il soit possible d’établir une bonne classification, je dois dire un mot d’une division fondée sur ces mêmes propriétés, qui se trouve dans un très-bon livre qui ne fait que paraître (i).

Je suis d’a ccord avec l’auteur qu’on doit regarder comme loi, dans la matière médicale, que tout arrangement systématique de ces agens n’aura lieu qu’en consultant la nature de leur force agissante. Je pense avec lui que la connaissance des changemens physiologiques que chacun d’eux a le pouvoir de provoquer, formant le fond essentiel de la science pharmacologique, ce sont ces mutations qu’il faut considérer pour établir une distribution méthodique des agens médicinaux. En effet , une classification qui pré-

(i) Traité élémentaire de matière médicale, par M. Barbier, 1819.

serite au lecteur la masse des sujets de la pharmacologie, doit lui apprendre en même temps le caractère de la propriété agissante de chacun d’eux, et son pouvoir sur nos organes, afin que l’art de guérir en puisse tirer parti.

Après d’aussi bons préceptes, on aurait dû s’attendre que ce médecin aurait fait beaucoup d'efforts pour découvrir, aussi bien que possible, faction des agens de la matière médicale. Mais il a jugé à propos de ne pas employer les expériences. Ses observations cliniques et un grand nombre de recherches dans les meilleurs livres lui ont suffi. J’ai déjà dit que ces deux moyens ne me contentaient pas.

Examinons à présent sa classification. Premièrement, il a adopté la mauvaise division des Browniens dont j’ai parlé plus haut, en distinguant les raédicamens, en ceux qui augmentent les forces de la vie et ceux qui les affaiblissent. Il n’est pas possible que faction de ces agens porte directement sur les forces de la vie, parce que rien ne les atteint sans avoir agi d’avance, d’une manière quelconque, sur les organes. D’ailleurs le pouvoir des moyens médicinaux sur les forces de la vie n’est que relatif à la manière dont les organes répondent à l’impression qu’ils ont sentie. Ainsi un tonique envoyé dans un estomac irrité diminuera le plus sou-

vent les forces, au lieu de les augmenter, parce qu’il ajoutera à l’irritation de l’organe qui était déjà la cause de la faiblesse générale. Combien de personnes ne voit-on pas tous les jours devenir de plus en plus faibles et dépérir en prenant du quinquina?

Il me semble qu’il aurait mieux fait de distinguer les médicamens, en ceux qui augmentent l’action organique et ceux qui la diminuent. Ici il n’y a rien de relatif, un agent excitant augmentera l’action organique dans tous les cas, c’est-à-dire qu’il irritera toujours l’organe. En procédant ainsi, les trois classes des purgatifs émétiques et laxatifs de notjre auteur seraient rapportées à la première division, et il aurait été dispensé d’admettre une troisième grande division de médicamens qui agissent spécialement sur l’appareil digestif. Il me paraît encore que celle des diffusibles n’indique point le pouvoir de ces moyens sur nos organes et les changemens physiologiques qu’ils développent, conditions de rigueur pour établir, une classe en matière médicale. J’aimerais mieux faire précéder le mot diffusible du mot excitant, ce qui fournirait une des sous-divisions de la première classe et non une classe à part.

Je ne pousserai pas plus loin l’examen d’un ouvrage qui renferme d’ailleurs tant de bonnes

choses. J’en aî parlé , premièrement , pour montrer que malgré que ce soit le meilleur et le plus récent que nous aydns sur la pharmacologie , il laisse encore beaucoup à désirer; en second lieu, pour faire la comparaison du mode de classification que j’y trouve avec celui qu’avant la publication de ce livre j’étais déjà dans l’infen^ lion de proposer dans ce Mémoire.

FlPf.

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