‹ Mémoire sur la colonisation des terres incultes du Bas-Canada [microforme]Chapitre 5 sur 6 · UN MOT DE RÉPONSE AUX OBJECTIONS · texte numérisé non relu

UN MOT DE RÉPONSE AUX OBJECTIONS

L Evêché des Trois-Rivières ne souffrirait-il pas de ce démembrement ?

Bien loin d’en souffrir, il ne ferait qu'y gagner, car ce qu’il reçoit des Cantons de l'Est ne peut l’indemniser des dons qu’il doit y distribuer.

Admettons, pour un instant, que l'évêché des Trois-Rivières en souffrirait un peu dans ses intérêts matériels, ne serait-ce pas le temps de dire: 6 Quærite primüm regnum Dei? ”

Voilà pour la question pécuniaire.

En laissant au diocèse des Trois-Rivières les seigneuries du sud du fleuve, c’est-à-dire une vingtaine de paroisses, il sera encore aussi considérable qu’au jour de son érection, et il y aura du côté nord un territoire capable de l’agrandir presqu’à l'infini. En 1851, on comptait dans ce diocèse 90,000 catholiques. Eh bien ! si l’on en retranchait les Cantons de l'Est, il lui resterait une belle population catholique de 100,000 âmes. Mgr. Laflèche, dans un discours adressé aux paroissiens de Sainte-Anne de la Pérade, le 21 mars dernier, (Journal des Trois-Rivières du 26 mars 1867), disait : “ Avoir sur les épaules la charge de 130,000 âmes, dont ü faudra rendre compte au tribunal du Souverain Juge, âme pour @me, c'est quelque chose d'effrayant. ”

Quand, à cette charge des âmes, il faut ajouter le soin d'organiser un

vaste pays, presqu'encore à l’état de forêt, on conçoit que le fardeau devient doublement pesant.

Il ne faut pas y penser pour le présent.

C’est exactement dans le temps où un pays se forme, qu’il est important de lui donner tous les soins : car on peut dire des nations, ce que le Saint-Esprit dit des individus: Adolescens juxta à viam suam, etiam cùm senuerit, non recedet ab eâ. Oui, si nos Cantons sont bien formés dans le principe, nous en ferons un bon pays; mais si on les néglige dans leur enfance, ils seront l’opprobre et la douleur de leur mère l Eglise.

Quand nous aurons laissé aux ennemis de notre nationalité et de notre religion, le temps de nous créer des obstacles, il sera bien difficile alors de nous rendre maîtres de la position. Pendant que ie terrain est vacant, nous

devons nous en emparer et ne pas attendre, pour le déblayer, qu’il soit infesté d’ennemis

Quelle excuse aurions-nous aux yeux des générations futures, si le sol de la patrie devenait l’ héritage de races étrangères et ennemies, tandis que les enfants de nos familles s’en iraient grossir la phalange des 500 ,000 canadiens, qui, pour la plupart, trainent dans la république voisine une existence misérable et dégradée ?

L'organisation civile est déjà faite, pourquoi nous laisser devancer dans l’organisation religieuse par les protestants ? car personne n’ignore que les anglicans s’occupent sérieusement de placer un évêque à Lennoxville, et à peine comptént-ils 10,000 âmes de leur secte dans les Cantons de l'Est.

On a créé l’Evêché de Rimouski pour bien des raisons ; entr’autres, à opposer une barrière aux envahisseurs, et certes, on ne pouvait mieux faire. Eh bien! dans les Cantons de l'Est, il yaàù redouter des envahissements bien plus dangereux. Sous ce rapport, il y à au moins une nécessité égale ; et sous le rapport des ressources, la comparaison ne saurait être défavorable aux Cantons, ni dans le présent, ni dans l'avenir.

Page 1