Mémoire sur la Comédie infernale soumis au Saint-Siège [microforme]
À une assemblée de Nos Seigneurs les Evêques de la Province Ecclésiastique de Québec, la résolution suivante a été prise :
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| ‘ Nous regrettons que dans l'ouvrage intitulé : ï ‘ Comédie Infernale,”” les discussions entre Mgr. ‘ de Montréal et le Séminaire de St. Sulpice, pen- | “ dantes devant le St. Siége, aient été portées devant j “ le public sous une forme capable de jeter le ridi- Î “ cule, et même le discrédit, non pas seulement sur l “ la communauté qui en est l'objet, mais sur tout le “ clergé en général, et même sur les évêques, dont | quelques-uns y sont traités d'une manière tout à | “ fait défavorable.
| ‘ Cette résolution sera transmise à Rome par Sa “ Grandeur Mgr. l'Archevêque qui est autorisé à “ accompagner cet envoi de toutes les réflexions et “ observations qu'il jugera convenable.”
L'auteur de la Comédie Infernale sollicite humblement du St. Siége la permission d’être entendu de Rome, la Mère et la Maîtresse de toutes les Eglises, par conséquent de tous les catholiques, À déclarant se soumettre d'avance purement, sim- Fe plement, entièrement au jugement des Congrégak tions Romaines et du St. Siége.
Et d’abord l’auteur éprouve le besoin de manifester sa surprise de ce que NN. SS. les Evêques, qui ont:cru devoir, dans. une de leurs assemblées, mal noter la Comédie Infernale, l’aient, alors qu’ils en pensaient tant de mal, laissée pénétrer, dix mois durant, dans leurs diocèses. [Les Evêques ne sont-ils point juges des livres qui pénétrent dans leur bercail ? Comment se fait-il que croyant ce livre si pernicieux, NN.SS. n’en aient point interdit la lecture dans leur diocèse, comme ils y étaient ‘tenus, d’après la triste idée qu’ils en avaient ?
De plus, ce n’est point au fond de la Comédie que NN. SS. les Evêques s’attaquent. Ile ne disent rien des principes et des faits qu’elle renferme, 1ls se contentent d'affirmer que la forme en est pernicieuse. C’est sur cette particularité de la forme et sur cette particularité seule que Nos Seigneurs demandent à Rome de se prononcer.
À supposer qu’il y ait dans l’Eglise, des tribunaux ; à Rome, un tribunal, pour juger de la forme des livres, en quoi l’auteur de la Comédie Ifernale a-t-il pu pécher,en présentant la cause qu’il a voulu et cru servir, sous forme de Comédie ? Le Dante at-il été jugé.si sévèrement pour avoir instruit son siècle par sa Divine Comédie ? Il est vrai que sa Comédie est divine et que celle qui est l’objet de ce mémoire est infernale ; maïs aussi nous vivons dans des temps infernaux où le diable jouit d’une puissance extraordinaire !
Peut-être eût-il été. mieux de dire la Tragédie Infernale, mais qu'importe le nom de l'ouvrage quand il contient la vérité catholique et qu’il sert une cause sacrée.
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A vrai dire, l’auteur re croit pas que NN. Seigneurs les Evêques aïent voulu condamner la Comédie à cause de son nom ; maïs parce qu’elle fait parler et agir les démons, et qu’elle tend à établir que les prêtres, les évêques et généralement tous les catholiques qui professent le gallicanisme et le libéralisme catholique sont les tristes victimes de l’illusion diabolique. Tel est le grand crime de la Comédie Infern@e. Or, ce crime en estil un ?
Par sa forme infernale, la Comédie enseigne qu’il y a deux cités, celle du bien et celle du mal; n'est-ce point là une croyance catholique ? Par su forme, la Comédie enseigne que la cité du mal est gouvernée par les démons ; n’est-ce point là une croyance catholique ?
Par sa forme, la Comédie enseigne que chaque nation, chaque ville, chaque homme, chaque créature a un démon, des démons comme députés, n'est-ce point là une croyance catholique ?
Par sa forme, la Comédie Infernale enseigne que les démons se mettent, pour ainsi dire, en rapport direct avec les hommes ; n’est-ce pas là une croyance catholique ?
Par sa forme, la Comédie enseigne que les démons tentent les prêtres et les évêques ; or l’Evangile va jusqu’à dire que Notre Seigneur J.-C. lui-même, pendant sa vie mortelle ici-bas, a été tenté. Et l’enseignement de l’Eglise, la théologie, l’Ecriture ne démontrent-ils pas que plus même on embrasse une vie parfaite, et plus on est obsédé par l'esprit tentateur.
Par sa forme, la Comédie Infernale prouve que les démons sont les auteurs et les pères de toute politique erronée ; n’est-ce pas là une croyance catholique ?
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Par sa forme, la Comédie enseigne que les démons se transforment quelquefois en anges de lumière, et ce, afin de mieux tromper les bonnes âmes ; n’est-ce pas là un enseignement catholique ? Les livres de vie spirituelle, la vie des Pères du * Désert, les Mémoires des Ordres Religieux ne sontils point remplis de faits analogues ?
Par sa forme, enfin, la Comédie Infernale enseigne que toutes les err@urs modernes ont été formulées par les démons et inspirées par eux à tous ceux qui les professent ; n'est-ce pas là encore une croyance catholique ?
Et si de la forme de la Comédie Infernale il ne ressort que des enseignements catholiques ; comment Nos Seigneurs les Evêques peuvent-ils reprocher à l’auteur d’avoir employé cette forme ?
Dira-t-on, comme un libre-penseur avoué a osé l’affirmer, que la forme infernale de la Comédie est propre à scandaliser la population ? En outre, qu’une population qui serait scandalisée par un livre dont la forme ne rappellerait rien autre chose qu’un dogme catholique, n'aurait plus le sens chrétien ; ne peut-on pas dire de ceux qui ont été scandalisés de l’action que la forme de la Comédie prête aux démons, qu'iis ont perdu de vue l'esprit tentateur ? Car comment croire aux esprits tentateurs et être scandalisé d’un livre qui nous les rappelle en les faisant agir là où ils agissent véritablement : dans le gallicanisme et dans le libéralisme catholique ? Si quelqu'un a été blessé, froissé dans ses opinions religieuses par la forme de la Comédie, il ne faut pas invoquer ce fait contre l’œuvre en question, mais en sa faveur. En effet, personne plus que ces catholiques froissés n'avait besoin qu’on leur remit en, mémoire ce
qu’ils ont oublié et qui les a froissé, savoir : l’existence des démons tentateurs.
L'auteur de la Comédie Infernale appuie la raison de la forme de son œuvre sur l’argumentation suivante :
Tout mal vient immédiatement ou médiatement du démon ;
Or, le gallicanisme et le libéralisme catholique, quels que soient leurs partisans, laïques, prêtres ou évêques, sont des maux :
Donc, l’auteur de la Comédie Infernale a dit vrai en proclamant le libéralisme catholique et le gallicanisme comme des productions immédiates ou médiates du démon.
L’énoncé d’un dogme catholique est toujours permis et opportun ;
Or, les continuels efforts du démon } our tenter les hommes et les faire tomber dans l’erreur constituent un dogme catholique ;
Donc, l’auteur de la Comédie Infernale, en rappelant, à l’aide de la forme de son œuvre, les efforts du dénon pour implanter et développer l'erreur du gallicanisme et celle du libéralisme catholique en Canada, a fait une chose permise et opportune.
Toute vérité opportune ne saurait jeter le ridicule et le discrédit sur le clergé en général, ni sur l’épiscopat en particulier ;
Or, la forme de la Comédie Infernale rappelle une vérité opportur.e ;
Donc, la forme de la Comédie Infernale ne saurait ni ridiculiser, ni discréditer le clergé en général et l’épiscopat en particulier.
Si l’auteur de la Comédie Infernale a dit vrai en proclamant le libéralisme catholique et le gallicanisme comme des productions du démon ;
Si l’auteur de la Comédie Infernale, en rappelant, à l’aide de la forme de son œuvre, les eftorts du démon pour implanter et développer l’erreur du gallicanisme et celle du libéralisme catholique en Canada, a fait une chose permise et opportune ;
Si la forme de la Comédie ne saurait ni ridiculiser, ni discréditer le clergé et l’épiscopat ;
En quoi l’auteur de la Comédie a-t-il péché ? En quoi la forme de son œuvre peut-elle mériter les censures ?
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La résolution des Evêques accuse la Comédie Infernale “ d’avoir porté les discussions entre Mgr. “ de Montréal et le Séminaire de St. Sulpice de- “ vañt le public sous une forme, etc. etc., etc.” Nous venons de répondre à l’accusation de la forme, abordons maintenant celle “d’avoir porté devant le public les discussions entre Mgr. de Montréal et le Séminaire de St. Sulpice.”
L'auteur est obligé, malgré ses répugnances, de prouver la fausseté de cette accusation ; il affirme n'avoir ‘ rien porté devant le public des discussions entre Mgr. de Montréal et le Séminaire.”
Il s’est seulement permis, en abordant ces discussions, de traiter des choses qui ‘ étaient depuis longtemps devant le public” ; il n’a fait que s'emparer d’un sajet que tout le monde connaissait ; et il l’a fait pour éclairer les esprits, non sur le fait des difficultés, puisque ces difficultés étaient connues de tous ; mais sur leur mérite.
L'auteur de la Comédie Infernale a accusé NN. SS. les Evêques de St. Hvacinthe, de Rimouski et l’Archevêque de Québec d’avoir, par une lettre circulaire à leur clergé, désavoué indirectement
le “ Programme Cat... ,ue””, pièce numéro 1 qui accompagne ce mémoire. Or, à l’époque où la Comédie parut, plus de duuze journaux avaient publié ces ‘ lettres-circulaires,” plusieurs même les avaient discutées et interprêtées publiquement dans un sens ou dans une autre,
Ce n’est donc pas la Comédie Infernale qui a porté ces circuiaires ‘“ devant le public.”
La Comédie Infernale a accusé plusieurs hommes politiques de s'être opposés à la liberté de l’Eglise ; or, à l’époque où parut la Comérie, il y avait cinq ans que les journaux canadiens avait annoncé que Sir George Etienne Cartier, M. Baudry, l'Honorable Ryan et autres refusaient de sanctionner civilement les actes du démembrement opéré par Mgr. de Montréal, d’après un décret de Rome émané en 1865. Il était même notoire que plusieurs de ces messieurs s'étaient rendus jusqu'aux pieds du St. Père pour combattre l’Evêque de Montréal, et pour avertir que la loi civile ne reconnaîtrait pas les actes de l’Ordinaire de Montréal. Si donc ces choses étaient connues du public quand vint la Comédie, comment peut-on accuser cette œuvre d'avoir levé le voile qui les couvrait ?
La Comédie Infernale parle encore de la conduite et des oppositions du Séminaire de St Sulpice envers l'autorité diocésaine ;: mais cette conduite et ces oppositions sont écrites dans l’histoire du Canada. Qu'on lise ‘ l’abbé de la Tour”: les ‘ Mémoires des Pères Jésuites.” les ‘ Mémoires de la Sœur Juchereau,”’ de la ‘“ Sœur Morin” et
. “ tous les historiens” qui ont raconté 1es origines
du Canada, et on trouvera la scandaleuse histoire de M. de Caylus, premier supérieur des Sulpiciens venu en Canada ; on y verr” qu'il poussa même si loin l’insolence et l'insubordination envers Mgr.
de Laval, son évêque, que Louis XIV ordonna de ramener forcément en France cet abbé mutiné et désobéissant. ÆEt si ces faits sont historiques, cor .ment peut-on accuser la Cumédie Infernale de les avoir portés devant le public ?
La Comédie Infernale rappelle les difficultés qu’il y eut entre Mgr. Lartigue et le Séminaire de St. Sulpice. Or, tous les journaux du temps parlèrent de ces mêmes difficultés, et une polémique, qui dura plusieurs années, s’engagea et appela des pamphlets nombreux qui sont encore dans les mains d’une multitude de personnes. Mais des vieillards qui restent de ces tristes temps, ils n’en est aucun qui ne se rappelle les indignités commises par le Séminaire de St. Sulpice envers le premier évêque de Montréal! Mais, tout récemment encore, un écrivain Canadien, M. Maximilien Bibaud, en venant, dans le journal La Minerve, annoncer qu’il désapprouvait le Concile du Vatican, le Syllabus, le Programme catholique, le démembrement de la Puroisse Notre-Dame et qu’il approuvait les théologiens de Mgr. l'Archevéque de Québec, parce qu’ils ont fait un mémoire dont la conclusion est la Suprématie de l'Etat sur l'Eglise, citait comme une autorité les Mémoires de M.
Chaboillez, ancien curé de Longueuil, lequel prêtre s'était constitué l’avocat du Séminaire de St. Sulpice dans la révolte ouverte de ce dernier contre le premier évêque de Montréal. Puisque les difficultés entre Mgr. Lartigue et le Séminaire de St. Sulpice ont été et sont encore connues de tout le monde, il n’est dunc pas juste d’accuser l’auteur de la Comédie d’avoir porté ces difficultés devant le public. D'ailleurs en parlant de ces
difficultés, la Comédie cite des Mémoires authenti-
ques et qui sont presque généralement répandus.
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La Comédie Infernale, enfin, parle de discussions actuelles entre Mgr. Ignace Bourget, second évêque de Montréal, et le Séminaire de St. Sulpice. Or depuis 1865, c’est-à-dire six ans avant l'apparition de la Comédie, les journaux n'ont presque pas cessé de traiter ces questions ; les uns en faveur du Séminaire comme La Minerve, le Journal de Québec, Le Canurien, les autres en faveur de Mgr. de Montréal, comme l'Ordre, le Nouveau-Monde, le Journal de Trois-Rivières, le Franc-Puarleur, le Courrier du Cunada, la Revue Canadienne et plusieurs autres. De plus, nonseulement les Messieurs du Séminaire de St. Sulpice ont fait imprimer pour les distribuer à leurs amis tous les mémoires qu'ils ont écrits contre Mgr. l’Evêque, mais ils ont /u publiquement, dans des assemblées de paroisses, des yrotéts contre les actes de l'Ordinuire, et ce dans dix paroisses au moins et devant des centaines de personnes. Enfin ces difficultés entre l’'Evêque de Montréal et le Séminaire de St. Sulpice sont tellement publiques, qu'avant même la publication de la Comédie Infernale, il n’y avait pas un prêtre sur dix en Canada qui ne connut Eawteur de ces difficultés, et à Montréal pas cinq laïques sur cent qui ne sût que le Séminaire de St. Sulpice s’oppusait de toutes ses forces aux vues de l’Evêque de Montréal. L'auteur de la Comédie défie qui que ce soit de prouver le contraire. Si donc les difficultés entre l’Evêque de Montréal et le Séminaire de St. Sulpice étaient généralement connues quand parut la Comédie, comment peut-on accuser cette œuvre d'avoir porté ces difficultés devant le public ?
La Comédie Infernale n’a donc parlé que de choses connues et elle l’a fait pour éclairer les es-
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lait
prits et servir l’autorité diocésaine que les Messieurs du Séminaire et leurs partisans représentaient comme ayant tort.et capable de toutes les injustices. Lorsque les Sulpiciens citaïent l’Evê.que de Montréal au banc de l’opinion publique l’accusant de travailler à l’œuvre impie de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, de vouloir s’emparer de leurs biens et lui prêtant mille autres intentions basses et viles, ne pouvait-il pas être permis à l’auteur de la Comédie, à un catholique, de venir démasquer les accusateurs et de justifier l’héroïque accusé ? Ce n’est pas la faute de l’auteur de la Comédie, si, pour sauver l’autorité diocésaine qu’on voulait ruiner, il lui a fallu divulguer le Séminaire de St. Sulpice. D'ailleurs, qu’on lise les accusations portées par la Comédie contre le Séminaire et si elles sont vraies(et elles le sont, et jamais le Séminaire ne pourra les détruire) qu’on dise s’il n’était pas grandement temps d'éclairer l'esprit public: sur le mérite de toutes ces choses.
Quand l'autorité du Pontife infaillible a été attaquée par Mgr. Dupanloup et les autres inopportunistes, est-ce que M. Louis Veuillot et plusieurs autres laïques, voire même des prêtres et des évêques, n’ont pas eu raison de faire connaitre au monde catholique les procédés indignes dont se servaient les évêques de l’opposition ? Et dans cette lutte mémorable, a-t-on ménagé les expressions ? Mgr. Nardi n'a-t-il pas été jusqu’à écrire de Mgr. Maret : “ Nous connaissions déjà les démons muets, mais nous ne savions pas qu’il y en eut de sourds.” |
Mgr. l’Archevêque de Québec a prétendu, dans une lettre privée, qu'en attaquant le Séminaire de St. Sulpice, l’auteur de la Comédie avait dis-