II. Voyage de Khalid
Il existe une tradition ^) qui dit qu'Abou Bekr écrivit à Khâlid, après avoir reçu d'Amr la demande d'un prompt secours: » partez avec 3000 cavaliers au secours de vos frères; dépêchez- vous, dépêchez-vous! car, par Dieu, la prise d'un village en Syrie m'est plus chère que celle d'un grand district dans l'Irak". LHanâd de la tradition n'est pas irréprochable, le nombre certainement exagéré; cependant elle exprime assez bien la disposition d'Abou Bekr à ce moment. Le projet de pousser en même temps la conquête de l'Irak et de la Syrie s'était trouvé trop hardi. Il fallait opter, et la Syrie l'emportait en intérêt. On résolut d'y envoyer le vaillant Khâlid, l'épée de Dieu, avec l'élite de ses troupes et de laisser l'Irak en repos, pour quelque temps du moins. ÏD'après Ibn Ishâk ^), ce ne fut qu'à regret que Ehâlid interrompit sa marche triomphale sur
1) Tab. I, rîrô, et auiv., BelMh. W.
2) Mothir ahghoràm man. de Leide 981 f. 14 v. d'après la Mowatta de Yahya ibn Yahya.
8) Tab. I, y\f\, 15 et suiv.
les bords de TEaphrate et se prépara pour sa nonrelle mis* sion. Avant de quitter Âin at-tamr, où il se trouvait alors *), il céda quelques troupes^) à al-Mothanna ibn Hâritha et lui fit ses adieux dans ces termes ^): » Retournez dans votre région, mon ami, et restez aussi zélé que vous l'avez été jusqu'ici".
Le nombre des guerriers qui accompagnaient Ehâlid est incertain. Belâdhori^) a trois traditions: 800, 600 ou 500, Madâinis): 800 ou 500, Saif«) parle de 9000, nombre sans doute très exagéré. D'autre part les nombres de 500 et de 600 semblent être trop chétifs. Après la bataille du Yarmouk les soldats qui étaient venus avec Ehâlid, diminués par la guerre mais renforcés par des volontaires, partaient pour l'Irak au nombre de 700, sous Cais ibn Macshouh '). Cela nous oblige, parait-il, d'admettre que le nombre des soldats de Ehâlid a été au moins de 800. Ibn Ishâk^) dit qu'il dirigea les malades et les femmes à Médine, d'où M. Wellhausen ^) tire à bon droit la conclusion que les Médinois formaient l'élite de ses troupes.
Il est très di£Scile de suivre Ehâlid dans son voyage d'Irak en Syrie, puisque les itinéraires que nous en possé-
\1) Belâdh. ^ô*, 12 et suiv. ^4^^ {J^ ij% «-y^îcw ciUô f^^^^J Tab.I, XWf 14 et suiv.; comp. ps.-Wftkidi p. «♦, Foùmà éd. Leea, p. ô*l. Abou Yonsof Kit. aUkharddj le fait partir de Hîra à Ain at-tamr comme Ibn Ishâk. 2) Comp. Tab. I, Wo, et suiv. 8) Belâdh. tf^, 6 af. et suir.
4) P. n*. 5) Tab. I, 1*1.1, 2 et suiv.
6) Tab. I, ^Ai, 15, Mlô, 3.
7) Belâdh. Vôl, Ibn Ishâk chez Tab. I, ï*t*'ô.
8) Tab. I, W l. dern. 9) P. 66 n. 1.
dons présentent beaucoup de différences. Ibn Ishâk >) ne fait qu'énumérer les étapes de Hîra-Ain at-tamr-Gorâkir- Sowâ-Merdj Bâhit. Saif^) nomme Hîra-Douma-Corâkir- Sowâ-Moçayakh Bahrâ dans al-Goçwâna-ar-Bommànatainal-Gathab-Damas-Merdj ac-çoffar. Madâini ^) nomme Hîra- Çandauda-al-Moçayakh et al-Hoçaid-Corâkir-Sowâ-Arak- Tadmor-al-Oaryatain-Howwârîn-Coçam-Merdj Bâhit. Enfin Belâdhori ^) présente les étapes dans Tordre que voici : Ain at-tamr*Çandauda-al-Moçayakh et al-Hoçaid-Gorâkir-SowâaUGawâthil-Carkisia-Araca ou Arak-Doumat-aUdjandal- Coçam-Tadmor-al-Caryatain-Howwârîn-Merdj Râhit. Ajoutons qu'Abou Tousof) insère avant al-Gawâthil: Ànat et an-Nakîb (ou an-Nocaib), et que le Fotouh ^) contient, après Sowâ: al.CawâthiP)-Coçam à l'Est de la Ghouta-al-Ghadîr- Dhât aç-Çanamain ^)-al-61iouta-Damas , et puis Arraca- Tadmor-Howwârîn-Boçra-Merdj Râhit.
Avant de comparer ces itinéraires , j*ai à traiter la question chronologique. Belâdhorî^) et Madâini ^°) nous racontent que Ehâlid étant arrivé à Merdj Bâhit surprit les Ghassânites chrétiens pendant qu'ils célébraient la fête de Pâques. Or, en 634 la lettre dominicale était B, Tépacta
1) Tab. I, nrî, 13, m, s, 13-15. nrf, 3, vtrô. 1.
2) Tal. I, Wf, 8, 4, 16 et suiv., Tiif, 8. 18 et suiv.
8) Tab. I, rt^i. 2—10.
4) P. ^^ et sniv. 11 y faut lire ^yuâlL au lieu de ^NxAâlb .
6)P. A*l. 6)P. *lô— Vt.
7) Corrompu en ]yj\
8) Il faut corriger probablement ^^jï^^^aJl otô (Bekri Wv, 1, Ma, 8 a f . et Buiv.). 9) P. W. YS) Tiik\i. \,M^, W-
8 ; donc le jour de Pâques tombait au 24 d'avril, c'est-à-dire au 18 de SaSeir de Tau 13. Si nous combinons ayec cette donnée, d'un côté la date de |la bataille d'Adju^îu (28 Djomâda II de l'an 13), de l'autre, celle du combat de Dâthina (que nous avons dû placer ^) vers la fin du mois de Dhou '1-Oada de l'an 12), il ne peut plus être douteux qn'Ibn Ishâk et Belâdhori ne se soient trompés en assurant que la nomination des généraux pour l'expédition en Syrie eut lieu le 1 Safar 13. Dans la première édition de ce mémoire j'ai attaché trop d'importance à leurs paroles et j'ai taché de faire accorder les deux données,, en supposant que les Musulmans se seraient trompés de fête et auraient pris la Pentecôte pour le jour de Pâques. Mais cette conjecture est arbitraire et en même temps insu£Ssante. La date du 1 Safar 13 est peut-être celle du départ d'Abou Obaida avec les troupes auxiliaires. La chronologie de Saif, bien qu'il place tous les événements un peu plus tôt, n'est pas non plus admissible. Il dit ^) que les généraux de l'armée syrienne demandèrent des secours du khalife en Safar 13, et que celui-ci écrivit à Ehâlid, qui arriva en Babî^, c'est-à-dire Babî^ II, selon un autre passage ^). Mais ailleurs *), il fait partir Ehâlid en Dhou'l-hiddja 12 ou en Moharram 13. Également impossible est ce que dit Belâdhori ^) : que Ehâlid ne partit de l'Irak qu'en Rabi^ II ou, selon d'autres, en Rabî^ I. Tacout®) place le voyage de
2) Tab. I, ^Ai, 1.
3) Tab. I, ^AA, 18. 4) Tab. I, Twl, 4 et saiv., i*Hl, 4. 5) P. ÎU, ro., 8 et 8ui7. 6) HI, Wr, 16.
Ehâlid en 12, ce qui manque entièrement de fondement.
Gomme nous savons que la seule distance de Corâkir à Sowâ était de cinq journées, nous ne serons pas loin de la yérité en estimant que Ehâlid a employé pour le voyage de Ain at-tamr jusqu'à Merdj Bâhit environ 18 jours, et que la marche de là à Bosra a occupé le reste de Safar ^). Les troupes qui, après la victoire du Tarmouk, retournaient en Irak, employèrent, selon un poème chez Belâdhori ^), un mois pour arriver à Oâdisîya, ce qui confirme notre calcul. Nous pouvons donc fixer l'arrivée de Khâlid à Bosra au commencement de Kabî^ I.
Eu égard aux ressources insuffisantes dont je puis disposer, il m'est extrêmement difficile de déterminer les étapes du voyage de Khâlid. Celles que nous donne Ibn Ishâk sont sans doute exactes, mais fort incomplètes. Toujours est-il qu'à l'aide de Madâini et de Belâdhori nous pouvons, avec assez de certitude, suppléer entre Sowâ et Merdj Bâhit: Arak-Tadmor-al-Caryatain-(ïïowwârîn). Arak ou Erek est située sur la route de Sukhna à Tadmor, une demi-journée à l'Est de la dernière^); al-Caryatain est le lieu connu entre Tadmor et Damas, situé à deux journées de celle-là*); Howwârîn en est éloigné de trois heures^;. C'était la résidence ordinaire de Taztd I •). Comme ce lieu n'est pas situé sur la route directe, Khâlid semble n'avoir fait cette excursion que pour piller. Entre Arak et Tadmor,
1) Yacoabi II, ^ot, 5 et salv. lui fait faire le voyage entier en 8 jours, ce qui est impossible. 2) F. Hi, 6.
8) Von Oppenheim, Vom Mittelmeer zum PertUehen Qolf I, 821. 4) Yacottt n, t**oô, 11. 5) Socin-Baedeker» p. 439.
6) Tab. II, ^•l**, 14, fl*V 1. dern., f^^, 14.
Belâdhorî place encore deux stations: Doumat al-djandal et Coçam, mais cela doit être inexact. Qaant à Goçam, Madâini ^) le place entre Howwârîn et Merdj Bâhit. Si cela est exact, il nous faudra chercher ce lien à l'Est de Damas, où le place le Fotouh ^). Selon Belâdhori, les Banou Mashdja^a qui habitaient Goçam étaient des Taghlibites, ce qui ferait supposer qu'il faut chercher le lieu de l'autre côte du désert syrien. Quant à Doumat al-djandal, une expédition entreprise vers cette place de Hîra est très invraisemblable, comme nous avons vu plus haut ^), mais elle était toutà-fait impossible à l'époque de ce voyage précipité. Ailleurs *) Belâdhori dit que d'après quelques savants Khâlid fit la conquête de Douma en partant d'Ain at-tamr, et c'est ce que disent aussi Wâkidî^) et Madâini^). Nous avons vu qu'il n'y peut être question que de Douma en Hîra et qu'il est très probable que l'expédition contre cette Douma a eu lieu avant que Khâlid eût reçu Tordre de partir pour la Syrie. De même je pense qu'on doit placer avant ce temps celle qui était dirigée contre al-Moçayakh et al- Hoçaid. C'est ce que fait Saif^). L'aventure du chantre Horcous, que cet auteur dit avoir eu lieu à al-Moçayakb, appelé par lui Moçayakh des Banou '1-Barshâ, est placée par Ibn Ishâk '), Madâini ») et Belâdhori *®) à Sowâ. La
1) Tab. I, n*i, 10.
2) P. ^d . Comp. peut-être Casama chez Hartmann dans le Z. D. Pal. V. XXn, 141, 175.
8) P. 15 et 8uiv. 4) P. l*ô* .
6) Belâdh. *ll*. 6) Tab. I, ^w, 6.
7) Tab. I, y.lA— ^vt*.
8) Tah. I, Y^ff. 9) Tab. I, Vt^l, 7. 10) P. ^î.
mention d'al-Bisbr, montagne située du côte de TEuphrate, dans le poème que citent ces auteurs '), prouve qu'ils se sont trompés. Belâdhori^) a une tradition qui confirme le récit de Saif, et qui dit que Horcous appartenait aux Taghlib et était avec Eabî^a ibn Bodjair. Une autre tradition, celle d'as-Sha^i, que nous donne Zamakhshari, dit que le chant attribué à Horcous était celui d'une compagnie de buyeurs à al-Anbâr ^). Ailleurs *) Saif admet un second Moçayakh, près de Sowâ, qu'il appelle Moçayakh des Bahrâ dans la Coçwana, et il s'y fait répéter l'aventure du chantre, sans toutefois le nommer. Yacout^) a emprunté sa notice à Saif ; l'authenticité du vers attribué à al-Ca^câ qu'il cite, est suspecte. Je considère cette Moçayakh des Bahrâ comme une pure invention, faite pour concilier la tradition qui place l'aventure du chantre (Horcous) à al-Moçayakh, avec celle qui la place à Sowâ, dont les habitants selon Ibn Ishâk ^) étaient des Bahrâ, ou, selon Belâdhori '), des Eelbites avec lesquels demeuraient quelques familles des Bahrâ. Quoi qu'il en soit, les ordres que Ehâlid avait reçus à Ain at* tamr, de voler au secours de l'armée de Syrie, ne laissent aucune place à des excursions en Irak.
Çandaudâ n'est pas non plus à sa place dans le récit de
1) TaV. I, m, 9.
Go -
8) Fdii n, 627 et suiv. ^Lû'ït J^{ ^J^ \^yi, .
4) Tab. I. rllf .
5) IV, ôôv.
«) Tab. I, yîtr, 14 et Vil'f, 8; comp. Madâini ib. I, M, 7. 7) P. \l.
Belâdhori. Selon Saif), ce lieu est voisin d'al-Anbâr vers Ain at-tamr.
La question de savoir comment Wâkidi a pu placer après Sowâ les stations d'al-Gawâthil et de Carkîsia^), est également épineuse. Al-Cawâthil est une station sur le chemin qui mène de Damas à Bacca') et à Rahba^), tandis que Garkîsia est la ville connue sur TEuphrate. Car, où faut-il chercher alors le désert entre Corâkir et Sowâ? Il faudrait admettre que Khâlid, après avoir atteint Sowâ, se repliât sur TEuphrate, ce qui est absurde. L'itinéraire que donne Abou Yousof^), est encore plus bizarre, puisqu'il fait passer Khâlid, après avoir traversé le désert, par Anat sur TEuphrate , mi-chemin entre al-Anbâr et Carldsia, an-Nakîb (ou an-Nocaib), al-Cawâtil, Garkîsia.
Haneberg dit^) que Ehâlid, partant d'al-Ânbâr ou d'Ain at-Tamr, aurait pu facilement, en quelques journées de marche, atteindre le territoire de Palmyre, à travers un pays fertile et cultivé. Je me crois en mesure de le contredire. Il aurait fallu suivre alors l'Euphrate pour arriver ainsi sur la grande route, et il eût fait alors un grand détour, sans compter les dangers auxquels il aurait exposé sa petite troupe dans cette marche à travers le pays ennemi. Par contre, une fois arrivé à Garkîsia, le voyage sur Bacca à Emèse^) lui eût présenté de grands avantages.
1) Dans an passage qae j'ai donné d'après Ibn Hobaish dans Tappendice de mon Mém. sar le Fotouh p. LYm. Y. aussi le Fotouh p. d1 oii le nom est corrompa en t^iXUd. 2) Belàdh. ''!•
8) Selon Bekri ms. de Leide, dans an passage qai manqae dans l'édition de Wûstenfeld: Xï^il \J^^ S Jj^ ^.
4) MarOcid sous J^Ï>^K 5) Kit, al-Teharâdj, p. a1.
6) P. 19. 7) Ibn Khordâdbeh Ia.
Haneberg pense que les stations d'Arak-Tadmor etc. n'étaient pas non plus à leur place dans Titinéraire de Khâlid, qu'il fait entrer dans le Haurân oriental par le côte du désert. Â coup sûr , Ehâlid aurait pu , en quittant Sowâ, se diriger vers le Sud-Ouest pour aller directement à Bosra^). Mais les rapports les plus authentiques lui font prendre la direction du Nord-Ouest, ce qui le conduisit à Arak. Ibn Ishâk ne nomme pas Arak et Tadmor, mais bien Merdj Bâhit. La conjecture de Haneberg manque de fondement historique et nous obligerait d'admettre que Ehâlid, après avoir atteint Bosra, ne se serait pas hâté de rejoindre les généraux qui l'attendaient, mais aurait entrepris une expédition du côté de Palmyre, ce qui est absurde.
Maintenant que nous sonlmes sûrs que la seconde moitié de la route que suivait Ehâlid, passa par Arak-Tadmor-al- Garyatain-(Howwârin)-Merdj Râhit, et que son point de départ fut Ain at-Tamr, nous ne pouvons nous refuser à reconnaître quelque vraisemblance à la conjecture d'après laquelle le but de Ehâlid était de traverser le désert pour arriver sur la grande route qui, du nord de la Mésopotamie, conduisait à Damas ^). La direction qu'il suivait ainsi tirait
1) Comp. Ibn Khord. iv, H et sniv.
2) Comp. Wetzstein, BeiseberieAt, p. 105 n. l. Mon manuscrit se trouvait àf}k à l'imprimerie lorsque je reças la quatrième livraison dq tome XXII de la Zeitschr. d. D. Pal. Ver., oh M. Hartmann (p. 173) a discuté le voyage de Khftlid et a t&ché de fixer la position de Ain at-tamr. M. H. pense qu'il y avait deux chemins qui conduisaient d'Ain at-tamr à Sowft, Tun peu dangereux décrit par Ibn Khordâdbeh; Tautre (plus court P) suivi par Khàlid. Mais il se peut que l'itinéraire d'Ibn Khord. ait une lacune et que les trois stations qu'il place entre Ain at-tamr et Sowâ se trouvassent réellem^iit %xït \^ \.\v^vi^ de Corâkir à Sowà, Je ne vois pas de raison de doxilei âi\i ^«aR&%^ ^^ \^^ièÀ.
sur le Nord-Ouest. U semble qu'en quittant Ain at-tamr, il se soit porté directement sur Oorâkir, de là, en traversant le désert, sur Sowâ, et puis sur Arak. Quoi qu'il en soit, la marche de Corâkir à Sowâ semble avoir été un exploit périlleux, que la postérité a justement admiré, et dont le succès n'était dû qu'aux sages prévisions dont on l'avait entouré et à la prudente conduite de Râfi^ ibn Omair le Tayite. C'est de lui que le poète chante en ces termes : > 0, l'excellent homme que Râfi"^! Gomme il nous a bien conduits à travers le désert, depuis Oorâkir jusqu'à Sowâ, Aux eaux, tandis que l'homme sans courage qui désire les atteindre, se détourne (à la vue du terrible désert) ; aucun fils d'homme avant toi n'a eu le courage de
[dépasser Oorâkir')", Corâkir, située au Nord-Ouest de Ain at-tamr, ne doit pas être confondue avec la Oorâkir des cartes qui, d'après Mocaddasi^), se trouve sur la route du désert de Coufa à Amman , à deux journées de la dernière, là où cette route se croise avec celle qui du Djôf (Doumatal-djandal) conduit à Damas. Wallin^) a identifié à tort cette der-
par Tadmor, à moins que nous ne rejetions aussi ce qa'Ibn Ishâk dit sur sa rencontre avec les Ghassan à Merdj Râhit. Poarqaoi Khâlid, en quittant Sowâ, ne se soit pas rendu directement à Bosra, c*est ce qae nous ignorons. Il se peut fort bien qa il n'ait pas été bien renseigné sar la position des armées mnsalmanes.
1) Belâdh. ni, Tab. I, ï*lPf, 1 et saiv. On trouve ces vers aussi chez Wustenfeld Begister p. 380. D'après le texte de celui-ci et d'autres, U deuxième ligne serait: «par un désert où l'homme sans courage qui le traverse pleure (d'angoisse). Avant vous aucun fils d'homme n*a osé le traverser**. An lieu de
oS o
(jmjI dans mon édition de Belàdh., on lira y^'*
2) P. roi, 12, Il écrit y [y>.
3) jr. Geogr. Soc. XXIV, 160 au bas de la page.
nière avec la Corâkir de Yacout*), qui est celle de la route de Ehâlid. Yacout dit que les habitants étaient des Taghlib , tandis que les historiens disent que c'étaient des Kelbites.
Arrivé de Sowâ sur la grande route à Arak, Khâlid, après un léger retard à Tadmor, gagna bientôt al-Caryatain, situé à 24 lieues de là vers l'Ouest, au pied du mont SanÎTy et qui de nos jours est une place assez florissante^); de là il se rendit à Howwârîn, chef-lieu de cette partie de l'Antilibanon , où il rencontra pour la première fois quelque opposition sérieuse de la part des troupes qu'on avait appelées de Bosra et de Balbek. C'est-ce que nous apprend Belâdhori^), mais la mention de Bosra, qui se trouve aussi dans le Fotouh *) , semble reposer sur une erreur. Howwârîn n'est qu'à trois heures de distance d'al- Caryatain*). Abou Hodhaifa, l'auteur d'une histoire romantique de la conquête de la Syrie ^), dit que Howwârîn et al-Garyatain sont deux noms pour un seul lieu ^). On raconte qu'à cette occasion , lorsque Ehâlid traversa le fameux défilé de Boghâz sur la route de Damas à Émèse, il s'arrêta pendant quelques instants sur la hauteur qui domine le défilé, agitant de sa main le drapeau du prophète, synibole et présage de la domination de l'Islam qui allait
1) n, *ii**i, 4. Le même lieu est mentionné par lui IV. 11*v, 3.
2) Yacout sous j*^ et ^^jOLulIt ; Kremer, Mittelsyrien p. 196, v. Oppenheim I, 269 et suiv. S) P. Hf.
4) P. V. 6) Socin-Baedeker» p. 439.
6) Mon M^m. sur le Fotouh p. 10 et sui?., 33 et suiv.
7) ïicout II, t^ôô, 10 et suiv., III, tv», 16, IV, va . 1 ; v. ma note Belâdh. (D'à. Comp. Hartmann in Zeiùtchr. D. Fol. F. XXII, 140, 175.
avec tant de rapidité s^étendre sur ces contrées. Pendant plusieurs siècles encore cette colline portait le nom de Thanîyat al-Ocâb » pente du drapeau." Puis il -s'avança, laissant Damas à sa droite, et au jour de Pâques il surprit les habitants gbassânites à Merdj Bâhit, fameux champ de bataille au Sud-Est de la ville.
Nous avons maintenant à répondre une autre question qai se pose à nous. A l'exception de Saif, tous les historiens nomment ici Merdj Râhit et, en effet, ce lieu est situé sur le chemin d'un corps d'armée venant de Thanîyat al- Ocâb et marchant vers le sud*). Le texte de Belâdhori*) pourrait faire croire qu'il faut placer Merdj Râhit entre Howwârin et la Thanîya, mais ce serait une erreur^). Mais Saif, quoique mentionnant Merdj Eâhit^), a ici Merdj aç-çoffar, et dans le vers d'al-Ca*^câ donné dans l'Appendice, nous trouvons aç-Çoffarîn. Contrairement à M. Wetzstein^), je crois que v. Kremer, en identifiant ce Merdj aç-çoffar avec Merdj Râhit, n'a pas été loin de la vérité. La plaine du Ghouta oriental, nommé al-Merdj^), porte divers noms d'après les différentes localités, Merdj Râhit est situé (voyez Wetzstein) entre Merdj ^Adrâ^ et Hîdjâna, et c'est probablement dans ces environs qu'il faut chercher l'emplacement du couvent Dair Çoffarîn'), qui, dans ce cas, doit être distingué du Dair al-açâfîr
1) Comp. Yacoiit II. vf t**, 19. 2) P. W .
3) Comp. Yacout III, W , 1 et suiv. 4) Tab. I, Wf, 10.
6) Reùebericàt 119 n. 2. 6) y. Nôldeke Z.D.M.G. XXIX, 426 n. 1.
7) Yacout II, vft**, 18 et sniv.
8) Nôldeke i. c. 425.
actuel qui est plus proche de Damas. La supposition d'un Merdj Çofiarîn qui serait situé à côte de Merdj Bâhit n'est point du tout hasardée. Car Tépithète »âes petits oiseaux" est assez fréquente en Syrie. De Vautre côté de la Tbanîya par exemple ou trouve un Ehân al-açafîr.
De Merdj Bâhit Ehâlid envoya une division pour pousser une pointe dans la Ghouta^), ce qui est d'accord avec ce que rapporte Saif '), suivant lequel, après avoir vaincu les Ghassanites, il resta quelques jours à Merdj aç-çofiar: Il est impossible de substituer à Merdj Râhit le Merdj aç-çofiEEur connu qui se trouve dans le Djaulân à une petite journée an Sud de Damas. Si donc le Merdj aç-çoffar de Saif et le Çoffarîn d'al-Ga^câ répondent au Merdj Bâhit des autres historiens, notre thèse semble avoir acquis un certain degré de vraisemblance.
Selon quelques auteurs^), Ehâlid aurait eu dès lors des intelligences avec le préfet (évêque) de Damas.
Ensuite Ehâlid marcha sur Canât en Haurân et puis sur Bosra, où il trouva Yand, Shorahbil et Abou Obaida.
Cela fait supposer qu'il prit la route orientale. Quelquesuns disent ^) que ce fut à Djàbia qu'il se réunit avec Abou Obaida. Dans ce cas il aurait pris la route du Djaulân et aurait passé par Merdj aç-çoffar. Mais l'autre tradition a plus d'autorité. La ville de Bosra se rendit après une légère résistance et les Musulmans qui n'avaient garde de prolonger leur séjour en B!aurân s'empressèrent d'accepter cette
I) Belâdh. Hr, Tab. I, VKI, 11 et suiv. 2) Tab. I, tttf, 16.
8) Bel&dh. n^, Il et buit.
4> Belâdh. W, 18 et soir.
soumission, sans avoir reçu d'autres garanties pour l'observation du traité que la promesse verbale du seigneur de la ville ^).