‹ Mémoire sur la conquête de la SyrieChapitre 2 sur 9 · I. DÉPABT DBS TEOTJPBS · texte numérisé non relu

I. DÉPABT DBS TEOTJPBS

Ce fat vers la fin de l'an 12, nous raconte Belâdhori^), qu'Abou Bekr envoya des lettres aux habitants de la Mecque , du Tâif et du Yémen et à tous les Arabes du Nedjd et du Hidjâz, pour les appeler à la sainte guerre, en leur montrant la gloire et le butin ou bien le Paradis et la récompense étemelle, qui seraient leur partage , s'ils se rendaient à son appel. Déjà en Moharram de l'an 13 le noyau de Parmée s'était formé à al-Djorf, près de Médine, et comme le nombre croissait journellement, le khalife put commencer à organiser l'armée et à répartir les commandements en Safar. Ibn Ishâk^) et Madâini^) disent aussi que les armées partirent au commencement de l'an 13. Nous verrons bientôt que cette date ne peut pas être exacte.

L'armée, d'après les mêmes autorités, se composait de trois divisions, chacune de 3000 hommes, sous les trois chefs Ehâlid ibn Sa'^îd, Shorahbîl ibn Hasana et Âmr ibn al-Âci. Mais après la mort du prophète, Khâlid avait tardé pendant deux mois à reconnaître Abou Bekr et s'était permis des expressions peu respectueuses sur l'élection du khalife. Celui-ci lui-même était enclin à l'indulgence, parce que Khâlid était un des premiers convertis, qu'il appartenait à une des plus nobles familles des Coraish et qu'il possédait des qualités personelles peu communes^). Mais Omar,

1) P. ^v, La. 2) Tab. I, ^'♦va, 14 et suiv., mais comp. Mvl, 6.

8) Tab. I, ^v1, 5 et suiv.

4) Comp. Wellh. Skizzen VI, 62 n. 1 et Yacoubi II, ^f1, 1. dern. et suiv.

par son influence tonte puissante sur le khalife, parvint à lui faire enlever son commandement. > C'est un homme plein de vanité, dit-il au khalife, qui se laisse conduire en tout par son ambition et sa partialité" ^). Déjà son armée était prête à se mettre en marche, lorsqu'on envoya précipitamment Abou Ârwa al-Dausi à Dhou '1-Merwa pour redemander le drapeau; en même temps Yazîd, fils du célèbre Abou Sofyân , fut nommé à la place de Khâlid. Selon Ibn Ishâk ^) Abou Bekr raccompagna un bout de chemin et, avant de lui dire adieu, lui donna pour ses troupes des instructions qu'on admire à juste titre pour le bon sens et la modération qui y dominent^).

J'ai, dit-il, dix choses à vous recommander qu'il faut observer fidèlement: ne trompez personne et ne détournez rien, n'agissez point perfidement et n'estropiez personne; ne tuez ni enfants, ni vieillards, ni femmes; ne tronquez point les palmiers et ne les brûlez pas; n'abattez point les arbres fruitiers et ne détruisez pas les champs cultivés; n'égorgez ni brebis, ni bœuf, ni chameau, si ce n'est pour votre subsistance. Vous trouverez des hommes dans

1) Bel. Ua, Tab, I, V.vl, 11 et suiv. 2) Tab. I, t*Uv, 6.

3) Il n'est guère probable qa*Aboa Bekr ait accompagné Yazîd jusqu'à Dhou *1-Merwa qui est à trois journées de Médine. Il s'ensuit que le khalife n'a pu s'adresser directement aux troupes, comme je Tavais écrit dans la première édition. Les paroles se trouvent chez Wâkidi {Magh, 309 et suiv.) qui cependant, ainsi que Yacoubi II, At , les attribue au prophète et les fait prononcer au départ des troupes pour Monta; chez Saif (Tab. I, >Aô*),qui les place au départ d'Osâma, comme aussi Ibn al-Athîr II, ^ôf ; chez EatychinsII, 268 et chez Basrî, Fotouh aa-Shâm éd. Lees p. a. £n partie aussi dans le Qhartb ahhadUk d'Abou Obaid, ms. de Leide, f. 96 r. et dans le Fdik de Zamakhshari II, 245.

des cellules, laissez-les en repos, afin qu'ils continuent ce à quoi ils se sont voués. On vous présentera des plats contenant divers mets, n'en goûtez rien avant d'avoir prononcé le nom de Dieu. Vous trouverez aussi des gens qui ont le sommet de la tête rasé avec une couronne de cheveux autour , frappez-les de Tépée sur la partie chauve". Us devaient donc tuer les prêfcres ^), mais épargner les anachorètes') qui, vivant loin du fracas du monde et absorbés dans leurs pieuses méditations , ne se mêlaient point au combat et étaient considérés comme inoffensifs. D'après Masoudi^), le khalife y aurait ajouté des recommandations spéciales pour le général; je les ai communiquées dans la première édition de ce mémoire. Basri *) en dit autant, mais les paroles qu'il cite sont toutes différentes. Puisqu'on ne sait pas à quelle source l'un et l'autre les ont puisées, nous n'avons pas la moindre preuve de leur authenticité. C'est pourquoi j'ai cru devoir les supprimer.

Tazîd et Shorahbîl devaient se rendre en Syrie par Tabouk, le dernier (suivant l'opinion généralement reçue

1) jCuM^U.^» . M. Arnold, The preacking of Islam, p. 50 n. 1 s^oppose à cette interprétation, croyant qne le verbe vJiÂ^ signifie seulement «to tap, to toach". A la vérité le verbe s'emploie ordinairement d'an ooap léger p. e. avec le plat da sabre, mais on l'emploie également dans le sens de frapper

comme dans oLxxJu v.Ju^ il reçut des coupe de pied dans une tradition {^âih I, 112) et même dans celai de tuer p. e. Sîbawaib II, t^Aô, 4 et soiv. 1*1^X1^^ *^^ l» £M . > • Da reste une antre leçon est ^/^^ cbez Abon Obaid et Zam. ^^^ ^ya^ U v-ÂxM^Jb v,^l3 et Basri; W&kidi {Magh, SIO n. 1)

2) qL*^?. 3) Moroudj IV, 186 et saiv.

4) Totwh 1.

mais sur laquelle je me propose de revenir) pour se rendre dans la province du Jourdain, tandis que Yazîd devait pousser jusqu'à Damas. Amr reçut Tordre de prendre la route de la côte, appelée al-Mo*^rica *), qui par Âila menait à Gaza, pour commencer ses opérations dans la Palestine méridionale. Moâwia, comme si c'eût été un présage de la dignité dont il devait être revêtu plus tard en Syrie, portait Tétendard de son frère Yazîd. Khâlid ibn Sa*id était entré comme volontaire dans la division de Shorahbîl. Chacun des trois chefs, toujours d'après l'opinion commune, était indépendant dans sa région, mais ils étaient obligés, en cas de besoin, de se secourir mutuellement, et c'était Amr ibn al-Âçi qui devait commander les armées réunies *). Une autre tradition veut que le commandement en chef appartenait à celui des généraux sur le territoire duquel se ferait la guerre. Pour le moment il nous importe peu de savoir laquelle des deux traditions est préférable. Car les premiers conflits avec Tennemi eurent lieu en Palestine, la région d'Amr, et il paraît assez certain que Yazîd du moins l'y a secouru ^).

Chacun des trois généraux était sorti de Médine à la tête de 3000 hommes ; mais Abou Bekr leur envoya des renforts à mesure qu'il se présenta des volontaires, de sorte que bientôt chaque corps compta jusqu'à 7500 hommes et qu'enfin le nombre des troupes réunies en Syrie se monta à

1) Tab. I, \**VA 1. dern., 1*»aô 1. dern., Yacout IV, ôvl**, 6 et sniv., FéUk II, 181.

2) Belâdh. ^a 1. dern. et Hl, s et sniv., Eatychias Annales II, 258; comp. Tab. I, \**AV, 6 et saiv. (et ^*/^, 7 et suiv.) et Théophane I, 516 et suiv. (de Boor 336), où il y a confasion des noms d'Amr et Omar.

8) Belâdh. U, Tab. I, l'U, 10 et suiv.; comp. le Foiouh éd. Lees p.ff.

24,000 soldats ^). Ce fut probablement à la tête d'un de ces renforts qu' Aboa Obaida ibn al-Djarrâh partit pour la Syrie ^), où nous le trouverons peu après, revêtu du commandement d'un corps d'armée \ ce qui fît naître bientôt l'opinion qu' Abou Bekr avait envoyé quatre chefs en Syrie*). Le khalife cependant n'envoya en réalité que trois généraux, comme Belâdhori l'a raconté d'après ses sources, et comme il ressort d'ailleurs du texte de Saif ^), qui dit que le nombre des troupes réunies, non compris le corps d'observation d'Ikrima, se montait à 21,000 hommes, quoiqu' il parle de quatre généraux. Or, nous avons vu que, d'après Ibn Ishâk, chacun commandait 7000 hommes. L'auteur du Fotouh aS'Shâm aussi ne trouvait dans sa première source que les trois généraux Amr, Yazîd et Shorahbil, ainsi que le prouvent avec une quasi-certitude deux passages ^), malgré l'ordre de son récit d'après lequel Abou Obaida fut nommé immédiatement et avec les autres chefs. Belâdhori dit expressément qu' Abou Bekr voulait nommer Abou Obaida et que celui-ci s'était excusé. Mais cette question est d'un intérêt secondaire.

Nous devons nous arrêter ici un moment à un récit de

1) Belâdh. ^A; comp. Tab. I, ^wl, 8, où Tcffectif de chaque troupe est 7000.

2) Ibn Ishâk chez Tab. I, ^fw, 8 et suiv.

3) Belâdh. Ht**; comp. Tab. I ^Af, 10 et suiv.

4) Ibn Ishâk chez Tab. I, ^wa, 16 et suiv., ^^vl, 17, VLv, 9, Eutychius II, 258, Théophane I, 516 (de Boor 836).

6) Tab. I, r«AV, 4 et suiv., comp. ^^aI, 14.

6) Ed. Lees p. vt^ et Iaa. D'après le pseudo-Wâkidî ce furent Yazîd et Shorahbil qui partirent le premier, puis Amr et enfin Abou Obaida (voir p. h , 6 et soiv.).

Saif, copié par Tabari ^) et raconte d'après celui-ci, avec diflférentes modifications, par Caussin ^), Weil ^) et Kremer *). En voici le sommaire : Lors de la révolte en Arabie, Abou Bekr voulait donner à Ehâlid ibn Sa^d un commandement, mais il y renonça cédant aux vives instances d'Omar. Ehâlid reçut alors l'ordre de se camper avec un corps de réserve à Taima (au S.-E. de Tabouk) ou à al-Hamcatain *), et d'y former une armée. Se trouvant là, il apprit que les Romains avaient rassemblé contre lui les Arabes chrétiens de la Syrie et que leur armée se trouvait déjà dans un lieu situé à trois journées au Sud de Zîzâ. Le khalife acquiesça à sa demande de marcher contre eux; Ehâlid les défit et s'avança vers la Belcâ, où il s'établit entre Abil^ Zîzâ et al-Castal. Zîzâ ^) et al-Castal sont situées toutes les deux à l'Est de Hesbon ; Abil qui est le Âbil des vignes d'Eusèbe à 6 ou 7 milles au Sud d'Amman. C'est ici qu'il en vint aux mains avec un corps de Romains commandé par Bâhân (Baânes) qu'il mit en déroute; il demanda pourtant des renforts. Alors seulement Abou Bekr commença à songer sérieusement à la conquête de la Syrie. Il envoya à Ehâlid des secours sous la conduite d'Ikrima et d'al- Walîd ibn Ocba et appela tous les hommes à la guerre sainte, créant généraux Amr, Yazîd et Abou Obaida. Mais

1) I, V*As 15, V.A^ 2 et 8uiv. 2) lU, 422 et saiv.

3) I, 39 et saiv. 4) P. 6 et saiv.

5) Tab. I, ^AA*, 16; comp. plas haat p, 19 n. 8, Yacoat in v.

6) Yacoat II, W, *lp: et lîf ^^jJj. La bonne leçon m'a été indiqaéeaatrefois par M. Nôldeke, qoi cita la Not. Bign, ZtÇet. Comp, le Fotouh )1^, 8 a f. et sar al-Castal Bekri olô soos «3^^

Ehâlid ayant appris qu'ils se mettaient en marche et désirant toute la gloire pour lui seul, s'avança contre Bâhân, qui l'attira dans un lieu dit Merdj aç-çofifar (>le Pré-auxoiseaux"), près de Damas, et qui le défit totalement. Son fils Sa^^îd périt et Khâlid lui-même s'enfuit, sans s'arrêter, avec le reste de ses troupes vers Médine. L'ordre d'envahir la Syrie coïncide avec le départ de Khâlid ibn al-Walîd pour l'Irak en l'an 12. Et au mois de Safar de l'an 13 les trois généraux se trouvaient déjà en présence de Tarmée byzantine 1).

Ce récit est en contradiction flagrante avec celui d'Ibn Ishàk, de Wâkidi et d'autres autorités de Belâdhori; et les trois savants susdits ont agi fort peu judicieusement en fondant ensemble les deux récits après en avoir retranché les contradictions.

Autant que j'ai pu m'en convaincre, Saif est le seul qui ait eu connaissance d'une expédition de Ehâlid ibn Sa^d en Syrie avant la nomination des trois généraux ^). Aussi Ibn Hadjar^), dans son rapport succint, se fonde uniquement sur Saif; et les auteurs byzantins sont dans une complète ignorance à ce sujet. Or, son récit est en contradiction avec: 1^ la nomination de Ehâlid comme chef d'armée et son remplacement par Yazîd. Selon Saif Ehâlid est aussi avec son armée à Dhou '1-Merwa^), mais seulement après sa défaite. Son armée suit en partie Shorahbîl en partie Yazîd ^); 2<> la date de la bataille de

1) Tab. I, ^AA. 13.

2) Comp. Haneberg XJeber pseudo-WdkidVs Geich. der Erdberung Syrtens p. 10 et 11. 3) I, aH.

4) Tab. I, ^Aô, 7, ^a*!, 6. 5) Ib. ^aô, 12 et 14.

Merdj aç-çofiar qui, comme nous le verrons plus tard, ne fut probablement livrée qu'en Moharram de Tan 14 et dans laquelle Khâlid lui-même périt, du moins selon la plupart des rapports. Ces deux divergences capitales auxquelles nous pourrions en ajouter plusieurs autres de moindre importance, p. e. la nomination d'al-Walîd ibn Oclia et son remplacement par Shorahbîl ^), nous obligent de suivre exclusivement ou Saif ou tous les autres. Et puisque ces derniers, ici comme bien des fois ailleurs, sont tous ensemble en contradiction avec les récits de Saif*), quoique souvent indépendamment les uns des autres, je n'hésite pas, du moins pour le fait en question, de le rejeter entièrement, d'autant plus que, sans même qu'on le compare avec d'autres sources, son récit renferme plusieurs improbabilités : il sufiBra de rappeler la grande distance qui sépare Taima de Damas. Bien entendu, je ne prétends pas que tout son récit soit une fiction. Après la mort du prophète, Ehâlid quitta son poste au Yémen ^) et vint à Médine. Il n'est guère impossible que, ainsi que raconte Saif*), il ait été chargé par Abou Bekr, après le retour d'Osâma, de s'établir avec un corps d'observation soit à al-Hamcatain, soit

1) Tab. I, l*»Af, 7 et suiv., t*»Aô, 9 et auiv.

2) Belàdhori a connu Saif (to^, 1. avantd., ^•y, 4 a f.) mais il n'a pas fait usage de son livre dans sa description de la conquête de la Syrie. Tabari I, fM, 5—8, n*a pas été aveugle pour la différence entre les rapports de Saif et ceux d'Ibn Ishàk. Il ne semble avoir donné à celui-là la place prédominante dans ses Annales qu^à cause de la masse de détails qu'il donne. Une excellente critique de Sai( a été donné naguère par M. Wellhausen dans le Vie volume de ses Skizzen und Vorarheiten.

3) Tab. I, Wn, 6 et suiv., (Aôf, 14, IVf, 1.

4) Tab. I, ^A», 16, ^aI, 2 et suiv.

à Taima*) pour y maintenir Tordre. Il est également possible que Shorabhîl l'ait envoyé à Zîzâ afin de former une armée auxiliaire des Arabes syriens. Mais que ces opérations, quelles qu'elles fussent, aient été dans un rapport immédiat avec la défaite de Merdj aç-çoffar, voilà qui est insoutenable.

D'après le récit de Théophane^), l'invasion des Musulmans se trouvait facilitée par ce que nous allons raconter. Les tribus arabes au Sud de la Palestine et ceux de l'Arabie pétrée recevaient annuellement de l'empereur une somme de 30 livres d'or ^ pour garder l'entrée du désert. Mais vers ce temps-là, par une mesure d'économie peu prudente, on cessa subitement de leur payer cet argent. L'eunuque qui venait apporter la solde aux vedettes renvoya les chefs arabes avec ces paroles: » C'est à peine si mon maître peut payer ses soldats, comment donc aurait-il de quoi solder ces chiens?" Ceux-ci irrités de ce procédé, et se croyant libres de leurs engagements servirent depuis de guides aux troupes musulmanes dans leurs invasions en Palestine. La guerre d'Héraclius contre les Perses l'avait comblé de gloire, mais elle avait épuisé son trésor et contribua dans la suite à la perte de sa belle province de Syrie. Non seulement il s'était aliéné ses alliés arabes par ses économies forcées, mais encore il avait dû imposer aux habitants de la Syrie des charges très lourdes; or, ceux-ci ne croyaient point qu'elles seraient aggravées par un changement de maître, tandis qu'ils seraient peut-être libres de toute contrainte en fait de

1) Tab. I, ^AA4, 15 et suiv., ^fô, 16.

2) I, 616 (de Boor 335).

3) Voir Nicéphore CpoUtane, De rébus post Mauricium gesfis, p.

religion ^). Ils assistèrent donc en simples spectateurs à Ten^ahissement de leur territoire par les troupes arabes ') et suivirent avec une certaine curiosité les événements qui décideraient auquel des deux maîtres le sort des combats les ferait échoir; toutefois ils ne laissaient pas de montrer quelque partialité en faveur des Arabes, surtout lorsque ceux-ci eurent prouvé suflBsamment qu'il n'entrait pas dans leur plan de piller ou de dévaster leur pays, et qu'ils traitaient avec douceur tous ceux qui se soumettaient volontairement.

Amr et ses troupes s'avancèrent jusqu'aux environs de Gaza sans rencontrer beaucoup de résistance. Il y eut deux rencontres sur lesquelles on lit chez Belâdhori^): » Le premier combat entre les Musulmans et leur ennemi eut lieu dans un village du pays de Gaza, nommé Dâthin. Les troupes ennemies étaient commandées par le patrice de Gaza. On se battit vaillamment, mais Dieu fit triompher ses fidèles, dérouta ses ennemis et dispersa leurs troupes. Cette rencontre eut lieu avant l'arrivée en Syrie de Khâlid ibn al-Walîd. Tazîd ibn abî Sofyân s'étant mis à la poursuite du patrice, apprit qu'un corps de Romains se trouvait à al-Araba en Palestine. Il envoya contre eux un détachement commandé par Abou Omâma aç-Çoday ibn Adjlân le Bâhilite qui leur livra bataille, tua le chef et puis s'en retourna. Abou Mikhnaf raconte sur la journée d'al-Araba que six chefs romains y étaient campés avec un

1) Comp. Gelzer, die Oenem der Byzant. Themenverfasaung, p. 37 note, Mûller I, 224.

2) Comp. Weil I. 82. 3) P. Ll.

corps de 3000 hommes ^). Abou Omâma marcha contre eux avec une forte armée musulmane, les défit, tua Tun des chefs et les poursuivit jusqu'à al-Dobbia (c'est al-Dâbia), où il les mit en déroute une seconde fois. Les Musulmans firent un riche butin. Abou Hafç le Syrien m'a raconté sur l'autorité de divers shéïkhs syriens que la première rencontre des Musulmans avec l'ennemi eut lieu à al-Araba. Il n'y avait eu avant al-Araba aucune rencontre , les Arabes ayant occupé tout le pays entre le Hidjâz et al-Araba sans coup férir."

Madâini dit^): 2>Le premier combat en Syrie, après l'expédition d'Osâma, eut lieu à al-Araba. Puis ils (les Musulmans) allèrent à al-Dâthina, appelée par des autres al-Dâthin, où Abou Omâma le Bâhilite les (les Romains) mit en déroute et tua leur chef."

Je crois avec M. Nôldeke que Dâbia ou Dobbia n'est qu'une faute ancienne pour Dâthina. Il semble assez certain que la première rencontre a eu lieu à al-Araba (ou al-Arba. Yacout^) dit ne pas savoir laquelle des deux prononciations est préférable). L'endroit où se trouve cette place n'a pas été précisé. Mais comme les Musulmans poursuivent l'ennemi jusqu'à Dâthina, où ils remportent une seconde victoire, la distance qui sépare ces deux places ne peut pas être grande et nous devons chercher la première dans la Palestine méridionale, à l'Est de Dâthina, conclusion qui est confirmée par Naçr*). Dâthina ou Dâthin,

1) Comp. Fotouk éd. Lèes p. ff. 2) Tab. I, f^A, 11 et suiv.

3) in, Ti**, 18 et suiv.

4) Chez Yacoat 1. c.

qa'Eatychias ^) nomme Tâdoun, était sans aucun doute un village dans le pays de Gaza. L'auteur syrien anonyme du Livre des khalifes chez Land, Anecdota Syriaca'), dit que l'endroit du combat se trouva à 12 milles de cette ville. Les paroles de cet auteur sont selon la traduction de Land: >Anno 945 [Sel.], Lid. VII, mensis Shebot die 4 (m. Febr. Â. D. 634) feria sexta, hora nona proelium fuit inter Romanos et Tajitas Mohammedis in Palaestina, ad Gazae orientem duodecim milliaribus, et in fugam se vertere Romani, patricium in Jordane relinquentes , quem Tajitae occiderunt. Atque illic interiere fere 4000 rustici Palaestinae, Christiani et Judaei et Samaritani, et Tajitae totam regionem vastarunt." La traduction > patricium in Jordane relinquentes" n'est pas exacte , comme M. Nôldeke me fît remarquer il y a plusieurs années^). Les caractères où Land trouva :>in Jordane" B(r)jrdn doivent contenir le nom du patrice.

Le Livre des khalifes syrien contient beaucoup d'inexactitudes, comme cela a été prouvé sufiSsamment par M. Merx^)y mais nous n'avons pas la moindre raison de douter de l'exactitude du passage cité qui contient des faits chronologiques et topographiques très précis. Or, si nous l'acceptons, nous sommes obligés d'admettre que ce que Belâdhori et Ibn Ishâk disent de l'envoi simultané des trois chefs en Çafar 13 est inexact. En effet, Madaini^)

1) II, 258. 2) I, 116 (p. 17 dQ texte).

8) y. maintenant son traité Die Ghastânitchen Fursten aut dem Sause Oafua^s (Âbh. Akad.. d. Wissensch. zu Berlin 1887), p. 45 n. 3.

4) Bardesanes von Edessa, p. 120.

5) Tab. I, Ï*U, 18, Yl\, 4.

dît qu'ils ont été envoyés Tun après l'autre, quoique l'ordre dans lequel il les fait partir: Yazîd, puis Shorahbîl, ensuite Abou Obaida et enfin Amr, ne puisse pas être correct quant au dernier. Chez Ibn Ishâk^), c'est Amr qui part le premier. Peut-être que le récit de Saif ') contient un élément de vérité , c'est à dire qu'Amr a' été nommé aussitôt après son retour de l'Oman^). Puis nous devons admettre que Ya^d a été également envoyé déjà en 12. Abou Omâma le Bâbilite était un des capitaines de la division de Yazîd. Cette hypothèse devient une certitude si nous prenons en considération que la bataille d'Adjnâdîn eut lieu le 28 Djomâda I de 13 et qu'il faut placer avant cette date la demande de renforts par Amr, l'envoi d'un courrier par Abou Bekr à Khâlid ibn al-Walîd en Hîra, le voyage de Ehâlid et ses conquêtes dans le H^urân^). Nous y reviendrons plus loin.

On lit chez Théophane^): >Dans cette année (634) Abou Bekr envoya quatre généraux qui vinrent, guidés, comme nous l'avons dit, par les Arabes, et prirent la Hèra et tout le pays de Gaza. Sorti à la hâte avec un petit nombre de soldats de Césarée en Palestine, Sergius (le gouverneur de cette province) marcha .contre eux, mais sa petite troupe (300 hommes) fut totalement défaite. Sergius fut tué le premier. Les Arabes s'en retournèrent avec plusieurs

1) Tab. I, PwA 1. dern., comp. ï*^v, 10.

2) Tab. I, ÏAA» 1. dern., ^•aÏ*, 7—18. ^aI**, 8, 12, ï*.Af, 6 et suiv., W, 18.

3) M. Wellhaosen est da même avis (p. 63). La nomination simultanée d*al-Walîd ibn Ocba, que Saif mentionne, est fausse sans aucun doate. Comp. Saif lui-même Tab. I. ^ï*v, 13, ^*tf , 12.

4) Comp. aussi Elias Nisib. chez Baethgen Fragmenta, p. 109.

5) I, 616 (de Boor 836).

prisonniers et un grand butin, après avoir remporte une victoire éclatante." D'après Nicephore, Sergius périt dans les plus cruels tourments par la main des ci-devant alliés d'Héraclius qui étaient irrités contre lui parce que c'était lui qui avait conseillé les mesures d'économie dont nous avons parlé. Ils ne nomment pas ici le lieu du combat , mais ailleurs^) Théophane parle de la journée de Dathesmos ou Dathema qui , selon toute probabilité , est la même que Dâthina. Ces écrivains grecs n'ont pas été bien informés. Sergius était encore en vie après la bataille de Dâthina, comme il résulte d'une lettre adressée à lui par Sophronius, évêque de Jérusalem, qui ne fut appelé à ce siège qu'en 634, après la journée de Dâthina^). La mort de Sergius semble devoir être placée au jour de la bataille d'Adjnâdîn.

Il n'est pas invraisemblable que le poète Ziyàd ibn Hanthala a eu en vue une des deux rencontres d'al-Araba ou de Dâthina, lorsqu'il dit^):

> C'était pour mon âme un baume qui en a guéri la souffrance, de voir les cavaliers attaquer les troupes des Romains ;

Ils frappèrent leur chef, et sans leur donner de quartier, ils poursuivirent les fuyards jusqu'à Dâroum."

Cette Dâroum doit être la forteresse connue près de Gaza. Je ne suis pas en mesure de préciser quelle place ou quel district Théophane entend par la Hèra.

1) P. 510 (de Boor 332).

2) V. dans l'Appendice.

3) Yacout II, ôro, 19-21.

Sebèos dit^): »les Arabes campaient à Bhabôth Moâb dans le territoire de la tribu de Bubeu, l'armée romaine en Arabie. Les Arabes attaquèrent les Romains inopinément, les mirent en déroute et en tuèrent beaucoup, après avoir mis en fuite Thîodos, le frère de l'empereur, puis se retirèrent en Arabie". Il n'est pas impossible qu'il faille voir dans l'Arabie, où étaient campes les Romains, une vague réminiscence d'al-Araba et dans la seconde Arabie, où les Musulmans se retirèrent après la bataille, un souvenir du lieu de campement d'Amr. Du reste, l'auteur arménien a confondu les rencontres d'al-Araba ou de Dathina avec la bataille d'Adjnâdin.

Ces victoires, quelque importantes qu'elles fussent à un certain égard, étaient loin d'être décisives, et les chefs comprirent que c'était surtout à leur invasion ins^ttendue qu'ils devaient ces premiers succès^). Il est très probable que la nouvelle de l'approche de Sergius, gouverneur de Palestine, s'avançant de Césarée vers Gaza^), a obligé les Musulmans à se retirer, en attendant les renforts qu'Amr avait demandés dès qu'il eut mis pied en Palestine. Amr se retira jusqu'à Ghamr al-Arabât, lieu qu'on ne sait pas trop où chercher. Selon Ibn Ishâk^) il se trouve dans le

1) Dans la dissertation da Dr. H. Uûbschmann »zar Geschichte Arméniens and der ersten Kriege der Âraber" Leipzig 1875, p. 12. Je dois la connaissance de cet opuscule à M. Marquard.

2) Comp. la lettre de Sophroniofi dans l'Appendice.

3) Comp. Eutychius II, 268 et Théophane.

4) Tab. I, t^fo, 6 où le lieu s'appelle simplement al-Arabât avec la yariante

al-Corayât qu'ont Macrîzî éd. Vos p. f^ 1. 6 et Nowairi man. de Leidc 2 A, 1 28 r. Mais l'^v, 10 Ibn Ishâk a oLyJt j4>à et de même Madâini t^i^A.é.

Ghaur de Palestine, qui s'appelle aussi al-Araba (Wâdi '1-Araba), et il n'est guère invraisemblable qae ce Ghamr est celui dont parle Mocaddasi^), et qui est à deux journées d'Âila, à cinq de Ramla. Il se trouve, sur la carte de Socin-Baedeker, mi-chemin entre Aila et l'extrémité méridionale de la Mer morte, sous le nom de Ain Ghamr. Ce que Belâdbori raconte '), qu'Amr aurait déjà commencé le siège de Césarée avant la bataille d'Adjnâdîn, est une erreur évidente.

Ya^d se retira dans la Belca et le Haurân, où il rejoignit Shorahbîl et Abou Obaida. Il est probable que la conquête du pays de Ma'âb (Moab) doit être placée à cette époque ^). Il est des auteurs qui placent ici la défaite de Merdj aç-çoffar *). M. Wellhausen *) croit ne pas devoir rejeter cette assertion. On pourrait supposer à la rigueur que les généraux arabes se soient hasardés jusqu'à ce lieu et qu'ils y aient subi une défaite qui les aurait obligés à se retirer dans le Haurân. Mais dans ce cas Ehâlid ibn Sa^îd . ne peut pas avoir péri à cette occasion, car Ikrima, dont il épousa la veuve, trouva la mort dans la bataille

lA n, ni, s a ^^«9ut et paraît confondre ce liea avec celui da premier combat. Le *4ÂII dans le poème de Zohair (Bekri ^i1 comp. lov) est an liea tout différent, comme probablement aussi )LéJ^Xs> ^J^ j4À que Yacout (III, fi^, 16) dit être Ib deux journées de Taima vers la Syrie, et ^t-^ chez Tacout m, irr, 19 «chemin de montagne sur la route d'Egypte". 1) P. Pfl, 17, comp. ror, 6. 2) P. tf., 14.

3) Belâdh. ^t**, 9, Tab. I, V^a, 7 et suiv. Comp. Foiouh \^, 3 af. et suiv.

4) Ibn Ishâk chez Tab. I, f^v, 13 et suiv., fl«A, 13 et suiv. 6) P. 62 n. 1.

d'Adjnâdîn. Nous serions donc obligés d'admettre qu'il y a eu deux défaites au Pré-des-oiseaux, ce qui n'est guère yraisemblable.

Lorsque Ehâlid ibn al-Walîd arriva en Syrie, il trouva une partie de Tarmée dans le Haurân sous les trois généraux mentionnés ^).

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