Belàdh. toi 1. dern. et suiv
pourva des instructions nécessaires pour engager Djabala à revenir en Syrie aux conditions qu'il avait demandées avant sa fuite. Mais Djabala refusa ^). Et lorsque les Taghlibites en Mésopotamie menacèrent également d'émigrer, si on leur imposait la taille, Omar et ses conseillers se hâtèrent de renoncer à leur principe et de leur proposer des conditions qui ne révoltaient point leur fierté arabe ^).
Peut-être pourrait-on rapporter à ce temps la division provisoire de la Syrie en districts militaires (djond) et certaines nominations ^) ; ainsi, c'est peut-être alors que Mo^âdh, Abou Darda et Obâda ibn aç-Çâmit ont été appelés à enseigner et à expliquer le Coran en Syrie *).
Nous voyons donc que la prise de Jérusalem n'a pas été le seul but de l'expédition d'Omar en Syrie. Cependant on ne s'avance pas trop en prétendant qu'il nourrissait le désir d'être parmi les premiers à entrer dans la Ville Sainte et de visiter les lieux auxquels se rattachaient tant de pieux souvenirs et que le prophète avait vus en songe dans son voyage nocturne.
Yoici maintenant le traité qu'Omar conclut à Djâbia avec les habitants de Jérusalem, d'après la tradition de Saif, qui l'avait par l'intermédiaire d'Abou Hâritha et d'Abou Othmân , de Khâlid (ibn Ma*^dân al-Calâ*^i) et d'Obâda (ibn Nosay)^):
»Au nom du Dieu de miséricorde et de grâce.
Voici la sûreté que le serviteur de Dieu, Omar, le prince
1) Comp. Caussin III, 606—611. 2) Belâdh. Ul et soiv.
8) Comp. Saif chez Tab. I, ro^t**. 9 et suiv. 4) Nawawi IT*».
6) J'omets les variantes qae j'avais données dans la première édition, parce que M. Prym les a notées dans son édition da traité chez Tab. I, ff*ù et sniv.
des fidèles, accorde aux habitants d'Aelia. A tous, sans distinction, qu'ils soient bien ou mal disposés *), il garantit la sécurité pour eux-mêmes, leurs possessions, leurs églises, leurs croix et tout ce qui concerne leur culte. Leurs églises ne seront pas transformées en habitations, ni ne seront détruites, et on n'enlèvera rien ni aux églises elles-mêmes ni à leur territoire, ni aux croix ou aux possessions des habitants. Ils ne seront point contraints en matière de religion et personne d'entre eux n'aura la moindre vexation à craindre. Les Juifs n'habiteront pas Aelia conjointement avec les Chrétiens. Les habitants d' Aelia seront obligés de payer la taille comme ceux des autres villes. Les Romains et 'les brigands devront quitter la ville, mais on leur accorde un sauf-conduit pour eux et pour leurs biens, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés en lieu sûr. Cependant, ceux qui préfèrent rester pourront le faire à la condition de payer la même taille que les habitants d' Aelia. Les habitants d'Aelia qui désirent partir en compagnie des Romains, abandonnant leurs chapelles et leurs croix, auront le même sauf-conduit que ceux-ci ^) , jusqu'à ce qu'ils soient arrivés en lieu sûr. Les campagnards qui se trouvent dans la ville ^) pourront y rester, à condition de payer la taille comme les habitants d'Aelia, ou s'ils le désirent ils pourront partir avec les Romains ou retourner à
1) Littér. «ses malades et ses sains". Le pronom se rapporte à Aelia; mais les mots . ut été nterrertis dans le texte.
2) Le texte ajoute «aussi pour leurs chapelles et leurs croix"; ces mots sont sans doute à biffer.
3) Le texte de Tab. ajoute «avant le meurtre d*un tel". Je ne sais comment expliquer ces mots, qui semblent signifier que cette permission ne concernait que les campagnards qui étaient venus à Jérusalem avant cet événement.
leurs familles. On n'aura rien à payer jusqu'à ce que la première moisson soit mûre. Pour leur garantir tout ce que renferme ce traité, il prend Dieu pour témoin et leur promet la protection de l'envoyé de Dieu et celle des successeurs et des fidèles, tant qu'ils payeront la taille qui est due. Ont signé comme témoins Ehâlid ibn al-Walîd^ Amr ibn al-Âci, Abdarrahmân ibn Auf et Moâwia ibn abi Sofyân, le dernier aussi en qualité de secrétaire. L'an 15". Il est à regretter que pour le texte de ce traité nous n'ayons d'autre autorité que celle de Saif. Tacoubi *) dit seulement que le traité qu'Omar conclut avec les habitants de Jérusalem était ainsi conçu >Au nom du Dieu de miséricorde et de grâce. Yoici le traité qu'Omar ibn al-Ehattâb accorde aux habitants de Jérusalem. Vous aurez sûreté pour vos personnes, vos possessions et vos ^lises. Celles-ci ne seront ni détruites ni transformées en habitations, tant que vous ne vous serez pas rendus coupables de révolte générale". Il ajoute que ce contrat fut signé par les témoins. Eutychius ^) cite presque les mêmes termes. On les retrouve dans le document de Saif, sauf la condition mentionnée par Tacoubi. Quant aux témoins, il semble étrange que nous ne trouvions pas Abou Obaida parmi eux et que Ehâlid ibn al- Walîd soit le premier signataire.* Toutefois je ne sais si l'on a le droit d'y attacher quelque importance. La circonstance que Moâwia fonctionne comme secrétaire est incompatible avec le détail rapporté par Eutychius'), que Moâwia avait été laissé par son frère Yazîd à Damas comme son lieutenant, lorsque celui-ci s'était empressé d'aller au
1)11. hv. 2)11,285. 8)n, 282.
devant d'Omar. Mais les termes du traité touchant les Romains établis à Jérusalem et les campagnards sont à leur place dans un traité conclu lors de la soumission. Et qu'à cette époque on ait imposé aux Juifs la défense de demeurer à Jérusalem s'explique comme une concession faite aux Chrétiens, dont la disposition envers les Juifs était tout autre que bienveillante *). Enfin, nous n'y trouvons aucune de ces prescriptions humiliantes pour les Chrétiens, qui ne manqueraient point dans une pièce fabriquée plus tard. Mais le texte paraît avoir subi quelques modifications et quelques interpolations dont j'ai pu signaler une comme certaine,
La date de la pièce, qui ne se trouve pas chez Modjîraddîn et Soyouti, est indubitablement fausse. Saif dit même ailleurs ^) que la prise de Jérusalem eut lieu en Babî^ II de l'an 16. Cette dernière date, quoiqu'elle semble être confirmée par Ibn Ishâk ^), doit être rejetée également. Le témoignage de Belâdhori, qui dit qu'Amr ibn al-Àci commença le siège de Jérusalem après la victoire du Tarmouk^), c'est-à-dire dans la dernière moitié de 15, qu'Abou Obaida arriva pour lui prêter assistance en 16 ^) et que la ville se rendit en 17 ^), est appuyé par celui de Théophane '^), qui raconte que le siège dura deux ans. Puis, nous apprenons que l'archevêque Sophronius mourut de chagrin peu de temps après la reddition de la ville. La date de
1) Entychius II, 242—246; comp. Belâdh. (l'f, 6 af.
2) Tab. I, yf^A, 5. 3) Tab. I, l'H* , 14 et suiv. 4) P. If», 6 af. et suiv. 6) P. ^^^, 4 af.
6) P. in . 7) P. 519.
sa mort est, suivant Papenbroch ^), le mois de mars 638 = Rabf II de Tan 17. Eutychius*) dit que Sophronius au moment de sa mort avait été archevêque depuis quatre ans. Or, il fut nommé eu 634.
Ce résultat nous oblige de fixer l'arrivée d'Omar à Djâbia au commencement de Tan 17, conformément à ce que dit Belâdhori. Saif ^) parle de quatre voyages d'Omar, deux en 16, deux en 17; seulement le premier voyage de l'an 17 aurait été interrompu à Sargh près de Tabouk, à cause de la peste. C'est au cours du premier voyage de l'an 16 qu'aurait eu lieu selon lui la reddition de Jérusalem 4); le but du dernier voyage de l'an 17 aurait été de régler diverses affaires administratives. Nous n'avons d'Ibn Ishâk que le récit du voyage interrompu à Sargh b), et nous ne savons pas dans quels termes Wâkidi mentionnait le voyage d'Omar de l'an 17 % Quant au voyage interrompu à Sargh, je crois avec M. Wellhausen '') que Saif l'a emprunté à Ibn Ishâk et que les trois autres doivent être réduits à un seul. Sur le second voyage de Tan 16 Saif n'a absolument rien à rapporter; celui au cours duquel la reddition de Jérusalem eut lieu est placé par lui en 16, pour le faire rentrer dans le cadre de sa chronologie; le second voyage de Tan 17 prouve que Saif trouvait dans ses sources qu'Omar avait visité la Syrie en 1 7, et quelques détails que donne son récit de ce voyage, notamment celui du costume d'Omar, appartiennent réellement au voyage qu'il fit à Tépoque de la reddition de Jérusalem;
1) Acta Sanctoram II Mart. ad diem II, p. 71. 2) U , 290.
8) Tab. I, ï*fJ, 7 et suiv., Mù, 11 et suiv. 4) Ib. l*f»t note c.
5) Ib. M\ . 6) Ib. l'oît , 10. 7) P. 67 n. 6.
sealement, le nom d'Aelia (Jérusalem) a été changé en Aila (Elath). Quant à la date du récit dlbn Ishâk, elle ne peut pas être exacte. Car si la peste s'était déjà manifestée en Syrie au commencement de 17, de sorte qu'on s'était cru obligé alors de s'opposer énergiquement à une visite du khalife, il est absolument inadmissible qu'il ait entrepris son voyage quelques mois plus tard, et a fortiori en 18, qui est l'année de la peste ^). Nous serions donc forcés de placer le voyage d'Omar en 16, ce qui est contraire au résultat obtenu. Enfin Omar pouvait donc faire son entrée solennelle dans la ville des prophètes. Le voilà qui arrive, celui qui avait osé arracher le sceptre à la main des Césars et des Ehosroès et qui faisait trembler des milliers de cœurs, monté sur son dromadaire et revêtu de son simple manteau usé, fait de poil de chameau! Les traditions nous disent que ses propres sujets, décrassés tant soit peu par leur séjour de trois ans en Syrie et croyant mieux connaître les convenances, rougirent et se scandalisèrent de voir leur prince se montrer de la sorte à ses nouveaux sujets et qu'ils l'engagèrent à endosser un meilleur vêtement et à changer son humble monture pour un cheval. Sur ce dernier point Omar se laissa persuader et monta sur un coursier, tenant toujours la bride de son chameau à la main. Mais l'allure du chev3,l lui parut trop commode. »Gela me rend un autre homme, dit-il, et j'ai peur de trop grandir à mes propres yeux et de changer à mon désavantage", et ayant dit cela il remonta sur son chameau ^).
1) Tab. I, t'ôv»
2) Moihir al-ghorâm f. Slv., S6r. Comp. Saif chez Tab. I, ff«v, 19et8aiy.
Théophane ^) nous décrit rimpression que son éxteriear produisit sur les Chrétiens : »I1 entra dans la Ville Sainte, dit-il, couvert d'habits usés, faits de poil de chameau, et montrant un masque diabolique de piété; il demanda à voir le temple des Juifs que Salomon avait fait construire, afin d'en faire un lieu d'adoration pour ses propres blasphèmes. Sophronius (l'archevêque) en le voyant, s'écria: > Voilà en vérité l'abomination de la désolation que prophétise Daniel, se tenant dans le saint lieu". Et ce champion de la piété versa des larmes sur le peuple chrétien. Omar étant dans la ville, le patriarche l'invita à accepter de sa main un vêtement de linge et une chemise; mais il refusa de les mettre. C'est à grand'peine qu'on obtint qu'il les porterait jusqu'à ce que ses propres habits fussent lavés. Plus tard, il les rendit à Sophronius et reprit les siens".
Tout cela confirme dans les grandes lignes ce que les Musulmans rapportent à ce sujet, quoique leurs anecdotes soient légèrement suspectes ; en effets il est tout naturel que leurs pensées aimassent à se reposer sur la simplicité et la grandeur d'âme du célèbre khalife, et cela a facilement pu les pousser à embellir les récits. D'après une tradition ^), Omar vint en Syrie monté sur un chameau couvert d'une peau de mouton noire; sa bride était faite de fibres de palmier. D'après une autre ^), les Syriens qui rencontraient Omar, commencèrent à chuchoter dans leur langue, ce qui l'ennuya beaucoup; il dit à Âslam (son affranchi): »Ces gens se moquent de ce que ton maître ne porte pas le
1) II, 520 (de Boer 389).
2) Zamakhshari Fdik I, 203. 8) Ib. I, 621.
costame de ceux contre qui Dieu est en colère'\ Citons encore celle-ci^): »Lorsqu'Omar arriva en Syrie, les émirs de ce pays, par égard pour lui, s'empressèrent d'affecter une simplicité virile dans leurs vêtements et leur nourriture". Saif raconte^), cette fois sur l'autorité de Hishâm ibn Orwa, qui le tenait de son père Orwa ibn az-Zobair, qu'Omar, étant venu à Aila ^, donna à l'évêque sa tunique d'étoffe grossière, qui s'était déchirée par derrière par suite du long voyage à dos de chameau, en le priant de la faire laver et raccommoder. L'évêque prit la tunique et la donna en réparation, mais en même temps il lui en fit faire une autre, qu'il lui porta. > Qu'est-ce là?" demanda celui-ci. L'évêque répondit: »C'est' votre tunique, que j'ai fait nettoyer et réparer, mais voici un autre habit que je vous présente". Omar l'inspecta et passa la main sur l'étoffe, puis il endossa sa propre tunique et rendit l'autre à l'évêque, en disant: » La mienne est meilleure pour absorber la sueur". Ce récit s'accorde presque entièrement avec celui de Théophane. Sur l'autorité de Tarîk ibn Shihâb on raconte *) qu'Omar, dans son voyage à Djâbia, devant passer un gué, descendit de son chameaui se déshabilla et traversa la rivière, tenant ses habits à la main et suivi de sa monture. Abou Obaida lui dit alors: » Aujourd'hui vous avez commis un scandale aux yeux des habitants de ce pays", et Omar en fut profondément choqué. >0 Abou Obaida! s'écria-t-il,
1) Ib. II, 244. 2) Tab. I, ^O^tY .
8) Ancienne faute pour Aelia, comme Ta déjà fait observer M. Wellhaasen, p. 66 n. 3.
4) MotÂir ahgkorâm f. 26 r., Mohibb addtn »t-Tabart ms. de Leide 3683, f. 36 r.
je voudrais qu'un autre que toi m'eût dit cela. Voyez, vous autres, vous étiez les plus obscurs et les plus méprisés des hommes et les plus faibles en pouvoir, et Dieu vous a glorifiés par l'Islam; si vous cherchez la gloire par une autre voie, Dieu vous humiliera". Chez Masoudi au contraire on lit '): »Abou Obaida se montrait en public vêtu d'une robe de bure; on lui en fit des reproches: >Vou8 êtes, lui dit-on, commandant en chef des armées de Syrie et les ennemis nous environnent; changez donc votre habit et prenez en un meilleur". Mais Abou Obaida répondit: »Je n'ai pas l'intention de rien changer à ce que j'étais du vivant de l'envoyé de Dieu".
Je ne m'arrêterai pas aux *récits de la découverte faite par Omar du temple de Salomon, à laquelle Eutychius et les auteurs des histoires de Jérusalem ont consacré plusieurs pages. La plus ancienne relation de cet événement est celle de Saif^), puis vient celle d'Eutychius ^), enfin celle du MotMr aUghorâm (écrit en 752), qui est attribuée à Shaddâd ibn Aus et dont M. Guy Le Strange a donné une excellente 'traduction *). Comme ces relations s'accordent entre elles et avec celle de Théophane pour la matière principale, je crois qu'elles ont un fondement historique, et je ne saurais admettre la conjecture de M. Guy Le Strange^) d'après laquelle le récit du MotMr aUghorâm n'est qu'un développement romanesque des paroles de Théophane. Du reste , M. Riess a fait observer ®) que l'exactitude des
1) Moroudj IV, 196 et comp. le Fotouh p. H**! .
2) Tab. I, ï*f*A et suiv. 8) II, 286, 289.
4) Joam. R. As. Soc. XIX, 275 et soiv. 5) P. 251 note 1.
6) Zeitschr. D. Palaest. Ver. XI, 208.
grands traits de ces relations est confirmée par Arculf, De locis sanctis, qui visita Jérusalem trente ans après le séjour d'Omar dans cette ville, donc avant que le temple fut fondée par Abdalmelik, et qui trouva là où fut jadis le temple de Salomon: iquadrangulam orationis domum, quam subrectis tabulis et magnis trabibus super quasdam ruinarum reliquias construentes, vili fabricati sunt opère". Cet édifice pouvait contenir environ 3000 hommes.
Je ne rappellerai qu'en passant les événements qui eurent lieu en Syrie pendant les deux années qui suivirent le séjour d'Omar en ce pays. L'an 18, la Syrie fut désolée par un fléau terrible; je parle de la peste qui, d'après le lieu où elle se manifesta d'abord, a été appelée la peste d'Emmaûs. Saif, cité par Soyouti ^), dit qu'elle sévit d'abord en Moharram et Safar, puis diminua, pour reprendre bientôt de plus belle. Elle fit des ravages horribles ^), et l'on rapporte qu'en Syrie elle enleva 25,000 hommes ^). Les Musulmans eurent plusieurs pertes à regretter. J'en cite trois *) : Abou Obaida ibn al-Djarrâh, Moâdh ibn Djabal et Shorahbîl ibn Hasana, personnages respectés par leurs contemporains et par la postérité, au point que leurs tombeaux sont restés jusqu'à nos jours des lieux de pèlerinage. Le tombeau d'Abou Obaida se trouve un peu au Sud d'Amata, l'ancienne Amathus '),
1) Kremer, Ueber die grossen Seuehen des Orients, p. 7d.
2) Tab. I, ^ôh— ï^ôH, rov», 14, 18. Comp. Caussin III, 619 et suiv.
3) Madâini chez Acouli ms. de Leide 655, f. 84, Wâkidi chez Tab. I, t*ôvA, 6.
4) Belâdh. IH et 8uiv.
5) Nawawi vfA (aa lieu de La^^c on rectifie Ia^x, comme porte très exactement le ms. de Leide). Ibn Shaddftd p. 282 écrit lA«.e. fiarckhardt, Tra-
et celui de Shorahbîl près du Wâdi Tâbes en face de Baisâa ^) — on dit qu'il mourut le jour du décès d'Abou Obaida^); celui de Mo^âdh, comme les deux autres, se trouve dans le Ghaur de Baisân, non loin d'al-Coçair, c'est-à-dire Coçair Amîn-addîn ^). Belâdhori dit qu'il mourut à al-Okhowâna qui est située, selon Tacout, près du lac de Tibériade, ce qui est confirmé par Bekri *). Nawawi, Nowairi et l'auteur de Vlthâf ai-akhiçça disent tous les trois qu'ils ont visité ces tombeaux plusieurs fois.
D'après Ibn Ishâk ^), la première invasion de la peste daterait de 17. Il donne une tradition détaillée d'Ibn Abbâs ^) d'après laquelle Omar se serait mis en marche pour la Syrie accompagné de plusieurs compagnons du prophète. Mais à Sargh (la station qui suit Tabouk sur
veli in Syria, p. 346 a uUl; comp. la préface de Lees aa p8.-Wâkidi p. 84; Backingbam, Beise durch Syrien II, 18 et sdv., oh. Ton trouve des non-sens ëpoavantables (Abou Obaida y est an puissant sultan du Yémen qui est mort dans un voyage à Damas); Ibn Batouta, I, 129; Ithdf alnikhiçça f. 149 r. JuJ> vi>^' LjUx L^ JLSj XîJJ j ^ijj^W OyûAA ^Lb ny^ ^y^^
lASj (jr^y^^ ji)*^' \y^ '^ jh^ *!b^i^ XJjbJlj (j^^li» e)>^ o^"^^
1) Burckbardt 345, oii on lit Scberbabeib, ce qui probablement n'est qu*un lapsus calami.
2) Osd àlrghdba II, \v , Nawawi l**'l* . La distance entre les deux tombeaux est d'environ une journée de marche (Nowairi). Ibn Ishâk chez Tab. I, )'ot*«, 12 le fait mourir après Yazid, ce qui est évidemment faux.
3) Nawawi ôôl , Ibn Batouta I, 129; Ithdf al-akhiçça î. 150 r. ^^j ^ ^ flLc Q^ ^*jL*S:c i,^ suXJUo L*:n.}} UjJJ^\ kX4^ ^) hsl^ — Ô\jM j^ d^] wA-i^O ^^4^^ ^ «aJL:> yaJii ÔIm ^ JLS ««ut
4) P. ÏW, 8. 5) Tab. I, ^ôlt, 13.
6) Ib. Mf et suiv., Mohibb-addîn at-Tabari'f. 8 v.
la route de Médine à Damas) Abou Obaida, Yazîd et Shorahbil, étant allés à sa rencontre, loi auraient dit que le pays était malade. Là-dessus il y aurait eu des consultations, les uns étant d'avis que nulle considération ne devait le faire reconcer à ce qu'il avait entrepris au service de Dieu, les autres trouvant qu'il serait téméraire qu'il s'exposât, lui et les siens, à ce grand danger. Omar se serait rangé du côté des derniers et aurait donné l'ordre du retour. Mais Abou Obaida aurait dit : > Veux-tu fuir loin du décret divin ?" Omar aurait répondu : >Oui, je fuis loin du décret divin vers le décret divin. Dis-moi, si de deux personnes l'un fait putre ses troupeaux sur la rive stérile d'un fleuve, l'autre sur la rive abondante en herbe, n'agissent-ils pas tous deux selon le décret divin? Ah! je voudrais qu'un autre que toi, Abou Obaida, m'eût dit cela". Heureusement Abdarrahmân ibn Auf serait survenu, armé d'une laradition du prophète, portant: »Si vous êtes informé que la peste a envahi un pays, il ne faut pas y entrer, mais si vous vous y trouvez, il ne faut pas vous enfuir" '). Là-dessus les Médinois seraient revenus sur leurs pas.
Nous avons vu que la date qu'Ibn Ishàk assigne à cet événement doit être fausse. Le récit lui-même a l'air d'un roman d'assez mauvaise composition. Le rôle attribué à Abou Obaida est incompatible avec la circonstance qu'il avait fait le long voyage à Sargh dans le but exprès d'avertir Omar. Mais il s'accorde avec la tradition d'Abou Mousa al-Ash^ari, donnée également par Ibn Ishâk *) , qui porte qu'Omar , tâchant de sauver Abou Obaida du danger, le manda à
1) Comp. Kremer 1. o. p. 27 et eoiv. 2) Tab. I, fù^w et saiv.
Médine, et que celui-ci le pria de lui permettre de partager le sort de ses soldats ; que là-dessus Omar se contenta de lui ordonner de laisser le pays bas et malsain du Jourdain pour le climat salubre de Djâbia ^), où Âbou Obaida mourut aussitôt après son arrivée, puis Mo^âdh et beaucoup d'autres. Selon le récit d'Abou Mousa, tel qu'il a été conservé chez Tabari, Abou Obaida serait arrivé à Djâbia. Le texte dit: >Au moment qù'Abou Obaida (étant encore près du Jourdain) plaça le pied dans rétrier de son chameau, il fut atteint de la peste et s'écria: > Par Dieu, je suis frappé". Puis il partit avec les hommes jusqu'à Djâbia, où il campa; et l'épidémie cessa". Il est très invraisemblable qu'Abou Obaida, atteint de la maladie, ait pu faire le voyage de la vallée du Jourdain, au Sud du lac de Tibériade, jusqu'à Djâbia. Puis, nous savons qu'il succomba près d'Amata et que sa mort fut suivie de celle de Mo*^âdh, dont le tombeau est un peu plus vers le Nord. Ainsi, il n'est pas improbable qu'ils sont morts l'un après l'autre dans le voyage à Djâbia. Je présume donc qu'il y a une lacune dans le texte du récit d'Abou Mousa qu'il faut combler par le récit de la mort d'Abou Obaida et de Mo*^âdh et par le détail qu'après leur mort Amr ibn al-Aci prit la conduite des afiFaires *). Il paraît qu'à Djâbia succombèrent aussi plusieurs autres Musulmans, et que c'est à cause de cela qu'Abou Mash^ar ^) parle de la peste d'Emmaùs et de Djâbia. Puis Amr, sans se
1) Tab. I, M^^ 7 et saiv.; cette tradition se trouve aassi dans le Fdik de Zamakbshari II, 232 et suiv.
2) Comp. Tab. I, ^ôH , H— 16. 3) Tab. 1, )^ôh, 15.
soucier des protestations énergiques de quelques Musulmans (Ibn Ishâk nomme Abou Wâthila al-Hodhali, d'autres, mal à propos, Shorahbîl ^)) conduisit les troupes dans les montagnes, où ils étaient à l'abri de la contagion ^). Omar ne désapprouva pas ce qu'Amr avait fait ^).
Il paraît qu'à l'occasion de cette peste, on a soulevé la question de savoir s'il était permis au vrai croyant de tâcher de se dérober au danger en quittant le foyer de contagion, ou bien s'il fallait rester, le décret de Dieu étant inéluctable. Cette discussion se perpétua dans les cercles des théologiens et le récit d'Ibn Abbâs doit être considéré comme un essai d'appuyer l'opinion libérale par l'autorité d'Omar *). Reste la question de savoir si le récit dans son entier est une fiction ou bien s'il a un fond historique. J'incline vers la dernière alternative. Car les recueils des traditions qui contiennent des expressions rares et difficiles, nous ont conservé la tradition suivante^): Lorsqu'Omar voulut se rendre en Syrie où la peste régnait, les compagnons du prophète lui dirent: »Les compagnons du prophète qui sont avec vous n'ont pas encore été exposés à des maladies infectieuses (littéralement: n'ont pas encore eu la variole •)). Donc, il ne faut pas entrer en Syrie". Cette tradition, qui n'a pas de tendance religieuse, semble indépendante du récit d'Ibn Abbas. Ceux qui donnent le conseil de retourner ne peuvent être que les envoyés des
1) Osd aJrghâba V, t**H , Ibn Hadjar IV, f ♦A .
2) Comp. Fotouh l'fv 1J{ ^l iOc ^^^^^^ j J^JU^t (A3.
3) Tab. I, t'ôM 1. dern. et saiv. 4) Comp. Kremer 1. c. p. 28 et suiv. 5) Abou Obaid f. 83 r., FM I, 649. 6) En arabe oL>y-
émirs syriens. H n'est donc pas improbable qn'Omar ait Tonlu se rendre en Syrie en 18 pendant la peste, mais le but qu'il se proposait nous est absolument inconnu. Le rôle attribué à Abdarrahmân ibn Auf, d'avoir déterminé Omar au retour, au moyen d'une tradition remontant au prophète, peut bien être historique aussi, puisqu'une autre tradition ^) la confirme.
Après la mort d'Abou Obaida, Tarid ibn abi Sofyân fat nommé gouTerneur de la Palestine et du Jourdain, tandis qu'Abou 'd-Dardâ devint gouverneur de Damas et Obâda ibn aç-Çâmit d'Emèse. Voilà ce que nous lisons chez Belâdhori^); il serait peut-être plus exact de dire que ce fut Yazîd qui eut le commandement militaire dans toute la partie centrale et méridionale de la Syrie, tandis qu'Abou 'd-Darda et Obâda furent revêtus, comme auparavant ^ et plus tard sous Moâwia , de la dignité de câdhi. Au Nord et à l'Est Jyâdh ibn Ghanm continua ses conquêtes^), tandis que Khâlid ibn al-Walîd se retira à Emèse.
Restait toujours la ville de Césarée qu'on n'avait pu soumettre. Au dire de quelques uns, Amr l'avait déjà attaquée avant la bataille d'Adjnâdîn ^) ; mais ce qui paraît certain, c'est qu'il tourna ses armes contre cette place immédiatement après la prise de Jérusalem ®). Cependant, ainsi que nous l'avons remarqué plus haut, les Arabes
1) Tab. I, M^, 11 et suiv. 2) P. if. . comp. p. ^f^ .
3) a-de88U8 p. 90, 162. 4) Belâdh. ^\/t .
6) Belâdh. ^f* ; comp. ci-dessas p. 64.
6) Belâdh. ff», 5 af, fl^; Eutychius H, 801.
n'étaient pas passés maîtres dans l'art de prendre des villes, et Gésarée était forte, bien pourvue de garnison et en état d'obtenir toujours de nouveaux secours du côté de la mer. Il n'est donc pas étonnant que le siège durât longtemps et qu'à la fin la ville ne tombât que par -la trahison. Quelques-uns disent, il est vrai, qu'Amr s'empara de la place, mais que plus tard, s'étant révoltée, elle fut reprise par Moâwia. Cependant, d'après la tradition ordinaire et la plus accréditée, Yazîd, ayant été nommé gouverneur après la mort d'Abou Obaida, vint prendre lui-même la conduite du siège, mais pour peu de temps seulement; une maladie l'obligea à se rendre à Damas, où il succomba à la fin de l'an 18. Selon Ibn Ishâk ^), il mourut de la peste, ce qui peut être vrai ^), pourvu seulement que nous n'inférions pas du texte d'Ibn Ishâk que sa mort était simultanée avec celle d'Abou Obaida et de Ido^âdh. Al-Walîd ibn Moslim dit qu'il mourut en 19 après avoir pris Césarée % La date — c'est-à-dire le commencement de 19 — peut être exacte, mais non pas ce qu'il ajoute. Car tous les autres — * même Saif, qui place la prise de Césarée en 15 *) ou en 16^) — disent que c'est Moâwia qui en fit la conquête et que celui-ci, nommé successeur de son frère, continua le siège énergiquement et, aidé par la trahison d'un Juif, s'empara de la place, en Shawwâl de l'an 19. C'est là la tradition la plus digne de confiance % Ibn Ishâk place la prise de la
1) Tab. I, t*ôh, 12. ror*, 10. 2) Comp. Belâdh. if*, 8 af.
3) Osd airghâba V, W, 1 et suiv. 4) Tab. I, ^Hl et suiv.
5) Ib. rovi, 6 et suiv. 6) Belâdh. tff, 4 af., Tab. I, ^ôvi. 1.
yille en 20^), comme aussi Eatychios ^), qui dit >dans la septième année du khalifat d'Omar".
Nous ne savons pas avec certitude quel général byzantin commandait à Oésarée. Saif ^) le nomme Abni, mais dans un autre passage*), à ce qu'il semble, Michael. M. Wellhausen^) voit dans la mention faite de ce Michael, qu'il prend pour l'empereur Michael de l'an 161 ®), un curieux anachronisme. Je crois à tort. Voici la traduction du texte: >Moâwia retenait chez lui, avant et après la prise de Oésarée, les prisonniers de guerre, disant: »0e que Michael fera de nos prisonniers, nous le ferons des leurs". Par là il l'empêcha de faire aucun mal aux prisonniers musulmans, jusqu'à ce qu'il eût pris la ville". Il n'y a que les mots > avant et après la prise de Oésarée" qui causent quelque difficulté, mais les derniers mots ^jusqu'à ce qu'il eût pris la ville" semblent prouver clairement qu'après cet événement ce Michael n'était plus à craindre. Je ne nie point que Saif s'est rendu plus d'une fois coupable d'anachronismes, par exemple là où il parle de Bamla à l'occasion des événements de l'an 15 ^), tandis que cette ville n'a été fondée que par Solaimân ibn Abdalmelik ^), mais je crois que nous ne devons pas lui imputer l'anachronisme de Michael.
Wâkidi rapporte que la ville comptait 700,000 soldats, 80,000 Samaritains et 200,000 Juifs; qu'elle avait 300
1) Belâdh. 1. c, Tab. I, tôvi , 5 et auiy. 2) U, 297.
3) Tab. I,ynv. 9. 4) Ib. t^A , 9. 5) P. 66 n. 2.
6) Belâdh. M*. 5 et suiy. 7) Tab. I, ^Ha, 18. tfA 12, 16.
8) Marqaart ErâniaAr nach der Géographie des Fs. Motes JorenacH, p. 127 fait mention d'an autre anachronisme de Saif.
marchés et que chaque uait 100,000 soldats montaient la garde sar les remparts. Ces chiffres sont sans doute très exagérés. Le nombre des femmes et des enfants qu'on, ^rit et envoya à Médine n'était que de 4000 *). Toujours est-il que le siège de Césarée fut un des plus pénibles que les Arabes aient eu à faire en Syrie, et que la nouvelle de sa chute causa une grande joie à Médine. » Césarée est tombée, Dieu est grand !" s'écria Omar transporté de joie, et les Musulmans de crier après lui >Dieu est grand!'' Le principal boulevard de la domination romaine était tombé. Bientôt après on s'empara d'Ascalon. Et lorsqu'Âmr quitta la Syrie pour aller cueillir de nouveaux lauriers en Egypte, Moâwia resta en Syrie comme défenseur et gouverneur de cette belle conquête; il commença dès lors à y affermir sa puissance, qui devait lui permettre après la mort d'Othmân d'en: faire la base d'un trône.
1) Belâdh. if r