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LES ETABLISSEMENTS ANGLAIS ET HOLLANDAIS

La population chinoise dans les établissements des détroits, c'est-à-dire à Singapour, Malaca et Poulo-Pinang , s'élève à environ 50,000 âmes. Mais on doit ajouter à ce chiffre la population des établissements hollandais de Rhio, situés à environ 60 milles de Singapour, et qui, pour ce qui concerne l'émigration, est dans des conditions exactement semblables à celle qui est placée sous la domination anglaise, car il y a, entre ces populations, un m/ercoara journalier et non inlerrompu. On peut évaluer la population chinoise des établissements hollandais à 20,000 âmes. — C'est donc un total de 70,000 individus émigrés du céleste empire malgré la sévérité des lois contre l'émigraiion, et la surveillance des autorités locales.

Ces émigrés ne sont pas tous d'Amoy, c'est-à-dire de la province de Fokien, mais ils viennent de cette province et de celle de Canton, et même la grande majorité sort de celte dernière province. Ils sont originaires, pour la plus grande partie, des ports mariâmes (1) de ces provinces.

Un certain nombre de ces émigrants vient de Haïnan , grande tle située à

(1) L'expression porïi' maritimes est ici employée iatentionneilement par opposition aux ports riverains ou fluviaux , fort nombreux en Chine.

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l'entrée du golfe du Tonquin, aussi populeuse qu'elle est pauvre et misérable.

A raison des localités dont ils sont originaires, ces hommes sont, en grande partie, bateliers et pécheurs; quant aux agriculteurs, les seuls travaux auxquels ils ont été habitués dans leur propre pays consistent dans la culture des légumes et celle du riz. Les artisans que l'on rencontre parmi les émigrés sont charpentiers ou forgerons. Une fois habitants de la colonie anglaise ou hollandaise, ils deviennent revendeurs, boutiquiers ou marchands; et je pense que parmi eux il n'y en a qu'un fort petit nombre qui aient exercé ces métiers en Chine avant leur départ. Presque tous peuvent lire et écrire , et plusieurs sont habiles arithméticiens avec l'aide du sannpann (logarithme chinois). J'ai connu un marchand chinois fort entreprenant qui , pendant plusieurs années , avait été un simple portier. Après avoir mené une vie des plus aisées , il est mort l'homme le plus riche de Singapour.

Les enfants et les femmes ne quittent jamais la Chine : bien mieux , ils n'abandonnent jamais leurs propres résidences, môme lorsque les hommes émigrent d'une province ou d'un district pour un autre. Tous les hommes qui émigrent sont dans la force de l'âge. Ils n'apportent pas plus de capitaux avec eux que les travailleurs irlandais qui viennent en Angleterre. La plupart des émigrants arrivent sur les jonques : j'en ai vu une qui en amenait 800.

Le nombre des jonques chinoises arrivées à Singapour (car elles ne vont jamais à Malaca ou à Pinang), du 27 décembre au 20 avril 1843 (période qui embrasse toute la saison de la mousson de N.-E. ), a été de 111 , présentant un total de 17,000 tonneaux; elles ont amené 6,391 immigrants.

L'année précédente, 88 jon((ues, formant un total de 14,580 tonneaux, avaient amené 6,156 immigrants.

Les jonques étaient venues de dix-neuf différents ports de Chine, et presque chacune d'elles amenait des passagers, qui constituent réellement la portion la plus avantageuse de la carg;iison û' exportation. Quelques bâtiments européens amènent occasionnellement des émigrants chinois; mais leur nombre est sans iuiportance. Il y a environ seize ans, le nombre des jonques venant de Chine était de 12 environ. La grande au^Tmentation qui se fait actuellement ressentir a commencé depuis que les Anglais ont occupé l'île qui se trouve dans la baie d'Amoy (l'île de Koo-Long-Sou).

Les émigrants chinois forment des connexions matrimoniales partout oii ils vont et partout où ils peuvent; et, dans les pays où ils ont depuis longtemps contracté Ihabilude d'émigror, comme Java, Siam , et la Cochinchine, il en est résulté une population métis très-considérable , qui , en langue malaise, a été appelée /^erarea/'a/i. La traduction la plus rapprochée de cette expression, quoiqu'elle ne soit pas encore fort correcte, est le mot créole.

Tous ces Chinois créoles sont élevés comme des Chinois , et se marient ou entre eux , ou avec des créoles, ou avec des Chinois pur sang. Il sont considérés comme un peu moins industrieux que les vrais Chinois; mais ils ont

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sur CCS derniers l'avanlnRo de; la connaissaiict' des localités et l.i possession de deux langues ( le chinois el N; malais ;.

Dans l'Ile du Piincc-dc (iailes el .1 Singapour, il existe fpiH(|ues plantations de sucre, sur lesquelles les travailleurs sont (Chinois.

On n't^prouverait pas la moindre diKiculiéà se procurer des travailleurs pour cultiver la canne, fabri(|iier le sucre , et disliller le rhum , car on peut considt'rer les Chinois comint; une nalion ambidexire, qui peut se livrera toute espèce de travail. Les provinces d'où proviennent princi|)alemeiit les immiyraiils, Canton et Tokien , sont celles où Ion cultive la plus grande partie du sucre produit par l'empire chinois.

En outre, la yrandc culture du sucre, telle (|u'elle est pratiquée i Java , en Cochinchine et dans les Philippines, leur est lamilicMC. Dans le royaume de Siam, et je suppose qu'il en est de même dans les autres lieux de production, des gages fort élevés sont donnés quelquefois à des contre-maîtres exercés à terrer le sucre: 1,000 piastres espagnoles par an, c'est-à-dire 225 livres sterling ou 6,000 francs (au change moyen de 6 francs par piastre espagnole).

Le plus ordinairement, dans les établissements des détroits, la culture (lu poivre est entièrement entre leurs mains. A Singapour, et dans les établissements hollandais, ils se sont également emparés de la culture et de la fabrication du gambir, espèce de terra Japonica, produite en quantité considérable pour être employée comme masticatoire par les habitants des lies de la Sonde. Dans ces dernières années elle a été exportée pour l'Angleterre, afin d'être mise en usage dans les tannages et la teinturerie.

On en peut dire autant du sagou, qui est fabriqué par les émigrés chinois tel que nous le voyons actuellement apporté sur les marchés européens. Le sagou perlé a été découvert , il y a au moins vingt-cinq ans, par un Chinois de Malaca.

La culture et la préparation de chacun de ces trois articles étant inconnues en Chine, ce sont donc des acquisitions faites par des colons chinois.

De la même manière ils sont devenus, à Bornéo, mineurs d'or sur une grande échelle, et mineurs d'or et d'argent dans le Tonquin. Ils sont en même temps mineurs et fondeurs d'éiain dans l'Archipel ; la production annuelle de ce dernier article est actuellement égale à celle des mineurs du comté de Cornouaëles, el l'étain d'Asie est d'une qualité infiniment supérieure.

A raison de l'immense population de la Chine , on ne peut rencontrer aucune difficulté à se procurer un nombre illimité de travailleurs dans la force de l'âge, et capables de se livrer à toute espèce de travaux. Mais on se trouve bientôt en face de cette question, assez difficile à résoudre : Comment pourra-t-on s'assurer leurs services, et comment seront-ils rémunérés?

Le peuple chinois est un peuple intelligent, qui aime l'argent sans être avare. Les Chinois sont entièrement libres de tous les incommodes préjugés des nations de l'indoustan. Ils aiment à gagner de l'argent, mais ils n'ont

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pas celte disposition à l'amasser, qui dislingue les pénurieux Indous, car ils vivent plus confortablement, et, lorsqu'ils le peuvent, avec plus de luxe que toute autre nation asiatique. Il faut leur payer la valeur entière de leur travail, ou autrement on ne pourrait rien faire d'eux. En un mol, ils doivent être traités avec la. même considération que les ouvriers anglais : dans le cas contraire, ils deviendraient infailliblement mécontents, désordonnés et tapageurs.

A Singapour, un travailleur chinois gagnera autant que deux natifs de la cAte de Coromandel , que trois Bengalis, cl que quatre Malais. A l'époque de mon séjour dans cette colonie ( il y a seize ans ) , les gages d'un journalier chinois, qui devait pourvoir lui-même A tous ses besoins, étaient habituellement d'environ 15 piastres espagnoles par mois, ce qui, à raison de 4 shillings 4 deniers par piastre, représente 65 shillings, ou , au change de 6 francs par piastre, 90 francs. Mais aujourd'hui le marché est infiniment mieux approvisionné en travailleurs, et les gages sont beaucoup moins élevi's. On peut maintenant se procurer de bons ouvriers à raison de 10 piastres par mois.

Le planteur des Indes occidentales peut-il payer de semblables gages? Dans un contrat que j'ai eu l'occasion d'examiner, j'ai vu qu'un travailleur chinois s'est engagé à servir pendant deux années, à Maurice, aux gages moyens de 5 V4 piastres espagnoles (33 fr.). Mais à cela il y a à ajouter le logement, le sel , le poisson isalé , 45 livres de riz par mois, 20 piastres pour le prix du passage, et les perles de travail pendant les maladies.

.le sais d'ailleurs que les Chinois ne sont industrieux et diligents que lorsqu'ils travaillent pour eux-mêmes et qu'ils cherchent à retirer un bénéfice de chaque heure de leur travail. Dans les établissements des détroits, les propriétaires, qui connaissent leur caractère à cet égard, se gardent de les employer à des gages fixés jnurnellenienl ou mensuellement , toutes les fois qu'ils peuvent l'éviter. Je suis convaincu qu'un ouvrier chinois qui , travaillant pour lui-même ou pour un autre, à la tâche, gagnerait 15 piastres par mois, ne produirait pas, par son travail, la somme de 10 piastres par mois pour celui qui l'emploierait en lui payant des gages mensuels (1). Du reste, les résultats des expériences qui se font à Maurice, sur un nombre de 1,000 travailleurs, auront beaucoup plusde valeur que toutes les suppositions que l'on peut faire à ce sujet.

Une autre objection qui s'élève contre l'emploi des Chinois dans les colonies, et qui subsistera encore pendant longtemps, est l'absence d'un langage commun pour toutes les communications, et la nécessité d'employer

(1) Lorsqu'on commença à cultiver le poivre sur une grande échelle , dans l'Ile du Priuce-de Galles, les propriétaires firent défricher les forêts par des contrats à forfait, et planter les vignes par d'autres contrats. Lorsque les vignes commencèrent à produire, les plantations furent affermées chaque année à des Chinois, qui payaient leur fermage au moyen d'une quantité de poivre déterminée. Tout autre système aurait ruiné les capitalistes.

AGnicuLTiiiiK lîT iiouricui/ruiii:: kn ciiini;. 21)7

des intorpirlcs. (>s derniers sont toujours des envoies chinois, et ilscominuni(|uenl avec les Anglais de 8ii)j;a[)()Ui- au moyen du patois nialais, parlé plus ou moins bien par tous les <''(ran(;ers établis à demeure. Dans les Indes occidentales, ce moyen de communication man(|uera nccessairement, et juscpi':^ ce que lesCiiinois aient ae({uis la connaissance d'un patois anijiais, connue celui ([u'ils |)atlent ;\ C;inton,on ne pourra pas éviter les dé[)cn8es ni les inconvénienls nécessités par l'emploi des interprètes.

Le prix du passa(;c d'un émigrant du déiroilde Malacaà la (iuyane est estimé A environ 12 livres sterling , ce qui fait 57 piastres ou 3i2 francs; et le prix d'un passage dans une jonque chinoise de Canton ou d'Amoy, qui , dans la bonne saison (c'est-à-dire la mousson de N.-E.) , se fait ordinairement, de la première de ces villes, en sept ou huit, et de la seconde, en dix ou douze jours, ne s'élève pas au deli de 5 piastres ou 150 francs. — Il est évident que le planteur de la Guyane doit payer la différence d'une manière ou d'une autre.

L'attachement filial est l'une des principales qualités des Chinois. C'est chez eux un devoir religieux et politique. Tous les émigrants chinois partent avec l'espoir de revenir un jour retrouver leurs familles et les tombes de leurs ancêtres , quoique parmi eux il n'y en ait qu'un petit nombre qui réalise ce projet. Dans tous les pays dans lesquels ils se sont établis jusqu'ici, ils ont toujours à leur disposition des moyens faciles pour revenir chez eux, pour avoir des nouvelles de leurs familles, et pour leur transmettre de l'argent par les jonques qui retournent dans les ports d'oii elles sont parties. Ils seront naturellement privés de ces facilités dans les Indes occidentales. Comment y suppléer?

Crawfurd (I).

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