OBSERVATION QUATRIEME
Pied-bot conge'nial double. — Enfant de cinq ans. — Ope'ration ,
ouverture d’une veine. — - Redressement des pieds en quinze jours.
— Guérison en un mois (I).
Charles de L. , âgé de cinq ans, est né avec deux pieds-bots très-prononcés : la mère affirme qu’elle n’a éprouvé ni douleur extraordinaire, ni signe particulier ? aussi long - temps qu’elle était enceinte de cet enfant ; elle a , au contraire , souffert beaucoup pendant deux grossesses consécutives qui ont donné naissance à deux petites filles.
{d) Vo y. planche III.
Lorsque Charles de L. me fut présenté, je vis avec surprise Fextrême déformation des membres ; les pieds s’entrecroisaient, leur bord externe portait sur le sol, les talons étaient fortement déjetés en dehors ; les tihias étaient arqués, l’une des rotules était portée en dedans et l’autre en dehors de l’articulation du genou. Le pied droit était plus déformé que le gauche ; la malléole interne ne faisait aucune saillie ; l’astragale semblait presque entièrement sortie de la cavité tibio-péronéenne.
Des calus durs et douloureux existaient aux deux pieds , la marche était excessivement difficile et les chûtes très-fréquentes.
Je n’hésitai point , malgré ces conditions fâcheuses, à opérer cet enfant. La section du tendon d’Achille fut faite le 5 août i838. L’enfant couché sur les genoux d’un aide , présenta le pied droit ; un second aide le maintint solidement pendant que j’exécutais la section du tendon , en l’attaquant par le côté externe; elle fut terminée en quelques secondes ; je retirai mon instrument , mais il fut immédiatement suivi d’un jet de sang rouge et abondant ; en un instant il s’en écoula huit ou neuf onces. Je reconnus promptement , à la nature du jet, que cet accident ne serait point
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sérieux, mais je me promis de ne jamais plus pratiquer la section du tendon d’Achille en l’attaquant par le côté externe : cette condition est devenue pour moi l’une des principales règles de l’opération .
Le jet de sang fut arrêté par une compression exercée par le pouce, au-dessus de la petite plaie. La peau étant nettoyée, je plaçai mon petit plumasseau , une compresse, puis une seconde compresse longuette, pliée en plusieurs doubles et appliquée dans la gouttière calcanéo-péronéenne ; une bande soutint le tout.
Le second pied ne présenta aucune particularité : il s’écoula à peine cinq ou six gouttes de sang.
Cette double opération ne fut suivie d’aucun accident ; le premier jour il y eut un peu d’agitation ; elle fut bientôt calmée par un sommeil long et réparateur.
Le cinquième jour de l’opération, j’appliquai les appareils à redressement ; j’éprouvai la plus grande peine à diminuer un peu la direction vicieuse des pieds ; les os , surtout ceux du pied droit , étaient si fortement déviés , l’articulation tibio-péronéenne si étroite, qu’on pouvait, avec raison, douter du succès complet.
Cependant, après huit jours de surveillance et d’efforts pour s’opposer au soulèvement du talon , la conformation des pieds avait évidemment éprouvé une grande amélioration. Le quinzième jour le redressement était complet, excepté au côté droit ou l’astragale fait encore une petite saillie. La guérison était terminée à la cinquième semaine.
L’enfant n’a pas éprouvé le plus faible accident pendant toute la durée du traitement.