‹ Mémoire sur la cure radicale des pieds-botsChapitre 9 sur 12 · OBSERVATION TROISIÈME · texte numérisé non relu

OBSERVATION TROISIÈME

Garçon de dix ans. — - Convulsions à quatre ans. — Semi-paralysie du bras gauche. — Rétraction des muscles jumeaux du même coté. — Pied-bot en dedans, extrêmement prononcé. — Redressement en huit jours. — Guérison en un mois (1).

François Leturc était fort et bien portant lorsqu'il fut atteint, à l'âge de six ans, d'une encéphalite aiguë ; des convulsions violentes vinrent compliquer la maladie ; l'enfant était dans un état désespéré : contre toute attente il survécut, mais il lui resta une semi-paralysie du bras gauche, avec amaigrissement très-prononcé des muscles : le membre pelvien du même côté partagea l' affaiblissement ; il y survint une rétraction considérable des muscles jumeaux, qui entraîna le développement d'un pied-bot excessivement développé. La malléole externe appuyait sur le sol; le dos du pied était la partie sur laquelle portait principalement le poids du corps ; la plante était dirigée en dedans et en haut , et les orteils portés en arrière. C'était chose horriblement pénible que de voir marcher cet enfant; Ton concevait à peine que la distension des ligaments n'occasionnât point une douleur assez forte pour arrêter la marche.

(1) Voyez planche II.

Le mollet était très-maigre , comparé à celui de F autre jambe ; le talon était éloigné du sol de plus de deux pouces.

Le 20 juillet i838 , toutes les précautions étant prises, F enfant fut couché sur le ventre et appuyé sur les genoux de sa mère ; un aide saisit l’extrémité du pied en faisant effort pour le fléchir sur la jambe: le tendon étant bien tendu, l’opération fut terminée en quelques secondes. La division des dernières fibres s’opéra avec un bruit très-prononcé. C’est à peine s’il s’écoula cinq ou six gouttes de sang. L’enfant ne poussa pas un seul cri. La rétraction du tendon s’opéra avec beaucoup de force , et il se forma un vide sous-cutané , qui présentait une longueur de quinze lignes au moins. Après avoir expulsé soigneusement le sang qui tendait à s’accumuler entre les deux extrémités du tendon , je rapprochai les lèvres de la piqûre, j’appliquai un plumasseau enduit de cérat qui fut soutenu par une compresse et une bande.

Malgré l’écartement des extrémités du tendon le pied ne se redressa que faiblement : je voulus appliquer de suite l’appareil à extension ; les douleurs me forcèrent à l’enlever : ces circonstances me donnaient des craintes sur le succès

de l1 opération ; mais quelle ne fut pas ma surprise , lorsque je vis , le surlendemain , le pied presque complètement redressé par les seuls efforts des tendons extenseurs, L’appareil à redressement fut alors appliqué sans difficulté. La bande qui entourait le pied s’étant déplacée le quatrième jour, je trouvai la petite plaie totalement guérie et la cicatrice à peine visible. L’espace laissé vide par la rétraction du tendon était dur et un peu gonflé, l’enfant n’éprouvait nulle douleur. Le huitième jour le pied est parfaitement redressé; il ne reste de trace de l’existence passée du piedbot , qu’une forte callosité , placée au-dessus du cuboïde : le quinzième jour l’on sent une nodosité très-prononcée vers le bout supérieur du tendon. La guérison était complète le vingt - cinquième jour de l’opération.

Le redressement spontané du pied, déterminé par la rétraction des muscles extenseurs , est un fait bien remarquable. Ce fut pour moi un avertissement salutaire , et depuis cette époque je me suis bien gardé d’appliquer l’appareil à extension immédiatement après l’opération. Je compris en effet que la nature , débarrassée des obstacles qui s’opposent au développement normal

du pied tendrait sur-le-champ à ramener les parties vers la direction qui leur est propre, et qu’elle y arriverait lentement et sans secousses ; et que les tissus blessés n’étant pas comprimés, seraient moins exposés à une inflammation trop vive dont les suites pourraient être déplorables.

Cette observation sert encore à démontrer la facilité avec laquelle se redressent les pieds-bots accidentels : un pied-bot congénial aussi prononcé que celui du jeune Leturc, aurait exigé plusieurs mois de traitement, et il est douteux que le redressement eût jamais été complet.

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