DES TRAVAUX DU SIÈGE DE PARIS ET DE QUELQUES OPÉRATIONS MILITAIRES
L’axiome bien connu : « Toute ville investie et assiégée est prise si elle n’est pas secourue », était-il applicable à Paris? Oui, certainement, si les défenseurs se renfermaient dans son enceinte et dans ses forts ; non, peut-être, s’ils ne s’y fussent pas renfermés.
Les armées allemandes arrivaient devant Paris avec la certitude qu’après quinze jours ou un mois au plus, la ville ouvrirait scs portes ; ils le disaient hautement, le croyaient fermement, et étaient d'autant mieux fondés à le croire, que la plupart de nos chefs militaires partageaient eux-mêmes cette opinion. L’ennemi savait — car jamais armée ne fut mieux servie par scs espions — que nous n’avions fait, sur les hauteurs qui dominent Paris, aucun ouvrage qui pût empêcher l’investissement, que nous n’avions pris, en dehors delà zone des forts, aucune disposition sérieuse de défense. L’ennemi ne croyait pas à une résistance active, tenait en médiocre
estime les débris d’armée que nous possédions, notre garde mobile et la garde nationale, et même nos défenses permanentes. 11 comptait aussi sur le prestige de ses récentes victoires, et sur l’anarchie dans nos murs, pour lui faciliter l'entrée dans la capitale. Malgré l’exactitude des renseignements dont il savait s'entourer, il n’avait pas une idée exacte des ressources de toute nature que possède ce grand centre industriel et commercial, et surtout du caractère de la population parisienne. Aussi peut-on reconnaître, dans les opérations de l’assiégeant, trois phases assez distinctes : 1° l’investissement complet et rapide, de manière à isoler la capitale du reste de la France ; 2° l’envoi de corps d'armée pour étendre le rayon des subsistances et réquisitions, et prévenir les attaques du dehors ; 3° les opérations réelles contre la place. Il est à penser que l’ennemi a cru à l’efficacité de la première période pour amener la capitulation. Voyant qu’elle se faisait attendre, il est entré dans la seconde; puis, voulant en finir avec cette ville qui tenait encore, il a réuni tous ses efforts pour que la troisième amenât une solution, que le manque de vivres, et non l’assiégeant, a provoquée. Cet assiégeant n’eût pas envoyé pendant un mois des obus sur les forts et dans l'enceinte de la ville même, que le résultat final eût été exactement le même, n’eût été ni avancé ni retardé d’un jour ; donc, la troisième période du siège n’a donné à l’ennemi qu’un résultat nul. Pour que cette troisième période amenât une solution, il eût fallu qu’elle se prolongeât six semaines au moins, et encore n’est-il pas certain que la ville, suffisamment approvisionnée en vivres, se fût rendue après ce bombardement de deux mois et demi, en tenant compte proportionnellement des effets obtenus pendant le premier mois. Je prie le lecteur de vouloir bien tenir note de cette observation, dont la suite de ce mémoire lui fera, je l’espère, apprécier l’importance au point de vue militaire.
Pendant la première phase du siège, il ne semble pas que l’armée ennemie ait commencé des travaux importants de contrevallation. Elle occupa immédiatement et avec une parfaite intelligence des
abords de la place les positions qui lui étaient nécessaires pour prévenir toute rupture de l’investissement. Et la preuve qu’elle avait une connaissance trôs-evacte de la topographie de ces abords, c’est qu’elle ne lit qu’une attaque, celle de Chfttillon. C’était, en effet, le seul point que nous eussions prétendu conserver en dehors de la zone des forts, et qui eût une valeur sérieuse. Avec notre imprévoyance ordinaire dans le cours de cette guerre, la redoute de Châtillon n’était pas reliée aux forts et n’était pas appuyée par des batteries en retraite (1). Elle pouvait être tournée ; aussi fut-elle abandonnée dès la première démonstration offensive. Seule, la redoute de Châtillon a provoqué une attaque contre nos lignes ; c’est qu’en effet cette position était la seule que nous eussions gardée et que l’ennemi eût grand intérêt à prendre. Une fois tombée en son pouvoir, il nous attendait. La redoute de Montretout, dont la place avait été si étrangement choisie, et dont le tracé est défectueux, ne fut pas occupée par nous; et, en réalité, s’il y eût eu quelque chose de mieux à faire que de l’abandonner, c’était de ne la pas commencer.
Maîtres de toutes les positions dont j’ai parlé au commencement de ce mémoire, les Allemands ne se pressèrent pas de les renforcer par des ouvrages. Ils jugeaient peut-être que c’était peine inutile, la ville, investie étroitement, ne pouvant tarder à se rendre; puis il fallait attendre l’artillerie de siège ; et, pour protéger l’artillerie de campagne, l'armée allemande n’élève guère que des ouvrages d’un très-faible relief, terminés en peu de temps ; par ce motif que cette artillerie, étant essentiellement mobile, doit être souvent déplacée en raison des mouvements de l’ennemi. Les quelques reconnaissances et sorties tentées pendant cette première période trouvaient devant elles des positions fortement occupées, des villages crénelés, assez faiblement barricadés, mais peu de traces d’ouvrages importants, soit comme batteries , soit comme tranchées. C’est pendant la
(1) On verra tout à l'heure que dans tous leurs ouvrages, et malgré I’eicellence de leurs positions, les Prussiens ont eu toujours le soin de protéger leurs batteries et redoutes.
seconde phase du siège que l’ennemi, forcé d'envoyer des corps divergents, soit pour fourrager (1), soit pour se porter au-devant des corps français qui se massaient sur ses derrières, a commencé sérieusement à fortifier sa ligne de contrevallation, qui devenait au besoin une ligne de circonvallation dans certains cas.
Ce sont ces ouvrages, à propos desquels ceux qui ne les ont jamais vus ont fait des récits fabuleux, que nous allons examiner.
Je dois dire tout d’abord qu'ils ne se recommandent ni par leur étendue, ni par un aspect formidable, ni par la perfection d’exécution. Si on les regardait de la nacelle d’un ballon, ils rappelleraient plutôt les quelques terrassements laissés par les hordes barbares qui envahirent les Gaules du v* au x' siècle que les travaux dus aux ingénieurs des armées de notre temps. Mais si l’on s’en approche, si l’on suit leur tracé sur le terrain, on s’aperçoit bien vite qu’ils sont dus à une connaissance très-exacte des localités et à une observation très-judicieuse des ressources qu’elles fournissent, soit comme relief, soit comme accidents naturels ou artificiels. Les Prussiens sont gens économes, et l’on peut être assuré que dans leurs ouvrages il n’y a pas un mètre de terre remué inutilement. Le moindre pli de terrain est utilisé. Les murs, les fossés, les carrières, les fondrières, les sentiers creux, les chaussées, sont autant d’obstacles artificiels dont ils ont su profiter avec une rare sagacité. Des précautions infinies sont prises, non-seulement pour cacher les hommes, mais pour dissimuler les ouvrages mêmes à l’assaillant.
(i) \jt rapidité avec laquelle les Allemands, après Sedan, se portèrent en avant pour arriver sous Paris, fut telle, que les corps se ravitaillaient à graiul’peine et que les vivres leur manquaient souvent. Ils trouvèrent dans les environs de Paris des ressources qui purent satisfaire aux premiers besoins, mfiis qui furent bientôt insuffisantes. Avant même de se porter au-devant des troupes que la province allait tenter «le former sur leurs derrières, ils durent envoyer des corps assez nombreux pour assurer le ravitaillement do l'armée sur un rayon très-étendu. Je tiens d'un officier bavarois que les vivres français laissés par nous dans la redoute «le Cliàtillon furent pour le corps chargé d'occuper cette position d'une grande ressource. Ce corps put vivre trois semaines avec ces vivres que nous avions abandonnés.
Aussi est-il arrivé que pendant des actions qui duraient plusieurs heures, on n’apercevait pas l’ennemi, bien qu’on reçût son feu. Forcé dans quelques positions avancées, il battait en retraite sans qu’on le vit disparaître.
Cette manière de combattre commençait toujours par exaspérer nos troupes, et finissait par les décourager. C'était une raison, puisque dès avant le siège de Paris, la tactique des Prussiens était connue, pour ne pas les laisser s’établir ainsi dans des positions d’où il était certain qu’on ne les pourrait déloger, quoi qu’on fît, et d'employer contre eux, en gardant soi-même ces positions, une tactique d’autant meilleure, qu’elle peut être adoptée même avec des corps peu solides.
Je ne crois pas les troupes allemandes plus ou moins braves que les nôtres en ligne, mais leurs officiers ne leur font jamais affronter un danger inutilement (1). II n’y a qu’en France où l’on imagine que la bravoure ne peut s’allier à la prudence, et ce préjugé nous a coûté bien cher depuis Crécy. Cependant on ne fait la guerre et on ne peut la continuer longtemps qu’avec des soldats; donc il parait assez logique de ne pas les compromettre. L’armée étant l’outil, il est bon de le ménager. Les officiers allemands sont pénétrés de cette vérité ; ils ont observé aussi que tout soldat couvert ajuste son ennemi, tandis que le soldat découvert tire devant lui, avec précipitation, et atteint rarement le but; que tout soldat dans un état de sécurité relative est moins prompt ii plier sous un feu nourri que ne l’est le soldat exposé. Les armes à tir rapide n’ont
(1) On se rappellera qu’au commencement de cette guerre, nos officiers généraux • ont sacrifié des régiments entiers en les envoyant contre des positions gardées par un ennemi parfaitement couvert. On se rappellera aussi qu’à la suite de ces affaires, et pour nous consoler probablement, on rapportait les éloges que les officier* supérieurs allemands faisaient de la bravoure de ces soldats qu'ils venaient d’écraser. Ils ne pouvaient, en effet, qu^nous encourager à continuer ainsi ; et avons-nous continué jusqu’à ce qu’il ne restât plus que des débris de nos corps. Il m’a été rapporté, par un témoin oculaire de la fameuse charge des cuirassiers à Hcichslioffen, que pas un de ces cavaliers n’avait atteint lu ligne ennemie : a 100 mètres de distance, ils étaient tous renversés ou dispersés.
9/i MÉMOIRE SUR LA DÉFENSE DE PARIS.
fait que donner plus d’importance à ces considérations et diminuer les chances de l’attaque à la baïonnette. J'ai souvent entendu dire à un officier du premier empire qui avait fait toutes les guerres depuis 1805, que jamais il n’avait vu une mêlée, soit de cavalerie, soit d’infanterie ; que de deux corps chargeant l’un sur l’autre, l’un des deux pliait avant d’être atteint : c’était là ce qui assurait la supériorité de nos charges d’infanterie, dont le premier élan est irrésistible. Mais quel effet peut produire cet élan sur des fantassins qui tirent six coups de fusil à la minute et qui ont la bonne précaution de profiter de tout obstacle pour se couvrir et ajuster? L’assaillant a perdu la moitié de son monde avant d’avoir pu aborder l’ennemi. Le reste arrive — en supposant qu’il persiste — déconcerté par son petit nombre, elair-semé et ayant perdu confiance , parce qu’il s’aperçoit que sa hardiesse ne produit aucun effet, que cet ennemi est toujours devant lui, qui l’attend à bout portant.
Puisqu’on avait si malencontreusement laissé prendre à l’ennemi les positions que nous eussions pu occuper, ce n’était pas en brusquaut une attaque que nous devions espérer les reprendre après qu'il s’y était solidement installé à loisir. Arriver à découvert devant ces positions, c’était sacrifier des hommes en pure perte, décourager nos troupes déjà ébranlées par tant de revers ; et cependant nous parvînmes encore à prendre l’offensive assez vigoureusement à certaines occasions. La première affaire de la Malmaison et de Bougival fut assez chaudement menée pour inquiéter sérieusement ces troupes ennemies si bien couvertes. Si, dès cette époque, on eût voulu entreprendre contre les positions prussiennes la guerre de tranchées, de siège, en avançant pas à pas, méthodiquement, peutêtre arrivait-on à leur faire subir un échec assez grave pour les embarrasser beaucoup. Alors nos officiers généraux ne voulaient pas entendre parler de ce genre d’attaque, et maintenaient l'ancienne tactique française, qui, devant un ennemi toujours couvert, est condamnée à l’insucccs. Voilà ce qu’on ne saurait trop répéter, et dont nos jeunes officiers doivent se pénétrer. Étudier et con-
naître à fond le terrain sur lequel on doit opérer, se servir de la pioche autant que du canon et du fusil ; avec ces éléments, si l’on n'obtient pas en un jour des succès éclatants, du moins est-on certain d’éviter des désastres et de garder des positions qui vous permettent de reprendre l’offensive à votre heure et d’attendre des renforts. Jusqu’à ce jour, dans l’armée française, on n’a guère employé le corps du génie que pour la défense ou l’attaque des places, ou pour fortifier quelques positions dont la conservation est d’une extrême importance. En ligne, on ne l’employait pas. Les campagnes dernières nous démontrent la nécessité de se servir de cette arme en bataille, aussi bien que s’il s’agit d’attaquer une place. Avec l’artillerie à longue portée et la masse des troupes composant les armées actuelles, lesquelles occupent des espaces énormes de terrain, les batailles ne sont plus une affaire de quelques heures, mais durent plusieurs jours. Elles résultent d’une suite de combinaisons compliquées, dont l’effet peut se faire attendre vingt-quatre et même quarante-huit heures. Pour que ces combinaisons aient le temps d’aboutir, il faut donc tenir, coûte que coûte, sur un certain point; cela ne se peut faire que si l’on donne aux troupes cette sécurité relative dont je parlais tout à l’heure ; que si l’on ne livre rien au hasard. L’arme du génie est donc une des conditions essentielles du succès.
Il ne se présentera plus, comme au temps jadis, de ces batailles rangées en plaine, où l’on voyait des régiments manœuvrer sous le feu, des carrés se former froidement pour résister à des charges de cavalerie. Aujourd’hui un régiment qui manœuvre sous le feu est détruit avant d’avoir opéré son mouvement ; un escadron de cavalerie est à terre avant d’avoir pu aborder un corps de fantassins. Le combat proprement dit ne consiste plus que dans les feux des tirailleurs et de l’artillerie et quelques abordées partielles à la baïonnette. La bataille, ce sont les grands mouvements tournants à très-longue distance opérés par des troupes qui parviennent, en profitant des localités, à se dérober à l’ennemi, elles et leur artillerie ; le choix des positions sur les flancs et les derrières de cet ennemi, et le ren-
96 MÉMOIRE SI 11 LA DÉFESSE DE PARIS
forcement immédiat de ces positions, si elles ne sont pas' suffisamment défendues par la nature.
Cette tactique nous a fait perdre toutes nos batailles dès le commencement de cette campagne de France, et cependant il ne parut pas, autour de Paris, que nos officiers généraux aient essayé de l'employer à leur tour contre l’ennemi. 11 est \ rai, que dans les derniers temps du moins, nous n’étions plus les maîtres de l’adopter, serrés que nous étions au centre de positions convergentes fortement occupées. Mais pendant la première phase du siège la chose eût été possible, d’autant que l’ennemi, un peu trop convaincu peut-être de notre faiblesse, n’avait pas pris dès l’abord toutes les dispositions défensives que nos attaques successives, bien que trop décousues, l’engagèrent à prendre pendant la seconde phase.
Toutes les positions importantes que les Prussiens occupaient autour de Paris, positions dominantes, généralement couvertes de bois, sont battues par nos forts, et quelques-unes même par les bastions de l’enceinte. Nous n’ignorions pas que ces positions allaient être fortifiées par eux et années de batteries; aussi, dès le commencement du siège, le feu de nos forts fut dirigé contre ces positions un peu au hasard, puisqu’on ne voyait que très-rarement la trace de leurs ouvrages masqués sous bois et n’ayant qu’un trèsfaible relief. Suivant l’expression officielle des rapports militaires, nous nous contentions de fouiller ces bois que nous supposions cacher des troupes, des travailleurs, des ouvrages et de l’artillerie. Notre tir ne pouvait produire beaucoup d’effet, et ne paraît pas avoir déconcerté l’ennemi, qui poursuivait tranquillement sa tâche jusqu’au moment où il pourrait mettre en batterie les célèbres canons Krupp. Notre tir était principalement dirigé sur les hauteurs de Meudon, de Brimborion, de Saint-Cloud, de Clamart, de Fontenayaux-Roses et de Bngneux. Le terrain sur ces coteaux est littéralement couvert d’éclats d'obus et labouré par 1’explosion de ces projectiles; aussi, sur ces points, plus que partout ailleurs, l’ennemi avait-il multiplié les abris. Les bois de Meudon cachent une véri-
table bourgade de taupinières ; les batteries qui recevaient les projectiles des forts du sud, du Mont-Valérien et du Point-du-Jour, sont mieux que toutes autres protégées par des traverses-abris, des pare-éclats et d’épais épaulements. Il n’en est pas ainsi partout : du côté du nord et de l'est, les Allemands ont élevé des ouvrages que nous considérerions comme insuffisants pour abriter, soit les pièces, soit les hommes, mais qui sont, au point de vue du tracé, très-habilement combinés. Nous commencerons par l’examen de quelques-uns de ces ouvrages.
Le service des grand’gardes, dans les troupes allemandes, se fait sans feu, et, par les grands froids, les hommes sont relevés fréquemment, ce qui assure encore une surveillance plus active. Ces grand’gardes se postent sur deux lignes. La ligne la plus rapprochée de l’ennemi a le soin de garnir le terrain devant elle, pour peu qu’il s’y prête, de piquets appointés posés en zigzag, sortant de terre de 0“,20 à 0“,25 et reliés par des fils de fer, sur un front plus ou moins étendu, suivant l’importance du poste et la nature du terrain. Autant que faire se peut, la deuxième ligne des grand’gardes qui sert de réserve ou de point d’appui, en cas d’attaque, se poste dans une maison, derrière un mur ou un pli de terrain, et est protégée par un ouvrage de terre, une simple tranchée-abri ou un petit redan. Cinquante mètres environ séparent les deux lignes. Si cette seconde ligne se compose d’une troupe assez considérable, en raison de l’importance du point à garder, elle se divise par groupes espacés, toujours abrités dans des maisons, derrière des obstacles naturels ou artificiels. Les hommes de cette seconde ligne peuvent faire des feux, deux par groupes, mais modérés avec soin, et toujours cachés, de telle sorte qu’on ne puisse en apercevoir, des avant-postes opposés, ni la lueur ni la fumée (1).
(1) Les soldats n’ont ni tentes ni piquets, et portent une seule couverture en bandoulière ou un grand manteau. Leur sac ne contient que les vêtements, la gamelle pardessus. Ils ont leurs vivres dans uue musette, laquelle, outre lu courroie passant sur l'epaule, est retenue au ceinturon par deux agrafes. Ce ceiuluron est lui-même soutenu par deux pattes tenant aux cotés de la tunique et par deux boutons massifs attachés
Les chemins de retraite sont partout indiqués avec un soin minutieux au moyen d’écriteaux ou de signes visibles la nuit. Les postes dans les bois sont entourés de fils de fer fortement roidis aux arbres, de telle sorte qu’un choc sur ces fils avertit les sentinelles. Leurs barricades sont plutôt des obstacles que des défenses, les bords des routes étant garnis de tranchées, ou les murs qui existent étant crénelés de manière à prendre l’ennemi de flanc.
Leurs tranchées-abris forment rarement des lignes continues, mais se composent de tronçons laissant entre eux des intervalles permettant de passer de la défensive à l'offensive. Mais l’armée allemande n’abuse pas des tranchées, et cherche plutôt à profiter des moindres plis du sol, de tous les obstacles. Les officiers ont acquis l'habitude de reconnaître rapidement le terrain et d’en utiliser les moindres reliefs. Les épaulements des batteries prussiennes sont très-rarement visibles pour l’ennemi, et sont souvent élevés en arrière d’une crête qui les masque complètement. Le tir commencé au jugé par les pointeurs, qui ne voient pas toujours le point à battre, est rectifié successivement d’après l’avis d’un guetteur placé sur la crête en avant de la batterie. Quand la situation des lieux ne permet pas de masquer l’épaulement, on lui donne aussi peu de relief que possible en terrant les pièces. Si ces épaulements n’ont qu'un faible relief et généralement peu d’épaisseur, des traverses sont élevées entre chaque pièce et servent souvent d’abris pour les hommes. Les batteries de position sont protégées par des épaulements de retraite, à distance, qui permettent de placer des pièces de campagne, prennent en écharpe ces batteries dans le cas où l’ennemi parviendrait à s’en emparer. Puis des tronçons de tranchées ou embuscades pour des fusiliers protègent également l’épaulcment des pièces de campagne.
derrière cette tunique, ce qui fait que tout le poids de la musette est réparti assez également sur la ceinture. Cette musette contient toujours du riz, du café, de la viande, ou plutôt une sorte de saucisse composée de purée de pois, de graisse de porc, de lard, le tout salé et poivré et fortement comprimé. Un morceau de cette saucisse suffît à faire une bonne soupe.
Le relevé des travaux faits au nord de Paris par les Allemands permet de se rendre compte de leur système d’attaque (voyez planche I). En partant de l’ouest, les ennemis occupaient Argcnteuil, Sannois, le moulin d’Orgemont et la butte Vacheron, Saint-Gratien, Enghien, Deuil, la hutte Pinson, Montmagny, Montmorency, Pierrefitte et Stains. Le tir du Mont-Valérien n’atteignait que les maisons les plus occidentales d’Argenteuil. L’ennemi occupait donc ce village, qu’il avait crénelé et muni d’ouvrages. Il n’avait à redouter une attaque sur sa droite, de ce côté, que si nous passions la Seine au-dessous de Bezons ; mais ce dernier village, ainsi que Carrière-Saint-Denis, était bien défendu. Profitant de la ligne du chemin de fer, l'assiégeant avait réuni facilement par quelques ouvrages Argcnteuil à Sannois. Bien entendu, il occupait fortement les hauteurs de Sannois à Montigny-lez-Cormeil, qui, avec les hauteurs de Saint-Germain à Maisons-sur-Seiue, lui permettaient de commander toute la presqu’île de Houilles. De ce côté, il pouvait être tranquille et n’avait qu’à se maintenir sur la défensive. Ses deux attaques sérieuses sur Paris étaient par Saint-Denis et par le sud. Tous les villages que je viens d’indiquer furent reliés par des tranchées ou en profitant des murs des propriétés, des fossés, des chaussées, etc.
L’ennemi s’avança jusqu’à Ormesson et jusqu’à Épinai, devant lequel il creusa une tranchée coupant le chemin de fer en avant de la station et s’appuyant au nord sur Villetaneuse. De Deuil, il mena une autre tranchée enveloppant la Barre, profitant de la levée du chemin de fer et allant rejoindre Ormesson. Au point dit le Temps-Perdu , il établit uu poste pouvant contenir environ 300 hommes, muni d’un retranchement. Tous ces ouvrages de contrevallation, tracés à 2000 mètres environ de la Double-Couronne et à 3000 mètres environ du fort de la Briche, par conséquent battus par ces forts, furent faits la nuit, conformément d’ailleurs à la méthode allemande ; les pièces d’artillerie y étaient amenées de môme à la tombée du jour. L’ennemi ne dut pas perdre beaucoup de monde pendant l’exécution de ces
travaux, qui furent bientôt complétés par l’établissement des batteries suivantes :
Butte d'Orgeraont, pour 14 pièces, mais où il n'y eut jamais que deux pièces en batterie, excepté la veille de la siguature de *
l’armistice, où l’on en monta 6 (1). 2 pièces.
Batterie en avant de Saint-Ci ratien. 6
— — d’Enghien 6
— au passage à niveau eu avant d'Ormesson 6
— d’Épinai 5
Batteries en avant de Deuil 24
— de Montmorency 31
(dout une batterie de 3 pièces dirigée contre Épinai)
— entre Montmagny et Pierrcfitte. 12
— à l’est de Pierrefltte 3
— entre Pierrefltte et Stains 24
— en arrière de Stains 14
— en avant de Stains 6
— de la butte Pinson 20 ?
159 pièces.
Sans compter les batteries élevées à Groslay et à Sarcelles.
La plupart de ces batteries ouvrirent leur feu contre les forts et la ville de Saint-Denis dès la mi-janvier.
Examinons l’ouvrage de la butte d’Orgemont (voy. pl. II). Cette butte gypseuse forme un mamelon dont le sommet, peu étendu, se prolonge avec une légère déclivité vers l’est, puis descend abruptement, et, rongé par des carrières sur la route d’Argenteuil à Enghicn, se relève légèrement de l’autre côté de cette route en deux monticules connus sous le nom de buttes Vacheron. Le moulin d'Orgemont occupe le point culminant de ces hauteurs. C’est sur le petit plateau situé un peu en contre-bas de ce sommet que les Allemands ont établi une batterie pour cinq pièces de gros calibre, en A ; une seconde pour neuf pièces de calibre moins fort, en B. Un épaulement pour des fusiliers est établi en C, un autre en D. Afin (l’arrêter un mouvement tournant, des épaulements de retraite sont
(1) Rapport de gens du pays.
élevés en E, une batterie pour deux pièces de campagne en F, et deux embuscades en G destinées à défendre soit le revers de la butte, soit à protéger la batterie F. Sur les buttes Vacheron, un petit ouvrage H, pouvant contenir une centaine d’hommes, renferme deux abris et une traverse masquant l’entrée. Sa gorge est protégée par un épaulement I. Cet ouvrage est relié au sommet voisin par une levée de terre épaisse, K, derrière laquelle on pouvait mettre des pièces en batterie balayant la Seine en amont du pont de Bezons. Puis, sur la po ;,, te extrême sud-est, est une forte embuscade avec abris L, d, . i en. ée est naturellement défilée par un petit ravin tenant lieu de caponnière. Tous ces ouvrages ont peu de relief, sont à peine visibles de la route. Il faut les aborder pour en reconnaître l’étendue et la valeur.
Examinons d’abord la batterie A (lig. 1). Son profil montre que les traverses servent en même temps d'abris couverts, sur des chevalements de bois, par des rails de chemin de fer juxtaposés et une
couche de terre de 1",50 d’épaisseur environ. Le relief ne dépasse pas 2" ,80 de hauteur au-dessus du sol, et les plates-formes des pièces sont en contre-bas de ce sol de 50 centimètres ; l’aire des abris au-dessous encore. La crête des merlons est à 2 mètres au-dessus des plates-formes, et la plongée des embrasures à 80 centimètres. On observera que ces merlons n’ont qu’une épaisseur médiocre (2 mètres à la plongée), et que le fossé creusé en dehors de l’épaulement est insignifiant. Comme toujours, les Allemands n’ont fait là que le strict nécessaire, vu l’excellence de la position. Us ne sont pas sans avoir remarqué que les ouvrages sont d’autant moins sujets à être détruits par les projectiles ennemis, qu’ils sont placés sur des points culminants ; qu’alors il n’est pas nécessaire de leur donner une grande puissance de résistance. C’est le contraire qui se produit lorsque les ouvrages sont dominés, placés dans des
creux ; alors ils reçoivent beaucoup plus de projectiles, et ceux-ci leur causent des dommages plus sérieux. Un tracé rendra cette observation plus sensible (fig. 2). La trajectoire est moins étendue en A qu’en B, et, pour rencontrer l'horizontale, elle bénéficie de tout l’espace ab, si le tir est dirigé sur le point C en contre-bas, au lieu de viser le point D en contre-haut. Ce tir, à distances égales, a donc plus d’action et peut être plus sûrement dirigé sur le point C que sur le point D.
La batterie B de la planche II présente un profil plus faible encore que n’est celui de la batterie A (fig. 3) (voyez en A). Les
traverses-abris de cette batterie sont percées de part en part, et aux
deux angles rentrants de la petite batterie flanquante, pour trois
pièces, sont creusés des trous circulaires pour les sentinelles, ainsi
MÉMOIRE SUR IA DEFENSE DE PARIS
que le fait voir la vue perspective : 80 centimètres de terre recouvrent au plus ces traverses-abris. Deux trous de sentinelles existent egalement aux deux angles de l’épaulement G (pl. II). Quant à l’épaulement D, il présente une disposition curieuse (fig. b). C’est un simple relief de terre dont le profil est tracé en A, derrière lequel, de B mètres en 5 mètres, d’axe en axe, sont creusés des
trous jumeaux circulaires avec une descente perpendiculaire à l’épaulement ; ces trous sont disposés ainsi que l’indique le plan, de telle sorte que le demi-diamètre de deux de ces trous profite d’un abri composé simplement do madriers juxtaposés. Les hommes, assis sur les bords de ces trous, dos à dos, sous cet abri, voient les dehors par-dessus la plongée, au besoin, et leur camarade d’en face. La figure 5 donne cette disposition en perspective. La figure 6 donne en A le profil de l’enceinte du poste H, en B de la tranchée de gorge I, et en G de l’épauiement K de la planche II.
11 est aisé de reconnaître que ces ouvrages ne tirent leur valeur que du choix de la position et du soin avec lequel les ingénieurs militaires allemands ont su profiter des moindres avantages fournis par la nature du terrain. Il a fallu très-peu de temps et peu de monde pour les parfaire à l'aide des moyens les plus simples. La ligne de retraite de l’embuscade et du poste retranché est assurée, soit par la route d’Argenteuil, soit en tournant le mamelon d’Orge-
UES TRAVAUX UU SIEGE L)E l'AHIS. 105
mont. Les troupes qui occupent le sommet de ce mamelon sc retirent par le chemin qui descend vers Sannois ou Saint-Gratien par la route du Havre. Les mouvements tournants par cette route sont prévenus au moyen d’ouvrages flanquants les retraites.
11 est à croire que si nous eussions été chargés d'armer et de soutenir cette position, nous eussions fait des ouvrages beaucoup plus réguliers, plus importants, demandant beaucoup plus de temps et de peines; nous n’eussions certes pas mieux su profiter du terrain et utiliser les moindres avantages qu’elle présente à la défense.
Loin d’être formidable, l'aspect de ces ouvrages attire à peine le regard, ne fait présumer une résistance très-sérieuse. Ces épaulements, dont le profil se voit à peine au-dessus du sol, semblent
MÉMOIRE SIR LA DÉFENSE DE PARIS
pouvoir être franchis sans difficul Ris par une colonne d’assaut: mais le tout se lie et se protège ; les ouvrages en retraite permettent de reprendre l’offensive et d’attendre des renforts. En jetant les yeux sur la carte, on voit que ce poste d’Orgemont ne pouvait guère être attaqué, car il est protégé par Saint-Gratien et Argenteuil. Pour s’en emparer, il eût fallu occuper Enghien, Saint-Gratien et la ligne du chemin de fer, pour ne pas être pris à dos par des troupes descendant de Montmorency et de Montmagnv. Contrairement à ce que nous avions fait à Chfttillon et à Montre tout, les positions occupées par les Prussiens ne sont jamais en l’air, elles se protègent réciproquement. Étant défendues suffisamment, sans grands travaux, par leurs propres ouvrages et leur situation, elles sont choisies et entourées de telle sorte qu’en admettant que l’une d'elles tombe au pouvoir de l’ennemi, celui-ci aurait grand’peine à s’y maintenir et à ne pas s’y voir enfermé.
Rien n’étant livré aux hasards, aux seules chances d’un combat, les Allemands procèdent avec cette prudence que nous trouverions exagérée parce qu’elle ne semble pas s'allier à la bravoure, avec cette méthode qui fait la puissance de leurs armées ; tandis que de notre côté les trois quarts de nos opérations militaires étaient livrées à l’imprévu. Nos qualités naturelles se trouvaient ainsi frappées d’impuissance devant cet ennemi dont la tactique ne semblait pas dévoilée à nos officiers généraux. Nos premiers mouvements étaient immanquablement suivis d’un succès; on avait lieu de s’étonner, si l’on occupait un poste abandonné par l’ennemi, du peu d’étendue et de la faiblesse de ses moyens de défense. Puis, si l’on poussait sa pointe, on se trouvait devant des obstacles accumulés et des forces de plus en plus grandes.
Au dire des habitants voisins de ces ouvrages, il n’y eut jamais que deux pièces en batterie sur la butte principale, et encore ces pièces étaient-elles descendues tous les soirs et retirées du côté de Sannois. L’ouvrage de la butte Vacheron ne reçut pas de pièces. L’ennemi était fort gêné, dans cette position découverte, par les batteries de Saint-Ouen ; il ne s’en servit guère que comme d’un
poste d’observation, et la pente extrêmement roide ne permettait pas d’y monter du canon. Le jour de la prise d’Épinai par les nôtres, les Allemands commençaient à évacuer Sannois, et, si nous avions poussé notre avantage, il est à croire qu’ils nous auraient abandonné cette position ; quitte, le lendemain, à revenir en force, suivant leur habitude, et à envelopper nos troupes.
Examinons maintenant l’une de leurs batteries d’Enghien, celle qui s’appuie au passage à niveau du chemin de fer, un peu en arrière d’Ormesson, et qui est reliée avec Enghien au moyen d’une tranchée-abri défilée des feux du fort de la Briche dont elle bat le saillant de gauche. Cette batterie (0g. 7), située en plaine et plus rapprochée de nos ouvrages, est aussi plus forte que ne le sont celles d’Orgemont. Elle a 60 mètres de longueur pour six pièces de gros calibre ; sa plongée a 3”, 50 d’épaisseur. Elle possède deux traverses-abris D, G, l’une à son flanc gauche, l’autre au milieu, plus un épauleinent à l’extrémité droite C, qui se relie à la tranchéeabri qui conduit en zigzag jusqu’à Enghien. Quatre autres petites traverses avec abris percés d’outre en outre séparent les pièces. L’épaisseur totale de l’épaulement de la face de la batterie, de la genouillère au fossé, est de 8", 50. De la plate-forme à la crête de la plongée, on compte 2“,'20. De gros gabions et des saucissons forment le parapet intérieur, et tout le terrassement est fait d’un mélange de bois et de terre bien pilonnée par couches. La coupe X sur AB donne le profil de cette batterie, d’une résistance égale à celles que nous avons l’habitude d’élever. On verra toutefois que le niveau des plates-formes est établi à 80 centimètres en contrebas du sol, et que le relief de l’épaulement est seulement de l",à0, c’est-à-dire à peine visible à distance. Comme toujours dans les batteries prussiennes, le fossé extérieur est très-étroit et peu profond ; ce n’est pas un obstacle, mais un emprunt de terre. En H est un tracé perspectif de l’une des petites traverses-abris. Les pièces de gros calibre qui armaient cette batterie étaient à barbette et tiraient par-dessus lu plongée, sans embrasures et sans gabionnades. De Saint-Denis, il est impossible de découvrir cet ouvrage, caché qu’il
108 MÉMOIRE SLR LA DÉFENSE DE PARIS
est par les momements du terrain qui forment une bosse entre la batterie et le fort de la Bricbe. Les embrasures étaient donc super*
üf/irlu 1 Plan
fines, puisque le fort ne pouvait envoyer des projectiles sur la batterie qu'au jusré.
Sur le côté du village d’Épinai, le long de la route qui mène à Enghicn, est une autre batterie de cinq pièces dont la disposition est particulière (fig. 8). Légèrement convexe, atin de donner des feux divergents dirigés sur Saint-Denis, cette batterie a 37 mètres de
longueur; sa plongée n’a que 1"’ ,50 d’épaisseur, et le talus 2 m ,50. L’épaulement est percé de cinq embrasures avec des gabions aux angles intérieurs posés sur des rangs de saucissons. Une forte traverse s’appuie à la route ; deux autres traverses s’élèvent dans la longueur, ainsi que le fait voir le plan. Suivant l’usage prussien, les pièces sont mises en batterie en contre-bas du sol (voy. la coupe A
110 MKMOtHE SUR LA DÉFENSE DE PARIS.
de lepaulement), et la crête du parapet ne s’élève qu’à 1”,30 au-dessus de ce sol extérieur, à 1“,80 au-dessus des plates-formes des pièces. Eu arrière, à une faible distance (voyez le plan), trois épaulemcnts, avec une embrasure chacun, renforcent cette batterie ; tous trois sont défilés sur le flanc droit par une traverse non reliée. En B, est tracée la coupe en travers de cet ouvrage à l’échelle du plan. Cette batterie n’était pas destinée à recevoir des pièces de position, Épinai se trouvant en flèche relativement aux lignes ennemies; aussi les retraites sont-elles bien ménagées pour les pièces de campagne qui pouvaient être changées et placées, soit dans la batterie convexe, soit derrière les épaulements en retraite, pour foudroyer un assaillant qui, croyant avoir éteint les feux de ces cinq pièces, se serait jeté en masses sur lepaulement externe. Ce sont là de ces surprises que les Prussiens savent adroitement ménager à un ennemi, et c’est pourquoi ils exercent une si complète surveillance autour de leurs ouvrages, et qu’ils interdisent le passage à travers leurs lignes avec des précautions qui nous paraissent ridicules, mais qui sont parfaitement justifiées quand on examine leurs positions, toujours masquées d’ailleurs, établies, non en avant des villages, mais en arrière ou sur leurs flancs, de manière à empêcher l’ennemi qui parvient à s’en emparer de pouvoir s’y maintenir. Aussi avons-nous pris les premières maisons du Bourget, la moitié d’Épinai et quelques autres postes, mais n’avons-nous jamais pu déboucher des positions conquises pour nous étendre et agir au delà. Cet ouvrage d’Épinai, n'étant pas destiné à recevoir des pièces de position, n’a aucun abri dans ses traverses; il n’était évidemment occupé que temporairement, et que si l’on craignait une attaque sur Enghien ou Sainl-Gratien.
11 faut faire mention aussi des batteries qui étaient établies, au nombre de cinq, sur la pente de Montmorency qui regarde Saint- Deuis, au lieu dit le Pavillon ruuije. Quatre de ces batteries battaient le fort de la Briche à 4600 mètres ; la cinquième battait Épinai à 3400 mètres. Le plus important de ces ouvrages est une batterie de dix pièces ; elle est placée la première à la gauche de
DES TRAVAUX t DL SlECK DE PARIS
l’ennemi, au-dessous de la route qui descend de Montmorency
MliMUlKK SI H I.A DÉFENSE DE l'AlllS.
à Groslay. En voici le plan (fig. 8 bis) en A. L’espace réservé aux pièces est, comme on peut en .juger par le tracé, très-étroit. Ces pièces ne devaient certainement pas pouvoir modilier sensiblement leur direction. Deux de ces pièces seulement tiraient en embrasures et étaient peut-être disposées pour envoyer des projectiles de plein fouet. Sous chacjue traverse sont ménagés deux passages étroits, l’un au droit du parapet, l’autre à la queue, en a et en b. De petits pare-éclats c, établis en gabionnades, séparent les pièces jumelles de gauche. En e est un fossé qui communique à un abri f creusé sous terre et blindé, pour servir de poudrière. Des abris non blindés g, mais avec épatilement antérieur, deux descentes latérales et une en arrière, étaient destinés à recevoir des projectiles. En h est un épaulement en équerre pour les gabionneurs, et en i un petit abri servant de latrines. En B est donné le prolil de la batterie; en C, le profil, à l’échelle de 5 millimètres pour mètre, de l’épaulement et des traverses. La quatrième batterie possède des traverses blindées particulières, figurées en D. Ces traverses se composent de deux rangées de doubles gabions, espacées l’une de l’autre de 3 mètres environ. Leur face latérale est tracée en F, et leur coupe sur op, en H. Les hommes peuvent s’asseoir en r sur une banquette réservée à cet effet et se coucher en S. On remarquera en t une barrique engagée dans le parapet horizontalement, pour recevoir les projectiles. Auprès de chaque pièce, latéralement, est incrustée une de ces barriques dans la plupart des parapets (pie nous avons pu voir.
Un signal était placé sur le bord de la route en avant de Soisy. Ce signal, consistant en une barrique mue le long d’un mât, avec étoupe goudronnée donnant un feu la nuit, était vu de Margeney où était établi le quartier général du prince de Saxe, de Saint-Gratien et de la plaine. De plus, à côté, un poste télégraphique correspondait à Montmorency, Goncsse, Saint-Gratien, Argenteuil et Versailles.
Mais voici le tracé d’une batterie qui présente un caractère différent encore, cette fois, pour des pièces de position. Je ne sais si cet
ouvrage a été exécuté. Il reproduit une épure tracée sur un morceau de papier trouvé dans une habitation de Saint-Gratien, sans indication de localité (fig. 9).
La batterie proprement dite A se compose d’un épaulement brisé avec saillant rectangulaire formant traverse. Sur la plongée s’ouvrent
Coup [■ sur IA
cinq embrasures. Deux fortes traverses-abris B et deux plus petites G séparent et garantissent les pièces. A 10 mètres environ de cette batterie s’élève un épaulement convexe avec embrasures obliques qui correspondent aux jouées des embrasures de la batterie. Chacune des cinq pièces peut dès lors tirer dans deux directions différentes fixes, et il est impossible à l’ennemi de pointer sur les véritables embrasures, qu’il ne voit pas. Peut-être n’est-ce là qu’un
llû MEMOIRE SI R U DEFENSE DE l'ARIS.
projet pour préserver les pièces de gros calibre de l’atteinte des projectiles de nos forts, qui ne manquaient pas de causer souvent de graves dommages aux ouvrages des Allemands. Mais il est possible qu’il ait reçu son application sur quelques points, car la fixité de la ligne du tir des pièces de l’ennemi avait souvent de quoi surprendre : sur le plateau de Noisy à liosny notamment, les lignes de tir étaient si peu variables, qu’on était en parfaite sécurité lorsqu’on se trouvait en dehors de leur action. Les projectiles arrivaient en avant, en arrière ou dans les ouvrages, mais toujours dans un même plan vertical. Si l’ennemi s’apercevait qu’une de ses lignes de tir ne produisait nul effet, ou qu’elle s'inclinait à gauche ou à droite du point qu’il voulait battre, il lui fallait au moins une journée pour rectifier cette ligne : la preuve qu’il ne pouvait pas faire cette rectification rapidement, c’est qu’il cessait le feu de la pièce dont le tir lui semblait défectueux, et que cette pièce ne recommençait à tirer suivant la ligne rectifiée que le lendemain du jour où le feu avait cessé. Du reste, cette idée des doubles embrasures n’est pas nouvelle, puisque des ouvrages du xvn' siècle sur la fortification les mentionnent déjà. Je dois dire que sur aucun des points où il m’a été possible de prendre des renseignements, depuis la capitulation, je n’ai pu découvrir une seule batterie établie suivant la donnée précédente. Le fait a pu se présenter toutefois (1). Mais il n’est pas besoin de recourir à cette complication d’embrasures et de doubles épaulements pour expliquer le peu de variabilité du tir de la grosse artillerie prussienne, l’étroitesse de la place laissée aux bouches à feu entre les traverses suffit pour empêcher le changement des directions, une fois les pièces en batterie. Aussi a-t-on observé que sur les forts du sud et sur Paris même, les projectiles arrivaient toujours suivant des lignes de tir constantes. Les batteries de Châtillon étant battues par les trois forts de Montrouge, de Vanvcs et
(1) Depuis l'armistice, les Allemands ont désarmé la plupart de leurs batteries. lh détruisent et dénaturent eu même temps leurs ouvrages, et il faut se presser pour le? pouvoir apprécier.
d’Issy, et même par les bastions de l’enceinte, il était important pour l’ennemi d’avoir des embrasures aussi étroites que possible et de multiplier les traverses. Leur direction avait donc été parfaitement arrêtée avant de disposer les pièces. Il n’y a pas à douter aujourd’hui que la véritable attaque des Prussiens ne fût celle du sud ; et quand on étudie la topographie des environs de Paris, ce point de la défense, par cela même qu’il avait été puissamment armé par une ligne de forts rapprochés, croisant leurs feux et commandant toute la rive gauche, était plus encore que celui de l'est un point désigné à l’assiégeant. Si la prise des forts de l’est donnait Paris à l’ennemi, celui-ci se trouvait encore, sur ce point, éloigné de la ville et ne pouvait y pénétrer que par des quartiers difficiles à occuper. Si l’on eût voulu s’y défendre, il se trouvait entre le fort de Vincennes et les buttes Chaumont, qui pouvaient offrir des points d'appui à l’assiégé pour une défense intérieure; de plus, ces forts de l’est sont bâtis sur les bords d’un plateau escarpé, qui rendrait l’assaut très-pèrilleux. Il n’en est pas de même des forts du sud. Il sera toujours difficile d’expliquer le choix de leur emplacement. Puisque les forts de Nogent, de Rosny et de Noisy sont plantés à 4000 et O000 mètres de l’enceinte, c’est-à-dire au delà de la portée de l’artillerie de position, à l’époque où ils ont été construits, on ne comprend pas pourquoi les forts d’Issy, de Vanves, de Montrouge, de Bicêtre, d’Ivry et de Charenton ne sont élevés qu’à 1500, 2000 et 8000 mètres au plus de l’enceinte ; tandis qu’en portant le fort d’Issy à Meudon, celui de Vanves au-dessus de Clamart, celui de Montrouge au plateau de Bagneux, celui de Bicêtre à Villejuif, on ne les éloignait de l’enceinte que de 4000 mètres au plus, et on leur faisait occuper des positions dominantes, au lieu de les placer sur des plans inclinés vers Paris. Si ces forts eussent été bâtis comme le raisonnement le plus simple semblait l’indiquer, les Prussiens auraient pu envoyer de Saint-Cloud des obus sur Auteuil et Passy, mais ils n’eussent pas couvert nos quartiers de la rive gauche de projectiles, et leur ligne de communication de Choisyle-Roi à Versailles eût été fortement compromise. Avant l’investisse-
ment, le génie reconnut la nécessité de fortifier ces positions que nos forts n’occupaient malheureusement pas. On commença une redoute sur le plateau qui domine Châtillon et Fontenay-aux-Roses, à cheval sur la route départementale n° 54 qui occupe ce plateau ; mais cette redoute, plantée à 2200 mètres en avant des forts de Vanves et d’Issy, et à 3500 mètres de celui de Montrouge, pouvait être tournée par Clamart et Bagneux, points que l’on avait négligé de protéger, ne fût-ce que par des tranchées et quelques batteries. Cette redoute eût été prise en écharpe des hauteurs de Meudon et du Plessis-Picquet que nous n’occupions pas. Étantainsi en l’air, elle fut abandonnée, et les Prussiens établirent sur ce plateau une partie des batteries qui ouvrirent leur feu. sur les forts de Montrouge, de Vanves et sur Paris même. Au-dessus de Meudon, à Brimborion, au-dessus de Clamart, à Bagneux, à Bourg-la-Reine, au-dessus de l’Hay, de Chevilly, ils mirent également des pièces de siège en batterie, qui couvrirent de projectiles les forts d’Issy, de Bicêtre et d’Ivry. Ainsi toutes nos défenses du sud, placées relativement à l’ennemi dans une position inférieure, furent canonnées sans relâche, et répondaient difficilement, vers les derniers jours du siège, aux obus dont elles étaient couvertes.
Cependant, dès le commencement de l’investissement, nos forts du sud n’avaient cessé de tirer sur les points où l’on supposait que l’ennemi exécutait des travaux ; car il était difficile de les voir, la plupart étant élevés en retraite des crêtes et n'ayant qu’un très-laihle relief. Ce tir au jugé faisait toutefois assez de mal à l’ennemi pour qu’il ait senti la nécessité, de ce côté, de se couvrir plus et mieux qu’il n’a l’habitude de le faire. Il trouvait d’ailleurs, autour des positions dont il s’était emparé tout d’abord avec une exacte connaissance des localités, du bois en abondance. Il ne se fit pas faute d’en employer, et bien lui en prit; car, contrairement à l’opinion que j’ai entendu émettre souvent par des officiers supérieurs du génie et d’artillerie, autant le bois est d’un mauvais emploi contre les projectiles pleins, autant il offre une résistance efficace aux projectiles creux, si on le recouvre d’une couche suffisante de terre, car
il maintient l’éboulement de ces terres, et, à cause de son élasticité, subit, sans se rompre, des chocs considérables.
Sur les plateaux du sud, exposés aux feux croisés de nos forts, les Allemands multiplièrent les abris, et sur certains points trèsdécouverts creusèrent, d’après une méthode usitée ailleurs, des galeries sous terre de manière à ne dépasser qu’à peine le niveau du sol. Ces galeries, disposées parallèlement en arrière des batteries, sont mises en communication avec celles-ci, et entre elles par des tranchées défilées.
La figure 10 montre en A le tracé de ces sortes d’ouvrages en plan, à l’échelle de 2 millimètres pour mètre. La direction des projectiles est indiquée en P. En B, est faite la coupe sur ab ; en C, la coupe transversale des abris à l’échelle d’un centimètre ; en D, l’aspect des angles d’entrée marqués d sur le plan, et en E, la coupe des tranchées sur gh.
Ces abris sont établis habituellement sur un terrain en pente, ainsi que l’indique la coupe B, parce qu’ainsi les traverses défilent mieux les tranchées des projectiles, puis parce que les eaux peuvent facilement s’écouler en suivant le fond de ces tranchées. De plus, ces ouvrages forment, en arrière des batteries, des épaulements qui les gardent contre les mouvements tournants ; car des fusiliers peuvent être postés en i et en l (voyez la coupe E), et mieux en m (voyez la coupe C). Des pentes R permettent de sortir des tranchées en dehors ou en dedans de l’enceinte (1).
Les abris sont faits au moyen de fermes de bois bruts ou ouvrés, posées de 1",80 environ, d’axe à axe, lesquelles portent des rondins ou des madriers avec fascines et terre mêlée. Des coffrages k, posés derrière les fermes, faits de planches ou de fascines, empêchent la terre de couler à l’intérieur. Ces ouvrages sont généralement exécutés grossièrement, ou plutôt à l’aide des moyens les plus simples, par les soldats eux-mêmes; ils ne paraîtraient pas acceptables dans le corps
(1) On a résumé ici, pour éditer les longueurs, des exemples variés suivant les localités, et plu« ou moins intelligemment exécutés, de ces sortes d’abris.
DES TIlAVAliX DU SIÈGE DE PAHIS. M9
du génie militaire en France, d’autant qu’ils sont variés à l’infini dans les détails d’exécution, ainsi que je l’ai déjà dit. Ils n’en remplissent pas moins parfaitement leur office, et d’autant mieux, qu’ils sont modifiés en raison des dispositions locales et des circonstances plus ou moins favorables ou défavorables.
Il n’en est pas moins certain que, avec notre aptitude particulière pour ces sortes de travaux et l’intelligence de nos travailleurs, si les officiers du génie suivaient, en bien des cas, leur raisonnement naturel plutôt que X Aide-mémoire et les types admis officiellement; si surtout ils prenaient l’habitude d’étudier avec plus de soin le terrain sur lequel on opère , il ne leur serait pas malaisé d’élever des ouvrages de défense supérieurs à ceux que les Allemands ont laissés autour de nous; ouvrages, comme je l’ai dit plus haut et ne saurais trop le répéter, qui n’ont de valeur que par le choix excellent des positions, — ce qui est une affaire de stratégiste, — et par l’observation attentive et réfléchie de tous les avantages que peuvent offrir les moindres accidents du terrain. Je ne sais si les Allemands ont la conscience exacte du seul mérite que présentent leurs ouvrages, mais ils les dénaturent, s’ils ne les détruisent pas entièrement, en les abandonnant, comme s’ils craignaient, ou qu’on pût surprendre leur manière de faire, ou que l’on s’aperçût de l’infériorité de leurs travaux de terrassements, si on les compare aux nôtres. Le seul enseignement utile qu’on puisse tirer de la vue de ces ouvrages, c’est, encore une fois, le choix des positions et l’initiative laissée évidemment à chaque officier chargé de pourvoir à leurs défenses.
L’étude de la géologie est très-répandue en Allemagne, et cette étude semble indispensable à tout officier du génie. Elle permet d’apprécier rapidement les conséquences forcées d’un phénomène naturel, de donner des instructions précises rien que sur l’examen d’une carte, et, lorsqu’on se trouve sur le terrain, de procéder sans hésitation. Elle prévient les fausses manœuvres et pertes de temps, parce qu’elle indique les moyens à employer pour travailler tel ou tel sol, pour obtenir le plus rapidement possible le résultat voulu.
120 MEMOIRE SUR LA DÉFENSE. UE PARIS
Les Prussiens, qui possédaient la carte de France bien mieux que nos propres officiers, la carte géologique surtout, savaient, par les changements de natures de terrains, qu’ils devaient trouver sur certains points des accidents obligés, favorables ou défavorables aux opérations qu’ils avaient longuement méditées. Ils arrêtaient donc à l’avance leurs mouvements, leurs points de défense ou d’attaque, les ouvrages qui convenaient aux premiers, et la vue des localités ne pouvait qu’apporter des modifications de détail à ces projets. Si ces prévisions n’ont pas peut-être une grande valeur lorsqu'il s’agit d’assiéger une place forte devant laquelle on restera plusieurs semaines ou plusieurs mois, et dont on pourra étudier à loisir les alentours, il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit de combiner des mouvements en vue d’une bataille sur un terrain que l’armée ne foule pas encore, d’occuper tout d’abord les meilleures positions. Nous sommes bien obligés de reconnaître, sous ce rapport, l’infériorité de notre état-major dans la dernière campagne, et il faut espérer que nous profiterons de la leçon; qu’avant de songer à aller porter la guerre hors de nos frontières, nous étudierons notre propre territoire. Plus que jamais cette étude doit être très-sérieusement entreprise par nos officiers, puisque ces frontières sont ouvertes à notre ennemi mortel, grâce aux fautes commises.
Les ouvrages élevés par les Allemands au-dessus de Châtillon sont encore une preuve évidente de leur habileté lorsqu’il s’agit de bien choisir les positions, et de leur infériorité relative comme travaux du génie. Ces ouvrages présentent le plus singulier mélange de sagacité et de barbarie. Il y a dans la manière dont ils sont tracés et exécutés quelque chose du sauvage. La planche III présente l’ensemble de ces batteries destinées à battre les forts d’Issv, de Vanves, de Montrouge et les quartiers du sud de la ville, avec les tranchées et caponnières qui les relient. Voici le relevé de ces batteries avec les pièces qui les armaient :
DES TH A VAUX du SIÈGE DE PARIS.
A Batterie de 2 mortiers pointés sur le fort d'issy.
A' Batterie de 2 mortiers pointés sur le fort de Vaiives.
B Batterie de 6 pièces pointées sur le fort d'issy.
C Batterie de 6 pièces pointées sur le fort d'issy.
D Batterie de 6 pièces pointées sur le fort de Vanves.
E Batterie de 6 pièces pointées sur le fort de Montrouge.
F Batterie de 6 pièces poiutées sur le fort de Montrouge.
Ci Batterie de 2 pièces de campagne
et de 4 pièces de position pointées entre les forts de Vanves cl de Montrouge. H Batterie de 2 pièces de campagne.
I Batterie de 8 pièces de campagne.
J Epauleiuent pour 1 pièce de camppguc.
K K K K Ep ulements pour 4 pièces de campagne.
L Epaulemeut pour 1 pièce de campagne.
Totaux : Mortiers. 4
Pièces de siège ; . 34
Pièces de campagne 18
Bouches à feu ..... 55
On voit, par la direction des feux indiquée sur le tracé de notre redoute abandonnée de Châtillon M, que toutes ces batteries sont prises en écharpe ou d’enlilade par les pièces de nos forts et par celles des Hautes-Bruyères; que l’assiégeant a cherché à se défiler de ces feux par des trauchées et caponniôres tracées en tous sens et qu’il a multiplié les abris blindés, car il était fort à découvert sur ce plateau, et il a dû perdre beaucoup de monde, si l’on en juge par les nombreuses sépultures situées aux environs.
Toutefois la position étant excellente, il s’y tint avec persistance, se terra et se défila autant que possible, ainsi que nous allons le voir en prenant quelques-uns de ces ouvrages par le menu.
Les petits bois plantés en avant des batteries A, B, C, sont sillonnés de tranchées. D’autres tranchées se dirigent vers Châtillon, qui était crénelé et défendu par de l’artillerie. Une tranchée-abri enveloppe en outre tout le bas du plateau, en s’appuyant à la route qui monte de Clamart au cimetière. Clamart était également défendu, à la gauche, ainsi que les avancées de Fontenay-aux-Roses,
122 MÉMOIRE SUR LA DEFEKSE l)E PARIS.
à la droite, de telle sorte que ces batteries ne pouvaient être facilement tournées.
Si, par un grand mouvement tournant, les Parisiens, qui occupaient la grande route n° 20 de Toulouse, jusqu’à la hauteur de Bagneux, et qui, à l’embranchement de cette route n° 20 avec celle montant à Bagneux, avaient fait des ouvrages importants, se fussent avancés jusqu’à Bourg-la-Reine, et, forçant cette position, eussent pris Sceaux à revers et les hauteurs de Plessis-Picquet, en débouchant par la grande route n" 54 derrière les ouvrages allemands de Chûtillon, l’ennemi armait notre redoute abandonnée et battait tout le plateau. Il eût fallu s’emparer de cette redoute, ce qui était difficile, ayant les Allemands à dos et sur les flancs.
En 0, est creusé un abri souterrain sur la structure duquel nous allons revenir; en P, une vaste glacière, utilisée probablement comme magasin de munitions.
En examinant le tracé de ces ouvrages, la quantité de précautions prises évidemment pendant le cours de la possession du plateau par l’ennemi, on voit que la redoute des Hautes-Bruyères a dû le gêner beaucoup. Il n’est jamais parvenu à se défiler de ses feux, et cependant cette redoute est un de nos ouvrages qui aient le moins souffert. Ce qui prouve que si nous avions su occuper dès l’abord de bonnes positions, nous empêchions l’ennemi de bombarder les forts et la ville, et que si nos défenses avaient été aussi bien conçues que l’a été la redoute des Hautes-Bruyères, elles n’auraient pu être entamées, ainsi que l’ont été quelques-uns de nos forts. Ce sont là des faits, non des théories.
On voit (pl. III) que les batteries À, B, C, sont prises à revers par les pièces de la redoute des Hautes-Bruyères, aussi l’ennemi avait-il eu le soin de les munir de parados ; que les batteries D et G sont prises en écharpe par les mêmes pièces, et qu’enün tout le plateau (levait être couvert de nos projectiles, soit des forts, soit de cette redoute. Aussi ces batteries présentent-elles le moins de relief possible, sont-elles terrées, et le plateau est-il couvert d’abris souterrains. Il n’en est pas moins évident que les ouvrages dus, sur ce
plateau, au génie militaire de l’armée allemande, sont tracés avec peu de méthode, comme s’ils eussent été construits successivement, d'après les instructions de chaque officier d’artillerie et au fur et à mesure des nécessités. Il y a loin de la réalité à ces descriptions un peu romanesques que l’on nous faisait de l’aspect formidable des batteries ennemies, et si nous avions eu une véritable armée , commandée par des officiers mieux informés que ne l’étaient les nôtres, on pouvait tenter de prendre ces positions , si bonnes qu’elles fussent, qui ne sont défendues, au total, que par des ouvrages assez faibles, où les chicanes sont prodiguées, mais qu’une attaque sérieuse par Clamart et par Fontenay-aux-Roses, bien entendue et soutenue par une nombreuse artillerie, eût pu faire tomber (1). Le fouillis de tranchées-abris creusées dans le petit bois qui se trouve en dehors des batteries A et B est bon contre une attaque de tirailleurs, mais cela n’eût pu servir à rien, si l’on eût occupé Clamart et Châtillon, et si de ces deux points on eût envoyé sur ces taupinières des volées de mitraille et des obus. Nous allons donc examiner ces ouvrages dans le détail. La planche IV donne à l’échelle d’un millimètre pour mètre toute la partie comprise entre les batteries C et K de la planche III. Tout cet espace est de niveau. La batterie C, de six pièces de position, possède des abris dans ses deux grosses traverses a et b. Les traverses et les pare-éclats intermédiaires ne dépassent pas le niveau de la crête de l’épaulement. La traverse a et les quatre pare-éclats ne se réunissent pas à l’épaulement, mais laissent un intervalle d’un mètre environ pour faciliter le commandement. Derrière chaque
(1) U faut dire que la possession de Clamart eut présenté des difficultés que nous n'étions guère en position de vaincre. De Meudon à Clamart, sur les rampes du plateau, les Prussiens avaient établi plusieurs batteries et des retranchements en se servant des bois abondauts sur ce point et des moindres plis de terrain. Rien que le fort d'issy battit ces positions, pour les forcer en détail et déboucher au-dessus de Clamart de manière à prendre le plateau de Châtillon par son flanc occidental, il eût fallu sacrifier beaucoup de monde. C’est cependant en prévision de ce mouvement que les Prussiens avaient établi sur ce plateau même, appuyée à la Tour des Anglais, la batterie de huit pièces de campagne indiquée en 1 sur la planche III.
12ft
MÉMOIRE Sl’R l.A DÉFENSE DE PARIS.
traverse et pare-éclats est un parades en gabionnades et terre avec passage pour la pièce. La batterie D, de six pièces, n’a pas de parados et n’en avait pas besoin, étant défilée; tandis que la batterie E, de six pièces, en possède, parce qu’elle est prise en écharpe par les feux du fort d’Issy. La traverse de gauche de cette batterie et celle du milieu recouvrent, des abris. De la batterie C, par une double caponnière G, on arrive à la tranchée-abri H, qui, par un boyau délilé, permet de pénétrer sous un abri terré et blindé J, auquel s’appuie un épaulement K pour une pièce de campagne. De la batterie D, sur le flanc de la traverse de gauche, est l’entrée d’un boyau blindé qui communique à un deuxième abri blindé L. Du flanc intérieur de la traverse de droite de la même batterie, on entre dans un autre boyau blindé communiquant à un abri blindé M (1). Un vaste abri blindé N, de 50 mètres de long, fait suite à celui-ci ; on y pénètre par une ouverture latérale n. Une caponnière 0 conduit à deux autres abris blindés PP'. Une autre caponnière en retraite 0, de 1“,50 de largeur au fond, mise en contact avec la voie militaire R, tracée par l’ennemi et faite de fascines, de rondins et de madriers posés en travers, met en communication toutes les batteries et permet d’accéder à la batterie de mortiers A' et à son abri blindé g. Un petit abri S paraît avoir été destiné à servir de latrines aux officiers. Les tranchées-abris et les caponnières, pour ne pas être inondées sur ce plateau horizontal, sont saignées de distance en distance avec puisards, ainsi qu’on le voit en V. La terre rejetée de ces puisards forme traverses et défile le revers de ces ouvrages.
Tout cela est intelligemment compris et raisonné, mais est un peu tâtonné, un peu fait d'instinct, dirai-je, sent le travail du barbare, et l’on ne sait trop comment une armée qui exécute de pareils travaux se tirerait d’affaire si on la forçait un beau jour de se tenir en plaine et d’y livrer bataille à des forces supérieures et bien dirigées. On doit donc constater que cette armée allemande, unie dans une
(1) On verra tout à l’heure quelle est la destination de ces nbris.
pensée de haine contre nous, est commandée par des hommes d’une haute valeur qui savent parfaitement se servir de l’instrument souvent grossier qu’ils ont entre les mains, ne l’emploient que dans la mesure de ce qu’il peut donner, et dès lors choisissent avec une minutieuse attention et une excessive prudence les positions à occuper. Si donc, connaissant cette tactique, nous n’avions pas, depuis le commencement de la campagne, laissé prendre à ces chefs de troupes parfaitement disciplinées, mais barbares au total, toutes les excellentes positions que nous pouvions garder, il y a tout lieu de croire que cette armée eût été fort embarrassée ; et l’on peut supposer quels effroyables 'désastres seraient la conséquence d’un premier mouvement de retraite de ces troupes entraînées sur un territoire ennemi, au milieu d’une population exaspérée. Ces minuties, ces précautions plus multipliées que puissantes, et qui donnent plutôt l’idée de l’enfance d’un peuple que de sa force virile, ne tiendraient pas longtemps devant des armées fortement organisées, composées d’éléments intelligents, et commandées par de véritables hommes de guerre. Ces moyens étaient, malheureusement pour nous, excellents en face de corps armés sans consistance, démoralisés et commandés par des chefs irrésolus et découragés. Cette accumulation de petits obstacles gardés avec des précautions infinies; la supériorité des positions occupées; le prestige des victoires et jusqu’au mystère dont sait s’envelopper cet ennemi toujours caché, toujours terré, toujours prêt sur chaque point attaqué, devaient nous enlever toute chance de débloquer Paris. Mais une étude attentive des moyens adoptés par notre ennemi , de sa tactique peu variée, de ses ressources, peut, avec les qualités militaires que possédait notre pays et qu’il n’a pas définitivement perdues, il faut l’espérer, nous indiquer la voie à suivre pour l’égaler comme puissance militaire, sinon lui être supérieur. Il faut pour cela nous unir dans une seule pensée, le travail; et nous souvenir, nous souvenir de ces façons d’usuriers armés, de la conduite de ces nobles allemands, tous officiers attachés à l’armée prussienne, qui, pendant des années, dan- nos salons, h la cour et à la ville, rem-
DES TRAVAUX l)U SIEGE DE PARIS. 127
cédés, non pour les imiter, si jamais nous nous trouvons en pareille occurrence, mais pour nous défier, nous guérir de cette bienveillance banale, dont le barbare se raille, parce qu'il n’y voit qu’une marque de légèreté vaine, non l’effusion d’une nature généreuse et ouverte. Nous souvenir à chaque heure, pour que les générations qui grandissent soient armées des moyens intellectuels et matériels propres à empêcher à tout jamais la fourberie et le pédantisme de prendre la place de la civilisation et du véritable progrès.
Entrons plus avant dans le détail de quelques-uns des ouvrages que donne la planche IV. La figure 11 trace en A le profil de la batterie E de cette planche, et en B son aspect perspectif. Les traverses laissent entre elles et l’épaulement un passage blindé, et les pare-éclats sont isolés de cet épaulement d’un mètre environ, afin de laisser entre les pièces, le long du parapet, un passage et la vue pour le commandement. Des parados, avec entrée pour chaque pièce, s’élèvent en talus, en laissant de même un couloir de circulation entre eux et ces traverses et pare-éclats. Tout le terrassement élevé au-dessus du sol vierge est gabionné. L’ensemble de ces ouvrages ne s’élève pas à plus d’un mètre au-dessus de ce sol et est à peine visible à distance. Les embrasures ne sont creusées que de 30 centimètres et sont étroites, la ligne de tir étant fixée d’avance et ne variant pas. Le plan tangent au-dessus du canon placé dans la position horizontale passe exactement au niveau de la crête de la plongée et des traverses. Le peu de variabilité de la directrice explique pourquoi, contrairement à ce que supposaient nos officiers du génie et d’artillerie, les espaces réservés aux pièces sont relativement étroits. Aussi ces batteries ont peu d’étendue, les pièces sont enterrées aussi bien par l’épaulement que par les traverses, et étaient ainsi mieux défilées de nos projectiles; mais devant un ennemi prévenu, et qui, au lieu de s’enfermer dans des fortifications permanentes, saurait changer rapidement la position de sa grosse artillerie, — ce que les moyens dont on disposait à Paris permettaient de faire, — l’invariabilité des directrices des pièces de l’armée allemande devenait pour elle un grand embarras. Ce qui
MEMOIRE SLR LA DEPENSE DE PARIS
démontre encore une fois de plus que nos fortifications permanentes nous empêchaient de profiter des avantages que nous aurions pu prendre.
La figure 12 présente en A le plan et en B la coupe transversale des abris marqués M et N sur la planche IV. Les abris terrés du côté opposé à l’ennemi, mais ouverts sur un large déblai du côté
intérieur, se composent de fermes espacées à h mètres l’une de l’autre, lesquelles reçoivent deux couches de rondins ou de bois de charpente croisés, recouverts d’une toile goudronnée, de feuilles de zinc ou de carton bitumé, et d’une couche de terre d’un mètre environ. Le devers est maintenu par de grandes contre-fiches à l’intérieur et par de petites à l’extérieur. Le devant est fermé au
moyen de rondins ou de madriers cloués sur les poteaux. L'abri M est divisé en plusieurs petites pièces par des cloisons de planches, pour des officiers probablement, et pour recevoir un poste télégraphique.
La figure 13 donne le profil d’une des caponnières qui, des batteries, communiquent aux tranchées extérieures.
On voit que ces ouvrages ne présentent aucun de ces dispositifs formidables dont on ne cessait de nous entretenir pendant le siège; que toute leur force réside dans le choix des positions et dans leur peu de relief, qui les dérobait à la vue de nos batteries. Cependant ces ouvrages, très-découverts et réunis sur un plateau peu étendu, ont souffert passablement du feu de nos forts et de la redoute des Hautes-Bruyères. Ils étaient occupés par des Bavarois, et il est évident que l’état-major prussien ne tenait pas beaucoup à épargner le sang de ces alliés dociles. Il n’en est pas de même des positions occupées par l’armée prussienne : celles-ci sont moins exposées et mieux défendues ; les ouvrages sont exécutés avec une perfection que l’on ne peut accorder à ceux déjà présentés. Les troupes prussiennes ont choisi les postes les mieux couverts par la nature du sol et par les alentours ; le tracé des ouvrages est fait avec des connaissances plus avancées sur l’art de la fortification : on sent la présence d’officiers du génie distingués. Les précautions dictées par la prudence sont plus nombreuses encore, les retraites indiquées avec un soin minutieux. On découvre, en parcourant ces ouvrages, la préoccupation constante d’un état-major qui veut ménager ses
130 MEMOIRE SI H LA DÉFENSE DE PARIS
troupes et ue jamais les compromettre pour un résultat insignifiant. Ces préoccupations n’existent pas évidemment au même degré lorsqu’il s’agit des alliés.
Je ne sais si les mécontentements que l'on prétendait chez nous s’étrc parfois manifestés dans les corps bavarois et wurtembergeois ont en effet éclaté ; mais il y avait en vérité de quoi, et ils ont dû, comparativement, faire des pertes considérables.
Telles étaient les défenses du plateau de la Bergerie et du Haras au-dessus de Saint-Gucufa, positions que nous avons attaquées sans succès dans la journée du 19 janvier, et qui cependant eussent pu être tournées, ainsi qu'on pourra en juger, si nous avions su ou pu employer de l’artillerie contre elles en temps opportun, c’est-à-dire avant le moment où les Prussiens s’y furent solidement établis.
La planche V présente l’ensemble de ces défenses depuis le parc de Biizanval jusqu'à Garches, Vaucresson et la Celle-Saint-Cloud. Les travaux de terrassement élevés sur le plateau font un contraste frappant avec ceux que nous avons analysés jusqu’à présent. D’une régularité parfaite, tracés et dressés avec le plus grand soin, iis peuvent être comparés aux meilleurs ouvrages exécutés en temps de paix sous la direction de nos ingénieurs militaires. Il est vrai que nous avons laissé aux Prussiens campés sur ce plateau le temps de travailler à loisir. Jamais les ennemis n’ont occupé Rueil ; ils se contentaient d’envoyer de temps en temps, dans ce village, des reconnaissances qui, le plus souvent, étaient accueillies à coups de fusil par les paysans restés dans la commune et par les francstireurs qui y maintenaient des postes. Nous avons même, pendant la dernière période du siège, conservé nos avant-postes à la maison Crochard, située en A. Quant aux grand’gardes prussiennes, elles ne dépassaient pas la ferme de Fouilleuse, en B, et le parc de Buzanval, en C. L’ennemi avait toutefois creusé une large tranchée en V, pour couper la route montant à Fouilleuse. Du côté de Saint- Cloud, les ennemis occupaient les villages de Garches, de Villeneuve et de Vaucresson, sur la route descendant au nord de Versailles. Ces villages étaient crénelés avec soin. La redoute de Montretout,
que nous avions abandonnée, n’était pour eux qu'un poste d’observation, ils ne paraissent pas y avoir jamais établi de batteries. Leur véritable ligne de défense s’appuyait au village de Garches, pourtournait le plateau, occupait la propriété de Buzanval au nord, et s’appuyait à l’ouest au ravin du Longboyau. Du Haras ils avaient fait une sorte de camp retranché commandant : au nord, le cirque de Saint-Cucufa ; au sud, la route de Roquemont ; à l’est, Garches, et à l’ouest, la Celle-Saint-Cloud. Une sorte de demi-lune ou de redan D permettait de sortir de ce camp ou d’y rentrer à couvert du côté de la Bergerie; sur le flanc droit de cette demi-lune était élevé un épaulement pour quelques pièces de campagne ; puis des épaulements brisés, avec fossés F, et une longue barricade E, fermaient le passage entre la Bergerie et le Haras. Des abatis protégeaient en outre celte ligne de défense. Des blockhaus G de charpente, blindés, flanquaient les murs crénelés du Haras. Un ouvrage intérieur I, parfaitement établi, permettait de balayer le camp au cas où il eût été forcé du côté de Saint-Cucufa. Une batterie H, semi-circulaire, propre à recevoir des pièces de campagne, rendait la prise de ce plateau fort difficile, et en K un redan protégeait la retraite ou permettait de reprendre l’offensive. Une batterie L prenait en écharpe ces ouvrages. De plus, en XXX, trois redoutes avaient été élevées avec le plus grand soin et balayaient toute la crête du cirque de Saint-Cucufa, entre la Celle-Saint-Cloud et l’angle nord-ouest du Haras. Ces redoutes, de 40 mètres de longueur chacune, étaient fermées à la gorge par des palanques, avec un blockhaus au milieu servant de réduit. Devant leur saillant, les abatis les rendaient inabordables. En Y Y, deux batteries enfilaient la route de Belleval à la Celle-Saint-Cloud. Le bois des Hubies, coupé entièrement, formait en outre un fouillis d’abatis inextricable. Le parc de Buzanval avait été crénelé, principalement du côté de la porte de Longboyau, et un mur intérieur MN, solide, partant de cette porte pour aboutir au plateau de la Bergerie, formait une seconde ligne de défense masquée sous bois. Le village de la Celle-Saint-Cloud avait été crénelé et fortement barricadé.
Une batterie parait avoir été établie à la Jonchère, en P. Tontes les maisons, tous les murs de jardins étaient crénelés autour du plateau.
Ainsi que je l’ai dit déjà, l’attaque du 19 janvier se fit par Saint- Cloud et Montretout à notre gauche, sur le parc de Buzanval au centre, et par la gorge de Longboyau à notre droite. Le parc de Buzanval fut vivement enlevé par la troupe et par la garde nationale ; mais le mur intérieur MN, crénelé, opposa à nos colonnes une invincible résistance. On essaya de tourner la position par Pouilleuse, vers le rentrant O; mais ce rentrant, défendu par un mur crénelé et une tranchée-abri en équerre, ne put être forcé, faute d’artillerie. Les colonnes qui s’étaient avancées jusqu'à la redoute de Montretout par Saint-Cloud ne dépassèrent pas cette limite, écrasées qu’elles étaient par des batteries établies sur le plateau de la Bergerie. Les pièces qui garnissaient les ouvrages du Haras et la Bergerie ne tirèrent, pendant cette journée, que sur Montretout et Rueil, car elles ne pouvaient envoyer des projectiles dans le parc de Buzanval, sans risquer de toucher les troupes allemandes retranchées derrière le mur. Notre droite ne put dépasser les barricades R élevées au sommet de la gorge de Longboyau. Elle était d’ailleurs inquiétée par des mouvements de troupes ennemies qui se faisaient du côté de Bougival, et craignait d’être coupée. C’est pourquoi, vers deux heures, nous établîmes des batteries de douze et des mitrailleuses sur le mamelon S, au-dessus de la Malmaison.
Il parait utile de présenter le détail de l’ouvrage I élevé dans le Haras (fig. 14). Il donne un front flanqué dont le profil sur AB est indiqué en C. Le fossé est à l’extérieur; l’épaulement, qui a 2 mètres d’épaisseur à la plongée, est muni d’une banquette de tirailleurs. Des traverses D couvrent les issues latérales. Une seule porte, E, donne entrée dans l’intérieur de l’ouvrage du côté, de Vaucresson, par un couloir crénelé. En F, est une batterie établie sur un rondpoint avec saut-de-loup qui existait. Cette batterie possédait cinq pièces dirigées principalement vers la partie du plateau voisine de
MÉMOIRE SUR ÉA DÉFENSE DE PARIS
l’issue G sur la Bergerie, percée à l’angle du mur crénelé H. Le fossé se prolonge en P jusqu’au redan (voyez la planche V). En F, est tracé le profil de la batterie F, et en P' le profil sur ab. Les Prussiens n’ont fait que profiter là des dispositions existantes, n’ont eu qu’à créneler les murs et à élever l’épaulement de la batterie. Au milieu de l’ouvrage 0 est une maison I, qui servait de logement pour les officiers, puis des abris blindés sont creusés en K. En M, est un atelier de gabionneurs.
La figure 15 présente en A le plan, en B la coupe transversale, et en C la vue perspective d’un des blockhaus de charpente qui flanquent les murs crénelés du Haras. Ces ouvrages sont très-bien exécutés, en bois de gros échantillon et parfaitement solides. Toutefois les crénelages n’offriraient pas un abri contre de l’artillerie ; mais les Prussiens savaient bien que nous ne pourrions mettre des pièces en batterie contre leurs ouvrages de la Bergerie et du Haras. Leurs poudrières sont établies d’après le môme système, seulement elles sont plus enterrées, et les bois, verticaux, sont complètement revêtus de terre mêlée de gazon.
Avec plus de perfection dans le tracé et dans l’exécution, c’est, sur ce plateau occupé par les troupes prussiennes, le même système de défenses multipliées, se protégeant réciproquement, ménageant les retraites et les couvrant. Il est évident que les ouvrages de CliAtillon sont faits par des élèves, par les subalternes, mais le principe est le même. Occupation de positions excellentes, que l’on cherche à rendre inexpugnables par une quantité de chicanes et en profitant de tous les obstacles. Maisons, murs, escarpements naturels, plis du terrain, abatis d’arbres, tout est occasion de défense. Les angles rentrants, qui donnent des flanquements répétés, sont utilisés, et nous nous sommes heurtés pendant deux heures à cet angle rentrant marqué O sur la planche V, dans l’espoir de prendre le plateau par son saillant. Lorsque les nôtres cherchaient à gagner la hauteur à la pointe, ils étaient pris en écharpe par le mur crénelé et balayés par les pièces de la batterie T qui envoyait ses obus dans la direction de la redoute de Montretout. Il n’est pas douteux
DES TUA VAUX 1)1 SIEGE DE l’ARIS.
cependant que des troupes très-solides et entraînées par des officiers
136 MÉMOIRE SLR IA DÉFENSE DE PARIS
devant elles le mur crénelé de la Bergerie. 11 eût fallu amener là de l’artillerie, agir avec vigueur et ensemble, ce qui a toujours manqué dans toutes nos affaires autour de Paris. Eût-on cependant réussi à s’emparer de la Bergerie, qu’on trouvait les défenses du Haras, ' lesquelles n’eussent pu être forcées qu’à l’aide d’une puissante artillerie. On eût perdu, même en admettant un succès, beaucoup de monde, et l’on ne pouvait couper la retraite aux troupes prussiennes. Toutefois la prise de ce plateau eût certainement obligé l’ennemi à abandonner Versailles précipitamment, et cela eût pu avoir les plus graves conséquences. La grande difficulté était d’amener de l’artillerie pour battre ces positions. Dans la journée du 1D janvier, par suite du dégel, les chemins étaient impraticables; on eût évidemment trouvé moins de difficultés du côté du Longboyau, et un mouvement offensif très-énergique sur ce flanc eût pu passer entre la Celle-Saint-Cloud et le Haras, mais à la condition de pouvoir contre-battre les trois redoutes X, en s’emparant du plateau du Haras par l’attaque du centre. Notre attaque de droite, combinée avec l’attaque du centre, était celle qui offrait le plus de chances. Cette attaque de droite, ainsi que je l’ai dit déjà, commencée beaucoup trop tard, fut rendue indécise par le mouvement de l’ennemi venant de Saint-Germain sur notre droite, par Bougival. Il était impossible d’ailleurs d’amener de l’artillerie de ce côté jusqu’au bois Toutain, sur ces pentes escarpées et sur des chemins rendus impraticables par le dégel, et des batteries ennemies établies à Saint-Michel, au-dessus de Bougival, ainsi que l’artillerie que l’on voyait s’avancer par le bois du Vésinet, de l’autre côté de la Seine, vers la fin de la journée, pouvaient gêner beaucoup notre mouvement tournant. Nous nous étions condamnés, par l’abandon de ces positions, à une offensive qui exigeait de la part des chefs une rare énergie , et de la part des troupes beaucoup de sangfroid et de solidité. Aussi les derniers efforts de cette campagne eussent demandé dix fois plus de vigueur qu’il n’en eût fallu montrer pour garder dès l’abord les positions que nous étions forcés de reprendre.
Comme les positions de la Jonchère et du Haras, celles du parc du Raincy sont soigneusement défendues, bien que les ouvrages ne présentent qu’une construction assez grossière. L’état-major prussien attachait certainement une grande importance à la conservation delà position du Raincy, qui neutralisait tous nos mouvements vers l’est. La planche VI donne le dispositif de ces hauteurs, dont la conservation par nous eût pu avoir des conséquences si favorables. En A, est une batterie de dix pièces (car les batteries de ce plateau sont généralement armées, entre chaque traverse, de deux pièces, avec ou sans pare-éclats composés de trois ou quatre gros gabions à la file) ; cette batterie dirige ses feux sur la ferme de Graulai, sur le Drancy (5500 mètres). A sa droite est creusée une tranchée caponnière descendant à l’entrée du parc. Cette tranchée est profonde et a été évidemment rectifiée, défilée de la batterie au plateau d’Avron, lorsque l’ennemi s’est aperçu que nous travaillions à son établissement. En a, est une poudrière blindée.
En B, une autre batterie desix pièces, dont les feux sont dirigés sur le fort de Rosny ; elle possède également sa poudrière blindée en b. En C, est un observatoire établi sur une ancienne glacière, au milieu d’un bouquet d’arbres. Du haut de cet observatoire, on découvre en effet tous les environs, depuis Gonesse jusqu’à Neuillysur-Marne. Une autre petite tranchée va rejoindre la route inférieure. Tous ces ouvrages sont protégés par des abatis, ainsi que le poste D. En E, au-dessus de l’allée de l’Hermitage, est une troisième batterie de six pièces, battant les ouvrages du plateau d’Avron. A sa droite, une tranchée se défile derrière une petite maison avec bout de mur, et descend sur l’allée de i’Hermitage bordée d’une profonde tranchée de 2 mètres de largeur sur une profondeur de 2”, 50, avec banquette. Cet ouvrage, qui a 200 mètres de long, est en outre fortement défendu par des abatis et troncs d’arbres sur l’épaulement. Il est réuni à la tranchée F, derrière l’Hermitage, par un bout de tranchée défilé du plateau d’Avron. En G, des maisons et murs crénelés appuient une quatrième batterie II, de quatre
MKM01IŒ SI K LA DLKLNSL 1)L PARIS.
pièces, réunie par une large tranchée-abri à la cinquième batterie K, de quatre pièces dirigées sur le plateau d’Avron. En I, un mur crénelé. Total : trente pièces. De cette batterie K une caponnière descend se réunir à une longue tranchée L, bordant le bois et allant rejoindre Gagny. Au rond-point en M, sont de fortes tranchées bien munies d’abatis ; en N, un mur crénelé, et dans le bassin 0, des embuscades faites pour des fusiliers. En outre, les murs P, ainsi que tous ceux des jardins épars sur ce plateau, sont crénelés et barricadés. Partout un luxe d’abatis soigneusement disposés et religieusement conservés en place, malgré le froid, ce que ne faisaient point nos troupes, qui s'en emparaient pour les brûler. D’autres batteries en contre-bas battaient Bondy et notre plateau de Noisy. Cette position, comme celle de la Bergerie et du Haras, est une sorte de camp retranché avec de bonnes lignes de retraite assurées par les bois R, vers Montfermeil et Chelles et le chemin descendant à Gagny. Les murs de ces bois étant crénelés, la retraite pouvait être fortement appuyée, et l’ennemi, débouchant de nouveau par ces bois qui le masquaient, reprenait ses positions si elles eussent été enlevées.
Toutes les batteries ont leurs poudrières blindées, soit en arrière, soit à côté, ce qui est prudent, afin d’éviter l’effet des explosions. Ainsi, la batterie E a sa poudrière en e ; la batterie K en k, en dehors de leurs épaulements.
D’ailleurs, même système que pour les batteries précédemment décrites : traverses avec petit passage abrité le long du parapet, mais dont le relief ne dépasse pas la crête de la plongée ; abris blindés dans les traverses d’extrémités ; sol des plates-formes à un mètre au moins en contre-bas du sol naturel ; le relief obtenu au moyen de gros gabions, soit [jour la plongée, soit pour les traverses.
Du plateau d’Avron, on ne pouvait espérer prendre ces retranchements qu’après les avoir bouleversés;
Les tourner par Bondy, on se trouvait dans un vallon bordé de batteries établies de chaque côté, sur des points que nous ne pouvions contrc-battre qu’avec une évidente infériorité.
Mais il ne paraît pas nécessaire de s’étendre plus longuement sur le système d’investissement de l’armée allemande , ce serait répéter à peu près les mêmes descriptions.
Ce n’est pas par l’invention que brillent les troupes de la Prusse, mais par la méthode et la discipline la plus absolue. Il fallait notre faiblesse pour leur assurer le succès. Un coup hardi, mené par un général sachant user des moyens mis à sa disposition, eût pu compromettre la situation de l’armée allemande autour de Paris. Il fallait se décider à perdre 10 000 hommes au besoin, et inspirer à nos corps assez de confiance et d’entrain pour qu’ils marchassent en avant, avec cette certitude du succès qui seule entraîne la troupe. Cet effort était possible peut-être pendant le mois de novembre; plus tard, après les affaires du Bourget et de Champigny, nos troupes avaient perdu confiance, et jetaient toujours un regard sur leur ligne de retraite. Il fallait prévoir la rigueur de la saison d’hiver ; ne pas exposer ces troupes à des souffrances inutiles, les relever souvent ; les bien vêtir ; ne pas les laisser geler dans les tranchées, sur des points où parfois on les oubliait. Il fallait que les officiers s’occupassent de leurs hommes avec plus de sollicitude et montrassent plus de confiance, des fronts moins soucieux. Il faut bien le dire, nous n’avions pas un officier général qui eût pris l’habitude de faire mouvoir une armée; nous n’avions que des généraux de division, et pas un major général qui sût coordonner de grands mouvements, établir l’ordre avant et surtout après l’action. Nos soldats, qui, la plupart, n’avaient jamais fait campagne, ignoraient la manière de se garder, de camper devant l’ennemi, et personne ne s’inquiétait de leur indiquer ces éléments de la guerre ; il eût fallu du temps pour tout cela, et le temps manquait. Les recrues, gauches, sachant à peine le maniement des armes, qu’on avait si malheureusement laissées oisives dans Paris pendant des semaines et qui y perdirent toute valeur morale, ne savaient se débrouiller, suivant l’expression du soldat. Elles mangeaient mal, ne trouvaient pas le repos nécessaire, n’ayant aucune expérience de la vie de campagne. Pendant les nuits glaciales, elles se débandaient pour
chercher des abris dans des maisons, qu’elles laissent brûler en dormant près de feux extravagants. De leur côté, les officiers, sitôt l’action terminée, se réfugiaient dans des habitations, sans s’inquiéter de ce que devenaient leurs hommes. Jamais de rondes de nuit. A l’aube, tous étaient réveillés par les premiers coups de fusil. Cette inexpérience, et le défaut de discipline surtout, retardaient tous nos mouvements. Les hommes, dispersés par la difficulté de se procurer le nécessaire, par la rigueur du froid, étaient lents à se rassembler, lents à se mouvoir. Aucun officier général ne prenait l’initiative de mesures d’ordre (1).
Le hasard présidait seul à la manière de camper en face de l’ennemi; chacun prenait sa place où il pouvait; les différents corps, confondus, mêlés, n’avaient pas leur poste de bataille indiqué.
A la vue de cette infériorité, de ce désordre, de cette insouciance, on se demandait comment la résistance pouvait encore se montrer ce qu’elle a été, et si l’ennemi que nous avions en face de nous n’était pas lui-même au-dessous de l’idée qu’on se faisait de sa force. Il était prudent, extrêmement prudent, et il savait qu’il ne perdait rien à attendre, puisque nous étions hors d’état de percer ses lignes. Pendant ce temps-là il s’établissait sans se presser, se terrait, se tenait dans les endroits couverts, occupait les bois, les jardins dont il crénelait les murs, se faisait de bons établissements de campagne en plein air, et se contentait de se garder avec un soin minutieux. Ses soldats, bien couverts généralement, bien chaussés, habitués au froid plus que les nôtres, savaient prendre de bonnes dispositions de campement, car leur éducation militaire était faite de longue date. Tous, plus ou moins habilement, manient la pioche et la pelle, savent faire des ouvrages de vannerie grossière, des
(1) On a beaucoup parlé de la rapidité des mouvements de l'armée allemande. J'ai pu constater que cette rapidité est due 4 l’excellente discipline de cette armée. U 1 soldat allemand est plus lourd que le nôtre, est moins facile à entraîner ; il a besoin d une nourriture plus substantielle et régulière ; il est plus prompt à s'affecter d’un écliec. La discipline supplée 4 cette infériorité, et a su faire des corps allemands les troupes les plus maniables et les plus rapides dans leurs mouvements , de notre temps.
clayonnages, employer le bois. Ils ont appris à être ingénieux, s’ils ne le sont pas naturellement : sous ce rapport, ils rappellent l’organisation de la légion romaine, qui suffisait à tous les travaux. On eût pu donner à nos mobiles, qui traînèrent si longtemps dans les cabarets et les cafés, ces notions nécessaires au soldat en campagne; mais ce n’étaient ni les officiers inexpérimentés qu’on leur nomma d’abûrd, ni ceux qu’ils choisirent parmi eux plus tard, qui pouvaient leur enseigner ce qu’eux-mêmes ignoraient absolument. Ces occupations, cependant, qui les eussent rendus adroits, ingénieux, qui auraient établi les bases d’une bonne discipline et fortifié leur tempérament avant la mauvaise saison , remontaient leur moral en même temps et développaient leur intelligence. On n’a pas voulu qu’il en fût ainsi, ou plutôt aucun officier général n’a pensé probablement que cela fût nécessaire; et le jour où, par suite d’une résistance plus longue qu’on ne la supposait dans notre état-major, ces travaux eussent pu rendre tant de services, épargner des maladies, ou tout au moins des souffrances à nos recrues, personne dans cette jeune armée n’était en état de les exécuter. Ce ne fut que dans les derniers temps du siège que l’on vit des mobiles s’armer de pioches et se faire des abris comme ils pouvaient, en imitant ce qu’ils voyaient faire par nos soldats du génie.
Parmi les corps d’armée de l’invasion allemande, plusieurs possédaient des méthodes de campement assez ingénieuses et qui méritent d’être signalées.
Les Saxons, en se retirant sur les hauteurs de Villiers-sur-Marnc, avaient laissé en notre possession un de leurs campements situé dans le petit bois le Plant, qu’on trouve à la droite de la route n° 45, montant de la Fourche à ce village. Sur ce terrain, passablement sec, les soldats allemands avaient creusé des trous en forme de cône très-aplati, garnis de clayonnage, et sur lesquels ils se couchaient la nuit, au milieu desquels ils faisaient la cuisine le jour. La figure 10 donne en A la coupe d’un de ces cônes, et en B une vue perspective. Au centre est une petite plate-forme avec cailloux sous-jacents pour absorber l’eau. Cette petite plate-forme circulaire est entourée
recevant un feu ou chauffé et séché par le brasier allumé dans le jour pour faire la cuisine. Ils sont soustraits à l’humidité du sol par le clayonnage ; et s’il pleut, l’eau s’écoule sous ces claies et est
absorbée dans le cailloutis central. Quelques-uns de ces cônes étaient couverts, ainsi que le montre la figure 17. Dans ce cas, plucreusés en terre, ces cônes sont entourés, sur la moitié de leur
144 MEMOIRE SUK IA DEFENSE DE PARIS
circonférence, d’un épaulement incliné qui reçoit des bois, inclinés eux-mêmes et recouverts d’une couche de terre. Un orifice est ménagé au milieu de cette couverture pour le passage de la fumée. En G, est présenté le plan de cet abri ; en F, sa coupe sur CD; en E, sa coupe sur AD. Il s’en faut cependant que le même soin ait été apporté par tous les corps allemands dans la disposition de leurs campements. Les campements, comme tous les ouvrages de défense élevés par les Bavarois, sont les plus imparfaits et les plus grossiers. Les soldats de ce corps, avec les Poméraniens, sont aussi les plus négligés dans leur tenue et les moins instruits. 11 faut remarquer que les troupes allemandes, procédant en cela d’après des instructions fort sages de l’état-major prussien, campent, toutes fois que cela est possible, dans les bois; et les belles positions qu’elles occupaient autour de Paris sont toutes, sauf le plateau de Chàtillon, couvertes de bois. Les bois de Meudon, très-fouillés par les projectiles des forts d’Issy, du Point-du-Jour et des canonnières, sont cependant remplis de ces abris terrés, dépassant à peine le sol. Des abalis défendent leur approche et préviennent les surprises.
Les Allemands, ainsi retranchés solidement autour de Paris, n’ayant plus d’inquiétudes sérieuses sur leurs derrières, gardant une seconde ligne de circonvallation aussi solide que leur ligne de contrevallation, ayant sur tous les points des fils télégraphiques qui mettaient leurs postes en communication, assurés de leurs approvisionnements, se livrèrent dans cette large zone, jadis si riche et si brillante de la capitale, à un pillage organisé . Les soldats se contentèrent de dévaster ; mais les officiers firent emballer soigneusement, pour être transportés en Allemagne, les mobiliers, les objets d’art. Des bibliothèques coupées en lanières de papier servirent à ces emballages. C’est ainsi que ces messieurs entendent être les promoteurs de la civilisation et de l’instruction en Europe. Pour ces officiers cantonnés entre les lignes si bien gardées, les nuits se passaient, en beaucoup de localités, à boire jusqu’à l’ivresse; car si nos soldats se grisent trop souvent, les officiers de l’armée allemande possèdent le même avantage, mais c'est un privilège. Il
est vrai que dans le jour on les voyait à leur poste ; des orgies de la nuit il ne restait plus trace. C’était bien le cas, pour nous, de tenter des attaques de nuit, auxquelles on n’a jamais songé, je ne sais trop pourquoi. Au commencement du siège, ayant ainsi rassuré l’ennemi sur nos entreprises de nuit, il eût semblé habile de le surprendre désagréablement, vers la fin, par une sortie en force sur ses lignes, pendant que les officiers cuvaient notre vin. Cela n’a pas été tenté.
Maintenant nous allons examiner ce qui a été exécuté de notre côté en fait de travaux de contre-approches.