‹ Mémoire sur la défense de Paris, septembre 1870-janvier 1871Chapitre 2 sur 14 · XV · texte numérisé non relu

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qui out le plus poussé à cotte mesure, à commencer par Napoléon 1", avaient tout fait pour que la France reçut toute impulsion de Paris. Cependant le corps français n’a pu se mouvoir parce que la tête était fortifiée, et que, comme toute place forte construite suivant les données ordinaires, elle n’avait plus elle-même la faculté d’imprimer une impulsion au dehors. Paris fortifié, avec des provinces ayant conservé une administration particulière, avec la non-centralisation, était uue place de guerre plus graude qu’une autre et dont la chute n’entraînait pas celle du pays. L’ennemi n’avait pas, à l’investir et à l’attaquer, un intérêt qui fût en rapport avec les efforts que demandaient cet investissement et cette attaque. Avec la noncentralisation gouvernementale , la fortification permanente de Paris avait donc une sorte de raison d’être, était logique. Mais avec le système de centralisation, il était de toute évidence que l’ennemi, connaissant de longue main le dispositif défensif de la capitale, allait tout faire pour neutraliser entièrement son action. La centralisation gouvernementale admise, Paris, grâce à ses environs si admirablement disposés pour la défense sur un grand rayon, pouvait opposer à l’ennemi, non une enceinte autour de laquelle il était facile à cet ennemi de s’établir et qui infailliblement amenait le blocus, mais des défenses que cet ennemi n’eût pu connaître d’avance, qui eussent été faites en raison de ses dispositions militaires,

mais cjui auraient pu dès lors gravement gêner ses projets.

X... Mais Paris ouvert eût été occupé par l'ennemi trois jours après son investissement et tout aussi incapable de communiquer avec la province ; dès lors je ne vois pas en quoi les fortifications ont pu nuire à la défense générale du territoire.

XX... Voilà la question. Paris dépourvu de fortifications permanentes eût-il été investi? Oui, s’il n’eût pas eu de défenseurs; non, s’il en eût eu; ou du moins sou investissement eût-il été plus difficile. Dans les circonstances où nous nous sommes trouvés après le désastre de Sedan, nous n’avions plus d’armée à mettre en ligne devant l’armée allemande, nous nous sommes fiés à nos défenses permanentes pour empêcher l’ennemi d’entrer dans Paris, nous nous sommes laissé investir sans causer à l’ennemi le moindre embarras. La tète a été paralysée du jour au lendemain, et la province, habituée à n’agir que sur l’impulsion de la tête, a été paralysée à son tour. L’ennemi nous a ainsi tenus bloqués quatre mois, et pendant ce temps il dressait en parfaite sécurité, contre nous, en occupant certains points stratégiques, les nombreuses batteries que nous eussions dû dresser contre lui, si nous n’avions pas considéré nos forts et l’enceinte comme une défense inat-

taquable, et si dès l’abord nous ne nous y fussions pas retirés. Supposons que Paris eût eu pour deux mois de vivres de plus. L’ennemi continuait à bombarder nos forts et la ville elle-même, que ces forts étaient impuissants à préserver contre les obus. Il eût réduit eu poussière, y mettant le temps, deux ou trois de ces forts; il y fut entré, et de là, dressant de nouvelles batteries contre la ville, il étendait son tir jusqu’au centre de la capitale. Je veux bien que Paris ne se fût pas rendu pour cela, car jamais un bombardement ne fait rendre une ville et est toujours une inutile cruauté qui exaspère la résistance. Mais pendant ces deux mois, la province eût-elle été mieux organisée en vue d’une guerre à outrance, eût-elle été en mesure de nous débloquer? Je ne le crois pas, et je ne pense pas qu’aucun homme de guerre le croie.

Il est de plus, dans une grande ville assiégée, un fait moral dont on doit tenir compte et qui se produit toujours. Toute armée bloquée perd une partie de sa valeur. Plus l’armée est nombreuse, plus la démoralisation l’entame. Une garnison de quelques milliers d’hommes, commandée par des chefs en qui elle a pleine confiance, peut conserver son organisation et son moral intacts, encore ne faut-il pas que lu défense se prolonge trop. Mais une armée nombreuse, composée d’éléments très-divers, enfermée dans une grande ville, tournant sans cesse sur elle-même, en contact permanent avec l’élément civil, est bientôt atta-

quée dans son moral. Dans ce mélange du civil et du militaire, la discipline se relâche. La nostalgie de la rue, du foyer, du café, du lieu public, s’empare du soldat, qui n’a qu’une pensée, rentrer dans le sein de cette ville à quelques pas de son cantonnement. La garde de la tranchée pendant la nuit froide lui semble d’autant plus dure qu’il sait qu’à un ou deux kilomètres il pourrait se chaull’er au coin du feu ou boire au cabaret; que ses camarades, plus heureux, jouissent à l’heure présente de ces douceurs. Une des fautes des généraux chargés dès l’origine du commandement de l’armée de Paris, ç’a été de laisser pendant des semaines les troupes cantonnées chez l’habitant, traîner sur les boulevards et passer les journées dans des lieux équivoques; les officiers n’ont pas appris à connaître leurs hommes, à s’en occuper, ils étaient étrangers les uns aux autres. L’élection dans la garde mobile a contribué encore à enlever à cette troupe une bonne partie de sa valeur militaire.

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