XL VI
troupes romaines, pour trouver un fait analogue à ceux dont Paris vient d’être le théâtre.
Quel que soit le développement d’une civilisation, il y a toujours un fond de barbarie à l’état latent dans toute société policée, prêt à faire irruption au moment des grandes crises politiques et à remettre en question les pi'ogrès que l’humanité se flatte d’avoir accomplis.
Dans les grands centres intellectuels, la sonde de l’observateur rencontre des bas-fonds hideux qui semblent être la conséquence d’un état très-civilisé. Plus la couche supérieure montre des mœurs douces, un attachement prononcé pour les élégances et les délicatesses d’une société raffinée, plus les couches inférieures présentent une ignorance farouche, des appétits grossiers, une crédulité stupide.
Paris a payé durement une accumulation de fautes dénoncées depuis longtemps par les esprits clairvoyants : fautes commises par les gouvernants ; fautes commises par l’élite même de sa population. Non contente de former le noyau d’une centralisation administrative à outrance, celte ville a prétendu être la capitale du monde civilisé. Le monde civilisé a jeté sur elle son écume ; en perdant son caractère propre, en devenant une cité cosmopolite, elle n’a plus eu, au jour d’un péril social, la possession de ses facultés. Le citoyen de Paris est depuis longtemps absorbé par une population sans foyers, sans patrie, sans principes et sans
XLYII
traditions, maîtresse par le nombre dans les élections, par l’audace, parce qu’elle n’a rien à perdre et tout à gagner dans un bouleversement.
Le Parisien, annihilé par les voix de cette populatiou sans attaches dans la cité, s’est peu à peu désintéressé de tout et s’est habitué à la vie effacée qu’on lui laissait.
Spectateur des conflits qui de temps à autre s’élevaient entre un gouvernement responsable en toutes choses et ces masses ignorantes, crédules et faciles à entraîner, il avait perdu tout espoir, et par conséquent toute volonté d’exercer ses droits de citoyen.
C’est en cet état que le \ septembre a trouvé la ville de Paris.
Comme spectateur des faits qui se sont passés dans cette journée, comme Français profondément pénétré de l’étendue de nos désastres, je dois à la vérité de dire que je n’ai pas un instant cru' le pays sauvé par la révolution accomplie en cette journée. L’envahissement du Corps législatif, de l’Hôtel de ville, a été le fait de ces mêmes bandes qui viennent de souiller Paris par deux mois de hontes; bandes suivies par quelques milliers de niais, de désœuvrés et de gamins toujours disposés à sortir dans la rue quand il y a quelques désordres à provoquer.
Ce peuple de Paris plein d’élan et de généreuse iudignation, qui, d’après les journaux, prenait possession de l’IIôtel de ville au nom de la France en partie envahie