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bataillons de gardes nationaux bien pensants répondaient en hurlant : « Vive la République ! » Ou sait maintenant ce que les baïonnettes intelligentes entendaient par là. Ceux de ces bataillons qui refusaient alors d’aller au feu, bien qu’ils demandassent chaque jour des sorties, constituaient l’armée de la haine et de l’envie contre la civilisation et ce qu elle procure de biens à l’humanité; n’étaient pour le faible gouvernement de la défense nationale qu’un embarras , sinon un danger intérieur, en présence des périls extérieurs. On ne doit donc pas s’étonner si nos généraux, qui ne pouvaient ignorer ces choses, ont mis de l’indécision dans leurs plans, et si les officiers, tant soit peu clairvoyants, éprouvaient au fond de l’âme un profond découragement, tout en faisant leur devoir.
L’isolement, un ennemi puissant, haineux et acharné devant soi, la guerre sociale imminente dans ses foyers, l'indifférence, sinon l’hostilité des alliés naturels..., il n’en faut pas tant pour mettre les caractères les plus fermes en désarroi.
Les lieux mois qui viennent de s’écouler expliquent l'impuissance à laquelle nous avons été condamnés devant l’ennemi. Est-ce à graud’peine alors que les gens de cœur ont pu, du moins, sauver l’honneur de la grande cité. Depuis, des bandits, suivis aveuglément par cette foule ignorante, abusée, affolée, et qui a perdu tout sentiment
patriotique, se sont chargés de déshouorer notre pauvre Paris. A la vue de leurs crimes, de leur démence, beaucoup sentaient s’affaiblir en eux l’horreur pour l’invasion étrangère, cette haine vigoureuse pour l’ennemi qui foplait nos provinces. Ceux qui, fugitifs, à grand’peine échappés aux presses organisées par les hommes de la Commune, aux bandes avinées de Paris, se trouvaient au milieu de ces soldats allemands disciplinés, paisibles, habituellement polis et doux, croyaient sortir d’un cauchemar, et se prenaient à ne plus voir d’un œil indigné ces uniformes étrangers répandus dans nos villes et nos campagnes. Comment pouvait-il en être autrement? Comment chasser du souvenir ces gardes nationaux de Paris sales, au regard égaré par l’alcool, à l’allure insolente, l’injure à la bouche, insultant leurs officiers, défiants et crédules à la fois ? Comment ne pas les comparer involontairement à ces troupiers allemands si respectueux envers leurs chefs, bien tenus, vivant paisiblement dans les maisons, toujours prêts à tout, silencieux et discrets?
N’était-ce pas le comble de la douleur de sentir s’amollir en soi tous les sentiments de colère que devait soulever la vue de ces ennemis entraînés sur notre soi par une puissance avide qui a juré notre anéantissement?
Heureusement, les officiers de l’armée allemande prenaient soin de raviver ces sentiments de juste colère que la vue d’un envahisseur doit inspirer. Leurs propos,
leur joie, lorsqu’ils pouvaient pressentir lu destruction probable de Paris, lorsque la nouvelle de nouveaux excès de la Commune parvenait à leurs oreilles ; leurs orgies nocturnes ; le cynisme des mœurs chez beaucoup d’entre eux ; leur intention constante de nous humilier, de nous écraser, nous rappelaient à la triste réalité, et faisaient germer de nouveau les sentiments de patriotisme que les lugubres extravagances de la Commune parvenaient à flétrir.
En s’éloignant du souvenir, le cauchemar des bandes parisiennes laissait ainsi les esprits apprécier mieux la situation vraie, et l’on en venait à se demander bientôt si la cause principale de nos dernières humiliations n’était, pas le fait de ces Allemands conduits par l’envie et la haine longtemps contenues.
La Prusse ne doit pas se faire d’illusions. Si elle a pu croire un instant que les excès des communeux adouciraient des rancunes que nous allons soigneusement nourrir contre sa puissance, aujourd’hui elle doit être convaincue que, par un trop juste retour, l’opinion, en France, ajoute à son compte ouvert nos derniers malheurs. Entièrement dévouée au culte de la force, la Prusse, dépourvue du sentiment du droit, du sens moral, doit payer à son tour cette erreur, le mépris qu’elle affecte pour tout ce qui n’est pas appuyé sur la force matérielle et brutale.
Ces deux mois d’humiliations sans précédents ont eu
encore iln bon côté : ils nous ont fait sonder à fond l’abîme où nous tombions; ils ont permis de reconstituer une armée digne de ce nom ; ils ont écarté toute équivoque ; ils ont mis les partis politiques à l’arrière-plan, et nous permettront, je l’espère, de crier, sans être insultés par des ivrognes armés : « Vive la France ! » et de repousser à notre tour ceux qui oseraient, en ces tristes temps, pousser un autre cri.