‹ Memoire sur la defense de Paris, Septembre 1870Janvier 1871 Eugène Emmanuel ViolletLeDucChapitre 17 sur 21 · ROLE DE LA FORTIFICATION AUTOUR DE PARIS CONCLUSION · texte numérisé non relu

ROLE DE LA FORTIFICATION AUTOUR DE PARIS CONCLUSION

Si, de notre côté, pendant le siège de Paris, il y a beaucoup à reprendre, il ne faudrait pas croire que les armées entraînées sur notre territoire par la haine que la Prusse nous a vouée, aient, au point de vue militaire, déployé les ressources d’attaque qu’elles ont la prétention de posséder au suprême degré, comme elles prétendent être en possession des vertus civiles et guerrières par excellence.

En récapitulant les faits de ces quatre mois et demi du siège de Paris, il demeurera évident pour tout esprit impartial, que l’armée dont dispose la Prusse n’a fait autre chose qu’occuper les positions excellentes que nous avons eu le tort de lui abandonner sans coup férir, qu’elle s’y est retranchée, qu’elle y a soutenu nos attaques, frappées d’impuissance par notre incurie même; mais qu’elle n’a nulle part tenté une action offensive, sérieuse, sur nos lignes, dès qu’elles ont été üxées. Que la Prusse ait rendu effectif le blocus

d’une ville de 1 800 000 habitants, c’est un mérite assurément, mais qu’elle ait assiégé Paris, c’est une autre question. Le fait d’organisation administrative est d’une valeur incontestable ; le fait de guerre — ainsi toutefois qu’on entendait la guerre — est médiocre.

Dans un siège, le rôle du génie militaire prend naturellement le premier rang. Les ingénieurs allemands' ont-ils fait preuve de ces connaissances étendues, de cette reclitude dans l’exécution, qui sont l’honneur et la force de ces corps? L’occasion, dira-t-on, ne leur en a pas été offerte ; soit. C’est un fait que je constate, rien de plus. Je ne juge que sur ce que nous avons vu, non sur ce qu’ils auraient pu faire.

Pourquoi l’armée assiégeante n’a-t-clle pas fait naître cette occasion ? Pourquoi s'est-elle bornée, en réalité, non point à attaquer Paris, mais à l’investir? Quel avantage trouvait-elle à se morfondre pendant quatre mois et demi devant une ville qu’elle savait ne renfermer qu'une armée faible en nombre, des troupes sans discipline, médiocrement commandées, et parmi lesquelles il fallait compter des corps décidés à ne se servir de leurs armes que contre leurs propres concitoyens? Pourquoi cette attitude inerte chez des armées qui ont la prétention de savoir pratiquer seules aujourd'hui en Europe le métier de la guerre, qui le disent hautement; parmi lesquelles des succès éclatants ont développé la confiance et l’orgueil ? C’est que les armées allemandes sont commandées par un état-major dont la prudence égale au moins l’habileté, qui n’abandonne rien au hasard et ne joue la partie des batailles qu’avec toutes les chances favorables de son côté.

Y a-t-il dans les travaux laissés par les Allemands autour de Paris des idées neuves, d’une importance majeure? Non point: d’heureux expédients, des dispositions ingénieuses parfois, une grande négligence dans l’exécution souvent. Tels quels, cependant, ces ouvrages ont suffi. Oui, pour arrêter nos attaques, puisque les Prussiens avaient eu l’habileté d’intervertir les rôles, et de nous obliger à prendre l'offensive contre leurs positions, tout à notre

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